ACTIVITÉ DE L'ORDRE EN
Pour bien comprendre ce fait, il faut nous rendre » compte de la situation et de l'activité de l'Ordre en 1554. |
À Ja fin de 1544, on comptait en Europe 9 établissements des Jésuites : 2 en Italie, en Espagne et en Portugal, 1 en France, en Allemagne et aux Pays-Bas. À la fin de 1554, l'Ordre comptait déjà 8 provinces. La première, l'Inde, comprenait 12 établissements, dont 2 au Japon; la seconde, le Brésil, en avait 5; la troisième, le Portugal, 5; la quatrième, la Castille, 9; la cinquième, l'Espagne méridionale, 5; la sixième, l’Aragon, 4; la septième, l'Italie sans Rome, 11; la huitième, la Sicile, 3. Sous le gouvernement direct du général se trouvaient encore les … trois maisons de l'Ordre à Rome, les collèges de
Tivoli et de Vienne, l’établissement de Tournai, les associations d'étudiants jésuites de Louvain, Cologne et Paris. Aïnsi, le territoire de l'Ordre s’étendait déjà depuis les îles du Japon jusqu'aux côtes du Brésil. Il ne comprenait pas moins de 61 résidences et 63 maisons, sans compter les stations de Tétouan, de la colonie portugaise du Congo, etc., dont l'existence était encore mal assurée ; et cependant la marche en avant de la Compagnie était encore loin d’être achevée. Cela ne ressort pas seulement du fait que dans l’année et demie écoulée depuis 1554 jusqu’à la mort d’Ignace — survenue le 31 juillet 1556, — le nombre des provinces s'élève à 12, celui des résidences à 72, celui des maisons et collèges à 79, celui des membres à 1000, mais cela ressort aussi de la manière même dont ces établissements sont distribués. Dans l'Europe centrale et dans les colonies portugaises, les différentes stations semblent être des postes avancés en pays ennemi, mais, même dans l'Europe méridionale, la chaîne des stations laisse encore apercevoir des lacunes importantes. Et cependant cette ligne de combat, déjà prodigieusement étendue, est disposée et commandée par une seule volonté. Car tous les fils du gouvernement de l'Ordre convergent vers un seul lieu : le cabinet du général de l'Ordre à Rome.
Ce cabinet est déjà alors semblable au cabinet d'un prince, et la puissance du général lui-même peut être comparée à celle d’un prince. Il est en relations avec presque toutes les cours catholiques, il reçoit des lettres, des consultations, des communications secrètes de toutes les parties du monde catholique. De plus, on lui adresse régulièrement, au moins tous les trois mois, des relations détaillées de toutes les résidences de l'Ordre établies en Europe, et plus fréquemment encore des rapports confidentiels de ses divers
disciples. Son cabinet est ainsi une chancellerie … ecclésiastique politique et en même temps un office de renseignements d’un genre supérieur. C’est là, mieux que pàärtout ailleurs, qu'on peut connaître le but et les succès de l’activité de l'Ordre.
Examinons ce que pouvaient être.ces rapports qui arrivaient de toutes les résidences européennes. À bien des égards, ils ne nous fourniraient aucune image nouvelle de l’activité de l'Ordre. Les Jésuites continuent à.s’employer comme catéchistes, confesseurs, directeurs d'exercices spirituels et prédicateurs. En ces diverses qualités, ils exercent un grand prestige sur les classes gouvernantes et cultivées. Personne n'a aussi bien compris qu'Ignace l'importance de ce fait. Quand il envoie à tous les prêtres de l'Ordre une instruction sur leurs devoirs de confesseurs, il est facile de voir qu'il est conduit par la pensée d'accroître la puissance de l'Ordre par le tribunal de la pénitence. Les Jésuites continuent aussi à être plus actifs et recherchés que jamais comme prédicateurs. Ils prêchent partout où s'offre une occasion : dans les églises et dans les monastères, mais aussi dans les maisons de refuge, dans les prisons, sur les galères, dans les rues et sur les places publiques. Et ils savent toujours se pher au goût de leur public, qu'ils soient appelés à patler devant des princes et des grands, des prêtres et des cardinaux, des paysans et des bergers, ou des prostituées et des criminels. Lainez nous a fourni un brillantexemple de cette éloquence prête à s'adapter à toutes les circonstances, dans son cycle de sermons sur les principes de la banque et du commerce, prêché à Gênes, par lequel il conquit absolument au Jésuitisme cette grande ville maritime. A côté de la prédication et de leur rôle comme confesseurs, les Jésuites s'occupent encore activement de diriger les
exercices spirituels. Mais en même temps ils ne
-négligent en aucune façon les œuvres de miséri-
corde. C'est alors que les Pères fondent à Palerme une maison de Sainte-Marthe et un Orphelinat; dans le diocèse de Girgenti, un établissement de crédit pour venir. en aide aux paysans siciliens endettés; à Naples .et ailleurs, des confréries du Saint-Sacre-
ment, qui se consacraient au soulagement des
malades et à l’accommodement des querelles privées.
