INTRODUCTION VII
un pape, des provinciaux qui sont des métropolitains, avec un clergé à elle, des églises à elle, des collèges et des universités à elle, des postes de mission à elle, soustraits presque entièrement à toute juridiction étrangère, spirituelle ou temporelle. Elle a suscité des dévoûments et des admirations, mais aussi des jalousies et des haïines sans bornes, même au sein du catholicisme, même au sein du clergé séculier et régulier. On n'a presque jamais parlé d'elle avec sérénité et impartialité, et rien n'est plus difficile que de connaître avec exactitude son histoire. Les ouvrages composés par les Jésuites eux-mêmes sont, presque sans exception, écrits avec un parti-pris d’apologie outré, et d’ailleurs la Société, par le fait même qu'elle était un gouvernement autonome, mêlé à toutes les grandes affaires du monde, n'a montré aucun désir de mettre le public des indifférents ou des ennemis au courant de ses actes et de ses desseins. Elle a, plus qu'aucun autre gouvernement, mis ses Archives d'État à l'abri des regards indiscrets, et personne, en dehors de la Société, ne sait même où elles se trouvent. Ce n’est que tout récemment que la Société s’est décidée à entreprendre, en mettant en œuvre les documents de ses Archives, son histoire depuis les origines. Elle commence par exposer séparément l'histoire des Jésuites dans chaque pays. Les pays de langue allemande ont été confiés au P. Duhr, l'Espagne au P. Astrain, la France au P. Fouqueray, l'Italie au P. Venturi. Ce plan n'est pas sans inconvénients pour un Ordre dont l'unité et la centralisation sont les caractères essentiels; mais il à l'avantage de rendre plus facile un travail collectif et de permettre d'élucider plus aisément, en le divisant, un sujet aussi immense et aussi touffu. On nous fait d’ailleurs espérer qu'une histoire du gouvernement de la