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INTRODUCTION XXXII

catholique par la réflexion et l'étude, par la critique et l’histoire. Il nous apparaît tout d’abord comme un disciple de l’'humanisme érasmien, et si sa théologie prend dès l’abord, vis-à-vis du catholicisme, une audace négative et une originalité dogmatique qui l’'emportent bien au delà de l'Évangélisme érasmien, c'est, semble-t-il, plus la rigueur de son esprit de logicien et de juriste qui l'emporte que la décision préconçue de provoquer une révolution religieuse.

Si la crise de la foi n'a rien eu de commun chez le mystique imaginatif que fut Loyola et chez l'intellectualiste raisonneur et moralisateur que fut Calvin, il y a de frappantes ressemblances dans le développement de leur génie et l’évolution de leur activité. Ni l’un ni l’autre, au moment où ils ont voué leur vie à la recherche et à la défense de la vérité religieuse, ne se doutait de la nature de la tâche qui allait s'imposer à eux. Ignace de Loyola, au sortir de sa retraite de Manresa, ne songeail guère qu'à faire son salut en allant chercher le martyre chez les infidèles de Palestine. Quand il crée à Paris, le 15 août 1534, le premier noyau de sa Société, il ne croit encore fonder qu’une association de jeunes gens voués à la conversion des musulmans. Les difficultés qui s'opposent à cette entreprise et la vue des services rendus à la religion par les ordres nouveaux créés en Italie, Théatins, Somasques, etc., l’amènent à faire de sa « Compagnie de Jésus » une société de prêtres consacrés à la mission intérieure et aux œuvres de charité. Quand il eut mis sa Compagnie au service de la Papauté et que le pape Paul III lui eut, en 1540 et 1543, accordé sa protection, il vit se développer tout à coup l’activité des disciples qu'il avait réunis autour de lui, comme prédicateurs, comme confesseurs, comme professeurs, enfin comme milice de défenseurs de la foi contre l’hérésie. A

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mèsure que se transformait ainsi la vocation de Loyola, un véritable génie d'homme d'action et de gouvernement, de créateur et d'organisateur, se mani-.… festait en lui. Les fondations de tout genre, charitables, enseignantes, de propagande, se multipliaient sous sa main; il leur imposait des règles et une direction qui devaient lui survivre, invariables, pendant des siècles, et, en 22 ans, l'Ordre qu'il avait créé en 1534 avec six compagnons, et qui, neuf ans après, ne comptait qu'une soixantaine de membres, en avait un millier répartis en douze provinces. :

Calvin, lui aussi, le jour où Farel le contraignit, pour ainsi dire, en le menaçant de la malédiction de Dieu, à renoncer à sa vie d'homme de cabinet, . humaniste et théologien, pour prendre en main la direction de l'Église de Genève et pour se mettre avec lui à la tête d’une œuvre de prédication, de. propagande et de lutte, ne se doutait pas du génie d'homme d'action et d'organisateur dont il allait donner les preuves. Lui aussi allait être un créateur, créateur d’églises, d'écoles et même d'institutions politiques, créateur qui accomplira son œuvre, en dépit de tous les obstacles, avec une lucidité d'esprit, une certitude de volonté qui sembleront ne laisser jamais place à une hésitation et à un repentir. Calvin, comme Loyola, verra dans l’enseignement la base même de son édifice religieux, et 1l fondera le Collège et l’Académie de Genève comme Loyola a fondé le Collège Romain et le Collège Germanique, et tous deux, chose curieuse, prendront modèle sur la grande institution pédagogique créée au Gymnase : de Strasbourg par le luthérien Jean Sturm.

Ces ressemblances entre le génie et le développement des deux grands hommes d'action, des deux ‘grands organisateurs que furent Calvin el Loyola, laissent subsister, elles manifestent même avec plus

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