CHAPITRE II
EnSBIGNElIEetT m la. MOKALE POPULAIBS. — IltSTRnCIIONB CBRfiTIEtIKBS PAB LB P&KB HUnEaT.
Les jésuites ont deux sortes de morale, la morale po>
pulaire et la morale transcendante. Au fond , c'est toujours la mômo chose, mais la forme dont on les revêt diffère essentiellement. La morale transcendante à l'usage des liches et des savants, dogmatise dans des traités sous les titres imposants de philosophie, de théologie morale, de dissertation , de commentaires; l'autre se distribue en petits livres , où elle est habillée en récits, en histoires. Les jésuites sont de grands conteurs d'histoires ; c'est sous forme d'histoires qu'ils insinuent tout doucement leurs doctrines et l'amour de leur ordre dans le cœur des en&nts et parmi laclasse ouvrière. Les gens dn peuple sont-its autre chose que des enfonts? Aussi les contes de PnrrauU et la légrnde de sainte Philomènesont prt'i;Lséraeiit iiii mùniii niveau. Tous ces recueils de miracles et d'histoires merveilleuses ont le
doable avantage, si recherché par les Jésuites, d'eadormîr la raison et même temps qu'ils surexcitent l'imagination. Sur les légendes, noas en avons dit assez dans le chapitre IVde la première partie; nous n'y reviendrons pas. Quant aux livres ofi il est purement question de morale, nous n'avons que l'embarras du choix : Souvenirs des petits séminaires^ Anecdotes ckrêlienne$, Nouvelles chrétiennes, Nouvelles morales. Vie de Léonie, Lettres de Léonie ; nous ne savons auquel donner la préférence, ^'ous sommes sollicités aussi par certaines biographies d'iiommes célèbres^ bien ptepres à former l'esprit et le cœur de la jeunesse, par exemple, la vie de Voltaire, par M. l.epan; une autre vie de Voltaire, dont un député a produit, il y a peu d'années, un exemplaire à ia tribune. La Chambre a été extrêmement édifiée d'apprendre que l'auleur de Mahomet, au Ut de la mort, avait tout à coup c plongé ses mains dans son vase de nuit et dévoré ses excréments. » l'épargne au lecteur le mot propre du texte. Ainsi , disait l'auteur, le ciel avait châtié exemplairement les attaques et les blasphèmes de Voltaire contre la religion et les prêtres. Ce livre servait et sert peut-fitre encore & l'enseignement des /réres.
Entreprendre l'examen ou simplement l'énumération de ces sortes de livres, ce serait tenter l'impossible; la besogne serait prodigieuse, et le résultat toujours incomplet ; car, il est bon de le remarquer, l'Université agit loyalement et à portes ouvertes; elle a des inspecteurs
généraux et des inspecteurs d'académie; elle opère sous
la surveillance de conseils et de commissions où tous les ordres de l'iiUit, tous les iuléi'èls sociaux soiiL représentés, où siègent des magistrats, des curés, des évûques. L'Université imprime et répand t profusion ses programmes et la liste des livres qu'elle emploie ; rien n'est plus facile que de la contrôler, et pour exécuter ce complot de pervertissement que la sacristie lui attribue, il □e faudrait pas moins que la complicité de quatre à cinq mille personnes ; mais, dans les écoles ecclésiastiques, tout est secret et mystère. Les petits séminaires foncllounent à l'abri d'un voile impénétralile; ni leurs livrer; ni leurs rcglciiMîiit^ d'éludcs ne ^ont communiqués au publie; sans quelques indiscrétions du hasard, on n'en conn^Utrait rien.
Nous ne formons ici qu'uu musée d'échantillons; il pourrait être beaucoup plus riclie, mais enfin il ne sera pas dit que les livres de nioriile [lopulairc des jésuites n'y soient représentés. Nous choisirons à cet elfet les imsti- TUTIOnS CHRÉTJEHNES PODR LES J^DHES GENS, parle
père Humbert, missionnaire. On accuse l'éducation donnée par l'État d'étouffer dans la jeunesse le sentiment moral et le sentiment religieux ; voyons donc comment s'y prennent- les jésuites pour développer et fortifier l'un et l'autre.
