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mêmes. Aussi ne peut-on pas s'étonner que des membres mêmes de la Société, animés d’un esprit d’indépendance, comme certains Jésuites espagnols, aient, à la fin du xvi° siècle, cherché à tempérer le pouvoir absolu du Général. Le fameux Mariana, qui fut un des meneurs de cetté cabale, a, au chapitre x deson écrit sur les Zn/firmités de la Société de Jésus, publié plusieurs années après sa mort, appelé cette monarchie « la fontaine de nos désordres etdes mécontentements que nous expérimentons tous les jours. La Monarchie nous jette par terre, non pour être monarchie, mais pour n'être pas bien tempérée. C’est un furieux sanglier qui ravage tout, partout où il passe. »
Un gouvernement, fortement concentré en un aussi petit nombre de mains et qui avait à s'occuper d’affaires si nombreuses et si importantes, était obligé de s’entourer de secret et même de mystère. Le P. Miranda, provincial de Castille, devenu assistant d'Espagne à Rome, écrivait, en 1736 : « Avant d'avoir été à Rome, où j'ai été initié à tous les secrets, jignorais ce qu'est notre Société. Le gouvernement intérieur de notre compagnie est une étude spéciale à laquelle les provinciaux eux-mêmes n'entendent rien. Il faut être revêtu des fonctions que
J'exerce pour en avoir même la plus légère teinte. »
Ce que disait Miranda s’appliquait aux actes et à l'administration si compliquée de la Société, mais les esprits chagrins et disposés à critiquer ce gouvernement, aussi mystérieux que celui de Venise, s’imaginaient ou prétendaient qu'il forgeait dans l'ombre des lois secrètes en nombre infini. « Les lois de la compagnie, dit Mariana au chapitre xIx, sont venues à un nombre si effréné, que non seulement il nesi possible de les garder toutes, mais encore de les savoir... Il n'y a pas seulement des règles et constitutions, mais encore des décrets de congréga-
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tions, des visites et surtout des ordonnances de Rome
sans nombre, où j'assure qu'elles passent les milliers, ce qui est un nombre excessif. » Ce passage de Mariana se réfute par lui-même. Les actes qu'il énumère d’abord sont des documents officiels, nullement mystérieux, que connaissaient tous les Jésuites qui avaient, par leurs fonctions, intérêt à les connaître; quant aux ordonnances de Rome, c'étaient des ordres administratifs destinés à répondre à des nécessités particulières ou locales, qui n’avaient aucunement le caractère de lois. Toutefois, les autorités séculières ou ecclésiastiques, irritées de se voir refuser toute juridiction sur la Compagnie, se plaisaient à lancer en toute occasion contre elle cette accusation d’avoir créé toute une législation occulte. L’excellent Jean de Palafox, évêque d'Angelopolis, puis d'Osma, écrivait, en 1654, au pape Innocent X : « Existe-t-il un autre Ordre qui garde secrètes ses propres constitutions, dont les privilèges soient soustraits aux regards, les institutions occultes, et qui enveloppe de je ne sais quel mystère tout ce qui touche à son gouvernement? Il y a beaucoup de Jésuites, même de profès, qui ignorent les constitutions, les privilèges et les institutions auxquels ils ont adhéré. » Palafox était peut-être un saint, mais, comme quelques saints, il n’était ni très judicieux, ni très pondéré, et il avait eu à lutter contre des Jésuites qui, eux, n'étaient pas des saints, mais des hommes d’action et qui ne souffraient pas que l’on contrecarrât leurs desseins. Palafox exagérait énormément la portée du système par lequel les Jésuites n'étaient admis que graduellement à la connaissance des lois de la Société. Il n’y a aucune raison de penser, comme le veut M. Hermann Müller, que les Jésuites, en publiant leurs constitutions, en aient dissimulé une partie, et aient possédé des