INTRODUCTION LXXV
ramenés à des objets plus conerets, sont devenus souvent d'excellents érudits, des archéologues, des numismates, des chronologistes, des mathématiciens, des physiciens admirables par leur labeur et leur solidité. Ils ont même montré, dans des domaines limités, une fermeté d'esprit critique qui surprendrait, si l’on n’était amené à penser que, pour beaucoup d’entre eux, la suppression de toute réflexion individuelle en matière théologique ou philosophique repose sur un certain agnosticisme, et leur laisse une pensée d'autant plus libre en dehors des limites du domaine réservé. Faudrait-il aussi leur reprocher de n'avoir point produit de grands artistes et leur faire un crime de ce qu'on a appelé « le style Jésuite »? Ce n’est pas leur faute s'il ont pris naissance au moment où tous les arts étaient en décadence. Et ce style jésuite, ce n'est pas eux qui l’ont inventé. Ils l’ont reçu de Vignole et de ses élèves. Tout au plus peut-on leur reprocher d’avoir apporté dans leurs églises ce mauvais goût, cette tendance à l’emphase et à l’afféterie qui dépare leur littérature. Et d’ailleurs, qu'importe! Combien toutes ces critiques portent peu! La Société de Jésus, diton, n’a formé ni grands penseurs, ni grands écrivains, ni grands savants, ni grands artistes, n1 même de grands ascètes ! Avait-elle donc été fondée pour cela? Elle avait été fondée pour former une milice d'apôtres, de prédicateurs, de confesseurs, de professeurs, de polémistes, de conquérants et de héros. Et ces combattants pour la foi ne devaient pas, dans la bataille, avoir jamais à mettre en quesüon les articles de cette foi. La Compagnie de Jésus a-t-elle, oui ou non, réalisé la pensée de son fondateur? Il est impossible de ne pas répondre à cette question par l’affirmative.
Mais, dans l'exécution de cette tâche, on peut lui