‹ Les Jésuites et l'universitéChapitre 8 sur 27 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LES JËSmTBS TYRANS DU CLERGfi.

On se demandera, sans donte, amimeDt il ne s'élève pas du sein du clei^é une seale voix pour protester contre ces liiux miracles, ces amulettes, cette superstition grossière et matérielle qu'on veut substituer à la foi; d'où vient de la part du clergé cette complaisauce à servir des 'manoeuvres réellement impies, à seconder l'œuvre d'abrutissement entreprise par les jésuites. Le clergd tout entier est-il donc gangrené? Non, le clergé n'est pas tout entier gangrené; mais il est tout entier asservi et sous le joug le plus rude, le plus pesant, bien qu'il soit en apparence le plus aimable et le plus léger^ sous le joug des jésuites. Ils viennent à nous en criant liberté! C'est le mot inscrit sur leur drapeau. Pour apprécier les douceurs de la liberté qu'ils nous préparent, examinons l'esclavage sous lequel ils écrasent tout le clei^ inférieur, c'est-à-dire tous les curés, soit de ville, soit de campagne. Oh I oh I les bons Pères ne font rien à l'étourdie! Avant de se mettre à travailler dans un champ, ils ont soin d'écarter on d'anéantir tous les ob-

slacles qai pourraient plus tard les gâner. Ainsi, quand il6 se sont jetés sur la France, disposés à marcher à la conquête de tous nos droits, de toutes nos libertés, ils ont commencé, comme cela se dit en termes de stratégie, par bien assurer lenrs derrières. Ils voulaient pouvoir parler au nom du clergé ; Us ont réussi. Quand vous lisez : Le clergé veut ceci ; le clergé réclame cela ; le clergé entend, it ordonne, il exige... cela signifie les jésuites veulent, réclament, ordonnent, exigent.

Louis DoUé, avocat des curés de Paris, qui, dans le grand procès de 1577, prit la parole après Aroauld, avec autant de force que d'éloquence et de modération, reprochait aux jcsuilc3 (]e s'ijlre érigés en censeurs et maîtres du clergé, en pasteurs universels, en surintendants de l'Église. Nous les retrouvons les mêmes en 1S43. Je le répète, le clergé au nom duquel ils parlent, c'est la Société de Jésus. Le véritable clergé, ils le tiennent dans l'oppression et le réduisent au silence par la terreur. Le clergé tremble, se tait et n'ose remuer devant eux. C'est le milan qui bscine les p^ts (riseaux. Par quds moyens, à la foveur de quelles circonstances sont-ils arrivés là? C'est ce que nous allons rechercher. Une seule remarque préliminaire : on leur a reproché cette oppression que, par l'intermédiaire de l'épiscopat, ils exercent SOT le bas clei^é. Qu'ont-ils répondu? — « U61 mon ■ Dieu, laissez donc le clei^ tranquille! à parfquel- « ques malheureux, gui sont de taauvais prêtres et qui « atiraîent été de mauvais ckoyens, te clergé inférieur

« ne te plaint nullement du despotisme -du haut t clergé (1). » — Quand il sérail vrai qu'il ne s'en plaignit nullement, cela ne prouverait rien, car il fiiudrait savoir si l'oppression qu'il subit ne va pas jusqu'à lui interdire la liberté de se plaindre. Or, c'est précisément ce qui a lieu. D'ailleurs, ce gémissement, ce soupir de douleur, il s'est exhalé par la voix de MM. Ailignol (2); le moade ne l'a pas entebda, mais vous l'avez entendu, vous, jésuites, et voua prenez vos précautions contre toute chance de puLUcité, en calomniant d'avance ceux qui la réaliseraient, en les notant d'infamie : ce sont de$ malheureux et de mauvais prêtres !

La simple lecture du livre de WS. Ailignol est plus que suffisante pour les préserver de ces horribles épithètes. Leur exposé de fiiits est sincère, mais en même temps modéré jusqu'à être respectueux. S'il en sort une accusation contre l'épîscopat, c'est malgré les auteurs. Us protestent de leur entier et absolu dévouement à cet épiscopat, mais l'Église leur est encore plus chère. Les plaies de l'Église, son danger imminent, les ont délerminés à parler. Leur livre est « un plaidoyer, un mé- « moire en bveur de la grande cause du clergé français! , auquel on a bit ■ une position fausse, humiliante, qui « arrête son action, qoi paralyse son influence, et l'empâ- ' che de s'élever à la hauteur de sa mission et de se mettre

(I) VVitimrt Ûtt i juin IS43.

(3) De FÉua acluel du clergi en France, [»r HH. Ailignol rrèrcij prèlro denervante.

B au niveau des besoiiis actuels du peuple. » (Prélïicc, p. XIV et XXI. }

« C'est avecunvifseDEiment de trialessequG nous nous « résiguoDS à descendre dans les profondeurs d'une si- « tnation dont le seul aspect nous met la rougeur sur le « front et nous serre le coeur. Mais une conTiction pro- « fonde qtiî nous fait voir l'honneur de l'Église, l'intérêt « de la religion, celui de la société tout entière compro- « mis par cette situation fatale, ne nous permet plus de

nous taire. Le silence serait ici pour nous plus qa'ane X licheté. il serait une .prévarication. » (P. 173.)

