INTRODUCTION XXXV
d'éclat les divergences de leur esprit et de leur œuvre. Ignace de Loyola, épouvanté des désordres moraux, ecclésiastiques, politiques, produits de son temps par l’ébranlement du principe d'autorité, a fondé toute sa doctrine sur un seul principe, une seule vertu : l’obéissance. Il a défendu l'idée du libre arbitre, mais il a voulu que l'homme ne se servit de sa liberté que pour l’immoler à l’autorité . religieuse. Calvin, en niant le libre arbitre pour remettre l’homme entièrement entre les mains de Dieu, l’a en réalité libéré de toute autorité autre que celle de sa propre conscience; aussi a-t-1l fait de la sincérité et de l'horreur du mensonge, cette vertu - dont les Jésuites ne prononcent le nom n1 dans leurs Constitutions, ni dans leurs programmes d’éducation, la vertu cardinale sur laquelle 1l fait reposer toute sa morale et toute sa pédagogie.
Aussi, tandis que Loyola, en subordonnant toutes les te dans son Ordre, dans l'Église et dans l'État, au principe monarchique le plus étroit, a fait des Jésuites les apôtres et les défenseurs de l'absolutisme, Calvin, tout homme d'autorité qu'il fût, en mettant la raison et la conscience à la base de sa doctrine, et l'élection à la base de toutes ses institutions politiques et religieuses, a fait du calvinisme le plus puissant foyer d'idées républicaines et démocratiques dans le monde. Le succès de Loyola a été infiniment plus rapide et plus étendu que celui de Calvin, car il trouva immédiatement dans l'Église catholique, dans la Papauté, dans les puissances catholiques, une base d’action et des alliés. formidables. Calvin, sans appuis temporels, isolé dans une petite ville de 20 000 âmes entourée et menacée par trois forces politiques redoutables : la Savoie, l’Espagne et la France, ayant à lutter, jusque dans cette . petite ville, contre des adversaires acharnés et parfois