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gieux en dehors de son titre, en sa qualité de Wittelsbach 1l n’en persécutait pas moins les protestants et favorisait les Jésuites. À partir de 1585, les Pères convertissent la partie de la Westphalie qui dépendait de Cologne; en 1586, ils apparaissent à Neuss et à Bonn, une des résidences de l'archevêque de Cologne; ils ouvrent des collèges en 1587 à Hildesheim, en 1588 à Münster. Ce dernier comptait déjà, en 1618, 1300 élèves. L'exemple d'Ernest fut suivi par le prince-évêque Théodore de Fürstenberg dans le diocèse voisin de Paderborn. Là aussi les Pères obtinrent un collège en 1585; là aussi cette fondation fut suivie de la conversion violente des protestants. Une grande partie de l'Allemagne occidentale fut ainsi reconquise par le catholicisme, grâce aux Wittelsbach et aux Jésuites.
L'alliance des Wittelsbach et des Jésuites fut encore plus importante peut-être pour les pays autrichiens que pour l’Allemagne occidentale. Après la mort de l'Empereur Ferdinand [°", arrivée le 25 juillet 1564, la |, victoire des Évangéliques ne paraissait plus qu'une question de temps. On calcule qu’un tiers de la population restait seul attaché à l’église catholique. Et cependant Ferdinand avait déjà fait tout son possible pour entraver les progrès du protestantisme. Mais le mouvement avait pris ici un caractère tout à fait populaire. La noblesse et la bourgeoisie avaient donné l'exemple, et les paysans les avaient suivis sans peine. Les édits et les ordres du gouvernement, l'emprisonnement de quelques prédicateurs protestanis, n'avaient produit presque aucun effet. L'empereur Maximilien II n'opposa presque aucune entrave à l'établissement des Évangéliques dans les pays de la couronne dont il avait hérité, la Haute et Basse-Autriche, la Bohème et la Moravie, La noblesse tout au moins reçut dans tous ces territoires la pleine
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liberté du culte. Il en fut autrement dans le Tyrol et l'Autriche intérieure. Le nouveau souverain, l’ar-
chiduc Ferdinand, chassa peu à peu du Tyrol les pro-
testants et les anabaptistes. Son successeur, le grand
maître de l'Ordre teutonique Maximilien (1595-1619),
chassa ‘de la vallée inférieure de l’Inn les quelques meneurs évangéliques que Ferdinand avait épargnés. Les Jésuites de Hall et d’Innsbruck travaillèrent au rétablissement de la foi et de l'Église catholique, tandis qu’un assez grand nombre de prêtres tyroliens
étaient formés dans le Collège germanique de Rome .
et les collèges de Dillingen et d’'Ingolstadt. Le résultat de ces efforts conjurés fut de faire du Tyrol actuel la forteresse du parti catholique le plus fanatique dans les pays allemands soumis aux Habsbourg.
Dans l'Autriche intérieure, — Styrie, Carinthie, Carniole, — l’archiduc Charles, le dernier fils de
l’empereur Ferdinand, ne trouvait à son avènement,
selon son propre aveu, que les ruines de la vieille église. Lui-même n'avait personnellement aucune tendance à la bigoterie; il n’y fut amené que lorsqu'en 1571 il épousa la princesse bavaroise. Marie, une femme jeune, énergique, très supérieure à lui par la force du caractère et de l'esprit, qui transporta dans le château de Gratz les tendances étroitement catholiques et l'amitié pour les Jésuites qui régnaient à la cour de Münich. Déjà, en 1573, les Jésuites purent établir à Gratz un collège richement doté, en concurrence avec l’école nationale protestante, et peu après, dans cette ville presque entièrement protestante, le nombre des communiants catholiques s'élevait de 20 à 500. Mais les protestants des hautes
classes étaient si puissants dans l'Autriche intérieure, :
que l’archiduc, à la diète générale de Bruck sur la Mur en 1578, fut obligé de concéder à la noblesse la
liberté religieuse, et de tolérer les écoles protestantes |
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à Gratz, Judenburg, Laibach et Klagenfurth. Le pape, les Jésuites, l’archiduchesse bavaroïse et les parents bavarois de Charles furent exaspérés de ces concessions, et Charles lui-même en éprouva les plus vifs remords. Déjà, en octobre 1579, dans une conférence de princes tenue à Münich, il promit de violer la parole donnée à la Diète-de Bruck, de revenir tactile per indirectum sur les concessions accordées, de les annuler et de les anéantir. Il commença par sa maison princière : les cuisiniers hérétiques eux-mêmes durent céder la place à des collègues-bavarois bons
catholiques. Des Italiens furent mis en possession
des principales charges de la Cour, des Bavarois furent revêtus des dignités ecclésiastiques qui se trouvaient à la disposition de l’archiduc. Puis, à partir de 1581, les prédicateurs évangéliques furent chassés des villes et des marchés de l’archiduché et
remplacés par des prêtres élevés chez les Jésuites.
