L INTRODUCTION
à Polanco ces dangereuses maximes d’accommodation avec la morale « en vue d’un plus grand bien ». «Vouloir, lui écrivait-il, donner des conseils pour le bien de leur conscience ou de leur État à des princes qui sont naturellement toujours préoccupés de savoir qui leur veut du bien ou non, c'est vouloir toutgâter.… Si tu veux tout de suite réformer le Duc (Cosme de Médicis) et la Duchesse, tu détruiras toute l'œuvre que tu médites. Tu dois agir comme il leur plaît, parce que tu as en vue de grands fruits spirituels à acquérir dans le peuple. » C’est en vertu des mêmes principes qu'au xvi® siècle le P. Annat et les Jésuites soutenaient les pires coquins contre l’évêque Nicolas Pavillon, parce que celui-ci était Janséniste. — Lorsque le P. Garnet fut accusé d’avoir pris part à la conspiration des Poudres, il nia, mais, avec un courage d’une forme singulière, il fit devant le tribunal la théorie du mensonge permis, en particulier devant le juge qui sait d'avance ne pouvoir compter sur la sincérité d'un accusé. Les « Réponses aux Assertions » soutiennent cette même doctrine, et les Jésuites ont fait une gloire au P. Garnet d'avoir affirmé le droit des accusés à ne pas dire la vérité au juge, parce que c’est à celui-ci seul à trouver les preuves de la culpabilité.
La méfiance des Jésuites à l'égard de la conscience individuelle, et même à l'égard du jugement des confesseurs, les a conduits à approuver el propager une doctrine qui, malgré les apologies du P. de Ravignan et de bien d'autres docteurs, reste inacceptable : le probabilisme; cette doctrine, d’après laquelle, si on hésite sur le caractère licite ou non d'une action, on peut s’en référer à l’opinion de docteurs graves, et il est permis, si les docteurs sont en désaccord, de choisir celle que l’on préfère des opinions soutenues, fût-elle la moins probable (c'est-