Le premier étant saint Boniface. [N. du T
seurs jésuites. Ignace ravi en envoya trois en 1549, et certes des hommes de premier ordre : Salmeron, Lejay et Canisius. Mais, malgré toute leur érudition, l'élégance de leur parole, leurs efforts pour donner aux étudiants le goût de la théologie scolastique par des conférences intimes et des cours de vacances, le succès de leur enseignement fut très faible. En même temps, les négociations en vue de la fondation d’un collège jésuite, désirée par l'Ordre, n’avançaient pas. Ce fut assez pour qu'Ignace rappelât tout à coup ses disciples en 1552. Il pouvait à ce moment les employer ailleurs avec beaucoup plus de profit. L'Ordre avait en effet, pendant ce temps, vu s'ouvrir en Autriche un nouveau champ de travail. Pour remédier à la pénurie des vocations ecclésiastiques, le roi Ferdinand, en mai 1551, avait ouvert à Vienne le premier collège allemand de Jésuites, avec la mission principale de former des prêtres. Le nouvel établissement ne joua d’abord, il est vrai, qu’un rôle très modeste ; non seulement parce qu'en Autriche personne ne voulait plus étudier la théologie catholique, mais aussi parce qu'aucun des professeurs et des écolâtres ne savait bien le haut-allemand : le directeur, Claude Lejay, était un Français, les onze autres venaient des Pays-Bas ou d'Espagne. Ge n’est qu'après la mort de Lejay, arrivée le 6 août 1552, lorsque Canisius, âgé seulement de trente ans, prit la direction du collège, qu’un souffle plus vivant vint animer l’œuvre des Jésuites à Vienne. Ce Néerlandais n’avait rien de la lourdeur proverbiale de ses compatriotes. Il s’acclimatait rapidement partout, 1l conquérait partout pour lui-même et pour son Ordre une forte situation, avec une énergie qui allait droit au but et avec la sage prévoyance d’un homme expérimenté. À Vienne, il montra qu'il voulait mettre en pratique la devise favorite d'Ignace, « se faire
jh
tout à tous pour gagner tous les cœurs ». Il préchait, il catéchisait, il dirigeait des missions populaires dans les campagnes; il organisa en 1534 un gymnase avec quatre classes etun pensionnat gratuit pour des jeunes garçons pauvres; il fut chargé de la direction intérimaire du diocèse de Vienne, et, avec tout cela, il travaillait avec ardeur à l'ouvrage qui devait immortaliser son nom, au catéchisme catholique qu'il entreprit, en 1554, sur l'invitation du roi Ferdinand. Ce petit livre, sous ses diverses formes, obtint bientôt, grâce à la faveur des autorités catholiques, une popularité égale à celle du catéchisme de Luther. Mais il mérita aussi ce succès par sa valeur intrinsèque. Il est écrit dans un style clair et populaire, présenté sous une forme attrayante et empreint d’une forte saveur biblique, conforme aux besoins de l’époque. Son principal mérite est d’être exempt de toute polémique proprement dite. Et c'est là précisément ce qui, dans cette époque batailleuse, lui donna une efficacité supérieure à celle de tous les livres de polémique du parti catholique. Il devint, sous sa forme la plus abrégée, une sorte de bréviaire populaire, comme le petit catéchisme de Luther; aussi fut-il, à cause de cela, de la part de ses adversaires protestants, honoré d’aussi grossières appréciations que le catéchisme de Luther de la part des catholiques.
