‹ Les JésuitesChapitre 8 sur 111 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

complètement ou en majeure partie des vérités de la foi. » On expliquait pourtant les livres VII et XII de la Métaphysique d’Aristote où il est question de Dieu, mais on recommande d'éviter tout ce qui, dans cette matière, peut intéresser la foi. Comme le Jésuite a, après les trois ans de philosophie, quatre ans de théologie à faire, on ne peut soupçonner ses maîtres de ne pas vouloir lui parler de Dieu. Les Jésuites, d’ailleurs, n'avaient pas tort, puisqu'il s'agissait pour eux de former, non des phi-

losophes, mais des prédicateurs, des professeurs, des .

confesseurs, de les empêcher de se perdre dans les questions de pure métaphysique. Ils recommandent, et Quinet s’en indigne, de ne pas rester plus de trois ou quatre jours sur la question de l’Être. Cette recommandation était pleine de sagesse. Enfin Quinet,

par un gros contre-sens, là où il est recommandé

dans le cours de logique de ne rien dire de praedicamento substantiae, traduit « de la pensée de substance », alors que la Ratio veut que, dans l'étude des catégories (praedicamenta) d’Aristote, on laisse de côté la substance, qui est à leurs yeux essentiellement différente des autres catégories.

Toutes les citations que fait Quinet et les traductions qu'il donne trahissent le parti pris avec lequel il a lu et interprété les textes. Dans son analyse des Exercices spirituels, il s’indigne que Loyola ordonne « ut paria anhelituum et vocum observet »; il traduit anhelituum par su/focaltions, et déclare que « l’homme doit suffoquer, pleurer, gémir par ordre ». Ignace a - simplement prescrit, dans la prière en commun, de laisser un intervalle égal entre les respirations et les paroles, pour bien réfléchir à leur sens à mesure. Cela est puéril, si l’on veut, mais n’a rien de choquant.

Ailleurs Quinet accuse Loyola de jouer avec le mar-

tyre, de ruser avec l’héroïsme, de feindre la macé-

INTRODUCTION "XITIE

ration, d'enseigner un pharisaïsme hypocrite, parce qu'il recommande à ses disciples « quare flagellis potissimum ulemur de funiculis minulis, quae exteriores affligunt partes, non autem adeo-interiores, ut valetudinem adversam causare possint ». Quinet traduit : « Servons-nous de petites ficelles qui blessent la peau, en effleurant l'extérieur, etc. » Il a oublié que lui-même, retrouvant ailleurs le mot affligunt, l’a traduit par {orturé-et non par effleuré, et que funiculi .sont des cordelettes et non des ficelles. S'il avait pris la peine de lire l’ensemble des prescriptions données par Loyola sur le jeûne, les veilles, les macérations et la flagellation, il aurait vu qu'elles sont toutes . inspirées par le même esprit; ce sont des prescrip-: tions très sérieuses, très sévères même, mais où Ignace est toujours préoccupé de ne pas dépasser : le point où elles détruiraient la. santé. Il crée un ordre d'hommes d'action, non de contemplatifs et d’ascètes. « Il ne faut pas, dit-il au chapitre 1 de la AIT: partie des Conslitutions, s’épuiser par des veilles, des abstinences et d’autres pénitences, qui nuisent ordinairement et empêchent de plus grands biens. » Il n’y a là ni ruse, ni hypocrisie, mais sagesse. Michelet avait été plus prudent que Quinet et il avait peu cité de textes; mais plus tard, quand il revient aux Jésuites en écrivant l'histoire de la Réforme, il croit les écraser par une citation irréfutable. « Dans cet ordre militaire sous sa robe pacifique, dit-il, jusqu'où 1ra l’obéissance? C’est .là le. point vraiment capital, et c'est là que le capitaine biscayen fut original. Les fondateurs des anciens ordres avaient dit : « Jusqu'à la mort », Loyola va au-delà et dit : « Jusqu'au péché ». Véniel? Non. Il va plus loin. Dans l’obéissance 1l comprend . le péché mortel. « Visum est nobis in Domino. nullas constilutiones posse obligalionem ad peccalum mor-

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