Cette dignité de langage ne se dément jamais. C'est partout la même fermeté, le même calme. MM. Allignol, depuis vingt'-ciDq ans qa^ils font partie du clergé du second ordre, étaient en position de connaître ce qui se passe; ils le dévoilent & leur» risques et périls. Un long exercice du sacerdoce, une réputation inattaquable môme aux morsures des jésuites, l'honneur d'appartenir à une famille vénérée dans le pays pour sa bienfaisance et sa piété, enfin, s'il font joindre à ces hantes considérations morales un détail matériel, mais non pas indifférentjl'avantage d'ôlre du côté de ia fortune, àl'abrl des premiers besoins, toutes ces circonstances réunies semblaient permettre ii MM. Allignol de fuire ce que personne peut-être n'était en position de fbire comme eux, d'obéir à leur conscience impunément, impunément n'est pourtant pas le mot exact : ils étaient curés de campi^ne; comme tels, les jésuites ont trouvé moyen

de tes frapper : on leur a retiré leurs cures; ils vivent' enterrés dans quelque recoin des montagnes du Vivarais, leur pays, maïs on n'a pas osé davantage et aller jusqu'à les interdire. C'est que le pape, après avoir lu leur livre, en a témoigné formellement sa satisfaction ( 1 }. L'approbation du saint-père protège la Ikiblesse des deux auteurs. Mais que parlé-je de faiblesse? on est toujours assez fort et redoutable lorsqu'on suit sa coavictioD et qu'on sert d'oi^ane à la vérité. Il est arrivé à MU. AUignol comme au saint homme Joh i IHea àit i Satan : ■ Je te permets de lui ravir ses biens terres très, maie ne toucbe pas à sa vie. •

Ces préliminaires étaient indispensables pour montrer à qui nous avons affaire dans la personne de lUI. Alligool» et quel est le poids de leun par^. Nous s'avons pas dû laisser aux jésuites la ressource de dira que ce sont det malh«Hre%u; et de mouvait pritra.

VenoM maintenant à i'ouvrage même.

Il a'Qecttpe qiécialemenl des pasteurs à ebai^ d'àmes, ou Cttr^ qui, au nombre de trente-cinq ou quarante mitlei constituait le el^ inférîeor» o'e^-dire la clei^ comme autr^oia le tiers-état ocmstituait la nation.

La première partie du livre recherche la discipline la iurisprudeoce de l'ancienne Église rdaUvenwDt & ses. prêtres. Loor importance hikarehique était alors en

(t) Il Ê^Mm mSme : ■ Je ne nnit pas que la Mtpm de Frues fUHSrt-salaBt (le paipQB.li

raleon directe de celle de leurs fonctions, car, Bauf l'ordination, dit saint Jérôme, que fait l'évêqaeque nefEtsee J9 curé? aussi ces curés recevaient-ils des évAques letilre de confrères (compresbyler) ; ils coaconraîent avec les évèques au gouvernement des diocèses, étaient admis aux conciles, avaient droit de suffrage aux synodes.

Ils étaient déi»endants du pouvoir des évâquesj mais ce pouvoir était réglé par des lois. On voit peadaut les premiers siècles dans chaque diocèse on tribunal d(mt révèqae était leprésident et les autres prêtres les assesseurs. Cela s'appelait le presbytère, et subsiste encore auprès du pape sous le nom de sacré collège. Ainsi, dans le principe, le curé accusé était jugé par ses pairs présidés par son chef; et, s'il n'était pas salisÊiit du jugoaeat, it avait le droit ji'ea appeler au synode, à l'évéque métropolitain, au concile naUonal, et enfin au saintpère.

C'étaient là sans doute de grandes garanties pour les curés; cependant elles semblèrent encore insuOlsantes, et le premier concile de Cartbage, confirmé par les coor ciles de Milève, de Tolède (I), d'Arles (2) et de Tours (3), veut, pour juger un curé en première instance, la réunion de six évèques, le droit d'appel toujours réservé, bien entendu. Les exemples ne maii<]neot pas de l'application de cette jurisprudence.

(1) IV- Cono.. ean. Î8.

(Z) V* Gnu., ean. 4.

[3) U* Omc., ean. 7.

BulBamoD, commentant les canons du concile de Car- Ihage^ observe que les sentences non revêtues de cette forme n'obligent à rien ; a autrement, dit-il, le frein mis par l'Église au bon pliUsir des évëquca serait illusoire, et ils pourraient exercer sur le dei^ une tyrannie insupportable. » {In conc. earth. 14-23.)

Cette discipline fut encore maintenue en 1727 au concile d'I'^mbrun, présidé p:ir \v, cjirdinai de T(!ii(;in. A la vérité, il s'agissait de juger un évôque, le janséniste lioanen, évâque de Senez. Hais cette différence de titre n'importe pas, car l'élise assimile partout le jugement des simples prêtres i celui des évêques ; seulement, elle double, pour ces derniers, le nombre des juges. Aussi uppela-t'On au concile d'Embrun les évèques de toutes les provinces \oisines, afin qne la compétence du tribunal ecclésiastique ne pût être contestée ni déclinée.

L'Église a donc pris toutes les précautions possibles pour que les curés fussent rais à l'abri de l'arbitrairt! et du bon plaisir des évëques. Les prêtres à charge d'ùmes ont toujours été flxes et inamovibles; ils n'ont Jamais été destituables ni révocables au gré de leurs évéques. et toujours et partout il a fhllu, pour les destituer ou les révoquer, un jugement canonique dans les formes.

