XLVIII INTRODUCTION
provoqué don Gormas? A l’époque où écrivaient les Jésuites, c'est dans la question du duel que se posait le plus souvent le cas de la « direction d'intention »; mais il se pose encore dans bien d’autres circonstances et pour chacun de nous. Les jugements qu'on porte sur les mensonges ne sont-ils pas toujours liés à « l'intention » du mensonge?
Enfin n’y a-t-1l pas une grande hypocrisie à être si sévères pour les Jésuites en matière d’équivoque et de restrictions mentales? Certes ils ont, dans leurs livres, présenté des cas d’'équivoques et de restrictions mentales qu'ils approuvent ou excusent et qui nous révoltent. Mais, cela dit, n'est-il pas vrai que, dans mille circonstances, nous usons de l’équivoque ou de la restriction mentale, non seulementavectranquillhité de conscience, mais avec le sentiment d'accomplir un devoir? Et n’y a-t-1l pas aussi beaucoup d’hypocrisie dans l’indignation avec laquelle tant de républicains libre-penseurs, qui font admirer aux enfants Brutus et Cassius et tant de royalistes qui admirent Charlotte Corday, parlent des théories de Mariana sur le tyrannicide? Le De rege de Mariana et en particulier sa théorie du régicide contient des « distinguo » de casuistique ridicules, mais le fait même de voir un Jésuite, dans un livre officiellement consacré à l'éducation d’un jeune prince, dire à ce prince que s’il est le tyran de son peuple, il pourra légitimement être assassiné, est assurément plus digne de sympathie que de blâme.
Si l’on examine avec impartialité le travail de psychologie morale accompli par les Jésuites, en laissant de côté quelques décisions choquantes sur des cas inventés à plaisir, on verra que, d’une manière générale, les règles qu'ils ont tracées sont d'accord avec la morale des honnêtes gens, prise au sens le: plus large du mot, et que les Jésuites ont contribué