‹ Les Jésuites et l'universitéChapitre 6 sur 27 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

LKS JÉSOnSS A L'OBDVRE BEPtnS 18S0. — PROCfiDi POUR GAGNSB LES CLASSES SDPÉRIBDIBB. <— LA HBLIGIOn OFFERTS AD RABAIS.

Après la révolution de 1830, od s'imagina que lesjésuites étaient cbasséa, les fous dîsaieDt pour toujours, les &a(^ disaient pour lODgMmpSj les jésuites ne disaient rien, mais ils pensaient avec raison que la séca-rité générale abrégerait beaucoup la durée de leur exil. Ils firent les morts, et cependant ils se remettaient sourdement à l'œuvre avec la patience et la ténacité de l'insecte qui, voyant poar la centième fois sa toile emportée d'un coup de lialai, la recommence sans se décourager, saus hésiter. Les jésuites ressemblent aus. araignées, il faut qu'ils ourdissent.

Leur plan d'attaque après tant de défaites fut le plus audacieux qu'ils eussent jamais formé. Il portait sur toutes les parties de la soàété à la fois. Ils se précanlioitnèreul d'abord d'un journal à leur dévotion, car ils savent que ta presse est la grande puissauce de notre épo-

que. Il fallait aux jésuites un jouroal pour riposter prestement aux coups qu'on pournUt leur porter, poiir se défeodro, attaquer,- prêcher leur propagande, eu un mot exercer chaque matin les grands talents qu'ila Qnt reçus du ciel pour la délation, la diffaDiation, le mensonge et la calomnie. Us n'ont à cet égard plus rien à souhaiter : ils ont VVhivers.

Leur but principal ëst l'envaliisseinent de l'instruction publique. Quand ils auront gagné ce poiQt, ils seront les maîtres du royaume.

En attendant, et pour y parvenir, leur stratégie se compose dé deux opérations simultanées : attirer à soi et détacher des autres ; attirer aux jésuite et détacher de l'Université. Peindre ceux-ci comme des anges, ceux-là comme des démons ; la marche était clairement tracée.

Il existe dans les .masses un besoin de religiosité qui se fortifie au spectacle de toutes les toi^itudes sociales, morales et gouveraemenfales au sein desquelles nous avons le bonheur de vivre. Ce sentiment vague, mais très réel, les jésuites l'avaient remarqué; ils résolurent de Texploiter. Leurs travaux s'exécuteront au nom de la religion. Cette lassitude des esprits, ce découragement des cœurs, ils sauront les tourner au bénéfice du catholicisme, c'est-à-dire du jésuitisme. Car il est convenu que le jésuitisme est substitué désormais au nom et aux droits de la religion catholique. Qui »'est pas jésuite, n'est pascatholique. C'est l'article premier de leur charte. Ainsi, j'ai écrit : On ne doit nax jésuites en verlu des lois

exi3lantesqiicrexpulaioii; ils citent avec des guillemets ; , M. Génin assure que « l'on ne doit aux catholiques qiic l'expuIsioQ.» Dans leurs feuilles et dans leurs brocbureSj ils ont répété cent Ma cet impudent tofflisoiige. 11b ont partagé la société en pluaiears classes, pour Chaonne desquelles ils ont un système de séduction organisé et fonctionnant à ravir.

On a commencé par s'emparer des femmes, c'est l'aiphâbet de la tactique des moines et des charlatans. Par la femme on tient le mari, Tamant, les enfïtnts, toute la famille, et bien au-delà de la famille, les connaissances et les amis.

Aux jeunes gens on oOte la religion comme quelque chose de distingué, de fcùn porté dans le ftiul»ai;g Saint- Germain. Od fonde pour messieurs les étudiants graves

et religieux le Cercle catholique, Vjnstilut catholique, la Société de saint Fincent de Paul. De plus, on établit vm faveur des ambitieux une sorte d'agence matrimoniale dont une dame titrée est l'opulente et illustre yairor nesse. Les jésuites, comme la Frosine dé Molière, ont toujours aimé à se mêler de mariages. C'est une branche importante de leur industrie et un de leurs principaux moyens de crédit. L'étudiant qui a une charge à payer n'a qu'à se mettre entre leurs màinB i il est sûr de son ôQ^re. Avec eux, pourvu qiie l'on éendente k fîiire son salut dans l'autre monde, on est certain de faire son chemin dans celui-ci. C'est tout l)i;oéii€e.