Cependant, l'embarras de réunir nécessairement six évèques fit créer, pour les causes mineures où il s'agissait de peines légères, ces tribunaux diocésains qui, sous le nom A*offieialilêSj subsistèrent jusqu'à la révolution de 1789. Hais là encore la défense avait toutes les

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garanlies et toutes les libertés désirables, et oa laissait BU droit d'appel toute sa latitude.

L'inamoviblUté des prêtres à cbarge d'ùmes allait jusqu'à ce point que l'évéque ne pouvait transférer un curé d'une paroisse à une antre sans le consentement du prêtre.

MM. Allignol s'attaclient fortement à ce droit, et ils ont raison, car c'est ce droit qui constitue l'indépendance du clergé inférieur, et par conséquent devient le principe de ses vertus, puisqu'il n'y a point de vertu sans la liberté.

Plusieurs fois déjà, dans le dix-septième siècle, des membres du clergé supérieur tentèrent d'ébranler ce droit renouvelé et confirmé par le concile de Trente. Quelques prélats demandèrent à Louis XIV de rendre amovibles les prêtres desservants des églises annexées, a Messieurs, répondit le roi, je couseus volontiers it « rendre ces pauvres prêtres amovibles ; mais à une « condition : c'est que les évégues le soient aussi. » On peut supposer que cette réponse était sooHlée par Bossuet. Les évéques ne voulurent pas de l'amovibilité à ce prix.

En 1697, le scandaleux archevêque de Reims, Le Tcllier, prélat ignorant, de mœurs suspectes, n'estimant dans les hommes que le rang et la fortune(l), s'avisa de Atire, de son autorité privée, un mandement pour ren-

(1) Voyci l'aoccdoto racontée parRacino, dans Fragmeuii hisiorbiua.

dre 663 curés amovibles. Loaia XIV, en étant averli^ loi fit défendre de le publier.

Eh bien, aujourd'iiuî, rien de tout cela n'existe! plus de tribunaux, ecclésiastiques, pins de garantie, plus de droits; rien que dos devoirs, et tHea sait si on les nmd pénibles [ Les curés, surtout les curés de campagne, sont devenus matière taillable et corvéable à merci ; ils sont les esclaves, les ilotes des évêques. On les change, on les destitue, on les suspend, on les condamne comme Von veut, tant qu'on veut, sans les entendre, sans qa'ils osent ouvrir. la bouche, « Il n'y a, disent MM. Mlignol, plus de formes canoniques quelconques. Dans les causes cléricales, tout est arbitraire, tout se passe dans l'ombre et le mystère; tout, absolument tout, se foit par la correspondance secrète de l'administration diocésaine. Jor mots on ne voit ni accutaleurt, ni témoitu, et Ton e$t souvenlpuni avant de tavoir si l'on esf accuse. » (P. 234. ) C'est le régime de l'inquisition pure.

l6 développement de ce triste tableau remplit la seconde partie da livre de HH. AUignol.

Hais, d'abord, quelle causeaamenécechangement, ou plutôt ce bouleversement,dansrÉglisedeFrance!Levoici:

Lorsque Bonaparte conçut l'idée de rétablir le culte, il songea en même temps k s'appuyer sur le clergé pour réaliser ses projets d'amJiiticvi; mais il m se dis^muta pas que le cleiigé, dévoné ft l'ancten r^ime, sa se prêterait jamais sincèrement à servir le nouveau, n ne suffisait' pas de rappeler le clergé pour le gagner : on ne sé-

âait pas si I^ilement quarante mille ennemi». Il prit doQC un autre biais : ce fat d'asservir complètement le clergé à ses chefs; moyennant quoi, il n'avait qu'à maîtriser les chef^ pour dominer le corps entier et le bire moavtdr ft son pWair. Divide et <mpmt. Cetli B*«x6cuta en un tour de main par l'addition an concordat des arUelt$ vrgmiquea. On lit dans ces articles : « Art. 31 ■ desservante sont approuvés par l'évéquc et révocahlti par lui. » Ces trois mots ont brisé le clergé inférieur, l'ont réduit à rien, car « la révocation renferme en elle seale toutes les peines canoniques ; elle renferme de plus, aujourd'hui, celle de perdre tout droit à son traitement, et par là ses moyens d'existence même- Donc l'évèqne, le moindre de ses grands vicaires, peut exercer sur tous les desserranta, c'est-à-dire sur la prtsque totalité du ulergé pa$toral, un pouvoir arbitraire, et, si cela lui plaît, lei réduire à la misère. » (P. 115.)

Hais, dira-t-on , les appels comme abus? Supprimés avec les tribunaux ecclésiastiques. Je me trompe : il y a rappel devant le conseil d'État. cArt.6. Il y aura recours an conseil d'État dans tous les cas d'abus de la part des supérieurs et antres personnes ecclésiastiques. » Qui ne voit d'alwrd que c'est là un recours illusoire? Le conseil d'État est composé de laïques, avocats, médecins, militaires, financiers. Vont-ils, ponr juger dl^ement les' causes cléricales , se mettre à étudier la théologie et les canons de l'Église? Recourir aa conseil d'État, c'est un' droit auquel on préfère renoncer, etHH. Alltgnol ont

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ralaoD de dire : « Non seulement l'éTfiqoe Juge et punît arbitrairement, mais il termine tout en dernier ressort, Eans instruction comme sans forme caQonigtie, sans contrôle comme sans conseil.» (P. 116.)

