‹ Les Jésuites et l'universitéChapitre 25 sur 27 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

CONCLUSIOAS.

La première conclusion à tirer de ce qu'oQ vient de lire, c'est qu'il est essentiel que l'État reprenne son droit de surveillance sur les séminaires grands et petits et sur toutes les maisons ecclésiastiques (1).

Le clergé oppose son droit divin. Quel est ce droit diïin? où est-il écrit? qu'on en produise le texte. Ce n'est pas au moins dans l'Ëvangile qu'on le trouvera. L'Évangite ne dit nulle part que les prêtres auront le droit d'enseigner entre eux des maximes perverses et antisociales, comme celles qu'on lit dans les- Institutions de M. Bouvier, ou des impudicités comme celles qui remplissent les Théologies morales et les Compendium.

(I] Sand en eiccplcr \ei couvents do fummcs. L'affaire du Bon- Pattatr de Poitiers, l'uulre aiTaire du BoH-PasUur de Sens, prouvent combien It importe que l'autorité civile puisée pénétrer dans lei clA- Inres. aOa de prévenir ou de réprimer les abus qu'on s'y permet envera les molbeureuHB reclascs, Ice sévices et lu Béqucstmtion. Ce point doit Aire réglé il bien que Wnioen ati puisse plus conseiller iiii nom de to légalité de Jeter les nugistroU vialtcura par les renfilrei.

Si le gouvernement veut alnndonner le soin de sa propre sûreté, il en est le maître ; il n'a pas mal commencé. Mais il n'est pas le maître de livrer tous les intérêts de la société et de la laisser ébranler jusqu'en ses fondements.

On croyait, en 1830, en avoir fini avec tous les droits divins. Si vous reconnaissez celui des prêtres, attendezvous à en voir bientôt ressusciter d'autres.

Le décret impérial de 1811, après la loi portée en 1700 par l'Assemblée constituante, confère à l'État le droit de surveillance sur tous les établissements ecclésiastiques (I). On l'abandonna en I8l4, époque où la

(I) « Dto-et impËriBl da 15 novirobre 1811 (ajvnt force da loi), UIre IV, da jealea aecondalrei consacrée* à l'iDstrucUon des élèves qui Bo destiaeat à l'état ecdétliuUqa*.

> Toutes CBS écoles seront gonternées pu- rUnlversilé; elles m pourront Ëlra organisées quo par clic, régies qne sous son sulorité, et l'cDse[gncmcnt no pourra y Hio donné que par des membres de l'Univergitâ étant .\ la diaposilion du grand- maître.

» Li!â prospei lus i:t lep ri'i,'lrii:i iilp Je ri-f. ëcules seront rédigÉs par le tonsNI de rUiiiïcr.-ili;, PUr l^i [.roposllioii du j:riind-maîli-e. .

Voilà les précaulions prises par l'empereur pnur empticlior les b6minairoe, et par suite le clergâ, d'échapper à t'action do l'Etat et de Bo mettre un jour en lutte contre lui.

Le pramler soin de la BestauraUon fut d'écarter ces dispositions Plue tird, on sutistltiu m décret Impérial le* ordonnances da 1838, quoique dai fardonnascei n'abolissent point nno loi t ms ordonnanoes, for pluilenra pOInla essentleli, ne sont pat obsarréei, et le dergë se plaint encore d'être victime de l'arbltrtire et d'nne tjrannte Illégale 1 . Astarémenl, tà la déaret Impérial de Napoléon eût été remis rn tIguenr k partïr.da 1820, on n'eût Janu^s enseigné dans las aémioaires

Restauralîoa et le cïergé ne faisaient qu'un. Le gouvernement de Juillet^ quoi qu'il fasse, n'en arrivera jamais là. Le clergé a sa fidélité ailleurs; et puis, quand il consentirait à la transporter, à s'identifier avec le gouvernement, la natioB n'y wnsenUrtit pas : elle s'interposerait.

11 est orgeat de rqrrendre le décret de 1811.

Ge sera d'ailleurs te premier pas vers l'égalité devant

la loi, tant réclamée par le clergé.

l.a question de la liiiiTli: crcn^eirmcmonf ii'rst pas, à proprement parler, l'objet de cet ûcrit, c'est pourquoi l'on en dira ici peu de cbose.

Un des malheurs de la condition humainè, dit Jean- Jacques, c'est d'(Hrc réduits, pour communiquer nos pensées, il employer des mots. L'inconvénient est réel et ne parait pas près de flnir. Les mots ne rendent jamais Ja pensée exacte et Ton en peut toujours abuser.

n n'y a point de liberté d'enseignement comme l'entendent ceux qui la réclament. Que voulent-ils? Ils commencent par nier le droit de surveillance de l'Élat; ils nient ù l'État le droit d'exiger des garanties; toutes les garanties possibles sont dans leur habit. Ils sont instituteurs de droit divin ; Doceie omnes génies. Toute loi qui , en conservant ou en rejetant la fiction d'une coule protiiiLiljtmc, l'ultraraonlanianK:, les lliûario» titi taun tenneni, du parjure, du rcgicido ou tyrannioide, ctr. , etc.. {pi-cligiou aujourd'hui ne s'en trouverait pas plus mol, et l'Elat s'en trourerait beaueoup mieux.

curreoce^ ne conduira pas là, ne donnera pas la liberté d'enseignement.