Le succès du catéchisme contribua puissamment à donner aux Canisiensune grande situation dans beaucoup d’autres villes d'Allemagne. Déjà, en 1555, Canisius put fonder un autre grand collège dans la seconde capitale des États de Ferdinand, à Prague; en 1556, le premier collège bavarois s’ouvrit à Ingolstadt; à la fin de la même année fut fondé à Cologne le premier collège du Rhin inférieur; en 1559 le second collège bavaroïis, à Munich; en 1556 le premier collège
tyrolien, à Innsbruck. Les fondateurs de ces établis-
sements étaient tous des laïques. Entre 1550 et 1560
les évêques allemands, à l'exception du seul Otton Truchsess d'Augsbourg, étaient tous indifférents à l'égard du nouveau mouvement dirigé par les Jésuites. Mais, à partir de 1560, l'Ordre obtint aussi leur appui. Trèves commença en 1560, Würzbourg et Mayence suivirent en 1561, Olmütz en 1564, Spire en 1567. De plus, Otton d’Augsbourg donna aux Jésuites en 1563 son université de Dillingen. Déjà à la fin de 1567, les Pères possédaient 13 établissements d'instruction bien dotés, dont 7 étaient placés dans des villes universitaires ou possédaient des cours universitaires. Ils étaient tous très fréquentés : à Vienne ils avaient, en 1558, 500 élèves; à Cologne, en 1558, 360; en 1562, 517; en 1567-68, 570; à Trèves, en 1566, 500 ; à Mayence, en 1565, 400 ; à Spire, en 1572, 453; à Munich, en 1561, environ 300. L'Ordre avait encore obtenu, dès 1559, à Tyrnau en Hongrie, et enfin, en 1560, à Louvain dans les Pays-Bas, le droit de donner des cours. Il pouvait donc dès lors être très satisfait de ses succès en Allemagne et dans les pays limitrophes.
En même temps, le gouvernement de l'Ordre avait commencé à organiser la lutte religieuse sur une grande échelle, en prenant Rome pour centre. Déjà en 1552, Ignace avait ouvert le collège germanique; dès 1554, 1l avait esquissé son célèbre plan de campagne contre l'Allemagne hérétique ; mais le collège n'acquit une véritable importance qu'après sa réorganisation par le Pape Grégoire XIII en 1573, et le grand plan de campagne ne fut mis à exécution que lentement. Aussi, pour le moment, le fardeau de la lutte reposa-t-il presque tout entier sur les épaules de Canisius. Le « nouvel apôtre » des Allemands se trouva dès alors emporté dans des déplacements per-
pétuels. Tantôt nous le trouvons en Tyrol, tantôt dans la Basse-Allemagne, tantôt à Vienne, tantôt à Cologne, tantôt à Münich, tantôt à Osnabrück et Hildesheim. Partout 1l déploie une activité surprenante. Il prêche, 11 catéchise, 1l dispute avec les héré-
tiques, il fonde des écoles de pauvres et des écoles
latines, il établit de nouvelles stations de l'Ordre, il cherche avant tout à amener les princes ecclésiastiques à publier les décrets du Concile de Trente et à établir une sévère discipline catholique. D'abord il n’obtint que de faibles succès. Ce n’est qu'entre 1580 et 1590 que le protestantisme fut extirpé des territoires de Trèves, Mayence, Augsbourg, Cologne, Paderborn, Münster, Hildesheim, avec l’aide des Jésuites, et aussi en partie par la violence. Ce n’est en effet que très lentement que surgit cette nouvelle
génération de princes ecclésiastiques, dont le repré- . sentant le plus illustre fut un nourrisson du collège . romain, Julius Echter de Mespelbrunn, prince-évêque
de Würzbourg, le dur convertisseur de la Basse-
Franconie, mais en même temps un des princes les
plus’ respectables et les plus capables qui aient - honoré l'Allemagne de ce temps. Canisius put encore voir ces grandes victoires de la cause catholique,
mais depuis longtemps il n'était plus à la tête de sa province. L'Ordre lui avait déjà, en 1569, enlevé sa charge, probablement parce que l’apôtre des Allemands était trop dévoué à l'empereur allemand. Une
seule fois dans la suite, on lui permit d'employer son
admirable talent à une grande œuvre : en 1580, lors
.. de l'introduction des Jésuites à Fribourg, en Suisse.
Il put encore voir l'établissement qu'il y avait fondé acquérir dans la Suisse occidentale une importance égale à celle que le collège de Lucerne avait acquise dans les cantons forestiers. Il vécut jusqu'au 24 dé-
cembre 1597, et mourut à Fribourg.
110 LES JÉSUITES de
De quelle manière les Pères sont-ils arrivés à vaincre l’hérésie dans les pays allemands que nous avons nommés et dans les territoires limitrophes, en Suisse et en Belgique? Par quels moyens ont-ils rétabli la domination de l'église catholique, non seulement sur les corps, mais sur les âmes ? Parmi la foule d'exemples que pourrait nous fournir l’histoire de la contre-réformation allemande, nous en choisirons deux, particulièrement instructifs : l'œuvre de l'Ordre en Bavière et en Autriche.