En même temps on interdit la fréquentation de l’école nationale protestante à tous les enfants de Gratz, et pour pouvoir aussi leur interdire la fréquentation d'écoles du dehors, le collège des Jésuites de Gratz fut transformé, le 1% janvier 1585, en Université, avec la mission expresse de maintenir la : pureté de la doctrine catholique et d’extirper l'hérésie. I] va de soi que les non-catholiques ne pouvaient plus occuper aucun emploi public. Mais la surprise fut assez grande quand on vit l’archiduc menacer la liberté religieuse de la noblesse elle-même, et faire enfin dépendre, dans toutes les villes, la jouissance du droit de bourgeoisie de la prestation d’un serment de catholicité. — Charles mourut déjà le 10 juillet 1590, après avoir obligé son successeur à jurer, sous peine de la perte de ses droits, de maintenir la religion catholique et de poursuivre l'œuvre de contre-réformation. Mais son fils et successeur
Ferdinand n'avait encore que douze ans. Aussi fut-ce d’abord l’archiduc Ernest, puis l'archiduc Maximilien, qui furent chargés comme administrateurs du gouvernement. Tous deux furent incapables de comprimer le mouvement protestant qui reprenait avec une vigueur nouvelle. Les Évangéliques s’emparèrent de nouveau d’un grand nombre d’églises. Leur école nationale redevint florissante, Gratz sembla redevenir une ville évangélique. On prétend qu'à Pâques 1596, le jeune duc fut le seul des habitants de Gratz à célébrer la Sainte Cène selon le rite catholique. Mais peu après, quand l’archiduc prit en main les rênes du gouvernement, tout changea aussitôt. Il avait été pendant cinq ans, à Ingolstadt, l'élève des Jésuites; son esprit, d’ailleurs de médiocre envergure, ne concevait pas de tâche plus noble que le rétablissement de l'Église catholique dans ses États héréditaires. Que ce fût ou non avantageux pour ses États, cela lui était indifférent. « J'aime mieux, disait-il, régner sur un pays ruiné que sur un pays damné. » Aussi, en septembre 1598, expulsa-t-il de Gratz tous les prédicateurs et les maîtres protestants. En octobre 1599, il fit fermer toutes les églises et chapelles évangéliques dans les villes, marchés et villages de la prineipauté de Styrie. Les localités qui résistaient furent réduites à l’obéissance par des commissions militaires de réforme. Si cela ne suffisait pas, les habitants étaient obligés à s’expatrier et le dixième de leurs biens mobiliers était confisqué. Au commencement du xvu° siècle la persécution commença en Carinthie et en Carniole. Toutefois Ferdinand n’osa pas tout d’abord s’en prendre à la noblesse. Ce n’est qu’en 1628 qu’il obligea 800 nobles évangéliques à quitter l'Autriche. Ainsi était accompli enfin le programme tracé à Münich cinquante ans auparavant : l’église protestante de l'Autriche intérieure était
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anéantie, la domination absolue de la foi orthodoxe était assurée. En apparence, cet « exploit » était l’œuvre des princes. Mais le peuple protestant ne se trompa point, en faisant peser la plus grande part de responsabilité sur les Jésuites, surtout sur les Jésuites de Gratz; et, quand Ferdinand, une fois l’œuvre accomplie, fit don au collège de Gratz de l'importante seigneurie de Müllstadt, puis créa de nouveaux collèges, en 1602 à Klagenfurt, en 1613 à Léoben, on y vit une preuve que les protestants avaient vu juste.
