XVIII INTRODUCTION
Ses fervents apologistes et ses éloquents détracteurs parlent d'elle comme si elle occupait dans l’histoire de l'Église une place unique et exceptionnelle, providentielle pour les uns, diabolique pour les autres, et comme si elle avait changé toute l'orientation du catholicisme. Si on se donne la peine d'étudier de près le développement de l'Église chrétienne pendant le moyen âge, sa décadence au xiv° et au xv° siècles, le double mouvement de réforme protestante et de réforme catholique qui l’a transformée et sauvée au xvi° siècle, on verra, dans la naissance de la Société de Jésus, le résultat naturel de toute l’évolution ecclésiastique et religieuse antérieure; on s’expliquera sans peine la place considérable, prépondérante même, prise par elle dans l'Église catholique réformée, et l’on comprendra comment le catholicisme et le Jésuitisme se sont peu à peu identifiés au cours des siècles, en dépit de la suppression momentanée et apparente de la Société au xvin° siècle, prononcée par la Papauté elle-même. L'Église chrétienne d'Occident avait atteint au xiu° siècle l'apogée de sa puissance, au moment où la Papauté avait vu s’écrouler devant elle la puissance des Hohenstaufen; où la monarchie capétienne s'était unie au Saint-Siège par les liens les plus étroits; où l'Empire byzantin était tombé sous les coups des chrétiens d'Occident; où à la magnifique floraison monastique du xrr° siècle étaient venus se joindre deux ordres nouveaux, les Franciscains et les Dominicains, qui avaient fait surgir des sources nouvelles de mysticité et fourni à l'Église des armées de prédicateurs et de missionnaires de la foi; où enfin toutes les manifestations de la vie intellectuelle comme de la vie sociale étaient marquées du sceau de la religion. Les règles de la chevalerie donnaient une empreinte religieuse à l’organisation et à la vie