Aux hommes d'un âge mùr que l'expérience de la vie

a fatigués et détrompés de tout, même des possioDS, à «eue classe d'hommes oq parle raison, ^losophle. On leur présente la reli^on comme la meilleure machine humaine qui ait encore été inventée. On écarte avec soin tout ce qui commanderait des sacriSces à l'orgueil de ia raison. Lb révélation, les mystères, ou l'on n'eu parle pas, ou t*OQ n'en parle t[ae pour les atténuer. U pièce, sans contredit, la plus remarquable où l'on découvre en plein ce système, c'est la pastorale publiée en 1842 par l'évôque de Chartres- U est diiTicile aux cœurs sincèrement pieux de ia lire sans être indignés de la façon dont cet évèque offre noto sainte reli^oa au rabais. 11 tâche par le bon marché de séduire à son catholicisme, en faisant voir combien la foi est plus facile que l'incrédulité. Toute l'instruction pastorale de Monseigneur roule sur un pa- TaUéis entre les àt^lères de la religion et les mystëre$ de VinerHulitt.

Je suis arrêté dès le titre : qu'est-ce que les mystères de l'incrédulité? je comprends bien ce que c'est que les mystères de la religion : ce sont les mystères que la religion nous propose de croire et sur lesquels elle se fonde. Mais l'incrédulité n'a point de mystères, elle n'en propose pas. L'auteur apparemment a voulu opposer aux mystères do la foi catholique les phénomènes physiques et moraux dont l'incrédulité ne donne pas la solution? l\ n'y avait point U matière à parallèle \ le rapprochenant est îaroè, il est &ux, et u'eKiste m a^wrrace qu'à l'aide d'une express^ obtsaaK et inexacte.

Le début d'un maDdeoient, depuis qu'il se Tait des mandemëiits, est invariable : ce sont des plaintes douloureuses contre la perversité du siècle et l'Irréligion

croissante. — « Elle perpétue la violation du jour du Seigneur, prévarication inouïe, qui est une insulte gratuite et sanglante fhtte à la divinité et le scandale de Puniverslm (p. 2.) Quoique riinpTlmearïrïtou1)lié un U majuscule an mot Univa-i, on voit bien qii'il s'agit ict de YUnivers, journal religieux et détioociateur ; Monseigneur a trop de bon sens pour vouloir dire que les ouvriers Trançais, en travaillant le dimanche, soaadalisent les Turcs, la Perse, la Chine, lé Japon, la Nouvelte- Ifollande et les lies de la mer du Sud.

Mais cette verte leçon sur la violation du dimanche s'adresse à quelqu'un en particulier. Voulez-vous savoir à qui? le complément de la pensée épiscopaie se trouve dans l'écrit d^un homme plue indépendant par sa position qn*on évéqne salarié du gouvernement. Jetez les yeux sur les lignes suivantes :

« Conséquent avec nos croyances, nous nous interdi- ■ sons toute œuvre servile le dimanche, sans que l'im- « porlance d'un ibrt loyer, lés émoluments d'un grand ■ « nombre d'employés puissent nous faire dévier de la « ligne que nos pères nous ont tracée ; la tolérance du « gouvernement qui, après avoir reconnu que la religion « catholique était . celle de la majorité des Français, et « qui, néanmoins, par ion indifférence et surtout par K son exemple, en faUant travailler aux édifiées ' p»-

« blics les dimanches et fêtes de l'année, est cause que

■ cette ioterdicUon est sur ce point géDéralemeot trans- < gressée ; cette iofraction au troisième commandement

« de Dieu, loin d'ébranler nos croyances, les raffermit « pliiri que jamais. Comme il ne sulfit pas de rendre à « César ce qui appartient à César, et qu'il faut aussi « rendre à Diea ce qai appartient à Dieu, nous sommes « fiers de résister & un entraînement qui n'est imité par a aucun ow/re gouvernement, attendu qu'ilx sarenl tous

■ très bien que, quand Dieu n'a plu^ tlcDiinrc. Aur les « hommes, les gouvernements n'ont plus d'action sur les « esprits. ■

Avouez, Monseigneur, que c'était là votre pensée! Nous demandons pardon à volrc (Irandeiir d'oser la rapprocher d'un épicier, mais il nous a semblé <iiie le prospectus de M. Aymès était un appendice indispensable à Yinstruetion pastorale de M. de Chartres. Certes, voilà un épicier qui parle mieux qu'un prélat! Il est fâcheux que, en l'ait d'indignation vertueuse et de dcvofe hardiesse, M. de Chartres soit dépassé par M, Ajniés ; que M. Aymès ose dire, dans l'intérêt de sa Iwutique, ce que M. de Chartres n'ose dire pour l'intérêt de son troupeau. L'épicier mérite qu'on le fasse évèque