Pendant ce temps, la réaction catholique avait aussi commencé dans la Basse et la Haute-Autriche, de même que dans le Salskammergut. L'empereur Rodolphe Il, l’archiduc Ernest, vicaire impérial, et le fils d’un boulanger de Vienne, Melchior Klesl, converti par les Jésuites, depuis 1590 directeur de la commission de réforme impériale, furent les artisans de cette pieuse entreprise. Le but était, ici aussi, la mise hors la loi du protestantisme dans tous les territoires princiers, le rétablissement des prêtres catholiques dans toutes les paroisses, la réforme des écoles, même de l’Université de Vienne. La noblesse seule fut d'abord ménagée. Autant qu’on peut le savoir, les Jésuites ne furent nulle part mêlés aux actes de violence du gouvernement. Ils se contentaient du rôle plus modeste de hérauts d'armes; en outre ils formaient infatigablement, dans leurs écoles de Vienne, de nouveaux combattants; ils fortifiaient la foi catholique parmi les étudiants et les bourgeois par leurs confréries d'enfants de Marie, leurs prédications, leur action comme confesseurs, et ils veillaient à maintenir leur influence à la Cour pour ne pas laisser s’engourdir l'ardeur guerrière des princes. Quand le gouvernement avait accompli son œuvre sur un point, ils cherchaient à faire naître une foi sincère au cœur de
ceux que la violence avait ramenés au giron de l’ancienne Église; bien que souvent ils eussent à constater que là où les soldats seuls ont:semé, les prêtres n'ont rien à récolter. Mais les plus remarquables d’entre eux, comme le Tyrolien Georges Scherer, le grand convertisseur Melchior Klesl, et d’autres célèbres prédicateurs, ne se laissaient pas troubler par ces échecs. Ils savaient que le jour viendrait où ils seraient pleinement victorieux. Pendant que toute l'Autriche, à l'exception des seigneurs, devenait ainsi catholique, extérieurement tout au moins et par contrainte, dans les pays tchèques le protestantisme conservait presque intact sa situation prépondérante, Néanmoins, là aussi
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l'Ordre s'était emparé de quelques stations nouvelles
et importantes. À Krummau, à Kommotau, à Brunn, il avait fondé de nouveaux collèges. En Moravie, les évêques Pawslowski et Dietrichstein d'Olmütz, élèves du collège romain, alliés avec les autorités amies des Jésuites, rendirent la suprématie au catholicisme. En Silésie, les Pères réussirent à fonder à Breslau une première station. Alors éclata la grande révolution bohémienne. Elle ne fut pas dirigée seulement contre la maison de Habsbourg, mais aussi contre les Jésuites. Un des premiers actes du gouvernement provisoire fut en effet le bannissement de l'Ordre et la confiscation de ses biens. Mais déjà, le 8 novembre 1620, survenait le grand revirement qui décida non seulement des destinées de l'Ordre, mais de celles de la Bohême, de l'Autriche, de l'Allemagne tout entière. La royauté de Frédéric II, « ce roi d’un hiver », s’effondra. L'empereur Ferdinand redevint maître de la Bohême, et les Jésuites suivirent aussitôt ses armées victorieuses. L’antique et illustre Université de Prague devint un établissement des Jésuites, la censure des
livres fut le privilège du recteur jésuite de Prague, la contre-réformation fut menée avec la dernière
énergie sous la direction du confesseur impérial
Lamormaini et conformément au plan dressé par Lamormaini et son collègue Philippi. Environ 30 000 familles, parmi lesquelles 455 de la classe des seigneurs et des chevaliers, furent chassées de Bohême pour la plus grande gloire de Dieu; plus de 80 000 métairies, plus de 8000 maisons dans les villes royales furent, de 1620 à 1628, nettoyées des hérétiques et des autres habitants incommodes qui s’y trouvaient. La Bohême devint un désert. Mais plus ce malheureux peuple fut appauvri et décimé, plus grandit la fortune, le nombre et la puissance des Jésuites, grâce à la faveur de l’empereur et de la nouvelle noblesse qu'il avait créée et qui s'était rapidement enrichie, par les ruses et les intrigues les plus méprisables. Les Jésuites n’obtinrent pas, il est vrai, comme ils l'avaient espéré, la haute surveillance sur {oules les écoles secondaires et municipales du royaume; mais les 20 collèges et les 11 séminaires qu'ils possédaient en 1679 dans la Bohême et la Moravie seules prouvent que du moins le haut enseignement et la préparation à l’état ecclésiastique étaient entièrement entre leurs mains; et comme nous les voyons à la même époque diriger rien moins que 7 établissements et collèges sur la frontière du Nord, c’est-à-dire dans le voisinage de la Saxe luthérienne, cela nous montre également à quel point ils étaient anxieusement préoccupés de défendre la Bohême contre le poison de l’hérésie. Mais ils ne se contenitaient pas de protéger la Bohême contre l’hérésie, ils lui enlevèrent aussi son saint national, Jean Huss, et ils la gratifièrent à la place d’un saint nouveau, Jean de Népomuk. Non seulement ils travaillèrent par tous
les moyens à la canonisation de ce Jean qui était
tout au plus une pauvre victime, mais nullement un saint, mais ils transformèrent une foule de statues de Huss en statues de Népomuk.