L'Ordre sut encore ailleurs s'employer avec succès
à cette mission pacificatrice. En un mot, son activité dans toutes les branches de la mission intérieure est toujours très étendue et très efficace. Mais 1l suffit
de feuilleter, même superficiellement, les rapports,
pour reconnaître qu’une autre occupation commence à prendre la première place. En Italie, à la fin de 1554 et au commencement de 1555, on compte 15 gymnases de Jésuites, en Sicile 3, dont un tomprend des cours d'Université, en Espagne comme en Portugal 2, dont un avec des cours d'Université, en Allemagne un, en tout 23 établissements de haut enseignement avec environ 2 500 élèves. De 1554 à la mort d'Ignace, en un an et demi, le nombre des établissements s’éleva à 36, celui des écoliers à 5 700. En outre 12 collèges d’écoliers jésuites étaient constitués dans les Universités catholiques, où déjà s'étaient introduits un certain nombre de professeurs jésuites (c'était le cas en Espagne). Ainsi le Jésuite n'est plus seulement catéchiste, prédicateur, confesseur et missionnaire, il est avant tout professeur d'enseignement secondaire et supérieur; l'ordre des Jésuites n’est plus principalement une société consacrée à la mission intérieure; il est surtout un ordre enseignant, et le général des Jésuites n’est plus simplement le directeur d'une société de prêtres pour la mission extérieure et intérieure, mais aussi, en
. même temps, le dispensateur du haut enseignement dans toute l'Europe catholique.
Par là, le front de bataille de l'Ordre se trouve
modifié d’une manière appréciable. A l'origine, il :
s'était surtout préoccupé des masses populaires; maintenant 1l s'occupe en première ligne des classes cultivées. Il cherche avant tout à les gagner, à les convertir, à les faire siennes. Pour cela ilest devenu un ordre aristocratique. Il se recrute désormais presque exclusivement parmi les puissants, les riches et les savants, et c’est naturellement dans cette élite de la société qu'il trouve ses principaux appuis. C’est à leur faveur et non plus à la faveur populaire qu'il devra ses plus grands succès. Ce n’est plus le peuple qui réclamera surtout ses soins, bien que, partout où il y a des Jésuites, il se laisse conduire par eux, à la lisière, comme un enfant. Toutefois le haut enseignement n’est qu'une des nouvelles tâches auxquelles, en 1554, l'Ordre consacre ses énergies. [Il y en a d’autres encore. Déjà, dans les rapports envoyés d'Italie, d'Espagne et de France, il est souvent question de rencontres et de combats des Pères avec les hérétiques. En Auvergne, le Père Broet eut sérieusement maille à partir avec les calvinistes. Dans la Valteline, le Père Galvanella fut seul capable de tenir tête aux protestants qui y étaient prépondérants. À Naples, Salmeron prêcha avec ardeur contre l’hérésie. À Ferrare, les PP. Pelletier et Lejay réussirent à faire doucement violence à la duchesse Renée de Ferrare pour la ramener du calvinisme dans le sein de l'Église qui seule a les paroles du salut. Mais il est encore bien plus question d’affaires de cet ordre dans les rapports venus d'Allemagne. En Allemagne, les Pères considèrent visiblement le combat contre l’hérésie comme la plus importante de leurs tâches. Là l'Ordre agit,
où il peut agir, exclusivement comme ordre militant. Ce n’est pas d’ailleurs Vienne, mais Rome qui est, même pour l'Allemagne, le centre des opérations. Depuis 1552, Ignace instruit à Rome, dans le Collège germanique, les combattants qui doivent conduire la guerre comme officiers. C'est à Rome que, le 18 août 1554, presque exactement vingt ans après la journée solennelle de Montmartre, Ignace trace le célèbre plan d'attaque contre l'Allemagne hérétique, que les princes catholiques alliés aux Jésuites ont ensuite exécuté de point en point. Il a ainsi luimême organisé, dans des proportions grandioses, la guerre sainte contre l'Allemagne protestante et ainsi préparé toutes les victoires ultérieures remportées
par l'Ordre sur ce terrain.
