XLVI | INTRODUCTION
direction du prètre en lui facilitant le pardon des :
fautes passées, est inhérent à l'institution même de la confession. Si les Jésuites semblent bien avoir
incliné le plus souvent vers Le « laxisme », c'est que..
comme l'a dit Pascal, « ils ont eu assez borne ‘opinion d'eux-mêmes pour savoir qu ‘il était utile et
comme nécessaire au bien de la religion que leur.
crédit s’étendit partout et qu'ils gouvernassent toutes
les consciences ». Ils composèrent leurs livres les.
plus célèbres dans un temps où les mœurs étaient très relachées et très brutales, et où 1l importail de faire revenir à l’Église des masses d'hommes qui lui restaient étrangers, Ils ont pour cela ouvert les portes aussi larges que possible. Il faut aussi tenir compte du fait que la plupart des casuistes jésuites célëbres étaient des Espagnols, qu'ils ont apporté
: à leur travail cet esprit de subtilité passionnée qui :
est un des traits caractéristiques du génie espagnol, et qu'ils semblent avoir été emportés par une sorte
de vertige maladif dans l’acharnement de leurs «dis-
tinguo ». Les Flamands et les Allemands se sont mis lourdement à leur école, tandis que les Français, d’un sens: plus rassis, plus simple et plus droit, ont montré peu d'empressement à cultiver la casuistique. :
Ce qui prouve bien que les excès du « laxisme » ne sont nullement une preuve d’un relâchement moral et d’une complaisance pour le mal, c’est que les plus fameux des casuistes laxistes, Escobar, Busenbaum, Liguori, ont mené des vies d’une austérité irréprochable, vouées aux œuvres de charité et aux exercices de dévotion. On a pu dire que Sanchez a.écrit son fameux et effroyable livre De sancto matrimonü.sacramento, « cette Iliade des impuretés », comme l’appelait Antonio Fusi en 4619, au pied de la Croix.
IN TRODUCTION RENTE
On oublie trop souvent, quand on parle de ces livres mal famés, que ce ne sont point des recueils de : conseils de morale destinés aux fidèles, mais des livres destinés à diriger les confesseurs dans leur tâche délicate. Les Jésuites n'avaient guère de confiance dans le discernement moral des pénitents; ils n’en avaient pas une très grande dans celui des confesseurs. Ils ont voulu tout prévoir d'avance et laisser aussi peu de place que possible au jugement indi-
.viduel et accidentel. On oublie aussi, ou on feint d'oublier, que dans les cas examinés par les casuistes,
où ils déclarent licite ou véniel des actes condam-
nables ‘par eux-mêmes, il ne s’agit nullement de les
faire passer pour louables, mais de déterminer dans quelle mesure ils supposent une intention mauvaise et dans quelles conditions peut leur être accordée l’absolution.
En outre, toujours en supposant que ces ouvrages ; s'adressent aux fidèles et non aux confesseurs, on donne à certaines expressions un sens différent de leur sens réel. C’est le cas par exemple des mots « direction d'intention ». Pascal lui-même parle comme si les casuistes avaient permis aux chrétiens de commettre des crimes à la condition, en les commettant, de diriger leur intention, non vers le crime qu'ils commettent, mais vers le résultat honnête ou
légitime que le crime procurera. Ce n'est. jamais
ainsi que les choses se présentent. Il s’agit toujours d’une chose accomplie. Le devoir d’un confesseur est de s'assurer dans quelle mesure un crime ou une
faute ont été consciemment voulus, s’ils n’ont pas été
le résultat d'une impulsion souvent irraisonnée dont le mobile pouvait être innocent ou louable. Il nes’agit | pas seulement du cas de légitime défense où‘la chose |
est trop évidente; mais qui donc, confesseur ou sim-
ple honnête homme, condamnerait le Cid pour avoir