Pourquoi, dira-t-on, prendre ces tnsfrucftOnseAr^ften' nés ? l'ouvrage est-il plus extraordinaire qu'un autre ? Non. 11 eût même été iïieile d'en trouver un plus singa-
lier, ne fût-ce que les Souvenirs des petite sémifiaires. Ce qui m'a déterminé en faveur de cdut-ci, c'est qu'il est consacré par les approbations d'un évêque et de trois archevêques : l'évêque de Nancy, les arclievO,|ues de Lyon, de Besançon et de Bordeaux.
L'ouvrage est divisé en chapitres, dont chacun se termine gardes histoires à l'appui dos préceptes donnés au commencement. A chaque paije, l'auteur prôciie aux jeunes gens la pureté, !a chasteté, la continence; mais, parla mauière dont il traîlc ce texte délicat, il va le plus souvent contre son but. Il prend la peine d'expliquer aux filles la différence qui existe outre un baiser ordinaire et un baiser sur la bouche. Son expérience lui s-aijgère les plus sages recommandations sur îcs rapports irnioureux entre les sexes ; « Vous avez ia lAchc coiifpîaî- « sance de lui permettre des embrassements fréquents, K des cajoleries et des caresses familières et trop liîires^ « Qu'est-ce que votre conscience vous dit de tout cel,i? » (P. 132.) Partout des tableaux et des récits propres i allumer dans les sens le feu que le bon Père veuû y éteindre. Ici, c'est l'histoire romanesque de la fille d"on aubergiste qui s'est abandonnée îl un soldat, et qui, îlevenue enceinte, met son enfant sur le compte d'un moine. Le moine se soumet à toutes les punitions, élèvQ Tenfantet meurt; alors les autres moines en lavantle cadavre, reconnaissent que leur confrère éUul une femme : c'était sainte Marine. Sainte Marine fait aussitôt des miracles et commence par guérir la fille de l'aubergiste,.
gui, depuis son crime, était possédée du démon, etc. Plus loin, c'est un jeune solitaire qui séduit la niâee de saint Abraham, l'enlève et la conduit à la ville, oïl soa oacle la retrouve faisant le métier de courtisane. Pour peindre le danger des mauvaises compiles, on expose aux jeunes filles l'histoire de Julienne mise & mal par sa compagne Thérèse et mourant d'une maladie suite de sa débauche* Pour détourner de rivrogoerie^ on raconte auxjeunes garçons l'aventure de Cyrille, qui, sortant du cabaret, voulut en pleine rueviolersa mère qui élail enceinte : < Cette femme Ht des efforts si violents « poûr se défendre^ qu'elle fit une fausse couche et mit « bas son fruit. Ce malheureux ^iVrc^ne voulut encore « atteuter à la pudeur d'une de ses, sœurs, qui aima « mieux se laisser poignarder par cet indigne frère, ciue « de consentir à un tel crime. Le père étant accouru au « bruit, ce fils enragé trempa ses mains dans le sang de «celui de gui il avait reçu ^Bl vie, etl'égorgea. Il poi-. « gaarda encore une autre ^e ses sœurs, qui voulait N pi-endre la défense de son père, Ociel ! ç^ue à'homurs «et de crimes ! » (P. 285.) :
Quel besoin de mettre ces horreurs vraies on supposées sous les yeux de la jeunesse, et de stimuler son imagination en prêchant toujoursaux filles de ne point aller la gorge nue, de ne pas i;couter les garçons; aux garçons, de ne se point parer pour plaire aux filles; en traçant des recommandations que je n'ose môme transe ri rr sur l'usage de se baigner et de s'babiller en com~
tnuQ? On jugera, par le passage suivant, jusqu'il qunl point l'auteur ose s'avancer, toujours (l;!!'^ inti^riHs de la pudeur et de la modestie :
« Si l'on voulait faire coueJier les petites ûlles avec les « petits garçons ou avec leurs frères, quoiqu'ils sotedt « fort jeunes, elles feront leur possible pour s'en défendre « et pour l'empÉcher. Les mères ne le souffriront point. « I^s enfants ne coucheront point dans un même lit avec « leur père et leur mère, quoiqu'ils soient petits. L'un « et l'antre sont contnùiea à rhoûnèteté, et les suites en ■ a sont très àangermns. »
Ne voilà-t-il pas \m paragraphe bien à sa place et bien édifiant dans un livre fait pour les écoliers? Le bean texte que l'auteur fournit ici à leurs réflexions et à leurs commentaires! On peut défier VVnivers de montrer dans tous les livres de l'ï/ftii'ersiié rien qui ressemble £i ces turpitudes.