Au moment de la mort du duc Guillaume IV, en mai 1550, l’ancienne église paraissait être vouée à la ruine en Bavière comme en Autriche. Les prêtres étaient de vrais sacs à vin, des joueurs, des fainéants, des ignares, vivant pour la plupart en concubinage, si bien que dans les presbytères de ces pasteurs dépravés on rencontrait plus de petits prêtraillons que de livres; les chanoines étaient plutôt des hommes de guerre que des clercs, désordonnés, débauchés, grossiers, fort souvent n'ayant même pas reçu les ordres; les couvents étaient des auberges plutôt que des maisons de prière; une bonne parte de la noblesse était luthérienne:; le luthéranisme était fortement représenté dans les deux villes principales, Straubing et Münich; les petits artisans et les paysans, surtout dans l'est, étaient en bonne partie devenus anabaptistes; là où ce n’était pas le
cas, ils avaient renoncé à presque toute règle reli-. gieuse et morale; et les évêques, au milieu de tout
ce chaos, étaient désorientés, impuissants, incapa-
bles, et souvent peu enclins à résister avec énergie au désordre, — tel est le tableau de la situation qui nous est peint par les rapports des témoins les plus irrécusables, en premier lieu des inspecteurs ducaux. On n'avait sous la main ni les ressources ni les hommes nécessaires pour que l’Église se rajeunît par ses propres forces; on aurait au contraire trouvé aisément dans les classes dirigeantes les ressources et les hommes suffisants pour fonder une église bavaroise évangélique. Il appartenait au jeune duc Albert V de décider la question et de décider en même temps de l’avenir de la Bavière. Son choix ne pouvait pas être douteux. IT était le fils d’un catholique zélé, Guillaume IV, et l'élève d’'Ingolstadt, la ville catholique par excellence. Il décida, comme de juste, d’écraser les protestants, de réformer l'Église en maintenant les bases de l’ancienne foi, et pour accomplir cette double et difficile tâche, de prendre les Jésuites comme auxiliaires. Le 7 juillet 1556, 8 pères et 12 écolâtres jésuites firent leur entrée à Ingolstadt. Alors commença une ère nouvelle pour la Bavière. Le poison de l’hérésie fut expulsé. La vieille église fut rajeunie. L'État lui-même reçut une empreinte nouvelle. Mais ce rajeunissement fut dû à un sang étranger. Aussi la nouvelle Bavière prit-elle pour longtemps quelque chose d’exotique dans son allure. Les conceptions catholiques romaines dirigèrent la politique des princes et la conduite des hautes classes. Mais ce nouvel esprit ne s’empara que des couches supérieures. Il ne gagna pas l’âme fruste du peuple. Le peuple conserva sa vieille originalité germanique, rude et forte. Néanmoins, sous la discipline de fer de l'État et de l'Église restaurée, il redevint dévotement catholique, docile, fanatique et intolérant à l'égard de toute hérésie. On aurait | bientôt pu croire que jamais il n'avait montré
aucune velléité de suivre l'exemple des äutres peuples allemands et de refuser l’obéissance à Rome. Il peut paraître un peu excessif d'attribuer une vertu aussi prodigieuse à l’action de quelques douzaines d'étrangers. Et pourtant, dans cette circonstance, la force fut en raison inverse du nombre, et la force put ici agir immédiatement sans rencontrèr aucun obstacle. Les émissaires de Loyola s’emparèrent d'emblée du cœur et du cerveau de ce pays, de . la Cour et de l’Université locale, et pendant des siècles ils eurent l’habileté de conserver cette double position. C’est ce qui explique leur succès. Dès la génération suivante, Ingolstadt devint le type de la ville jésuite allemande. Les professeurs hérétiques disparurent. Les chaires de théologie et de philosophie tombèrententièrement entreles mains de l'Ordre. Jusqu'au xvin° siècle, celles de droit et de médecine ne furent occupées que par de zélés catholiques. Comme les Jésuites ouvrirent en outre dans la ville un gymnase, et depuis 1578 un séminaire gratuit, on comprend qu'Ingolstadt ait été considéré comme le plus solide boulevard des Jésuites dans lAllemagne méridionale. C’est tout au plus si Dillingenet