‹ Les JésuitesChapitre 60 sur 111 · LX XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LX XIV INTRODUCTION

si immense de Jésuites, recrutés avec tant de soin, soumis à une éducation si prolongée et si intense, produit aucun homme de génie? « Tous, disait Michelet, ont eu du mérite, de l'instruction; quelquesuns ont été des héros d’une persistance et d’un courage admirables, mais, au milieu de tout cela, aucun grand talent. Que voulez-vous attendre d’un homme qui a donné son âme. C’est un homme vidé. » Ce reproche leur avait déjà été adressé au xvrr° siècle et les listes de grands philosophes, de grands savants et de grands écrivains jésuites, dressées par Cerutti dans son Apologie des Jésuites pour y répondre, n'ont fait qu'en confirmer la justesse. Il est bien certain que la discipline intellectuelle à laquelle les Jésuites étaient soumis n'était pas faite pour développer en eux les qualités originales de l'esprit et que, quand cette originalité se manifestait chez l’un d'eux, on l’écartait sinon de l'Ordre, du moins des collèges. Le plus remarquable prédicateur et écrivain qu’ait produit l'Ordre en France, Bourdaloue, est un psychologue et un logicien de premier ordre, c’est un penseur médiocre. Et la littérature de piété des Jésuites est empreinte d'une fadeur et d’une puérilité qui la distinguent entre toutes. Je ne crois pas qu'on trouverait dans toute la littérature religieuse une œuvre d’une prolixité aussi vide que la Vie de Notre Seigneur Jésus-Christ du Père Coleridge, qui forme 19 volumes, où la vie du Christ avant sa naïssance occupe plusieurs volumes. Par contre, si l’asservissement de l'esprit à la tradition scolastique de l'Aristotélisme et du Thomisme, la crainte des nouveautés et des pensées particulières, de toute spéculation philosophique et de tout transcendentalisme, les a empêchés de donner naissance à aucun philosophe original et même à aucun savant créateur, les esprits vigoureux, que contenait l'Ordre,

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