Les jésuites disent : Vous êtes impies, vous n'avez pas la couûance des pères de famille; nous sommes catholiques, nous l'avons. DemaDdoiia-nouB qu'on voua supprime? nullement. Nous demandons la liberté d'enseignement, liberté absolue, liberté pour tous. Comme on ne forcera personne, ceux qui voudront de vos doctrines iront à vous ; ceux qui préféreront les nôtres, viendront à nous; l'État n'aura rien à y voir et tous les goûts seront satisfaits. Rienu'est en apparence plus juste ni plus sensé. Voyons l'application.

Avec cette absolue liberté d'enseignement, nous aurons des écoles catholiques, apostoliques et romaines, où l'on enseignera la suprématie spirituelle et temporelle &a pape, le droit divin du prince et le dévouement au due de Bordeaux, véritable roi de France; d'autres enseigneront les principes du gallicanisme et la fidélité à la dynastie de Juillet; ici l'on fera triompher les principes politiques de la Convention en y accolant soit la Ihéophiianthropie de La Réveillère - Lépaux , soit le déisme de Robespierre; là, on professera les opinions de la Montagne et le matérialisme de Harat; il y aura aussi des écoles impérialistes prêtes à se battre pour mettre sur le trône M. Louis Bonaparte et la symbolique religieuse de Dupuis ou de Volney; non seulement les protestants, mais les différentes sectes du protestantisme, lulbériens, calvinistes, méthodistes, auront leurs

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écoles spéciales; touLcda nous préparera une génération hien unie, une France paisible, el surtout parfaitement libre. Cen'estpas toat : les études ne sont qu'un' moyen, une préparation aux diverses carrières où apparemment on ne pourrait toujours être admis que sur des garanties de capacité. U faudra, comme par le passée des grades, des diplômes, partant des examens. Ces examens qui les fera? Ferez-vous examiner les élèves des écoles dynastiques par les professeurs des écoles républicaines? les protestants par les jésuites, les légitimistes par les amis du juste-milieu? Non. II fiiudra attribuer à chacune de ces écoles rivales qualité pour examiner et graduer ses propreri élùves. Aiors nous assisterons à un beau spectacle ! Eb bien, cet abominable' gâchis, c'est la liberté d'enseignement que réclament les jésuites.

Poursuivre sérieusement un pareil résultat serait un crime et une folie. Ce serait faire injure au bon sens des jésuites que de croire qu'ils visent là. Non, ils demandent une chose pour en obtenir une aatre^ bien convaincus, et avec raison, que l'essai d'une pareille liberté ferait immédiatement tomber dans leurs mains le monopole le plus complet et le plus inébranlable, car tandis qu'aujourd'hui la liberté réelle existe sous le nom et les apparences du monopole, le monopole existerait alors BOUS le nom et les apparences de la liberté. Et cette prétendue liberté, s'ils peuvent une fois la saisir, iïèz-vous à eux du soin'de la défendre et de la river solidement.

La liliBrté donnije, nous ne noua inquiétons pas, difiont-ils, de vos écoles laïques. (En effet, ce n'est pas la peina Ab s'en inquiéter. ) Voici quant à nous comment noua prétendons exister :

La qualité de prêtre renferme toutes les garanties de savoir et de moralité; tout prêtre peut donc créer une miuson d'éducation et y enseigner à portes fennéeSj sui^ tout aoxâ^ens du gouTemement, ce qu'il Voudra.

Le droit de vous refliser des aumôniers, ou, vous les ayant accordés, de vous les retirer, selon notre Lon plaisir, de mettre vos collèges en interdit et de prêcher en ebain que ce sont des écoles d'atbéisme et de proatl- 4ulion

deux mots : le droit de tous surveiller, de tous .contr<der, et de n'être ni surveillés ni contrôlés par vous ; ♦ Du reste, libre concurrence ;

C'est littéralement à quoj se réduisent toutes les lettres, brochures, articles, libelles diffamatoires publiés aveo tant de ftacas par le parti ecclésiastique romiain.

Dans le sens raisonnable du mot, l'enseignement estil libre? Oui et non.

Il est libre puisque chacun, en fournissant les garuities légales, peut ouvrir une institution ;

Il ne l'est pas, puisque cette institution ne peut pas être de plein exercbie, c'est-à-dire se passer entièrement du concours des collèges de l'État, et qu'il feut, poor .ainsi dire, venir toucher barre dans ces collèges pour

obtenir le dipldme qui ouvre l'entrée aux catrières lil^' raies.