La chute de la Bohème donna aussi le signal de la mise hors la loi ou de l'expulsion des nombreux protestants non convertis qui se trouvaient encore en Autriche, et, de même qu’en Bohême, l'écrasement des protestants fut en même temps le triomphe des Jésuites. Les 2 Universités, les 15 collèges, les 11 séminaires qu'ils possédaient en 1679 dans la Haute-Autriche, le Tyrol et l'Autriche intérieure sont la preuve que, dans ces pays également, l'éducation des futurs prêtres et des fonctionnaires, ainsi que toute la direction de la haute culture intellectuelle, étaient vraiment devenues le monopole de l'Ordre.
Pendant ce temps l'archevêque Pazmany, luimême membre de la Société de Jésus, lui avait ouvert en Hongrie un vaste champ de travail, et avait entrepris avec intelligence et habileté la conversion de la noblesse magyare. Le résultat de ses efforts futun accroissement considérable des forces du part catholique et le développement des écoles des Jésuites. Pourtant, à partir de 4670, ce furent les soldats impériaux qui se montrèrent en Hongrie les missionnaires les plus persuasifs. Leur efficace propagande finit par assurer au catholicisme la prépondérance, et cette prépondérance se manifesta
1. Jean de Népomuk, ce curé de Prague que l’empereur Wenceslas fit jeter dans la Moldau le 16 mai 1383, à cause de la faveur dont l’honorait l’archevèque de Prague avec qui l’'Empereur était en lutte, fut en effet canonisé, en 1729, par Benoît XIII, gräce aux instances des Jésuites, qui avaient inventé à son sujet toute une légende, et en avaient fait le martyr du secret de la confession. (N. du T.)
aussitôt, ici comme ailleurs, par le grand nombre des établissements des Jésuites; l'Ordre possédait, en 1679, 20 résidences, 5 séminaires, 10 collèges, 1 Académie, dans les territoires pourtant très peu peuplés de la couronne de Saint-Étienne.
L'Ordre était donc, vers 1675, arrivé, dans tous les pays dépendant des Habsbourg allemands, au but de ses efforts. Le protestantisme était anéanti ou du moins dépouillé de tout droit à l'existence. Rome était de nouveau maîtresse des âmes. L'Ordre, avec ses 6 Académies, ses 55 collèges, ses 28 séminaires, ses 5 pensionnats gratuits, affirmait aux yeux de tous sa domination sur tout le haut enseignement et par suite sur toute la vie intellectuelle. Mais ce triomphe des Jésuites et du catholicisme avait eu encore un autre résultat : l'Autriche avait été tout particulièrement appauvrie; l'expulsion de plusieurs milliers de familles de race allemande ou tchèque avait causé des pertes énormes de richesses, d'hommes, de forces intellectuelles, et en même temps l'Autriche avait été exclue du grand courant de la civilisation allemande, et cette exclusion devait, deux cents ans plus tard, amener presque nécessairement la séparation politique que l’on a vue s’accomplir en 1866.