Ces articles organiques furent rédigés à Tinau du pape et publiés sansson aveu. Les évèqueaécriTÏreotnne belle leltre de doléances au sainl-père sur les funestes changements introduits par Bonaparte dans la discipline ecclésiastique; mois ils ne laissèrent pas d'en proûler. HH. Àlllgnol, en reconnaissant ce &it impossible à nier, tâchent de Texcosw sur ce que « il est de la nature de toute autorité de s'étendre tantqu'elle peut. » Ils avouent que les évéques montrèrent alors « trop de mollesse et do déférence pour un pouvoir irrésistible; > que même « ils sentirent one secrète saUsfiiction d'an changement qui fortlQait leur autorité et accroissait leur pouvoir, s (P.133.) Us rejettent le tout sur risolementoùBonaparte tenait les prélats, les empêchant de communiquer avec home. Cette apolc^e est-plus charitable que juste; il n'y a ]^ d'isolement qui puisse forcer personne d'exercer contre sa conscience un pouvoir illégitime- Bonaparte ne. réduisit pas les évèques par l'isolement : il les gagna par leur intérét,il faut le dire sans détour. Au reste, labonnc foi de MH. AUigttol ne leur permet pas de dissimuler cette opinion: .

■ Des personnes anciennes , disent-ils dans une note - « {p. 134)4 très instruites et inSniment respectables, et « qui se croient initiées dons le secret des affaires de ce

« temps, prétendent qu'il y eut un vrai accord entre tes a nouveaux évêques et le gouvernement, pour assujettir a tout le clergé diocésain à l'arbitraire épiscopal, et ren- « dre amovibles et révocables à volonté l'immense ma- < jorité des pasteurs du second ordre. »

Ët ils s'efforcent en vain de combattre cette assertion. Ce qui en prouve l'exactitude contre toutes les remarques et les distinctions du monde, c'est que les évèques ont continué à user de leurs nouveaux droits jusqu'à en abuser, et que de notre temps cet abus est monté ati comble Or, notez bien que, dans le concordat du 1 1 juin 1817, entre Pie VII et Louis XVIII, ces mômes articles organiques ont été formellement supprimés r • Art. 3. Les articles dits organiques, qui furent faits à l'insu de Sa Sainteté et publiés sans son aveu le 8 avril 1802, en même temps que le concordat du 15 juillet 1801 , sont abrogés en ce qu'ils onf de contraire à la doctrine et aux lois de l'Eglise. »

Nous en avons dit assez sur la doctrine et les lois de r£^Hse concernant les curés, pour faire appr<;cier si l'arbitraireet la tyrannie des évéques sur le clergé inférieur y est ou non contraire.

Ainsi, sur quoi qu'il veuille se fonder, sur l'ancienne discipline ou sur la moderne, le pouvoir oppressif des prélats est illégal autant qu'il est inhumain et antiévangélique(l}.

(l) Il est Juste d'ob«.T*er qne le conconlnt ds Louia XVIII n'a pas

On n imaginé an singulier snbterfUse pour dissimuler au premier coup d'œil ce qu'il y avait de trop choquant dans ces escès (!ii\t!rri Iiîs cuivs ruraux : on a appelé ces curés desservants, et il a semblé qu'en perdant leur vrai nom, ils perdissent en mâme temps leurs droits. En effet, les conciles, les papes, les auteurs canoniques ne parlent que des curés; de desservants , pas un mot ! de mùnic ou a substitué au mot paroisse ou cure, le mot succursale, et au moyen de ces synonymes ridicules et de ces puériles distinctions, l'asservissement, Tilotlsme du clergé inférieur, comme eH parlent HH. Allignol , est devenu complet et a reçu un vernis de légalité.

On sait ce qu'éfait autrefois le curé de vUlage , tant célébré par les poêles et les philosophes même du dixhuitième siècle; on peut voir ce qu'il est aujonrd'liui. MH. Allignol, quoiqu'ils en rougissent, n'essaient pas de faire illusion sur sa funeste métamorphose. Tous les jours on entend des plaintes contre l'iutolérance des pasteurs ruraux, leur âprelé au gain, leur ignorance, )ei]r zèle à introduire ou l^voriser des superstitions absurdes, mais pour eux lucratives, etc. MH. Allignol déclarent, sans périphrase, que le pasteur rural est tombé delahauteposition qu'il occupaitjadiâ dans l'esliuiepubltque dans un abîme d'abaissement et d'al^eclion (p. 178.)

Ils signalent trois causes de ce mal.

élé reïu, et par conséquent n'a pas Ibrca de Ibt; mais II s'agU do voir Ic8 eliows en conuience el eu Ëqnilé,

DlgifeedbyGoOglç

Première cause de ra\i1issement du desserrant: la perte de son nom et de sa «inalité de curé. — Seconde cause : il est devenu révocable et amovible; — troisième: il est jugé et puni arbitrairement parsonévèque.

