LXXVI INTRODUCTION
adresser plus d’un reproche. Les Jésuites pouvaient servir les intérêts de la foi catholique sans leur sacrifier tous les intérêts temporels et intellectuels des pays où ils ont exercé leur influence. Or, partout où les Jésuites ont exercé une action prépondérante, en Autriche, en Bohême, en Pologne, dans tous les pays latins, leur règne a été accompagné d’un appauvrissement économique et d’une décadence intellectuelle, et, en France, quelles ruines matérielles et morales n'ont-elles pas suivi la Révocation de l’Édit de Nantes et la destruction de Port-Royal! Partout où ils ont exercé une action politique, 1ls ont sacrifié les intérêts vitaux des États à ceux de l'Église.
J'ai déjà dit qu'on ne peut les blâmer d'avoir emmailloté leur propre pensée dans les bandelettes d’une scholastique surannée ; mais était-ce une raison pour $e faire partout les adversaires de tout esprit d'innovation et de recherche; pour persécuter Galilée et se donner le ridicule de combattre ses doctrines jusqu'au milieu du xix° siècle; pour dénigrer et poursuivre les doctrines cartésiennes et tout spiritualisme rationaliste, au point de soutenir jusqu’en 1830 le condillacisme par préjugé aristotélique, au risque de se faire accuser de sensualisme?
J'ai dit qu’il estinjuste de les accuser d’immoralité; mais on peut leur reprocher d’avoir ôté à la morale sa force vivifiante et vraiment sanctifiante en lui donnant comme centre de gravité, non la conscience, mais l’autorité, en faisant de l’obéissance et non de la responsabilité le point de départ de l'éducation. De même qu'ils soumettent la pensée à des textes de docteurs, ils soumettent aussi la moralité aux textes des docteurs graves, et ils n’ont jamais compris que la vertu cardinale, en matière d'éducation morale, était la sincérité. Ainsi ils ont stérilisé la morale comme la pensée par le formalisme. Ils ont