XX | INTRODUCTION
laïque développait librement ses: institutions, ses : arts, sa littérature, sans croire pour cela porter atteinte à l'unité religieuse; un fils dévoué de l'Église comme saint Louis savait défendre contre le clergé et même contre la Papauté les droits du pouvoir
Toutefois l'idéal d’une société chrétienne, où une seule Église aurait contenu harmonieusement dans son sein toute une variété d’États et de groupements sociaux, agissant, se développant, luttant librement entre eux, ne pouvait être qu'entrevu, mais non réalisé. A peine eut-il apparu qu'il subit d’irréparables atteintes. La société laïque, dès qu'elle eut pris conscience de sa force, s’'émancipa de plus en plus de l'Église; elle n'entra pas seulement en lutte avec elle, elle prétendit la dominer; et en même temps l'Église se laissa envahir par tous les vices du siècle. Le pontificat de Boniface VIII, de ce pape orgueilleux qui croyait le pouvoir du Saint-Siège assuré à jamais, fut le signal d’une irrémédiable décadence et fut bientôt suivi de la captivité des Papes à Awvignon, puis du grand schisme d'Occident, enfin, après un court moment de relèvement, de l’abaissement moral et religieux de la Papauté entre les mains de Pontifes qui, de Sixte IV à Clément VII, se conduisirent en princes temporels bien plus qu'en chefs spirituels de la chrétienté. Le progrès du pouvoir des rois et des princes temporels se fit partout, sauf peut-être en Espagne, au détriment de l'autorité de l'Église; la liberté de l'esprit, au sein même des Universités et du clergé, enfanta partout l'hérésie; la renaissance des lettres anciennes et le progrès des arts plastiques, le développement de la richesse et du luxe, la vie de cour et de château . donnèrent naissance à des conceptions toutes nouvelles et presque païennes du bonheur et de l’activité