INTRODUCTION LXXIX
divers ; aucune n’a étendu ses travaux sur un aussi vaste espace, et cependant aucune n’a jamais eu une aussi parfaite unité de sentiments et d'action. Il n'y avait pas une région du globe, pas une carrière de la vie active ou spéculative, dans lesquelles on ne rencontrât un Jésuite. Ils dirigeaient les conseils des rois. Ils déchiffraient des inscriptions latines. Ils observaient les mouvements des satellites de Jupiter. Ils publiaient des bibliothèques entières de livres de controverse, de casuistique et d'histoire, de traités sur l'optique, d’odes alcaïques, d'éditions de Pères et d'Église, de madrigaux, de catéchismes et d’épigrammes. L'éducation de Ia jeunesse passa presque tout entière entre leurs mains, et ils la dirigèrent avec une remarquable habileté. Ils semblent avoir découvert exactement le point jusqu'où on peut pousser la culture intellectuelle, sans courir le risque d'arriver à l'émancipation intellectuelle. Leurs ennemis eux-mêmes étaient obligés d’avouer qu'ils n'avaient pas d’égaux dans l’art de diriger et de former les jeunes esprits. En même temps, ils cultivaient avec assiduité et succès l’éloquence de la chaire. Ils s'appliquaient aussi, avec une assiduité et un succès plus grand encore, au ministère de la confession. Dans toute l’Europe catholique, les secrets des gouvernements et de presque toutes les grandes familles étaient entre leurs mains. Ils se glissaient d’un pays protestant dans un autre sous d’innombrables déguisements, sous le déguisement de joyeux cavaliers, de simples paysans, de prédicateurs puritains. On les trouvait sous la robe des mandarins, dirigeant l'observatoire de Pékin. On les trouvait, la bèche en main, enseignant les éléments de l’agriculture aux sauvages du Paraguay. Mais, quelle que fût leur résidence, quelles que fussent les fonctions dont ils étaient chargés, leur esprit était partout et