La seconde cause surtout et la troisième paraissent à MM. Allîgnol les plus fécondes en conséquences funestes. Chaque prélat a cinq ou six grands vicaires pouvant placer on déplacer sans formalité, sans contrôle, sans autre loi que leur volonté. "Aussi dans plusieurs diocèses ces changements n'ont déjà plus lieu en délail et partîellemea{,maisenmasseetpar lettres circulaires.* 295.) Qn'un prolecteor réclame auprès de l'évéque et s'informe du motif de la disgrftce, un mot lui fermera la bouche : affaires de femmes. Celui sur qui ce mot terrible a été prononcé est perdu à jamais ! Il vaudrait mieux, comme dit rillcriture, qu'on lui suspendit au cou une meule de moulin, et qu'on le jetât h la mer. MM. Allignol ne sont pas tout & fait si explicites, ils n'osent pas, mais on les comprend : « Quelle idée le peuple doit-il concevoir de la moralité de ses pasteurs!!! nous sommes ici sur des charbons ardents , et nous ne pouvons qu'indiquer cet affreux résultat de l'amovibilité. » (P. 214.)

Ilfautdoneàtoutprix plaire non seulement àrévèque, mais aussi, mais surtout à ses grands vicaires; il faut plaire encore au cure de canton, autre despote autour duquel se forme une petite cour. L& s'organisent l'espionnage, les délations, la diSïimation, la calomnie; la délation , «i cbèrs anx fila d'Ignace et leur principal

moyen de gouvernement. On sait que chez euK tout espionne et dénonce réciproquement^ le jour comme la nuit ; k table, dans la rue, au confessionnal ; depuis les premiers ctiefs jusqu'au dernier marmiton. CelAche vice, cet odieux venio s'est inflltré profondément dans le clergé inférieur, il le ronge et ne doit pas tarder à le dissoudre. Laissons parler l'expérience de témoins oculaires : « Un autre effet non moins funeste de l'arbitraire dans les jugements, est d'ouvrir la porte à toute sorte de délations et de calomnies. Ne les provoque-t-il pas môme directement?-., aussi nousassure-t-on quelesdélationssesont multipliées & l'infini dans tous les diocèses ; qu'tï en est où tous les prêtes ontélê dénoncés; que l'administration ecclésiastique ne sait plus que penser ni que i^ire!.... » (P. S'il.) Vl en note; « l'asse le ciel qne ces délations infimes et ces noires calomnies ne viennent jamais que de la part des gens du monde ! »

Que voulez-Tons que devienne un corps travaillé par cette hideuse lèpre jésuitique? Comment les jésuites osent-ils accuser personne d'immoralité , en\ iJonl les constitutions les obligent d'exercer continuellement les uns envers les autres et envers tout le monde de toutes les immoralités la plus perverse, la délation ! la délation qui tend à éteindre dans le cœur de l'homme tout ce qu'il y ;i de seotiinoiits nahles et généreux, qui parviendrait à supprimer la famille et la société tout entière 1 Contemplez-en les effets sur ce déptoraî>le clergé.

« Les infortunés desservants deviennent ainsi forcé-

menl les ennemis secrets les uiisdes autres. La franchise, la cordialité, les rapports intimes cessent, disparaissent sans retour. Aleur place viennent ladéQance, la jalousie, la haine peut-être! chacun s'observe, croyant voir dans son voisin un ennemi dO^uisc', un rival dangereux. On n'ose plus se fier à personne : on reste chez soi, ou si Ton se voit encore» c'est par pure bienséance et pour se sonder mutuellement. •

Quelle existence ! et pour achever de la peindre, figurez-vous ces malheureux, eu mèinii ti^inps qu'ils sont minéa par ces haines intestines, luttant contre ie mépris de leurs paroissiens, contre l'autorité civile, tâchant de foire argent de tout ponr assurer du moins quelques ressources à une existence étroite, pénible et chaque jour remise en qpiestion. Ne vaudrait-il pas mieux ramer aux galères.

On n'a pas de peine à croire MH. Allignol quand ils disent que tant de peines, de tracasseries et de persécu tions ont fait prendre à beaucoup de prêtres leur profession en horreur. On ne tarde pas à maudire une carrière où, cherchant la paix, l'estime et le moyen de faire du bien , on ne trouve que discordes , honte et misère. L'honneur, disent H. Allignol, est Fexistence du préfre; un prêtre révoqué est un prêtre sans honneur comme sans ressources. 11 ne lui reste que celli! de demander l'aumône : « Nous avons vu de ces fitres infortunés, poursuivis & outrance par l'autorité diocésaine, forcés de descendre à cet excès.d'avlliasemrait, et tendre une

main tremblanie à ta charité pidtlique! » {P. 238- ) Je ne me lasse pas de citer ce livre ellrayaDt, car les révélations dont il est plein ont dans la bouche des révélateurs une force qu'ils ne sauraient avoir dans celle d'aucon autre. — « Le curé de campagne atpiaei » ba^ oujouriTAtH, U est enfotwi si avantdans la dégradation, qu'il n'est plus en son pouvoir d'en sortir et de remonter à la hauteur de sa dignité première.... On ne vit jamais de servitude semblable à la fiienne.... Sa réputation, son honneur, sa position dans la société, son existence même, tout dépend de soq évfique. Un mot prononcé, deux lignes écrites suf^sent pour le ruiner et le déshonorer à jamais, sans qu'il lui reste aucun moyen de prévenir un si grand malheur ni de le réparer. » (P: 242.} Cela fait comprendre l'afCreose vérité de ce mot d'un prélat (p. 267) : « Je n'ai qu'à lever la main, et tous mes prêtres sont à mes pieds. » En effet, on y serait à moins J On demande s'il existe en France une condition plus en dehors du droit commun, plus précaire et plus humiliante que cdle du curé de campagne? Une seule chose doit étonner : c'est qu'on trouve encore des. hommes capables de se vouer h txn état si misérable. On tel dévouement, s'il est réfléchi, tient de l'hértdsme. » (P. 254.)

