LXIV INTRODUCTION
revenus des collèges, et le chapitre x, sur la Æigueur dans la discipline de la Société et sur la manière de se débarrasser des membres gênants, sont à cet égard les plus remarquables de tout le livre. Le paragraphe 16 de ce chapitre 1x est un des plus jolis exemples de ce genre de satire. « Si des femmes se plaignent des vices ou des défauts de caractère de leurs maris, qu'on leur conseille de leur enlever en secret quelque somme d'argent pour l’offrir à Dieu en expiration des péchés de leurs maris, afin d'obtenir pour eux la grâce divine. » On trouvera dans les casuistes des Sentences qui peuvent être rapprochées de cette prescription. On y excuse la femme qui a soustrait de l'argent à son mari pour faire dire des messes pour son salut. Autre chose, il est vrai, est d’excuser un acte ou de le conseiller, mais la pente de l'un à l’autre est glissante.
Quoi qu'il en soit, tout en admettant que dés Jésuites ont pu commettre les actes blâmables recommandés par les Monita, ces récommandations sont en contradiction absolue avec toutes les instructions données par les congrégations générales et par les .‘ généraux de l'Ordre. En particulier l’{nstructio pro confessorits principum, donnée par Aquaviva en 1602,
. après la cinquième congrégation générale, oédéGrtt très strictement aux confesseurs de se tenir à l'écart des affaires politiques et de ne recevoir aucune faveur et aucun don. Que ces prescriptions aient toujours . été observées, c’est une autre affaire, et ce qu'il serait. bien osé d'affirmer, Mais est-il admissible qu'Aquaviva (à qui on a attribué les Monifa), ou tout autre
: Général, ait pu recommander en secret, par des instructions écrites, ce qu'il réprouvait ouvertement? L'auteur des Monila a cherché à répondre d'avance: à cette objection en disant dans son épilogue que les supérieurs doivent garder pour eux ces:
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chapitres, et ne les communiquer qu’à quelques profès, non comme écrits par un autre, mais comme un fruit de leur expérience, et que si ces instructions tombent entre les mains d'étrangers, on devra nier que ce soient les sentiments de la Société, en le faisant nier par ceux qui les ignorent, et y opposer les instructions et les règles publiques de la Compagnie. |
Ce qui a fait croire à quelques historiens que les Monita secreta sont bien des instructions authentiques des chefs de l'Ordre, c’est qu’on a prétendu que les manuscrits des Monita sont tous provenus des bibliothèques de la Compagnie. Quand même. cela serait vrai, ce ne serait pas une preuve convaincante, car une satire de cette nature aurait pu être composée par manière de jeu par un Jésuite et avoir été conservée en manuscrit par d’autres !. Mais rien n’est plus obscur que la question de savoir d’où est venu le premier manuscrit des Monita.
La première édition parut en 1614 sous le titre : Monita privata Societatis Jesu. Notobrigae, 1612°. Ce nom de ville n’a jamais pu être identifié et est vraisemblablement inventé. La date est certainement
1. On trouvera dans la Revue Historique, t. XVIII, p. 340, un poème en excellent latin, Vindiciae Loyolidum, dont le manuscrit provient du Collège des Jésuites de Saint-Omer et dans lequel on fait l'apologie du régicide en général, et en particulier du complot contre le roi Joseph de Portugal, et des Jésuites Malagrida, Alexandre et Mathos, qui avaient été accusés d'en être les instigateurs. Ce poème, où tous les ordres religieux sont trainés dans la boue, et où les Jésuites sont exaltés pour tous les crimes qui leur ont été imputés, ne peut être qu’un pamphlet dirigé contre eux ou un jeu d'esprit d’un jésuite. On ne le connaît que par un manuscrit venu d’un de leurs collèges. Est-ce une raison pour y voir une œuvre sérieuse et une pièce à conviction ?
2. Voyez à ce sujet l'ouvrage du P. Duhr, Jesuiten Fabeln, chapitre v, où la question est élucidée à fond, et aussi celui d'A. Brou, Les Jésuites de la Légende, chapitre 1x.
LES JÉSUITES. e