Parmi les tâches nombreuses que les statuts de 1539 proposent à l'Ordre, le haut enseignement n'est pas même mentionné ; la guerre contre le protestantisme n’est mentionnée que comme une possibilité, non comme un devoir proche et pressant. On est donc amené à se poser cette question : Comment Ignace est-il arrivé à élargir et à transformer son programme de façon à lui donner une portée aussi générale pour l'histoire du monde ?
Si le Jésuite devait « se faire tout à tous, pour gagner toutes les âmes », il ne devait pas seulement être supérieur à tous ceux sur qui il devait agir en énergie et en zèle pour la foi, mais aussi en culture intellectuelle. Personne n'a mieux compris cela qu'Ignace. Aussi le développement intellectuel a-t-1l dès l’origine tenu dans l'éducation des néophytes de l'Ordre une place presque aussi grande
que le dressage militaire des caractétes et de Fi sensibtlité. Mais Ignace pensait d’abord que l'Ordre n'avait à s'occuper directement que de cette seconde tâche. Il abandonnait la première aux Universités catholiques qui, à ses yeux, étaient plus propres à
la remplir que l'Ordre, déjà absorbé par tant d’autres devoirs. Aussi renicontrons- nous, aussitôt après 4540, à Paris, Padoue, Coïmbre, Alcala, Valence, des associations d’ écoliers jésuites. Le plus souvent 1ls habitent dans la même maison, sous la direction d'un ou de plusieurs prêtres de l'Ordre, qui surveillaient leur travail et de temps à autre leur servaient de répétiteurs ou dirigeaient des disputations. Mais ils suivaient les cours des Universités avec les autres étudiants. Ce système entraîna des inconvénients de toutes sortes. Ignace cependant y persévéra pendant quelque temps, d'une part parce qu'il ne voulait pas surmener ses disciples en ajoutant à leurs tâches celle de l’enseignement, d'autre part parce quil considérait ces associations d'étudiants comme un des meilleurs moyens de propagande pour l'Ordre. Et naturellement il ne voulait à aucun prix se mêler de l'éducation et de l'instruction des étrangers. Mais la science et l’habileté à disputer de ses disciples faisaient une si grande impression qu'Ignace lui-même ne pouvait n’en être pas frappé. Déjà, en 1538, Faber, Lainez et Salmeron avaient dû, sur l’ordre de Paul IIT, donner quelques leçons à l'Université de Rome. En 1546, François Borgia, duc de Gandia, le plus puissant protecteur de la Compagnie en Espagne, fit faire, par le père jésuite français Onfroi, un cours sur la philosophie propédeutique à son Université de Gandia, et, en 1547, il obtint d’Ignace qu'il se déclarât prêt à fournir des Jésuites comme professeurs pour toutes les chaires de cette petite Université. Mais Ignace se soumit plutôt ici à
une nécessité qu'il n’agit par une impulsion per-
sonnelle. A la fin de cette même année, le Conseil de
ville de Messine proposa à l'Ordre d’adjoindre un collèsce à l'Université municipale projetée, si le général s’engageait à y installer à perpétuité quatre professeurs. Ignace ne pouvait pas repousser une proposition aussi flatteuse. La nouvelle école fut ouverte, dès Pâques 1548, avec sept professeurs
jésuites. Le succès fut si grand, qu'ignace fut
assailli de tous côtés de sollicitations pour obtenir des professeurs jésuites, et il dût renoncer à s'opposer à la transformation de son Ordre en ordre enseignant. Déjà, en 1549, un second gymnase jésuite fut ouvert à Palerme. En même temps les Jésuites commencèrent à enseigner dans une Université allemande, celle d'Ingolstadt. En 1550 fut fondé le gymnase de Tivoli; le 18 février 1551, fut ouverte à Rome l’école centrale et modèle de l'Ordre, le Collège romain; après Pâques, on inaugura le gymnase de Venise, en juin l’école de Vienne, en juillet le gymnase de Ferrare, en octobre le gymnase de Bologne. L'année 1552 vit la naissance des collèges de Florence, Naples, Padoue, Gubbio, Pérouse, Modène et celle du Collège germanique de Rome, l’année 1553 celles des collèges de Lisbonne, Evora, Monréale, l’année 1554 celle des collèges de Cordoue, Coïmbre, etc. Dans l’espace de six années l'Ordre s'était emparé avec succès de l'enseignement dans la plus grande partie de l'Europe latine méridionale et avait aussi pris pied en Allemagne. En 1554, l’enseignement des Jésuites était déjà constitué; il l'était avant même que l'Ordre eût pris pour principe absolu d’instruire lui-même les Jésuites. | On se plaît à dire : c’est le maître d'école prussien qui a vaincu à Sadowa, et a assuré l’hégé-