Voil& donc le sort qu'une soixantaine d'hommes, év6ques ou archevêques, ont i^t à trente-cinq mille curés. Quels sont les résultats de cet excès de pouvoir relativement à la religion? Est-il be-soin de le demander, Qu^n4

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on voit le sacerdoce rendu haïssable au jj^étie, gL le prâtra rendu méprisable aQlaTqtiBÏ C'est là, an surplaS} ô en juger par ce qa'on voit, le moindre souci des évoques. Mais les évéques eux-mêmes? Ce despotisme si lourd et si rigoureux, que rapporte-t-il à l'épiscopat? « Jl rend son autorité odieuse. Cette autorité en vient jusqu'à inspirer la crampe tt VovertiM. » {P. S39.) — L'autorité a cessé d'être paternelle et l'obéissance filiale. Le malheureux desservant... ne peut que redouter ses supérieurs, ii ne saurait les aimer. C'est un esclave qui sert sousTimpreseion de la cniinte; ce n'est plus nn âls qui obéit par amour. Les suites nécessaires d'une telle position sont l'anxiété, le découragement, la défiance, la froideur et peut-être, hélas ! la haine. » (P. 207.)

En voilà assez pour faire connaître l'instrument façonné pour l'usage du despotisme impérial, et aujourd'hui entre les mains des jésuites. Les jésuites, après Nap(riéon, ont g^né l'épiscopat; ils sont donc à lenr tour les maîtres du clergé entier. C'est au nom du clergé qu'ils parlent si haut et si arrogamment ; et croyez-vous maintenant qu'un prêtre osùt élever la voix pour les démentir sur le mandat qu'ils s'attribuent, ou les contredire sur la question de l'enseignement?

II y a peu d'années l'aspect d'une misère si profonde suggéra à quelques hommes l'idée d'une entreprise industrielle. Ils s'adressèrent au clergé inférieur et lui dirent : « Ce qui se passe est monstrueux et ne peut durer ainsi. On vous écrase h plaisir, parce que seuls

dans rt^tal vous n^avez pas d'organe dans la presse périodique; vos intérêts senties seuls qui n'y soient pas représentés ni défendus. Ehbien,donnez-nous des fonds, et nous créons un journal qui tous sera dévoué, un journal religieux, consacré à soutenir le cler^ inférieur^ à mettre au grand jour ses droits et ses souQVances, & le tirer enfin de son abaissement. Le clergé Inférieur donna les mains à tout ce qu'on lui demandait : le pauvre prêtre de campagne se saigna. Le joutnal parut; les évèques ne tardèrent pas à s'y abonner; ils y dépo- , sent leurs pieuses confidences et leurs soiates colères, et c'est dans cette feuille transformée, dans VVnivers , que tout le monde a pu lire ces paroles : lb clbbgé ih-

FËRIEUB NE SE PLAINT Ntn.LBMEnT DD DESPOTISHE DU HAQT CLERGÉ.

En eifet il ne se plaint nullement ; mais demandez pourquoi à MM. Allignol : — « Les infortunés euxmômes n'osent se plaindre; ils épuisent silencieusement jusqu'à la lie le calice d'amertume qui leur est offert. Ils sont placés si bas qu'il craignent que leurs plaintes ne soient pas entendues, qu'elles ne trouvent pas d'écho et ne servent qu'à aggraver leur position déjà si pénible. > (P. 249.) — Voilà pourquoi ils ne se plaignent nullement. On le savait bien. C'est toujours la même ft'ancliise et la même bonne foi !

De quel prix , cependant, ces deax vertus ont-elles été récompensées dans MH. Allignol? Le détail serait trop long ; il su^ d'un sommaire. Les auteurs avaient

sollicité sur leur ouvrage, avant de le publier, l'avis des prélats les plus émioents; on dit qu'il existe un manuscrit aunoté de la main de M. Âlffe. HoaseigDeor Garibaldi, iuternoucedupape, avait refusé conimechose inutile de soumettre l'ouvrage au saint père, attendu qu'il ne s'y agissait que de la discipline et non de la foi. Uaia M. Boyer, directeur de Saint-SulpicCj prit sa terrible plume et publia un coup d'œil dans lequel , avec fi>rce injures à HH. ÂUignol, il prononce ex cathedrà que leur livrene signifie rien et que zéro en est Vexpreition véritable (1). Sa raison est que MM. Allignol s'ont pas visité toutes les églises du royaume; n'ont pas con~ versé avec tout les prélats, fous les doyens ruraux , tous les arcbi-prôtres ; en un mot , selon M. Boyer, pour que l'ouvrage eût quelque autorité ^ il aurait Mlu qu'il fbt fait par ceux qu'il accuse. Voilà comme on raisonne aujourd'hui à Saint-Sulpice.