Ce serait un travail infini de relever toutes les niaiseries et les bêtises qui abondent dans ce volume; des maximes comme celle-ci : » Parlez toujours bien et ne parlez jamais mal; » des détails ridiculement inventés sur les saints, par exemple ; « David donnait des ordres « tous les matins, afin qne Diean'e ÎÛX point offensé dans «sa maison et dans son royaume; et, lorsqu'il appre- « nait que quelques-uns de sa famille ou de ses sujets ^ a étaient tombés dans le désordre , il en pleurait et en € séchait de douleur... Tous les matins, on trouvait son « lit arrosé de larmes, etc. »— Cela n'est peint apparem- ^
ment dans te Livredes Rois ni dans les Parai ipomènes ? El tant d'histoires de visions, d'apparitions, de revenants, de faux miracles piu'rils, cît-ce là ce qu'il faut mettre dans la tète et dans le cœur des enfants? Sous prétexte d'œierceT leur fiii, tous troubles lear raj«Hi et leur remplissez le cerveau de &ntômes; sous prétexte d'examiner la conscience et de contbattre l'impureté, vous arrêtez leur méditation sur des saletés infâmes, et vos instructions prétendues chrétiennes sont plus dangereuses que les plus maUT^ romans ; car, d'un cAté, le poison se présente à'découTert ; de l'autre, il s'insinoe sous te voile de la dévotion. Un écolier, en lisant le po<;mc licencieux de Voltaire, sait qu'il fait mal; celui qui médite sur vos Instructions se rend le témoignage qu'il remplit au devoir de piété,
La charité inspire quelquefois, à ce qu'il parait, des sol^citudes bien étranges ! On en voit beaucoup d'exemples dans ce livre, notamment au chapitre des disposi- Uans au mariage, car l'autqnr conseille le mariage il ceux qui ont des pcusunts immarUfiées, des habitudes fortes et des inelinationt violaUBS à ta volupté. <P. 325.) D'abord viennent les conseils aux jeunes'garçDQs; c'est, comme toujours, d'éviter l'impureté, les pédiés secretB et honteux, les pensées, les paroles et les actions peu chastes (P. 327), puis l'intérêt des jamee filles dicte au bon Pèrel'avis suivant :
« C'est un abus de iefréfuenierixiifi tongtomps, quand « on veut se marier. Loraqa'^a se lïéqawte plusiwn
f années sans rien conclure, oo s'expose à ee déshono- < ree, h. faire parler In public, et souvent on scandalise « une parois. Plus longtemps vous serez fréquentée^ ■ plus vous ferez connaître vos défauts el plus on se déc goùkra de vous. »
- Nous demandons pardon anx lecteurs de mettre sons
leurs yeux ces énormes platitudes; mais il faut bien prendre les livres de ces messieurs tels qu'ils sont. C'est, d'ailleurs, à ce qu'il parait, un système d'échapper par l'obscorité à la suneillance du publio ; mais tout ce qui est obscur n'est pas insignifiant ni indigne d'Être éclairé.