Würzhbourg auraient pu à cet égard rivaliser avec Ingolstadt. Mais l'œuvre des Pères, dans la seconde de leurs colonies bavaroises, à Münich, fut encore ‘plus considérable. Ils s’y établirent aussi, dès 1559, comme professeurs. Quelque importants qu'y aient été leur gymnase, qui peu à peu‘réduisit à néant l’ancien collège classique et en 1602 atteignit jusqu’à 900 élèves, leur internat pour les pauvres écoliers et leur pensionnat pour les jeunes nobles, qui furent adjoints au gymnase en 1574 et 1578, l’action des Pères à la cour ducale fut toutefois plus importante encore pour la Bavière tout entière. Quand ils arrivèrent à Münich, la Cour bavaroise n’était ni meilleure
ni pire que les autres Cours allemandes ; une prodigalité démesurée y régnait, sans qu'on s y livrât cependant à d'aussi grossières débauches qu'ailleurs; le duc était bon enfant, mais indolent, mou, dépourvu de tout sentiment sérieux de ses devoirs. Tant qu'Albert V vécut, malgré les efforts du jésuite prédicateur de la Cour, aucun changement radical ne se produisit. On peut seulement observer que les manifestations extérieures de la piété se multiplièrent. Mais avec le fils d'Albert, Guillaume V, arriva enfin au pouvoir un prince qui s’appliqua avec une ardeur infatigable à devenir, avec les conseils de son confesseur jésuite, un Père de son peuple, dévotement attaché au catholicisme. Sans doute le luxe excessif de la Cour persista sous son règne. Mais, malgré l'étrange complaisance du pieux Guillaume pour les caprices, souvent fort inconvenants, de son cher Orlando de Lassus, la vie de la Cour prit une allure sérieuse et ascétique et, ce quiimportait surtout, le duc ne se contenta pas d’être jésuite jusqu'au fond du cœur, il fut en même temps un souverain laborieux, actif et consciencieux. Son fils et successeur, Maximilien 1°’ (1597-1651), réalisa encore mieux cet idéal du Père du peuple catholique. Il poussait presque jusqu’à la puérilité les scrupules de conscience, ilavait une activité dévorante, son sérieux confinait à l’hypocondrie. Mais c'est précisément ce caractère qui fit de lui le grand prince-électeur de Bavière, qui le rendit capable de donner à son petit État une administration supérieure à celle de tous les autres États allemands, et de poser pour l'avenir les bases de la grande Bavière.
L'Ordre pouvait à bon droit s'enorgueillir de ces résultats de son éducation, d'autant plus qu’à cette époque c’étaient les princes qui recherchaient son appui, plus que lui ne recherchait le leur, et que
même bien souvent il tentait de décliner les témoiognages trop marqués de faveur, dans l'intérêt de sa discipline intérieure et de son bon renom. Aussi, quand les Jésuites eurent réussi à transformer la Cour en un couvent et Münich en une Rome allemande, et à inspirer aux princes un sentiment profond de
leurs devoirs moraux, ne négligèrent-ils pas de leur
rappeler sans cesse que parmi ces devoirs était. le souci du salut de leurs sujets. Ce devoir n’était pas autre chose que le devoir primordial d’un Père du peuple catholique. On ne s'étonne pas que Guillaume V et Maximilien [°' aient été sur ce point pleinement d'accord avec eux. Mais 1l est remarquable
que déjà le négligent et nonchalant Albert: ait eu le
sentiment très net de ce devoir. Aussitôt que les Pères furent arrivés en Bavière, il prit une attitude plus sévère à l'égard des protestants et de ceux qui inclinaient au protestantisme. À partir de 1563, il expulsa impitoyablement les récalcitrants, il traita
sans miséricorde les anabaptistes, comme l'en loua le jésuite Agricola, par le feu, les noyades et le fer, et il détruisit sans pitié les livres et les pamphlets hérétiques. Il fallut néanmoins attendre qu’une génération d'hommes eût disparu, pour que la persécution fût couronnée d’un entier succès. Encore en 1586, les anabaptistes de Moravie réussirent à soustraire 600 victimes au duc Guillaume. Ce seul exemple prouve que le nombre des expulsés se chiffra, non par quelques centaines, mais par plusieurs milliers. Terrible saignée pour un pays aussi peu peuplé. « Mais l’honneur de Dieu et le salut des âmes, disait Albert V au Conseil de ville de Münich, doivent être