. monie de la Prusse en Allemagne. Avec beaucoup
dl
plus de raison peut-on dire : c’est le maître d'école jésuite qui a été vainqueur, partout où le protestantisme a succombé; c’est lui qui a assuré la suprématie de la vieille Église dans beaucoup de pays déjà tout entiers ou à moitié conquis par le luthéranisme. Car c’est parce que l'Ordre a obtenu une sorte de monopole de l’enseignement dans les pays latins, en Pologne et aussi dans beaucoup de pays allemands, que les classes gouvernantes et cultivées, dont la volonté décidait de la croyance des peuples, ont été reconquises par le catholicisme. La carte confessionnelle de l'Europe actuelle est en bonne partie le résultat des corrections que le maître d'école jésuite a fait subir à la carte confessionnelle de l’Europe de 1550 à 1556; encore aujourd’hui, on reconnaît dans la vie intellectuelle des nations catholiques l'influence de l’école jésuite, qui a réellement obtenu alors dans le haut enseignement une sorte de monopole.
Plus ce fait est important, d'autant plus énergiquement doit-on rappeler qu'Ignace, au début, n’a pas songé à s'emparer de l’enseignement, mais qu'il y a été amené sous la pression d'étrangers protecteurs des Jésuites. Cependant l'école jésuite est absolument son œuvre. Non seulement parce qu'il lui a imprimé le sceau de son esprit, mais aussi parce qu'il a transformé son Ordre en un ordre enseignant avec une énergie et une habileté supérieures, dès qu'il eût compris de quelle fertilité était ce nouveau champ de travail.
Comment maintenant Ignace s'est-il fait l'organisateur de la guerre sainte contre l'hérésie, et est-il devenu un anti-Luther?
Pour répondre à cette question, fixons d’abord quelques dates. Déjà, avant la confirmation de l'Ordre, dans l'été de 1540, Claude Lejay prêche à Brescia contre les hérétiques; mais Ignace n’a pas pris l'initiative de le charger de cette mission; Lejay a agi sur l’ordre du Pape. Depuis 1542, Faber, Bobadillo et Lejay luttent en Allemagne contre l'hérésie; mais ce n’est pas Ignace qui les y a envoyés, c’est l’évêque de Modène, légat pontifical, qui a réclamé leur collaboration. L’année suivante, Salmeron va à Modène pour le même objet, mais c’est encore le cardinal Morone, évêque de Modène, qui l’a appelé. En même temps, Araoz combat à Lucques contre les hérétiques; en 1544, c'est Lainez qui les attaque à Brescia; en 1545, Broet prêche à Faenza, Lainez à Bassano; mais c’est leur zèle personnel, non les ordres exprès du général, qui les a mis en mouvement. Depuis 1546, Lainez et Salmeron agissent avec la plus grande vigueur contre l’hérésie au Concile de Trente; ici encore, c’est le Pape et non Ignace qui leur a donné cette mission. L'année suivante, Salmeron fait la guerre à Bologne aux livres hérétiques. Lejay, placé à la tête du collège de Ferrare, chercha à arracher à l’hérésie la duchesse Renée de France. Dans ces deux circonstances, ce n’est toujours pas d'Ignace que vient l'initiative; c’est le duc Hercule d'Este qui appela Lejay, et Salmeron n’écouta que Son zèle personnel. En 1548, Broet convertit à
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Bologne de nombreux luthériens; Silvestre Landini… se fait connaître comme « le protagoniste contre l'hérésie à Luna et Sarzane »; dans ces deux cas encore, l'initiative ne vient pas d’Ignace, mais des
