INTRODUCTION XXIX
et celle de Loyola. Il y a tout d’abord, dans le parallélisme et le contraste de leurs deux œuvres, ce paradoxe, que Luther, l’apôtre du serf-arbitre, s’est trouvé enseigner une doctrine de liberté et d’individualisme. L'homme, ne relevant plus que de Dieu, se trouvait ne relever que de sa conscience. Ignace de Loyola et les Jésuites, qui enseignaient le libre arbitre, ne le faisaient servir qu'à accepter une règle imposée par des supérieurs, à qui ce libre arbitre était volontairement immolé. Mais il y a entre leurs deux œuvres un autre parallélisme non moins frappant. Luther n'avait voulu que réformer l'Église; il a toute sa vie été effrayé des ruines qu'il accumulait autour de lui et c’est en se croyant toujours catholique qu’il a créé une Église ennemie du catholicisme. Des Luthériens, jusqu'au milieu du xvi° siècle, et à Trente même, rêvaient la réconciliation avec l'Église catholique. Saint Ignace, que nous voyons à l'entrée de la nef de Saint-Pierre de Rome représenté par une statue colossale, où ce héros de l'Eglise foule aux pieds le monstre de l’hérésie, avait cru tout d’abord se vouer à une œuvre individuelle d'ascétisme et de piété, puis constituer une petite société de frères voués à la prédication des musulmans infidèles. C’est une série d'événements indépendants de sa volonté qui l’ont amené à créer cette vaste organisation d'enseignement, de prédication et de direction spirituelle, qui tint le protestantisme en échec et qui collabora si puissamment à l'œuvre du Concile de Trente.
Rien ne caractérise mieux les diverses faces du mouvement de la Réforme que les trois grandes figures en qui ce mouvement s’est incarné sans qu'ils l’aient eux-mêmes voulu ni prévu.
C'est Luther qui a été pendant la première moitié du xvi° siècle le représentant et le chef de la réforme et du schisme protestants.