Lorsqu'en 1631 les princes protestants d’Allemagne formèrent le projet d'introduire dans les conditions de la paix le bannissement des Jésuites d'Allemagne par une loi d'Empire, on put se rendre compte de l'importance attachée à leur influence par leurs adversaires. Certes, elle était prodigieusement forte, mais il ne faut pourtant pas se l’exagérer: C'est par exemple estimer beaucoup trop haut la puissance de l'Ordre que de lui attribuer la responsabilité de la guerre de Trente Ans; c'est tomber dans une exagération ridicule que de représenter
comme de véritables démons le père Lamormaini et les autres confesseurs jésuites des Empereurs et de Maximilien de Bavière. En réalité ces hommes étaient bien des fanatiques bornés, ce n'étaient point de perfides scélérats. Ce qui est vrai, c’ést que l'Ordre a encouragé de toutes ses forces l’acharnement belliqueux du parti catholique, l’a aidé à poursuivre jusqu’au bout avec énergie la contre-réformation, et s’est associé au légat du pape Chigi pour empêcher la conclusion de la paix, non par amour de la guerre et par méchanceté, mais pour assurer au parti catholique tous les avantages possibles.
On ne peut être surpris que la paix, quand elle fut enfin conclue, n'ait pas répondu aux désirs des Pères. Klle leur enlevait presque tout espoir de ramener jamais l'Allemagne entière au catholicisme, el ils perdaient la possibilité de continuer la contreréformation sur une aussi grande échelle, du moment où les princes ne pouvaient plus exercer librement leur droit de contrainte religieuse. Mais ils surent se plier aux circonstances nouvelles ; à la méthode des conversions en masse ils substituèrent la méthode des conversions individuelles. Et ils dirigèrent leurs habiles efforts surtout dans deux directions : vers les Cours des princes protestants et les Universités évangéliques.
Dans les Universités, ils se faisaient inscrire d’ordi- * naire, comme nous l’apprend une instruction qui a
été conservée, en qualité d’auditeurs dans les facultés
de droit et de médecine. Accidentellement, ils réussirent même à se faire agréer comme maîtres de langues. Mais ils ne trouvaient que peu d’accès auprès de la bourgeoisie cultivée, où se recrutart la majorité des étudiants et des professeurs. La conversion du poète silésien Jean Scheffler, et celle du Brunswickois Christian Blume, professeur désigné
d’histoire ecclésiastique à l'Université évangélique d'Helmstedt, furent leurs seuls succès importants dans cette classe de la population. Ils réussirent beaucoup mieux auprès des Cours évangéliques, comme le prouve la petite liste suivante de conversions princières, qui est loin d'indiquer toutes celles qu'ils obtinrent. Dans la maison des Wittelsbach du Palatinat, ils convertirent le comte palatin Édouard et en 1659 sa sœur Louise Hallandine ; dans la maison d'Orange-Nassau : en 1653 Gustave-Adolphe, comte de Nassau-Saarbrück, et Jean-Louis de Nassau-Hadamar; dans la maison de Holstein : en 1698 Dorothée Hedwige de Holstein-Norbourg ; dans la maison de Schwarzbourg : en 1715 Auguste-Dorothée de Schwarzbourg; dans la maison de Wurtemberg : en 1651 le duc Ulrich de Stuttgart et sa fille Marie-Anna, en 1745 le duc Charles-Alexandre; dans la maison de Brandebourg : Christian Guillaume, administrateur de Magdebourg; dans la maison de Hesse : le landgrave Frédéric de Hesse-Darmstadt, mort en 1682 comme cardinal et prince-évêque de Breslau, et en 1652 le landgrave Ernest de Hesse- Rheinfels ; dans la maison de Mecklembourg : en 1663 le duc régnant Christian de Schwerin; dans la maison de Brunswick : en 1651 Jean-Frédéric, plus tard duc régnant de Calenberg, Gœttingue et Grubenhagen, et en 1709 le duc Antoine-Ulrich, duc régnant de Wolfenbuttel; enfin dans la maison de Wettin : en 1689 le duc Christian-Auguste de Zeitz, plus tard cardinal et archevêque de Raab, en 1697 le princeélecteur Auguste le Fort, en 1712 le prince héritier, plus tard électeur de Saxe, Auguste IIT. Aucune conversion n’a été aussi retentissante et n’a eu des conséquences aussi durables que celle du prince- ‘électeur Auguste le Fort de Saxe. Tout le monde sait que les motifs religieux n’y eurent aucune part.
