LXXXII INTRODUCTION
mécontent de ces confessionnaux. Le prêtre s’y conformait toujours au pénitent; il savait modérer assez à point sa sévérité pour que celui qui s’agenouillait au pied de son tribunal spirituel n’eût plus envie désormais d'aller s'adresser aux Dominicains et aux Franciscains. S'il avait affaire à une âme réellement pieuse, il lui parlait le saint langage des Pères de l'Église primitive; mais avec cette très nombreuse portion du genre humain qui a assez de religion pour éprouver des remords après une faute commise, mais qui n’en a pas assez pour se retenir de faire le mal, il suivait un système tout différent : puisqu'il ne pouvait la sauver du crime, c'était son affaire de la sauver du remords. Il avait à son service une immense pharmacie de remèdes anodins à l’usage des consciences malades. Dans les livres de casuistique écrits par ses frères, et imprimés avec approbation de ses supérieurs, on trouvait des doctrines de consolation pour les pécheurs de toutes les classes. Là, le banqueroutier apprenait comment 1l pouvait, sans pécher mortellement, dérober ses biens à ses créanciers; là, Le serviteur apprenait comment il pouvait, sans péché mortel, s'enfuir en emportant l’argenterie de son maître; les gentilshommes, braves et susceptibles sur le point d’honneur, y trouvaient une décision sur le duel conforme à leurs penchants; on y donnait à la fraude assez de licence peur enlever toute valeur aux contrats passés entre les hommes et au témoignage humain.
« C’est ainsi que le bien et le mal s'entremêlaient singulièrement dans le caractère de cette Société célèbre, et ce mélange singulier contenait tout le secret de sa gigantesque puissance. Une telle puissance n'aurait jamais pu appartenir à de purs hypocrites, ni à de rigides moralistes; elle ne pouvait être acquise que par des hommes sincèrement enthou-
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