Hais on ne se borne pas à raisonner, on agit. H. Boyer alla prêcher une retraite à Viviers. Là, une scène solennelle fut montée ; en présence de l'évëque et de tous les prêtres du diocèse , y comprisMAf. Allignol, la doctrine du livre sur le clergé rural fut, dans des harangues concertées, quatiSés tnjurMtw» et oufraj^eomepour la forme,

(!) ï Sahil-Siilpicc nii iioiivait p;inioniii'r ;uix niilfiirs d'avoir dit que les éUitlL's tlcricalrs ini so;it pii^ vk qii'tlliii ilci raient Gtre; qu'il esl urgent de les ngrandir et de rlisiigcr le mode d'uiiEcignement pour le meUre en hurmonie avec les besoioe du siÈde. ■ {Siograpliie du clergé conUmporaia, t. V. p, !?!.)

erronée et hétérodoxe pour le fond. C'est ce que les prê-; très qui y asslataienl appelèrent eux-mêmes la farce de yivim.

H. Auguatia AUigDOl demanda un congé pour aller à Kome. On le lui accorda. Quinze jours à peine s'élaient écoulés qu'un nouveau curé le remplaçait dans sa cure deMeyras, et quelque temps après l'évèché iiotiûaÀ H. Chartes AllignoU eoré â8 FontbeltOD, malade d'une maladie aiguB , qu'il eût % vider les Uenx dans le plus bref délai, attendu que son suGceseeur était nommé- La. désolation futgrande dans cette pauvre petite ville : le pasteur chassé refhsa l'escorte d'honneur que lui voulaient &ir« le maire, les eonBeille» municipaux et la garde nationale; il les euppliaaunomderamiUéâe s'abstenir et parut (1).

Cependant qu'avait décidé Rome ? Rome , par égard pour les évèques français, n'avait pas voulu s'expliquer. G'&alt ^expliquer assu dairemeot ; et, pour laiaaer encore moins d'incertitude sur son opinion , le Saint-, Père permit par un bref à MM. Allignol, dépouillés de leur cure, de dire la nuise dans leur maison, et de la Ëûre dire auxconCrères qui viendraient les visiter. Cda. n'est pas équivoque! VoiUi deux simples' «mrés de eam~j pagne destitués, rendus- suspects , presque interdits par leur évéque, et à qui le souverain pontife accorde, comme on ferait à des princes, la fiitveur singulière d'une chapelle domestique!

[1) Biographie du cUrgé eoniemporain, \. V, p. 339.

« Cependant rodmtnistration de Viviers disait tout

haut, elle fit publier sous le couvert de l'anonyme, par le journal (le Privas, que ?fs frèrea Allignol avaient cic condamné» à Rome, que leur cause était Anie, et qu'il ne restait plus qu'à prier pour leur retour à la foi (1). » Ainsi il était réservé à ces deux nobles frères de servir eux-mêmes de preuve aux assertions affligeantes de leur livre.

Mais leur tâche n'aurait pas été complètement remplie» si , contents de févéler les malheurs da clei^é , ils ne s'étaient occupés d'y trouver un remède. Ce remède est bien simple , et tous nos lecteurs l'ont d'avancé indiqué : pnisque le mal vient de la suppression des tribunaux ecclésiastiques, il doit cesser aussitôt que ces tribunaux seront rétablis. Dès lors, la sécurité renaît poar le curé de campagne ; il peut, dégagé désiM-mais des préoccupations matérielles d'ici-bas , se vouer à l'étude de l'Écriture et des l'éres ; s'attaeiiiîr à sa paroisse, qui s'attachera à lui, et leur union sera ce qu'elle doit être, un véritable mariage spirituel. Les esprits n'étant plus aigris, de part et d'autre on n^enlendra plus guère parler de ces conflits scandaleux entre le pasteur et son troupeau; enfin le clergé régénéré se montrera à la hauteur de sa mission. On peut y compter d'avance , car réfléchissez un moment, et vous admirerez combien ce clergé a dû garder an fond d'honnêteté et d'énergie pour résister en silence à nne-

(1) Biographi» du clergé eonlempomtn, i. V, p. 333.

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si horrible contn^Dle et De s'être pas encore prédinté tout entier dans les bras des jésuites !

Mais comment arriver au rétablissement des tribu-^ naus ecclésiastiques? MM. Allignol, en déclarant que, vu l'imminence du péril, tout délai serait funeste, qu'il faut un remède prompt , actuel, croient que < nos évéques pourraient commencer l'application de ce remède dans des conciles provinciaux. » G*estpour le coup pousser trop loin la magnanimité que de s'attendre aux évéques pour corriger l'excès et détruire Tabus de leur propre pouvoir. L'épiecopat n'affranchira pas ses esc1a~ ves ; il suffit pour en être convaincu de voir comment il les mène. Le clergé inférieur ne peut placer d'espoir raisonnable que dans la générosité de la nation ; 11 l^ut que la nation prenne pitié de ces pauvres prâtres et travaiileàbriserlenrscfaalnes.MH.Allignol, quand ils parlent des conciles provinciaux, oublient que, dans ces assemblées prescrites par le concile de Trente, le moindre prêtre pouvait venir se plaindre de son évëque, l'accuser et demander justice. Nos prélats actuels ne s'exposeront certes pas à un pareil danger. En effet, il est sûr que si le clergé était libre , il se lèverait comme un seul homme et joindrait sa voix à celle de MM. Allignol ; mais il est douteux que, parmi tant de cœurs ulcérés , tout le monde conserv&t la mesure et la modération dont ne s*écartent jamais les auteurs de l'Élal aefuel du clet^. MU. Allignol ont été mieux inspirés lorsqu'ils ont tourné leurs r^rds vers le droit de pétition et vers la presse

périodique : « Quoi ! s'écrient-ils , les plaintes unaDimes de plus de quarante mille prêtres, qui sont aussi des citoyens , trouveraient nos législatears prévenus ou indiSérents : l'opinion publique les ttétrlrait ! >

