INTRODUCTION | XLIX
pour leur part aux progrès de la psychologie et de la morale. On éprouve quelque gêne, il est vrai, à voir exposée, au nom de la religion, et sous le titre de « théologie morale », les accommodements, les excuses que la vie oblige d'apporter à l'appréciation des actions humaines. On préfère, quand un docteur parle de morale, qu'il affirme dans toute leur pureté les préceptes de la loi de Dieu, les oracles de la conscience dans leur impératif le plus catégorique, et laisse aux contingences des circonstances et des hommes le soin d'en adoucir la rigueur; mais le tribunal de la confession doit tenir compte de ces contingences, et les casuistes se sont donné la tâche — illusoire — de les prévoir toutes.
Tout cela reconnu et accordé, il faut cependant reconnaître aussi que ce n’est pas sans raison que les Jansénistes et la Papauté elle-même (Urbain VIII, par exemple, quand il a condamné le P.Bauny, en 1640 et 1643; de même qu'Innocent XI en 1679) ont condamné les maximes relâchées de certains casuistes. Leurs livres étaient destinés aux confesseurs; mais ces maximes relâchées ne risquaient-elles pas d’im-
- poser aux Jésuites eux-mêmes un certain relâchement
dans leur morale personnelle, l'habitude de fermer les yeux sur les actes bläâmables en eux-mêmes qui pouvaient avoir des conséquences heureuses? L’indulgence extrême montrée au confessionnal ne pouvaitelle pas entretenir chez les fidèles l'idée qu'avec des
+ pratiques de dévotion et l'habitude des sacrements,
on était quitte de ses devoirs de chrétien. Enfin ces méthodes usitées, non seulement au confessionnal, mais dans la diréction d’âmes, n’étaient-elles pas de | nature à obscurcir dans les esprits la notion rigoureuse des règles des mœurs. Je crois que l'histoire de la Société de Jésus permet de répondre par l'affir-
mative à ces questions. Déjà Loyola, en 1547, exposait
LES JÉSUITER k : d