Il est trop question de femmes dans ee livre destiné aux écoliers. Le plus incroyable chapitre est intitulé : Avis à la jeunesie sur les gens dp guerre. Il font le lire pour savoir jusqu^où peuv^it aller la bassesse et l'inconvenance d u style. Après avoir déclaré que, s'il y a de grands scélérats parmi les militaires, il se rencontre aussi des soldats chrétiens, le missionnaire insiste sur la première catégorie. L'intérêt des femmes et des filles lui sert encore de prétexte : < Oh ! qu'elles sont à plaîn- « dre dans les lieux où il y a des gens de guerre déré- 1 glés ! il n'est point d'arîïlice qu'un homme de guerre, « s'il est voluptueux et passionné, n'emploie pour ga-r « gner, pour surprendre et pour séduire une fil]e. Tantôt « comme un loup revfitu de la peau de l'agneau,.!! est « complaisant, il rend. service dans la famille, il fait c même le pieux, le dévot; et toute cette manœuvre n'est
« souvent qu'on pi^ qu'il tend aax personnes da sexe.'
« TantAt il lear dit de se moquer des avis des pasteurs « et des vérités de la religion. D'autres fois, il leur fait « des promesses, leur propose un mariage avantageux, « se fbit passer pour un homme de famille, qui a de ■ grands biens, produira même àet lettre» et de faux « eertificais... Aussitôt qu'une personne du sexe a été « assez volage pour écouter une seule fois avec complai- « sance un homme de guerre artificieux et passionné, on « peat dire qa'rïle est presque perdue... Viie femme, « une dame se croiraient coupables de permettre à leurs « servantes des entrevues et des promenades avec un B soldat, tandis qu'elles permettent peut-être à leurs « filles de s'entretenir, de se promener, de jouer avec un « homme de guerre, a
ijes écoliers qui se destinent & l'École polytechnique ou à Saint-Gyr, prendront Ict "une bonne leçon, et le» petites filles d'Ëve concevront une idée bien avantageuse des hommes de guerre.
La citation est déjà un peu longue, mais elle est si curieuse qu'on ne nous saura pas mauvais gré de l'étendre encore.
« Les femmes ne doivent pas moins veiller sur elles- 1 mfimes que les filles : elles sont même plus en danger. « (L'écolier ne manquera pas de trouver pourquoi. ) Et « lorsqu'une flUe ou une femme s'aperçoivent qu'un « homme de guerre logé dans leur maison a pour elles « une criminelle inclination, elles doivent promptement
I avertir leur père ou leur mari, qui en donnera avis au « commandant de la compagnie pour le loger ailleurs. K De mdme, lorsqu'un soldat a obtenu nn mois de congé « pour venir chez ses parents, s'il se comporte en liber- «( tin, s'il fait du carillon et du scandale, ses parents < ou le pasteur peuvent écrire au capitaine pour le re- « tirer. »
Suit une tirade sar t'art de la guerre : « Est-ce donc,
« s'écrie le bon Père avec une énergique crudité d'éx- « pression, t'st-ce donc en jouant, en s'amusant avec « une fille, en cajolant une femme qu'on apprend l'art a militaire?»
Avouez que les livres . des dix-huit professeurs, s'ils sont aussi dangereux que celui-là, sont du moins un peu mieux écrits?
. La vigilance du bon Père s'exerce avec un soin parti- . oulter BU» G88 relations d'un sexe avec l'autre. Dans le ' chapitre des Devoirs d'un écolier-, il ne manque -pas de > prévenir son élèvé sur « les pièges que le démon peut « lui tendre du cùlé des personnes de dilTérent sexe. Que « jamais il n'ait la, honteuse faiblesse de se familiariser € avec aucune, surtout avec celle chez qm H demeure^ € Moins il voit de danger dans ces fomiliàrités, plus c'est « une marque qu'il a 16' cœur gâté. En un mot, qu'un ■ écolier se souvienne que celui qui n'est pas chaste étant a seul ou avec d'autres, qui prend l'habitude de cajoler c le seas'e, est perdu, ou qn'il est dans le danger prochain « de se perdre, » La naïveté de ces conseils et de ces
pcinlLi'us, l'intentiou évidemment droite de l'auteur, augmentent le danger loin de l'atténuer. LUnÎTeraité est bien plus prudente, qui interdit Texplication âe JuTénal et de quelques autres. Ils ont exposé le hideux tableau du vice afln d'en inspirer l'horreur ; leur dessein était honnête, mais leur style ne l'est pas, et le résultat Onal est très douteux. Dès lors, il n'y a pas à balancer ! il faut rejeter le livre.
