LX INTRODUCTION
Tout d’abord ils doivent acquérir un savoir solide et le talent de le transmettre dans des sermons et des leçons. Ils doivent apprendre à manier les hommes. Les, collèges et les universités doivent être dirigés par des hommes qui n’y cherchent aucun profit et qui distingueront les hommes de talent pour en faire des profès et des coadjuteurs. Les Jésuites ne doivent accepter aucun salaire pour les services qu’ils rendent comme professeurs ou prêtres ; ils doivent refuser tout revenu et toute propriété. Is ne devront rechercher aucune prélature n1 dignité ecclésiatique. Ils ne pourront les accepter que st l’obéissance les y oblige. On devra être d’une extrême sévérité dans l'acceptation des novices, des scholastiques el des coadjuteurs, surtout des profès. Il faut que l'harmonie la plus parfaite lie les supérieurs aux inférieurs et qu’à l’obéissance des inférieurs soit associée la surveillance sur les supérieurs. C’est par la charité et l’amour mutuel que la subordination entre tous se maintiendra. Il faut une parfaite modération dans les travaux du corps et de l'esprit, et éviter tous les excès de rigueur ou de relâchement. I] faut (et ceci est un point capital sur lequel insistent les Déclarations) veiller à acquérir le plus de bonnes volontés possible, même des étrangers, tout faire pour se concilier la faveur du Saint-Siège, des princes, des seigneurs, des hommes puissants, doni la bonne ou la mauvaise volonté peuvent servir ou nuire. Il faut prier pour les gens puissants qui sont mal disposés pour la Société et tâcher de les ramener, sans que la Société prenne jamais parti dans les querelles qui divisent les princes et les seigneurs chrétiens. Il faut user avec modération des grâces du Saint-Siège et se proposer sincèrement le seul bien des âmes. Enfin, chose curieuse, la dernière prescription est de ménager la santé, et de placer les
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maisons de la Société dans des endroits salubres. Chacun doit veiller à observer les Constilutions et en connaître la partie qui le concerne.
Ces prescriptions sages et modérées, qui contrastent avec les règles rigides des anciens ordres, sont admirablement appropriées à une Compagnie qui devra vivre dans le monde, se mêler au monde, pour le diriger et le maintenir dans la foi et la vertu religieuses, dans. l’obéissance à l'Église surtout, et qui sera faite, non pour donner l'éémplé de vertus surhumaines, mais pour prêcher, instruire, confesser, diriger, commander. Si les Jésuites ont souvent été accusés d’avoir pactisé avec les faiblesses humaines. et d’avoir eu les défauts auxquels échappent difficilement ceux qui veulent commander, l'intolérance, la dissimulation, l'esprit d’intrigue et l’orgueil, il ést remarquable que leurs adversaires ont toujours rendu hommage à la pureté habituelle. de leurs mœurs et à la fermeté de leur foi. D'Alembert, dans son écrit sur la destruction de la Société de Jésus, €t Voltaire, dans l’article JÉsuITES du Dictionnaire philosophique, considèrent l'orgueil comme le seul . défaut grave qu’on puisse leur reprocher, celui qui vraiment a causé leur perte.
Pourquoi, organisés comme ils l’étaient en rHHE dévouée à un chef tout-puissant, auraient-ils besoin de règles occultes et perverses où l’on aurait édifié un système d'intrigues qu'il n’était nullement nécessaire de codifiér pour ceux qui auraient voulu le pratiquer, et qui n'aurait pas manqué de scandaliser . êt d'éloigner de l'Ordre. la masse d’honnêtes gens qui en faisaient partie? Il faut, je le répète, avoir . toujours en ces matières. présente à la pensée la règle critique de Voltaire : « Aucune secte, aucune
société n'a jamais eu un dessein formé de corrompre les hommes nu