Au paragraphe suivant, M. de Chartres signale le retour des esprits vers le culte de nos pères- 11 avoue que « les touchantes miséricordes qui éclatent sous nos « yeux font monter quelques vceux et quelques soupirs I vers le trCne du Tout-Puissant. » En sorte que son

premlw paragraphe constate les progrès de l'incrédulité» et le second,, les progrès de la foi. Hais il n'y a paa de contradiction, parce que la proportion entre les nna et les autres ne satisfait pas Monseigneur. Il accuse de ce mal « une impérieuse dominatrice de ce siècle, la presse, t'il m'estpermis de l'appeler par ion nom. Quelle aimable pudeur ! Onl, UoDseigpeur^ cela vous est pormis.'Kt pourquoi vous serait-il défendu de nommer une ciiose dont \ous vous servez tous les jours avec un nouveau plaisir et un nouveau succès ? Le nom de la presse ne blesse paa la modestie, mais l'usage qu'on fait de la chose blesse quelquefois la charité. C'est pour cela, sans doute, que Monseigneur n'aime pas la presse? Peu s'en faut qu'en parlant d'elle, le prélat littérateur n'ait copié textueilemoit La Fontaine :

La petu, puisqu'il faut l'appeler par eoh nom.

— « Son action rencontre encore quelques obstacles « et quelques barrières pour ce qui regarde les choses « de la terre; mois le ciel lui est livré sans réserve, a (P. 2.) Monseigneur n'entend paa probablement que tous les jourmdistes iront en paradis ? Le paradis ne s'ouvrira qu'aux journalistes de VUnivers, collahorateurs de M. de Chartres, de M. de Chaions,etde M. de Toulouse; les autres en sont bannis d'avance. Que signifient donc ces paroles un peu singulières : « Le ciel est livré sans réserve à la presse? * Cela signifie qu'en fiiisant les lois de septembre, le gouvcrnemeat a été un égoïste, qui n'a

songé qu'à se défendre lui-même, et a oubliÉ de comprendre le clergé dans les inviolabilités politiques. C'est toujours celte vieille tactique qui s'efforce de confondre Dieu avec les prêtres et le eiel avec la sacristie. La presse, selon M. de Chartres, « élude elTronlément les lois destinées à venger celui qui règne au ciel.» C'est cela même : fenger le ciel çu'on blesse l Mais Dieu n'a pas besoin que les hommes le vengent; ne vous mêlez que de le prier. Vous vous écriez ■ « Le Seigneur se tait, nos très cliers frères, et sa colère se recueille. » {P. 1.) — u Vous dissimulez votre colère, 0 mon Dieu ! » (P. 18.) Comment êtes-vous si bien instruit des secrets de Dïcti? Ne le fitites point parler; ne lui prêtez pas vos petites passions, ni TOtre style vîolejat, ni vos intentions contraire^ i^ l'esprit âe l'ËvanglIe.

En effet, c'est une chose frappante que la virulence des expressions de Monseigneur. Les épithètes les plus dures, les tournures de phrase les plus blessantes reviennent h chaque page de cette instruction : « Quelle absurde et outrageuse accusation !» — <c I^s rêveries les plus infâmes et les plus stupides ! » Voilà le -style pastoral de Monseigneur. Il parait peu apostolique. Monseigneur prend corps à corps le Journal des Débais, qui a accusé le clergé moderne de romantisme. U- de Chartres se -geai digérer cette injure; il l^ut voir comme il dit SOQ fiittao joarnal dynastique ! Il en fait un portrait général, semé de bonnes grosses personnalités contondantes. Ce journal nourrit a ]a jeunesse de doctrines

«aussi désastreuses (qu'impies; il jolte les caractères « ardents dans les voles de la corruption ; il donne Tim- « paleion ant seniiments de désespoir, aux crimes, aux « fureurs, au\ rébellions les plus sanglabtes et les plus « lamenlables. » (P. 4.) L,e Jownal des Débals «st l'instigateur des Àlibaud, des Fiescliï, des Meunier, des Quénisaet. Vous ne croyez peut-être pas que la cbarité évaogélique de Monseigneur s'emporte jusque-là? Usez donc. Après avoir parlé des forcenés à qui le fanatisme politique inspire de temps en temps des forfaits sanguinaires, le prélat continue en ces termes : « Ea leur dtant « la vue de Dieu et de la vie future, vous leur avez rendu « intolérables les maux de la vie présente, voua les avez < jetés dans le désespoir, vous avez préparé tous leurs « crimes. (P. 6.) Allez pleurer sur les ruines de la France, ■ puisque vous avez pu survivre aux coups de vos disd- K pies, s (p. 7.} Gela est clair et positif. Le Journal des c Débats est hérétique, schismafique, il approuve, de « loin en loin, notre culte par politique, et le foule aux « pieds ;>ar inclination. ■ (P. 4.) Ce dernier trait est vraiment le triomphe de la charité chrétienne! Que les lumières de la grice sont admirable, puisqu'elles font démêler avec tant de netteté le motif secret des actions humaines, et mettent à même de prononcer infailliblement quand c'est rinclination qui inspireou la politique! Une telle phrase dans la bouche d'un laïque serait au moins un jugement téméraire; l'auteur pécherait contre l'amour da prochain ; mais dans la bouche d'un prélat.

tout se sanctilie, tout devient sujet d'édiÛ&Uion; Cela n'empêche pas- M. de Chartres d'accomplir le premier précepte de l'Évangile, qui est d'aimer son prochain comme soi-même. Assurément, c'est ainsi que Monseigneur aime les rédacteurs du Journal da Débats, et M. Cousin, et les autres que sa charité l'oblige à noircir et à désigner à la haine de ses ouailles.