L'État ne peut se dessaisir du droit d'examen. Ce serait tout abandonner. Les professeurs de l'État seront toDjoure les juges les plus compétents et les plus indépendants de la capacité ; de plus, en divisant le droit d'examen entre des établissements rivaux, il Berait impossible de conserver l'unité de mesure. L'intérêt de ]a société se confond donc Ici avec celui de l'État poiir lai maintenir le droit eidusiC de conférer les diplômes*

Mais on ne voit ^as de quel droit l'État impose la rhétorique et la phiiosophio de ses collèges royaux. Exiges que l'on sache, prescrivez même ce que l'on doit savoir, mais n'exigez pas qu'on l'ait appris ciiez vous (I ).

11 y a donc quelï^ae chose à faire. C'est cè qu'entendait la Charte de 1830, quand elle promettait de régler la liberté d'enseignement. U faut que cette promesse soit enfin tenue-

. L'Université doit-elle être conservée? Avec le plus grand soin. Cest l'unique iKtrrière à l'Invasion cpmplète du parti jésuile, ou néo-catholique, ou Intrigant an nom

de la religion.

Où trouvere^-vous une plus complète réunion d'excellents éliimenls?SacliL7. dunculiliscr ce que vous avez .sous la maiii. Ce n'i>st pas que l'Université soit irrépro-

(l) Dire avec Ica jcauites que les professeurs de l'Etal repousseront par ja1ou«le aux namene pnblios les élâva des aulrcs élablisseiiicnls, c'est une UUse qui ne nifrile pas d'Ëlre diieutâc.

— -ÎOR —

cLalile. Je suis loin tle le prétendre ; mais elle est essenlietlemeot modifiable. Elle dispense la science avec un eèle et un talent qa'on ne saurait rivaliser; forcez-la à dispenser de même l'éducation.

Il est absurde de soutenir que le droit et le pouvoir de donner l'éducation appartiennent exclusivement au clergé catholique. Le clergé prêtera son concours à l'État ; s'il le refuse, les églises sont ouvertes pour tout le monde. Si le clergé forme une ligue au sein des églises^ comme l'évéque de GiiAlons le conseille et le prédit, alors la nation prononcera, et la difficulté sera promptement résolue. Mais jamais, comment qu'il s'y prenne le clergé n'absorbera l'État. S'il s'obstine à ne pas le comprendre, il pourra s'en repentir,

La question n'en est pas encore à ce point ; elle n'est qu'entre les Jésuites et l'Université. 11 faut opter, mais franchement et sans arrière-pensée. Les lenteurs, les remises, les palliatifs, les attermoicmi^iit-;, les demîmesures, toutes ces ressources de la faiblesse et de la peur dont jusqu'ici l'on a trop fait usage, ne sont plus possibles. C'est la vieou la mort, sans juste milieu.

L'Université a rendu et peut rendre encore de grands services. Elle a toujours fait son œuvre paisiblement, modestement, sans s'immiscer dans les affaires de l'État ni prétendra à jouer le moindre rôle politique. £tle comprend que ce bruit, ce tumulte, cette agitation passionnée des afEaires sont incompatibles avec lagravitédeses fonctions ; c'e^t pourquoi elle se tient à l'écart envelop-

pée de silence. Les jésuites au contraire sont célèbres par des qualités tout à fait opposées ; leur esprit dominateur ne les soulVre pas un moment an repos. Ils sont lialiiles, qui en doute ï C'est précisément leur habileté qui doit fiiire trembler. Ceux qui, sans autre secours que leur ruse et leYir audace, malgré la toi qui les banait, en sont venus ù sé loger au milieu de l'Etat et à dire échec au gouvernement, ces gen&-là, armés de pouvoir, que feront-ils ?

A\ec l'Université la France sera libre ; en prenant les jéaaittô, elle signe son esclavage.

— Nous ne voulons pas nous soustraire aux promesses delà Charte de 1830. Mais si nous donnons la liberté d'enseignement en réservant le droit d'intervention et la prépondérance de l'État, d'abord les jésuites crieront plus haut que jamais ; ensuite, tout en criant, ils trouveront moyen d'abuser de la loi, et qui sait, avec leur talent, oii ils s'arrêteront?

— J'entends. Vous voudriez donner la liberté d'enseignement et la reftiser tout à la Ms. Gela me paraît difficile. Je ne vois que les jésuites capables ôe résoudre le problème, et je ne présume pas qu'ils voulussent vous y aider. Mais vous avez un moyen d'eu sortir : avant de faire votre loi, appliquez les lois qui existent et dont la violation effrontée vous couvre de honte : chassez les jésuites et donnez après la liberté d'enseignement.

— 0 ciel ! mais les obstacles, les entraves que va nous susciter le clergé!...

Tout cela disparaît devant une volonté ferme, appuyée sur L'aBsentimeDt aalional. M. de Montalembert, justi- Gao}. les atrocités commises cratre les Albigeois, ditaTOC une ironie pleine d'atUcisme, sinon de cbarité : « On n's pus encore trouvé le moyen de faire une guerre de religion avec aménité et douceur (1). » Je vous dirai de même, on n'a pas encore trouvé le moyen de rendre la justice Bans méconlenter les mal&iteurB.

(1) BiBloire de laiDte Eliubelb, Inlrod. (P. 26.}

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