INTRODUCTION XXXI
éclatants les contrastes de leurs natures et de leur action.
Au premier abord il ne semble pas qu’on puisse rapprocher aucun des traits de la vie et du caractère de Luther de ceux de Loyola. Tous deux, il est vrai, se sont appuyés sur les puissances temporelles pour faire réussir leur œuvre. Tous deux ont fait des concessions aux nécessités politiques, etle luthéranisme, comme le jésuitisme, a favorisé l’absolutisme princier, mais rien n'est plus opposé à la nature concentrée, réfléchie, disciplinée, impérieuse, inflexible et sûre d'elle-même de Loyola que la nature expansive, immodérée, généreuse et mobile de Luther, passant sans cesse de l'extrémité du désespoir à l’exubérance de la joie, toujours bourrelé d’inquiétudes et de remords. Et pourtant, le point de départ de la vocation de Loyola a beaucoup d’analogie avec celui de la vocation de Luther. Pour l’un et l’autre, c'est une crise morale, le sentiment tragique du péché, qui a déterminé l'orientation de leur pensée, de leur foi religieuse et de leur vie. Rien ne ressemble plus à l’état d'âme de Luther, pendant les premiers temps de son séjour au couvent des Augustins d’Erfurt, que l’état d'âme de Loyola pendant sa retraite à Manresa. Tous deux se livrent avec ferveur au jeûne, aux macérations, aux pénitences, aux confessions réitérées, passent leurs jours et leurs nuits dans la prière, sans arriver à calmer les tourments de leur conscience. Mais là s'arrête la ressemblance. Ils trouvent la paix de l’âme par des voies toutes différentes. Luther, dont la jeunesse avait été pure et qui, lorsqu'il venait au tribunal de la pénitence en criant : « Mon péché, mon péché! » ne trouvait souvent rien à confesser, reste pénétré de sa misère et de son indignité morale, de l'impuissance de l'homme à faire par lui-même le bien; mais la lecture de la