‹ Les JésuitesChapitre 66 sur 111 · LXXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXX INTRODUCTION

toujours le même : dévouement complet à la cause commune, obéissance absolue au gouvernement central. Aucun d'eux ne choisissait selon son goût son lieu de résidence ou ses occupations. Le Jésuite abandonnait à ses chefs, avec une profonde soumission, le soin de décider s’il devait vivre sous le pôle arctique ou sous l'équateur, s’il devait passer sa vie à classer des pierres précieuses, ou a collationner des manuscrits au Vatican, ou à persuader aux barbares nus de l'hémisphère du Sud qu'ils ne devaient pas se manger les uns les autres. Si on avait besoin de son ministère dans un pays où sa vie était plus en danger que celle d’un loup, où c'était un crime de lui donner asile, où les têtes et les membres de ses frères, exposés sur les places publiques, lui montraient le sort qui l’attendait, il marchait vers sa destinée sans réclamation ni hésitation. Cet esprit héroïque n’est pas encore éteint. Quand, de nos jours, une peste terrible, et jusqu'alors inconnue, fit le tour du globe, alors que, dans plusieurs grandes cités, la crainte avait dissous tous les liens qui unissent les sociétés, alors que le clergé séculier avait abandonné ses troupeaux, qu'on ne pouvait plus se procurer, même à prix d'or, les secours de l’art médical, on trouvait le Jésuite auprès des grabats que l’évêque et le curé, le médecin et la garde-malade, le père et la mère avaient abandonnés, se courbant sur des lèvres infectées pour surprendre les faibles accents d’une dernière confession, et tenant jusqu'à la fin, sous les yeux du pénitent prêt à rendre l'âme, l'image du Rédempteur expirant.

Mais à l’admirable énergie, au désintéressement, à l’abnégation de soi-même, qui caractérisaient cette Société, se mêlaient de grands vices. On prétendait, et non sans fondement, que le même ardent esprit

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