Mais ce que l’on sait moins généralement, c’est que le frivole héros de la Saxe galante avait simultanément promis aux États de Saxe d'élever son fils dans la religion protestante, et au Pape de l’élever dans la religion catholique. Rien de plus original que la manière dont il a tenu ces deux solennelles promesses. Dès 1714, il entoura le jeune prince d’une maison catholique, dont l'âme était l’insinuant Jésuite mondain Salerno. Puis le prince dut voyager pendant sept ans dans les pays catholiques. Aussi, dès le 27 novembre 1712, le pieux Auguste IT eut-l la joie de voir son fils abjurer à Bologne le protestantisme et rentrer dans le sein de l'Église catholique. La ligne Albertine de la maison de Wettin fut dès lors acquise à jamais au catholicisme. Les autres conversions princières ne furent au contraire que des succès éphémères pour l'Ordre. Depuis 1648 d’ailleurs, le temps des grands triomphes était à jamais passé. Il s’estima heureux quand il réussit à maintenir les positions acquises et, sur certains points, à les consolider. Il y réussit jusqu’au milieu du xvirr° siècle. En 1750 la province de Haute-Allemagne comptait encore : 27 collèges, 3 séminaires, 3 noviciats, 7 résidences ou missions et 1060 collaborateurs parmi lesquels 496 prêtres; la province du Haut-Rhin : 16 collèges, 3 séminaires, 2 noviciats, 7 résidences ou missions et 497 collaborateurs, dont 240 prêtres; la province du Bas-Rhin : 17 collèges, 2 séminaires, 2 noviciats, 7 résidences, 30 missions, 112 collaborateurs dont 398 prêtres; la province d'Autriche (avec la Hongrie) : 31 collèges, 3 noviciats, 1 maison professe, 22 résidences, 11 missions, 1772 collaborateurs dont 751 prêtres; la province de Bohême (avec la Moravie et la Silésie) : 26 collèges, 25 séminaires, 3 noviciats, À maison professe, 13 résidences, 12 missions, 1239 collaborateurs dont
673 prêtres. Cela donne pour l'Allemagne, la Hongrie et la Suisse allemande le nombre respectable de 117 collèges, 32 séminaires, 13 noviciats, 2 maisons professes, 31 résidences, 58 missions, 5340 Jésuites, dont 2338 prêtres. Les quatre septièmes de ce total appartenaient aux domaines des Habsbourg, le reste aux pays rhénans et à la Bavière, c’est-à-dire aux territoires qui, aujourd’hui encore, sont les inexpugnables forteresses du parti catholique en Allemagne.
Après l'Allemagne, la France et l'Angleterre, aucun pays n'avait été aussi profondément remué par le mouvement de la Réforme que la Pologne. Dans la Pologne prussienne presque toutes les villes passèrent au luthéranisme. Dans la grande Pologne les Frères bohêmes créèrent une église très florissante. Dans la petite Pologne, la Galicie, la Lithuanie, un parti calviniste très considérable se constitua parmi la noblesse. En Courlande, Livonie et Esthonie, le luthéranisme triompha complètementen 1554. Les autorités supérieures du royaume ne s’opposèrent pas à ce mouvement. Déjà en 1555, l’année même de la paix religieuse d’Augsbourg, la diète de Pétrikau accorda aux seigneurs le droit d'organiser à leur guise le service religieux dans leurs maisons, une application vraiment polonaise du principe : « Cujus regio, ejus religio » (à chaque territoire sa religion). Dans les années suivantes les protestants ‘ s'introduisirent dans le Sénat même, voire dans les sièges épiscopaux. Un mouvement très étendu de séparation d'avec Rome entraïnait peu à peu toute Ja nation. La Pologne paraissait, elle aussi, perdue pour la Papauté.