Non, Monseigneur, parmi les reproches que peut mériter le Journal des Débals, il ne faut pas mettre celui d'avoir prêché l'athéisme; sur ce point, il est innocent. Ou doit même lui savoir gré de n'avoir pas poussé la complaisance pour le pouvoir jusqu'à vous protéger de son silence. Si vous teiiez absolument à le blâmer, blimez-le d'avoir fait pour la société ce que depuis longtemps le dergé ^t pour la religion : d'avoir substitué auï convictions généreuses l'intérêt privé, devenu aujourd'hui règle de conduite «t base d'appréciation universelle. L'uu' a proclamé Tégolsme civil, l'autre L'égolsme religieux.

Qu'est-ce qui faisait la force des premiers chrétiens? l'esprit de charité et d'union. Cet esprit n'existe plus dans l'Église. Le clergé en a introduit un autre, selon lequel chacun ne songe qu'à soi et ne s'occupe que de son salut particulier, comme dans l'ordre des idées sociales et politiques, chacun songe exclusivement tt sa fortune ; et l'on peut dire que, dans le sens de l'étymologie du 'mot, il n'y a plus d'Église, comme il n'y a plus de patrie ; U n'y a plus d'intérêts «onununs, mais seu-

lement des intérêts peraonnds. Ea pditiqne eommeen religion, cette doctrine eageodre rîadiffîreiiee, fléau cent fois ptug terribis que tons les systèmes que vous voue évertuez à combattre.

Je m'arrêterai peu à ym ■rganMOtatioas «outre l'athéiame, le matériaUnae et le panthéisme. Elles sont, permettez qu'on vous le dise, tout ce qu'il y a de plus (WMeet de plus rebattu. Vous alléguez les grandeurs et les beautés de la nature; vous ^ concluez l'existence de Dieu, et vous ditus ; « Qui peut mécomialb» VéndettM et la rigueur mathématique de ceti& déttUMS&ntion? Ici, sans 5oute, U est impost3ile de comprendre, mais il se^ rait impossible de ne pas croire. » (P. 11.)

J'ai cité ces lignes pour donner une idée de la manière dont vous parlez la langue philosopbique, et de l'impropriété d& termes qui choque le lecteurà toutes les pages de votre brochure. Vous appelez une induction morale une démonstration, et vous n'hésitez pas à écrire, sans vous apercevoir de la contradiction des termes, que l'cvidenee, qu'une 4étiwnslralion faite avec une rigueur nu^ématique peut être impossible à comprendre, mais qu'il est impossMe de n'y pas croire. C'est ignorer Ja valeur des mots plus qu'il n'est permis même à uu é?£que, même dans un mandement. Je voua m citerais d'aulres exemples aussi ohoquants si ihnis avions plus de loisir.

Vous arrivez facilement à établir le déismej mais vous n'allez pas si facUwteat du déisme au cbrûttanisme;

ou plQtât, je me trompe, il ne tous eu coûte que la peine d'ajouter au mot Dieu une épithète, le vrai Dieu (p. 14), comme si le déisme et le cfarigtîïmisme étaient uae seule et même chose.

Vos réfutations du panliiéisrae et du matérialisme sont de la même fonce, et s! Ton en retraacbe la rhétorique que TOUS y avez prodiguée, il reste à peine l'ombre d'un raisonnement phiiosopliique. « Si tout ôtait Dieu, « dites-vouB, les plus viles subslauces trouveraient dans «' leur seifl des trésors de ^"uidflur, d'indépendance et « de lumière ; elles s'élèveraient dont les airs, elles « iraient se mêler aux astres les plus brillants. » (P. l.'i.) Et pourquoi ? Est-ce qu'aux yeux de la philosophie une plante, une pierre sont moins beauii qu'une étoile? Oroyez-vouB qoe la fisxie on la plante soit réellement inférîeureàl'éloile, envieuse du rangde l'étoile, et qu'il y ait eu plus de mérite ou de difflcultii à créer l'une que l'autre? La supériorité des astres brillants n'est admissible qu'en poésie; la poésie n'a rien à voir dans les affairas de dogme et de ibiali^ : il fiiot ici le langage sévère des sciences exactes. Souffrez qu'on vous le dise, Honstigneur, il y a beaucoup trop de poésie dans votre Instnaetion pastorale. Ces coniparaisoiis longuement élal>orées de la religion avec ua aigle biessé au sein des images, dont les aUes, « majestuNisement étendues sur les siècles, ne se ploieront que surles derniers débris de l'univers écroulé v (p. 8); ces nombreuses figures de rbélorique, ces vives ironies par lesquelles vous nommez