D'où vient donc que ccîui-ci nst, au contraire, adopté par étalilisscments ecclûshi^iiqiics, prfmé par leurs partisans, et obtient un succès inouï ? Les directeurs du mouvement auraient-ils, par hasard, trouvé dans les passages suivants une compensation plus que suffisante à ceux que nous avons cités? — « Humiliez votre téte a devant les grands du monde, mats humiliez voire dm» • demnt un prSIre. ■> (P. 260.)
« Quand môma un prêtre ne serait pas saint, et qu'il i serait auiii indigne que Juda$, il ne laisse pas d'être ■ toujours un minislro du Seigneur ; et si vous louchez à a son honneur, à ses droits légitimes, à sou ministère « ou à sa personne. Dieu est sensiblemetii offensé. Qui- » conque touche à mes prêtres, dit le Seigneur, U me tou- « ehe à la prunelle de FœiV. »
« Le mépris du sarx'rducis conduit au plus grand 11- « bertinage, au mépris de la religion, à l'hérésie et â « l'athéisme. » (P. 263.)
« Saint FrançoiR d'Assise, cet homme si divin.. ., avait < coutume de dire que, s'il rencontrait un preireavec
« un ange, il saluerait te prêtre amnt que de laluer « fange^ parce que ie pouvoir «f un prêtre ett au-detsu» < du pouvoir des anges, et que, quoiqu'un prêtre ne soit
« pas saint, il n'est pas moins ministre du Seigneur. ■ {P. 267.)
Sans nul doute, il faut respec er les prêtres; mais, ' noe classe d'hommes privilégiés, à qui l'on garantit un respect aveugle et sans bornes, le respect quand mêmoy doit se mettre moins en peine de mériter ce que en tout étal de cause elle est sûre d'obtenir : telle est la fldblesse et la fragilité humaine.
DireL-voos, en vous couvrant da secret de votre Institut : Nous ne connaissons pas ce livre; il ne circule pas dans nos établissements; il n'y est pas recommandé ni donné en prix, nous le renions* Cela est commode! Alors on vous ferait observer que ce livre sort de vos librairies spéciales, connaes ponr alimenter vos nuisons, vos maîBOQS seules ; qu'il est imprimé par ITroprimenr de l'archevêché et du clergé de Lyon, c'est-à-dire dans la province où vous avez, votre principal établissement ; que le vil prix auquel on le débite est la preuve d'une publicité immense ; enfin qne,âeux ou trois devos libraires attitrés ne cessent d'en multiplier des éditions rivales. Toutes ces éditions s'écoulent; il y a longtemps qu'on ne les compte plus. Qui en procurcla vente? A coup sùr ce n'est pas l'Université.
C'est à l'occasion de ce livre et de cette analyse queles jésuitesont pris lu peine de traîner mon nom dansqua-
trecQloDDes de leur journal. Sur quoi il m'est venu un scrupule : Je me suis demandé si par hasard je n'aurais pas pris trop de temps au Père rédacteur de ce litielle, et ne l'aurais pas empêché de réciter ce jour-là son bréviaire (1)?
