‹ Les JésuitesChapitre 63 sur 111 · INTRODUCTION LXXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LXXVII

été d’admirables éducateurs de la volonté, mais ils ne l’ont destinée qu’à obéir.

Nous avons vu comment on peut expliquer. ces tendances du Jésuitisme par les circonstances qui lui ont donné naissance. Mais c’est précisément parce qu ‘il est resté immuablement fidèle aux principes qui l'ont inspiré à la première heure, qu'il s’est trouvé de plus en plus en opposition avec l'esprit moderne.

Pour l'esprit moderne, l'éducation consiste à donner à l’homme le sentiment de la responsabilité, : à lui apprendre à penser par lui-même, à devenir un homme libre dans ses actes et dans son esprit, à se . servir de sa liberté pour améliorer la société et pour chercher la vérité.

Pour les Jésuites la liberté n'est ni un but, ni même un moyen. Elle est une force initiale qui n’a qu'un emploi temporaire, et cet emploi consiste à s’immoler à l'autorité. Il n’y a pour l’homme à chercher ni un idéal social ni une vérité philosophique et religieuse. L'un et l’autre sont donnés par l'Église. L'homme n'a pas dès lors à exercer sa responsabilité n1 sa liberté de penser. Il n’a qu’à se soumettre et à obéir, et c’est dans le cercle étroit de la vie pratique privée que s’exerce son initiative personnelle. Si les Jésuites ont raison de croire que l Église a les paroles de la vie terrestre comme celles de la vie éternelle, leur manière de voir se justifie, et ils rendent service à l’homme en lui épargnant de vaines recherches et des efforts sans but; si, au contraire, la vérité n’est pas une chose donnée une fois pour toutes, mais une lente et changeante acquisition des siècles; si la société n’a pas son idéal dans le passé, mais dans l'avenir; si tout ce qui fait la dignité de l’homme et le prix de la vie, c’est la liberté, la responsabilité et l’effort individuel, alors

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