Bossuet, Fénelon et Bourdalouc « dee esprits faibles et inutiles, qui, au lieu de s'occuper d'électims, de factoreries et de comptoirs, etc. d (p. 4), tout cela est peu digne d'uo préLre, et juBtiÛerait jusqu'à un certain point l'occasatiOB de romantisme qui vous a Bi fort scandalisé, laissez les aigles, les astres et tout le Jargon pindiinque aux rimeurs d'odes et de ballades. Grlux h Dieu, nous sommes liien loin de partager les opinions funestes gue vous essayez de réiXiter, et c'est précisément pourquoi nous déplorons que, tous étant chargé de ce soin, vous vous en acquittiez si mal. Il semblerait qu'on ne peut faire mieux, et pourtant, en vérité, ce ne serEÙt pas difficile.

II fut un temps où le clergé accusait toujours la science; alors le clergé était justement illustre par ses umières, et en possession de donner l'enseignement public. Aujourd'hui, dépossédé de celte attribution, dans laquelle il veut runtrer, ii a changé de tactique; il signale l'ignorance comme ta source de tous nos maux. « L'ignorance, dit M. de Chartres, est le fléau de la foi. > (P. 10.) — « Je ne parle pas seulement de la multitude a ou des personnes livrées au tourbillon du monde et « des affaires; j'ai en vue les hommes les plus éclairés « sur d'autres objets, les savants, les gens de lettres « justement renommés, etc. > (P. 8.) Monseigneur, vous pouvez hardiment y joindre le clei^, et s'il faut des preuves, on peutleslrouversnnsaortirdevotre/nsA-Kf* /ton pastorale.

U serait aisé de vous chicaner sur des erreurs de fait, par exemple, quand tqub dites (p. 34) : « Depuis l'origine pruque de notre toi, le savoir et les lumières ont

été le partage des seules nations chrétiennes; par/oiK ailleurs régnaienll' ignorance, la stupidité, la barbarie.» U suRlrait de vous alléguer le fait incontestable de la civilisation arabe. Vous dites (p. 31) : « Ici, ce n'est plus un iiomme qui nous enseigne : c'est un être qui a été adoré depiiis dix-huit siècles dans toutes les parties du monde. » Pr. tendez-vous par hasard qu'à la uaissauce (lë J.-C, il y a dîx-bult siècles, tout l'univers soit devenu subitement chrétien? Ne savez-vous pas qu'aujourd'hui même il y a sur ta terre, contre 260 millions de chrétiens, en y comprenant les sectes dissidentes, ■475 millions d'hommes qui, répandus dans l'Inde, la Chine, TAErique et l'Asie, pratiquent des religions différentes de la nôtre? Votre intention sans doute était bonne ; mais la vérité n'a pas besoin d'être soutenue par l'erreur.

l'outefois, laissons ces objections et d'autres semblables qu'on pourrait vous I^ire. Je viens, Moni^eigncur, à la partie de votre lettre la plus grave cL la plus affligeante pour les esprits religieux et les ùmes ciitholiques.

Vous aviez promis de confondre le triste partisan du panthéisme (p. 15), le déplorable disciple du matérialisme {p. 15) et Vinforluné déiste {p. 28). Vous ne l'avez malheureusement pas fait, et vous sentez si bien i'insuffifioncé de vos ndsonnements, que vous vous excusez &

dilTérentcs reprises : « Le tamps oous mauque pour réfuter les eopbî&mes. » (P. Sfi). < Je aera^ foncé ée ras restreindre dans un 6i vaste sujet. «<P. 34). Là dessus, cpielqu'un de vos lecteurs pourra biea noue renvoyer votre exclamation favorite : pitoyable évasion î Mais s'il est triste qu'un pasteum'ait pas le temps de bien guider . son troupeau, il est pluS' triste encore qu'il ait le temps de le guider mal et risque de Tégarw itàa des p&turages salutaires.

