LXX VIII INTRODUCTION
la doctrine, l’organisation et l'action de la Compagnie « de Jésus sont en contradiction absolue avec l'idéal ” dé la vie moderne. 1
Cela ne doit pas nous empêcher de rendre hommage à l'énergie, à la persévérance, à l'abnégation et à l’héroïsme avec lesquels les Jésuites ont lutté pour leur idéal, qui est celui de l'Église catholique depuis le Concile de Trente. Le mal qu'ils ont pu faire, les erreurs qu’on a pu reprocher à beaucoup d’entre eux, tiennent à ce qu'ils ont été les gardiens et les défenseurs intraitables d’une tradition médiévale, et qu'il était de leur devoir de s'opposer à toute indépendance de la pensée, d’être les apôtres de l'intolérance, les conservateurs jaloux de toutes les superstitions du passé. À côté de cela, il est remarquable qu’une société, mêlée si intimement à la vie du monde, dispensée des rigueurs de l’ascétisme, obligée par profession de travailler à étendre constamment sa puissance et sa domination avec celles de l'Église, ait été en général composée d'hommes respectables et souvent admirables par leur caractère, distingués et souvent éminents par leur esprit, invariablement fidèles aux devoirs qu'ils avaient assumés. C’est à eux que l’Église doit en grande partie sa renaissance du xvi° siècle, comme celle du xix°. Il est vraisemblable que, si la Société de Jésus était destinée à périr, l'Église catholique, dans . ce qu’elle a du moins de spécifiquement catholique, serait condamnée à périr avec elle.
Un passage emprunté à un écrivain protestant, à Macaulay (Histoire d'Angleterre, t. II, ch. 6), nous paraît résumer avec une large équité les conclusions qu'impose à l'historien une étude impartiale des destinées de la Compagnie de Jésus.
« Aucune société religieuse ne pourrait montrer une liste d'hommes distingués dans des genres aussi