‹ Les JésuitesChapitre 43 sur 111 · INTRODUCTION LI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LI

à-dire approuvable). Le général Thyrse Gonzalez essaya de combattre cette doctrine et faillit soulever contre lui la réprobation de tout son Ordre. Si encore le probabilisme disait qu'entre des opinions diverses nous devons suivre celle que notre conscience approuve, 1l deviendrait acceptable; mais il nous est présenté de telle façon qu’il semble être une façon de justifier à ses propres yeux une conduite dont la légitimité paraît douteuse, pourvu qu'on puisse se couvrir d'une autorité extérieure. Nous touchons là à ce qui est le point faible de toute la doctrine morale et de toute la pédagogie des Jésuites : substituer à la voix de la conscience l'autorité d’un texte.

Les dangers des méthodes d’indulgence outrée, préconisées par les Jésuites, ont été à maintes reprises signalés par des voix autorisées. À côté de celles d'Urbain VIII et d'Innocent XI il y a celle de Bossuet qui, tout en admirant les Jésuites, leur reprochait de « mettre des coussins sous les coudes des pêcheurs », et qui parlait aussi des « ordures des casuistes ». Il y a surtout celle de Bourdaloue, le plus illustre des membres de l'Ordre, qui disait, en paraissant s'adresser aux fidèles, mais en s'adressant en réalité à certains casuistes : « Je sais que si chacun de nous veut s’écouter, 1l n'y aura personne qui ne se croie fondé en raison, pour se dispenser des lois de Dieu les plus indispensables. Je sais, par exemple, que la loi qui défend l’usurpation du bien d’autrui et qui en ordonne la restitution se trouvera anéantie, si l’on veut consulter la politique, qui ne manquera pas de décider en faveur de l'ambition et de la cupidité. Je sais que la loi qui défend de se venger n'aura plus de lieu, si on se met en possession de donner aux vengeances les plus déclarées le nom de justice, etc., chacun, se faisant droit sur ses propres injures, s’opiniâtre à ne rien rabattre de la satisfaction qu'il

CIN IAE

Page 1