En effet, Moaseigoear, comment puiez-vous des, mystères de la foi chrétienne? Si l'on vous en croit, la

miséricorde de Dieu, cette raisérieorde que tous les pères, les docteurs et le catéchisme déclarent in/inie, est bornée par la mécbanceté des bommes. ' — « On Me à votre miséricorde mAu h jiouvoir de nous sauver, par l'abus audacieux qu'on en fait. » {P. 18.) C'est une figure de rhétorique, n'est-ce pas, comme quand vous afllrniez que l'iioraine çeutdèlrôner Dieu et détruire ton culte sur la terre? Monseigneur, je le répète, ii y a beaucoup trop (le rhétorique et de poésie dins votre Ahùwtion pastorale, et cela y produit des. contradictions très embarrassantes pour les cœurs simples. Par exemple, pour le cas dont il s'agit, vous vous écriez (p. 23) : v Qui oserait prescrire une mesure à une miséricorde « qui ne peut en avoir? a — Qui? Vous, MonBeigueur.

Vous essayez de prouver que le dogme de l'iDCarnatlon n'est pas un incroyable paradoxe. » (P. 23.) Vous Bouteuez que « la raison n'a presque aucune violence à

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se &ire pour admettra Ï9. poesibilitâ de J'ii^cafnatîQD. ». (P. 22.) Monseigneur, c'e.st m mystère ou ce n'en QStpas UQ : te catéchisme nous appr^d ijue e'eet un mystère, c'est-à-dire une chose parfaitement incompréhensible, Kt vous' ne voulez pas même qu'un mystère soit un paradoxe ! Vous voulez que la raison n'ait presque meam répugnance à admettre un mystère! Alors, où est le mérite de la foi?

Vous n'apportez qu'un seul argument : « Tous les siècles ont cru ù une semblable ai>parllioa : c'était là l'essence et le fond de l'idolâtrie {p. 23). » Ainsi, vous assimilez le cliristianisme aw religions idolâtres, au boudhîsrae, par exemide? et le mystère de l'incarnation étant l'easenee et le fond du christianisme, il suit de votre assertion que les fausses religions et la r*lî^on véritable reposent sur une base commune.

Et comment parlez-vous de la Trinité? « Nous croyons, « dites-vous, l'auguste Trinité, mais nous ne croyons pas a qu'il y ait à la fois un être et trois Sires en Dieu, s Si vous ne le croyez pas, Monseigpear, tous âtes hérétique.. Vous ajoutez, il est vrai : < Noue y reconaaissons uB seul être en trois (lersonnes. » Tout sç réduit donc à. disputer sur la synonymie de ces mots Sb-e et personne,: et vous avouez vous-même, avec saint Augustin, que si l'on vous demande ce que c'est que ces personnes, vous ne trouverez rien à dire. (P. 32.) Dans ce cas, à quoi bon emtamer une discussion, introduire des distinctions qui prétendent abaissa la diSlcaUé et )a rendre accessï-

— sable à la raison humaÏDe? C'est là votre grand tort, Moa-> B^gneur, et le seul moyea de vous sauver ici, c'est de reconnaître que vos phrases sur Véêre et la pertmne soat

un pur galimathîas. Vous eussiez mieux fait de ne point aborder ces mystères terribles. Vous fiiussi'/ par dire, faute de meilleure raison, que le chrétien serait inexcusable de ne pas croire sans voir; c'est par là qu'il fallait commencer, c'est à cela qu'il fallait tous eu tenir.

Vous en venez au péché originel, autre mystère; et, pour expliquer ou Justifier ce dogme, vous recourez à la préexistence des âmei, à laquelle, dites-vous, il n'est pas défendu de croire. J'ignore si cela n'est pas défendu, mais il me semble qu'il est au moins dangereux, au point de vue catliolique, d'admettre cette doctrine, sœur jumelle de la incitciiipsycose pylliaf^oncienne. Encore un coup , Monseigneur, quel besoin de jeter tous les bourgeois de Chartres dans ces doutes, dans ces perplexités, dans l'abtme ténébreux de tous ces ralQuements théologiques?

Terminons par l'Eucharistie, que l'on blasphème, dites-vous, parce qu'on n'en connaît pas le fond (p. 33). Vous allez nous le découvrir. — • Ce corps ahlmé dans « la gloire, dépouillé des propriétés grossières attachées < à la condition mortelle, est devenu spirittul, c*est-à- € dire qu'on ne doit presi/we plus y voir qu'uDpwrespn(.i) (P. lii't.) Il n'y a pus plus de corps spirituel que d'esprit corporel. L'expressionabeauClre de saint Paul, elle n'en renferme pas moins uae contradiction de termes. Et, que devient la transsubstantiation , avec ce pur esprit que

vous substituez ù la chair et au sang de Jésus-Christ? — « C'est eomme un rayon de iumiire qui descend du baut «■ da ciel et qui glisse sur les lèvres du ebréti'en-, etc- >

(P, 33- ) Non, Mouseîgneur, il n'y a point de rayon; c'est la chair et le sang. Voiis vous défendrez en alléguant ces termes restrictifs presque , comme ; eh quoi ! un prélat' qui n'est séparé de l'héréaie dfô sacramentEdres que par répaïsseur û^un.presque! Vous êtes presque l'opinion de Zwingle ! Vous retranchez de l'Eucharistie le mystère, l'impossibilitij; vous la ramenez à ctrG une chose concevable, et comme une figure, un symbole ! Vous attestez . Bouvfflit BoBSuet; croyez-vous, H^DOseignenr, que vos presque et vos comme eussent satisfait le sévère évèque de Meaux, lui, qui emploie si volontiers celle expression: F'érités incompréhensibles ?