Lxis grands artistes tirent souvent leurs plus beaux efieta des moyens les plus simples et les plus pauvres en apparence. Ainsi font les artistes de VUhivers. Ils en sont encore à imiter l'éloquence de leur révérend Père Garasse, qui écrivait d'Étienne Pasquier, coupable aussi d'avoir combattu les Jésuites : a Pasquier est un cuistre, un maraud, un bouffon ; sot à haute gamme, sot à triple semelle, sot en double teinture, etc... > Les abbës de Y Univers ont mis en réserve îes épithètes cuistre, sot et maraud ; ils ont fourni leurs ijualrc colonnes rien quavec ce mot bouffon : qui leur ôterait le mol toMy/bn viderait du même coup l'arsenal entier de leur logique. On leur prouve qu'ils oct-.parlé des mystères de la religion en termes imprudents et partîais scandaleux; qu'ils man-
(I] L'Uniiers m'accusait d'une insigne mauvaise foi. le suis allé prendre, dit-il, une ancienne édiUon du pire Humbert, landia qu'en 1S37, le clcrgi:, « reconnaissant le danger de laisser aller aui niaius des enfants ee livre tel qu'il ttait l'a fait e\purser par deux prêtres , du diocèse de Nancy, que l'on nomme. A cela j'ui répondu que l'ublté HoitetBier et l'abbé PeUtpoisan ont bien mal rempli leur ofllce, car l'édition dont ja me ïuIb lervi est de 1840 (Lyon, Lesne). J'ai dté d'autres édîUoDi eonfonnes eu tout à eelle-là ; j'ai pri£ qu'oo me til voir rédilion expurgée; ioulilement. De quel c6té sont l'cffronlcria et la mauvaise foi?
{Vo;czl'I7nnvr>du 12 mai etlBiVMKiflafdul6iiiail843.)
quent de charité et d'humilité; que lenr langage est io-
convenant et grossier; qu'ils sont d'une insit^ne mauvaise foi; que cette conduite déconsidère, auprès des esprits faibles le clergé et le catholicisme dont ils se disent Ira représentants et les soutiens. A tout cela ils n^ont qu'une réponse, mais elle est triomphante : Vous êtes un bouffon.
Ud seul point m'afflige, c'esl que ces messieurs seront damnés, et que j'en aurai été la cause. Eq effet, on lit dans saint Matthieu, chapitre V, verset 22, cette sentence formelle : « Si guis dixent fratri suo falue, reus eritignis gehennœ. » C'est payer un peu cher le plaisir de dire une injure; mais, pour se venger, ces messieurs ne regardent pas à la dépense. El qui sait ? ils n'oseront peut-être pas dire à saint Matthieu qu'il est un bouffon, înais OQ peut soupçonner qu'ils le pensent au fond dn cceur et qu'ils regardent la menace de l'Ëvangile comme une plaisanterie. S'il n'en était pas ainsi, il est évident qu'ils feraient un marché de dupes^ et ce rôle n'est pas .celui qu'ils ont coutume de choisir.
Ces prêtres, k qui il est enjoint de rendre des bénédictions pour des attaques, et qui, loin d'obéir à cet ordre, poursuivent leur adversaire d'outrages et des calomnies les plus venimeuses qu'ils puissent inventer, quelle est donc leur fol? Ne prononcent-ils pas chaque . matin leur arrêt en récitant l'Oraison dominicale : « Pardonnez-nous nos oiFenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés? * I.orsque, méditant leur
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— 334 — ' feuilleton, et sorlant de l'écrire^ ils vont dire la messe,
le cœur gonflé de haine et de ressentiment, ils communient en éliit de péché mortel, et, selon la parole de l'apôtre, ils mangent et boivent leur condamnation, ils ne croient donc ni à l'Évangile ni au Pater? — De quel droit viennent-ils reproctier aux laïques de négliger la loi chrétienne lorsqu'ils donnent les premiers l'exemple de la mépriserVI.e sucret de leur conduite est dans un mot de saint Jérùme : « Nous sommes débonnaires dans la cause de Dieu, mais si l'on s'attaque à nous, alors nous donnons carrière à tous nos ressentimente (t). »
(I) Non in Dei injuria bemgni namu, ei in notirit cotUimetiis txer cemus odia. (Lib, 111, super. U&Uh. V.)
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