évêques de ces villes. La même année, les Pères” commencent à enseigner à Ingolstadt, mais ce n'est pas Ignace qui les envoie; c’est le duc Guillaume IV de Bavière qui les appelle. En 4550, les Jésuites prennent part aux poursuites de l’Inquisition à Mes-« sine, mais c’est l'Inquisiteur lui-même qui leur a imposé ces fonctions. Ils résistent aussi énergique: ment que possible contre cette obligation, et ils obtiennent du moins de ne pas s'occuper des procès criminels. En 1551, commence leur activité à Vienne; ici encore c’est le roi Ferdinand et non Ignace qui est l’auteur de leur venue. En 4559, c’est le Cardinal. Morone, et non Ignace, qui est le fondateur du Collège germanique à Rome. Il est vrai qu'Ignace entra avec une extrême ardeur dans les vues de Morone.… Il travailla à organiser immédiatement le Collège « dans des proportions grandioses. À partir de ce moment, il considère la lutte contre l’hérésie comme une des taches les plus importantes de son ordre; et désormais il prend lui-même l'initiative sur ce terrain, ainsi que le prouve le grand plan de campagne de 1554. |
Ces dates arides sont infiniment instructives. De
même que l'Ordre des Jésuites est devénu un ordre enseignant par une transformation graduelle, il est devenu, de la même façon, un ordre militant, et” cette transformation, comme la précédente, à été due tout d’abord à des influences étrangères : c'est | la Curie, quelques évêques, le duc Guillaume IV dem Bavière, Ferdinand l° d'Autriche, qui ont déterminé cette évolution. Ignace lui-même semblait tout : d’abord aussi peu disposé à entreprendre cette tâche
+ vers La *
que celle du haut enseignement. Mais, s’il n’accepta cette dernière qu'après les plus pénibles hésitations, ce fut sans hésitation, et même avec joie qu'il mit, dès le début, ses troupes au service de la guerre sainte contre l'hérésie; et de même qu'il finit par s'occuper avec énergie du haut enseignement, il finit par prendre l'initiative dans cette guerre et par l’organiser avec une admirable intelligence. Ainsi, bien qu'il n’ait pas commencé son œuvre mondiale comme
un anti-Luther, mais plutôt comme un Auguste
Hermann Francke! catholique, il est cependant, avec le temps, devenu un anti-Luther, et cette évolution n’a pas été accidentelle, elle n’a pas été un simple résultat des circonstances extérieures qui ont influé sur lui, elle a été tout autant un acte de sa volonté
. propre. Car il ne s’est pas laissé imposer cette tâche
par les circonstances; 1l l’a assumée avec pleine
conscience de ce qu'il faisait, aussitôt qu'elle s’est
clairement montrée à [ui.
Ainsi l'histoire de l'Ordre des Jésuites confirme cette vieille vérité, qu’en règle générale les hommes ne connaissent que peu à peu, au cours de leur
développement, les tâches qui doivent déterminer le
but et la direction de leur vie. De même que la
Société des prédicateurs méthodistes, dont les débuts
rappellent de tant de manières ceux des Jésuites, la Compagnie de Jésus n’a été à l’origine qu'une association pieuse d'étudiants, puis elle s’est transfor-
mée en une congrégation de prêtres pour la mission
1. A. H. France, de Lubeck (1663-1727), fut à la fin du xvn° etau commencement du xvu° siècle, un des plus remarquables représentants du piétisme allemand. 11 exerça à Halle une influence considérable comme professeur et comme pasteur. Il vivifia la théologie par l'étude de l'Écriture Sainte et par ses ouvrages de
piété pratique. Il fonda un orphelinat célèbre et des écoles qui,
à sa mort, comptaient 2 200 élèves. [N. du T.]
intérieure et extérieure, enfin, depuis 1555, elle
devint peu à peu un ordre enseignant catholique et «
un ordre militant anti-protestant. Ce n’est qu'en 1552 que son programme fut fixé dans toute son ampleur. Jusque-là il était encore à l’état de devenir. Cepen-
(re
dant, même après la fixation définitive de son pro-
gramme, l'Ordre n'était pas encore tout à fait achevé. Il lui manquait une constitution officiellement reconnue, une loi réglant son activité extérieure et sa vie intérieure.