Non, cette indifférence ni cette prévention ne sont h craindre. Même dans ce temps de lâche égoïsme, il reste encore deï cœurs honnâtea et susceptibles de s'écbaulFer pour une pensée â'humanilé. La question est en effet celle-ci : perd-oD, du moment qu'on se td\t prêtre, tous ses droite de citoyen ? Le clergé inférieur est-il en dehors de la société, ou bien, comme il participe aux. charges qu'elle impose , peut-il réclamer sa protection? La réponse n'est pas dontense. Eh bien, il font qu'il s'organise k Paris un comité laTque en faveur des curés de campagne, auquel ces curés puissent adresser leurs réclamations et leurs demandes , et qui se charge de les présenter utilement à la Chambre. C'est le seul moyen d'esquiver les entraves que le haut clergé nemanqiuirait pas de susciter à ses inférieurs ; d'assurer à ceux-«i la réalité du droit de pétition accordé par la Charte à tous les Français ; c'est le seul moyen d'arriver k un résultat et de ne pas l'attendre trop longtemps. Quand on parle de liberté, de justice, il faut la vouloir pour tout le monde. Les évëques ni les jésuites ne l'entendent pas ainsi ; mais jusqu'ici la nation est encore la plus forte ,'et saura bien les obliger à rentrer dans le droit commun. Vous réclamez la liberté ! Commencez donc par la rendre à vos prôlres. Vousvonlez demeurer les seuls arbitres du sort.

de chacun d'eux et pouvoir les condamner à liuis-clos , sans jugement. La doctrine contraire à cette prétention est qualifiée par voos doctrine nouvelle tt hétérodoxe. Lises donc les conciles, les auteurs canoniques , entre mitres ricîiry et le sage pète Tbomaasin ; lisez celle phrase d'un [\vx>i de Tliglise latine; Bonus judex niliil ex arbitrio facit, sed seamdùtn legea et jura pronuntiat. (Inpsalm., 118.) Hais voos étiez condamnés par le bon sens avant dePëtre par saint Ambrcùse. Appellerez- \ousde celle double autorité?

Les ji'suiliïâ crient sur les toits qu'ils viennent régénérer la France par la religion; que par eux la religion va refleurir. 11» bAlisBeot des confréries où ils enrôlent tous les âges, tous les sexra, toutes les professioDS. Ils en ont pour les gens titrés, pour les étudiants en droit et les étudiants en médecine ; ils enrégimentent jusqu'aux laquais et aux servantes. Tout ce monde-là paye, bien ffliteodu, chacun seton ses moyena, car cela est calculé en cmscieace. il y a mkiw use con&érie d'eu&nts où l'ou donne un sou par semaine, pour racheter les petits ChiniHS que. leurs parenla donnent à manger «hz cochons.

Les jésuites font des reliques et des miracles : on en compose des recueils édifiants qui vont de pair' avec les libelles scandaleux; sans compter les sermons fleuris où quêtent les vicomtesses, et les concerts dans les églises. Bref, pour relever la religion, iln'y a rien dont les jésuites ne soient capables; jusqu'à escalader la nuit les

corniches tlea maisons de I.yon pour y placer des madones de plâtre. Dites un mot, foumissez-leurdes fonds, ils sont prêts à entreprendre des missions en Chine, aux Indes, en Angleterre; mais ne leur parlez pas d'afTranchir le clergé rural et de lui rendre avec la liberté ses anliques vertus et son inlluuiice salutaire sur le peuple des cauipagnes; non, c'est un moyen trop simple, trop court, trop ani. Il lïtut aux fils du chevaleresque Ignace de Loyola, des moyens hardis, éclatants, de grands coups' d'épée. Mais je crains qu'ils ne vérifient jusqu'au bout l'horoscope que leur tira, en 1,>52, la liieullé de iliculogie : « Cette société qui se parc du nom de Jésus, semble périlleuse en ce qui regarde la foi; propre uniquement à troubler la paix de l'Église, à renverser la religion monastique, et née plutôt pour détruire que pour édifier. »

En résumé, les jésuites ont inventé une méthode particulière pour cultiver le champ de la foi, et ils n'y veulent souffrir d'autres ouvriers qu'eux-mêmes ou ceux qui adoptent leur procédé. Ceux qui résistent, ils les' chassent ou les asservissent. S'ils ne peuvent ni les asservir ni les chasser, du moins ils les injurient et les frappent sans relftcbe, croyant par là les réduire à l'inaction. Je m'attends bien, par exemple, qu'ils vont me traiter d'impie, d'alîiée, parce que j'ai appelé l'atlentioii publique sur la manière dont ils dégradent, allèrent et compromettent la religion, la faisant la servante de leur intérêt privé, de leur cuiiidité ambitieuse. Mais ils ont

dilîamé lant d'hoanëtes gens et glorifié tant de misérables, que l'on ae faii non plus compte de leurs iDjurea que de leurs louanges.

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