La pensée unique développée dans votre pastorale, la Toici-: l/incréduiité laisse debout des difficultés plus grandes que les mystères du christianisme. Et, pour le prouver, vous vous êtes mis à atténuer les mystères de votre foi; vous tachez de composer avec l'orgueil de la raison humaine; vous diminuez les diQleultés du dogme, et vous croyez'^re accepter le catholicisme, ie servir, le propager, en offrant ses mystères au rabais. Monseigneur, c'est là une pensée mauvaise et qui mène droit à l'hérésie. Souvenez-vous de ce mot très profond d'un père de l'il^glise: Credo quia abturdum. Cela résume toute la foi religieuse.

.Je sais que, depuis quelques années, le clergé veut

que la foi sût un produit de la rsi^n. En ce qui touche les mystères, la chose sera toujours impossible : ipinfusfiai ubi vuH. Et voyez oiicela vous coadutt ! Daos la iettreà votre clergé on lit : — « Qui donc a conféré à l'homme « du monde le privilège d'tnsulter Dieu, d'affirmer que « son existence n'eât pas démontrable par la raison, et' ' de déclarer par 14 mtmt qu'on n« doit pai.y croire puà-

» qtt'ih n'y k Qu'un ESPRIT FAIBLB QDI CROIE CE QDI'

«.MANQUE DE PREUVES ET N'EST PAS FONDÉ SUR LA RAI- > SON?» (P. 41.) D'après ce passage, tous les mystères de la foi catholique, l'Incarnation , la Trinité, l'Eucharistie, sont démontrables par la raison, cessent d'ôtredes mystères, ou bien ils ne peuvent ôtre acceptés que par des esprits faibles, et Ton ne doit pas y croire. Vous, évèque, vous sapez la base du catholicisme. Luther ne s'est pas avancé si loin, à beaucoup près. Que dirïezvous, si les fidèles de votre diocèse, se fondant sur votreaphorisme, exigeaient de vousles preuves mathématiques des articles de foi que vous leur recommandez de croire?

Monseigneur, en matière de foi catholique, il faut des mystères tout d'une pièce, compactes, impénétrables. Ceux qui n'en voudront pas ainsi, les laisseront. Ces ^ transactionsque vous essayezavec l'esprit philosophique, c'est ce que l'on peut appeler le romantisme du clergé moderne.

Vous demanderez depuis quand les journalistes sont devenus théologiens ; Monseigneury c'est depuis que les éivâques se sont faits jouruulistëç.

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Vos abbés de l' Univers, amateurs de bruit et de seatidale, avec qui vous faites cause commune, ont entrepris de renverser l'Universitâ. Ils épient, commentent et dénaturent la parole improvisée des pro&ssears d'acaâémiej ils torturent par l'interprétation des phrases arraofaéaa aux livres de M. Cousin ou de M. Jouffroy. Voub voyez, messieurs, un fétu dans l'œil de votre prochain, mais vous ne voyez pas une poutre dans le vôtre. Si un laïque, un professeur de l'Université, avait osé dire la moitié seulement des choses que vous avez osé écrire dans celle instruction pastorale, vous auriez beau jeu contre lui! quels cris I quelles fureurs ! quelles plaintes ! C'est à ce coup que vous élèveriez unevoijt gémissante, que vous prophétiseriez malheur à la France, que vous feriez en- . tendre les menaces du ciel et allumeriez la colère de Dieu! Quiconque n'est pas devotre coterie et fait obstacle à votre domination» tous la traites d'impie, d'hérétique, d'incendiaire. Mais le bon sens public fera justice, ^ ta presse ne manquera pas de venir fin aide an bon sens public. Attendez-vous à être meanréa à la même mesure, pesés dans la même balance que vous aurez employée pour les anbVB : Appentia es m staterâ, et m- verUus es minùi fto&ens. Si l'Évangile n'a pu vous enseigner l'esprit d'indulgence et de douceur, peut-être serezvous mieux inspirés par lesoiudevos intérêts temporels, et peut-être, sans devenir plus charitables, deviendrez- YOUB au nuin«' plue circonspects. C'est ce que je vous apuhaite-