mis au-dessus de tous les intérêts temporels. » En
outre, la paix religieuse d'Augsbourg autorisait absolument cette politique de contrainte. Il était sans
doute incontestable qu'ils exerçaient leurs droits
mr:
avec infiniment plus de rigueur que n'importe lequel des princes protestants, mais les catholiques ne pouvaient que leur en faire un titre de gloire. Naturellement les Jésuites ne se sont pas contentés de les en louer avec emphase; ils ont soutenu de leurs conseils et de toutes leurs forces les autorités bavaroises dans ce premier grand effort de contre-réformation. Le bureau central des affaires religieuses, qui dirigeait dans toute la Bavière l'exécution des décrets des ducs, le collège des conseillers ecclésiastiques (Geistliche Ralskollegium), fut organisé sur les conseils de Canisius. Les Jésuites ont approuvé et réclamé avec insistance la censure la plus rigoureuse sur tous les livres; ils ont pris eux-mêmes en main l'inspection d’une partie des paroisses. Mais leur but n'était pas seulement l'extirpation du protestantisme. Ils voulaient aussi convertir de cœur le peuple à la foi traditionnelle de l'Église. Pour y arriver, ils mettaient en œuvre leurs missions, leurs prédications, leurs confréries de Marie, leurs associations de bourgeois, de compagnons et d’apprentis, et en même temps le rétablissement poursuivi avec ardeur des représentations et des cortèges religieux populaires, des processions, des pèlerinages, du culte des reliques. Il fallut néanmoins attendre l’arrivée d’une génération nouvelle, pour que la confiance des masses et du bas clergé fût acquise aux Jésuites. Si les ducs ne les avaient pas aussi fidèlement soutenus, ils n'auraient jamais réussi à s'implanter en Bavière. Mais cet appui ne leur fit jamais sérieusement défaut, bien qu'à un certain moment les Théatins aient été de mode à la Résidence et aient pu cons-
-truire tout à côté une église d'un goût déplorable.
La puissance des Jésuites ne fit que grandir d'année en année. En 1597, ils furent chargés de la surveillance sur toutes les écoles -élémentaires du pays; ils
fondèrent de nouveaux collèges en 1592 à Altœtting, en 1648 à Mindelheim. En 1621, ils se rendirent au nombre de cinquante dans le Haut-Palatinat qui venait d'être conquis, pour ramener au papisme ce pays entièrement protestant. Ils ouvrirent de nouveaux collèges, en 1629 à Burghausen et Landshut, en 1630 à Amberg, en 1631 à Straubimg. On peut dire que tout l’enseignement en Bavière tomba entre leurs mains. Ce n’est pas tout. Comme ils continuëèrent jusqu'au xvine siècle à être les précepteurs des princes et à diriger leur conscience comme confesseurs, ils exercèrent une puissante influence sur toute l'administration du pays, quand bien même il n’y intervenaient pas directement. Rien d'étonnant à ce qu'ils se soient sentis chez eux en Bavière, et aient fini par s’habituer à la bière du pays, qui d’abord était fort peu de leur goût. Aucun territoire allemand ne fut à ce point sous leur influence; aucune dynastie, au travers de toutes les vicissitudes et de toutes les révolutions, ne leur fut aussi entièrement dévouée que les Wittelsbach.
La conquête de la Bavière profita à l'Ordre aussi en dehors de la Bavière. Elle fut la base de nouvelles conquêtes à l'Est, comme à l'extrême Ouest et au Nord de l'Allemagne. En dépit des décrets du Concile de Trente, le prince Ernest de Bavière, bien qu'il eut prouvé de la manière la plus scandaleuse qu'il préférait les jupes aux surplis, obtint successivement les principautés ecclésiastiques de Freising, Hildesheim, Liége, Cologne, Münster, et les grandes abbayes d’'empire Stablo et Malmédy. C'était pour ces divers territoires le signe de la victoire de la réaction catholique !. Car, bien qu’Ernest n’eût rien de reli-
1. Depuis la fin du xvr° siècle jusqu’au début du xvm° des princes « dela maison de Bavière ont ainsi occupé simultanément, tontraire- …
mentauxcanons du Concile de Trente, une série d’évéchés.[N.du T.] «