‹ Les JésuitesChapitre 2 sur 111 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

en second lieu, l'imagination et les créations subjectives de la sensibilité ou de l'intelligence y tiennent une si grande place qu'il est presque impossible, d’un siècle à l’autre, d’un pays à l’autre, de comprendre ce que d’autres hommes ont pensé et senti sur les choses religieuses, et que tous les documents qui touchent aux choses religieuses sont remplis de légendes, d’inventions chimériques, de toutes les déformations que l’exaltation mystique peut apporter aux sens et à l'esprit; enfin les religions ont été de tout temps un champ de bataille de passions contradictoires et furieuses, d'autant plus furieuses que leur objet échappait à toute observation scientifique et à toute démonstration rationnelle et, d'autre part, était lié à des intérêts essentiels, spirituels et temporels sur cette terre, spirituels au delà. Les livres écrits sur la religion sont presque toujours des plaidoyers ou des réquisitoires ; ils émanent ou de croyants ou d'adversaires qui les combattent. Les témoignages objectifs et impartiaux manquent presque toujours; souvent aussi un mystère volontaire recouvre dans l’histoire des religions ou des institutions religieuses ce qu'il importerait le plus de savoir. Le nombre est très grand des questions d'histoire religieuse qui restent peu ou mal connues. Parmi ces questions mal connues :l faut placer au premier rang l'histoire de la Société de Jésus. Elle a joué, depuis le milieu du xvr° siècle jusqu’à nos jours, un rôle dont il est difficile d’exagérer l'importance, et auquel cependant la plupart des livres d'histoire sont loin d’avoir accordé la place qui lui est due. Elle a, depuis le concile de Trente, identifié pour ainsi dire ses destinées avec celle de la Papauté, qu'elle a voulu tout ensemble servir, défendre et diriger, et elle a en même temps constitué comme

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