Vuilà donc où mène le beaoîD de faire des prosélytes à tout prix I C'est dans le mfime esprit que les jésuites , prêchant aux peuplades idolâtres, leur dissimulaient

Jésus crucifié et tout le c6té humble de la religion, pour ne montrer que Jésus triomphant et le côté glorieux. Voilà quelle» concessions un évèque ne craint pas de &ire à l'orgueil de la raison humaine et ft la vanité du siècle, et cet évAqne se compare à saint Paul ! et ce sont cesgens'lâ qui ne peuvent pas souffrir que l'enseignement de la philosophie soit confié à un professeur juif ou protestant! D'une part une faciUté qui descend jusqu'aux limites de l'hérésie, et en mfime temps une rigueur portée jusqu'à l'intolérance et au f&aatlsme !

Certes, oui, quand on voit M. de Chartres, proclamé une des lumières et une des gloires de l'épiscopat, on comprend qu'en effet la religion soit en danger. On comprend que les inférieurs suivent l'impulsion donnée d'en I)^ut,'et que la religion, devenue entre les mains de M. de Chartres une espèce d'instrument social, se réduise entre les mains des petits abbés aux proporlions d'un joujou de salon ou de boudoir. Jamais le système de la dévotion aîsée du P. Lemoîne, jésuite, n'a reçu un déreloppementsi considérable. Aujourd'hui Ton met la piété en musique, on la couvre de Heurs de bien dire, on la tourne en journaux et en feuilletons. La communion pascale à Notre-Dame fournit un premier-Paris, où l'on rend compte de cette auguste cérémonie en style dramatique, absolument comme s'il s'agissait d'une pièce de

thé&tre. On y parle du R. P. de Ravigoan comme d'un actear : ■ Sa voix, épuisée par les Eatigaea de la retraite, n'a pa porter à tous l'expression du IWDheur qai remplissait son ftme. il a levé sa main, il a béni, il a été éloquent avec lesourire qui rayonnait sur ses lèvres.» Après ces lignes arrachées à quelque vieux feuilleton sur Frédérick-Umaltre, vient tine traduction de la Prose do jour de P&ques, et l'on .termine en parodiant le refrain d'une romance en vogue sous l'empire : < Allez, rapide récit; dites au loin et par delà les frontières de noire France quelle a été notre féteen ce jour (1). > On n'avait pas encore va de troubadour en soutane et en rabat, à moins que cè ne soit don Basile.

Le Stabat maler exécuté à Saint-Cermain-rAuxerrois devient l'occasion d'une lettre signée en toutes lettres l'abbé Pascal. Je ne sais quel journal avait nommé cette Prose la Prose du dimanche de la Passion; sur quoi l'abbé raille très jolimént : « On peut pardonner celte absurde bévue a la feuille fourriériste, qui s'entend avant tout à l'organisation des bataillons - pâtissiers sur les bords de VEuphrate. » Il a le style fanfaron, l'abbé! Ce jenne homme figurerait mieux, ce semble, dans une caserne que dans an séminaire. Au reste, il a de l'érudition et de la littérature comme un souslieutenant; on voit qu'il est nourri de bonnes lectures : — «Au dimanche de la Passion, le Stabo-i est complète-

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miht anormal', ie Fexilia, qui se chante en ca diman- .che, D0U3 foit eavisager d'une manière beaucoup ntotns intimé la scène du crucEfietnent. > L'afibë sait les belles expreasiona de l'école romantique, et il parle da Cycle chrétien, comme pourrait le faire un de ces professeurs impies du collège de France . — « Tout le cérémonial doit B*Aari?umîs«r avec la baute et divine intelligence gui a inipîré le cyeîe ektéHtn. * Voilà la religion chrétienne mise d'un mot et sans façon au niveau des romans de Cliarlemagne et de ceux de la Tahie lîonde. N'est-îl pas charmant, l'abbé P....i? Entendez-Le s'élever contre l'incmig^U manie d'introduire Ib manque et les artistes profanesdans les églises : — «Je l'impronTe de toutes les puissances de mon âme'. Celte Prose, en passant par des bouches prostituées aux chants cyniques.... par les cent voix des vierges folies, les ténors et lesbasses-tailtesde.». jbh'acbètepabI » Sublime réticence ! Sainte pudeur de Tabbé P. ...l qui s'arrête devant le nom de l' Opéra ! Est-ce au séminaire que l'rai apprend à s'exprimer avec celle vigueur et cette pftSSiOQ Sur les prostituées et les vierges folles?

Le olergé, depuis quelque temps, s'est beaucoup mis à écrire. 11 est triste de retrouver dui8 tout œ qu'il a écrit une violence injurieuse, une apreté de style aotichrétienne, ou cette indécente légèreté ai parlant des. choses saintes.

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