Mais, à partir de 1560, l’ancienne Église commença
à se ressaisir. Un disciple du mouvement de réforme italienne, Stanislas Hofen, évêque d’'Ermeland, fut le premier à passer de la défensive à l'offensive, et, de même qu'autrefois Conrad de Massovie avait invoqué le secours des chevaliers teutoniques contre les païens de la Prusse, il appela en 1564 les Jésuites pour lutter contre les Prussiens protestants. Braunsberg sur la Passarge fut la première forteresse de l'Ordre sur le sol polonais. Mais peu après on trouve les Pères à Pultusk, à Vilna, à Posen, et avant tout à la cour royale : le roi Sigismond Auguste, qui avait été l'espoir des Évangéliques, devint dans ses vieux jour un ami des Jésuites. Le roi Étienne Bathory * (1573-1586) ne se contenta pas de fonder dans sa principauté de Transylvanie, son pays d’origine, les collèges de Waradin, Weissenberg et Klausenbourg ; il procura encore à l'Ordre de nouveaux établissements dans le royaume de Pologne, à Riga, Dorpat, - Polotsk; 1l éleva le collège de Vilna au rang d'Université, et exempta les établissements de l'Ordre de toute redevance envers l'État. Il fut pourtant encore dépassé par Sigismond III, « le roi des Jésuites » (1886-1632). Un Jésuite, Pierre Skarga, fut, sous son règne, le vrai maître du palais. Les amis et les élèves des Jésuites remplissaient le Sénat, les évêchés, les tribunaux. Toute la haute administration fut catholicisée. C’est en vain que la noblesse non catholique se révolta contre ce système. Le roi des Jésuites fut vainqueur, en 1607, à Guzow, et bien qu'il ait mal su profiter de sa victoire, la réaction catholique continua, les non-catholiques restèrent exclus des charges publiques, tout le gouvernement reprit un caractère rigoureusement catholique. Les villes royales, à l'exception des grandes municipalités prussiennes, durent même peu à peu redevenir
catholiques. Partout où paraissait l'aigle blane, il avait pour mot d'ordre : catholicisme. Mais, en Pologne, chaque noble était un petit souverain; pour conquérir la Pologne, il fallait avant tout conquérir la noblesse. Ce sont les écoles des Jésuites qui résolurent le problème; grâce à leur gratuité, elles trouvèrent en Pologne, comme ailleurs, une vogue incroyable. En 1600 le le collège de Pultusk comptait déjà 400 élèves, tous de la noblesse, le collège de Vilna 800, fils pour la plupart de nobles lithuaniens, le collège de Kaliss 500. Cinquante ans plus tard, tout le haut enseignement était, à peu de chose près, dans les mains de l'Ordre. Ignace était devenu littéralement le Praeceptor Poloniae, et la Pologne la terre classique de la royauté scolaire de l'Ordre dans le Nord, comme le Portugal dans le Midi.
Quelle a été l'éducation donnée par ce précepteur à la Pologne? Il a enseigné le latin à la noblesse, et a fait du latin la langue usuelle. Sous Sigismond ITT, la langue et la littérature polonaises subirent une décadence aussi rapide qu'avait été leur floraison sous Sigismond II Auguste. La noblesse apprit encore à s'intéresser aux subtilités théologiques. Elle se convainquit que le Chlop, le paysan, était un descendant de Cham, et, comme tel, condamné légitimement à l'esclavage. Elle se convainquit aussi que les hérétiques, non seulement peuvent, mais doivent être persécutés. Elle resta comme auparavant, sous le vernis superficiel de la nouvelle culture latine, foncièrement ignorante, sauvage, turbulente, une aristocratie de conscience large et de cœur étroit. Elle n'avait acquis dans les écoles des Jésuites qu’une seule chose nouvelle : un fanatisme barbare.
Malgré tous les efforts des Jésuites, les non-catho-
; liques, protestants et chrétiens orthodoxes, conti-
nuaïent à former une importante minorité. Les Pères
essayèrent d’abord de les gagner par des moyens conciliants : on leur permettrait de conserver leurs manières de voir particulières, pourvu qu'ils se soumissent au Pape. Quelques-uns des prélats grecs cédèrent en effet à ces sollicitations, et, en 1596, par l'Union de Bress, se soumirent à la suprématie pontificale sous le nom de Grecs unis. Mais la plus grande parlie des schismatiques refusèrent résolument tout compromis, formèrent de puissantes confédérations pour la défense de leur foi héréditaire, fondèrent des écoles et des académies ecclésiastiques, pour s'opposer aux menées envahissantes des Jésuites, et cherchèrent à former alliance en dehors du royaume avec les Grecs, avec les patriarches de Moscou et de Constantinople. Bien loin de comprendre la gravité de la situation, la noblesse polonaise de l'Ukraine et de la Lithuanie se laissa entraîner par les conseils des Jésuites à des mesures de rigueur qui excitèrent de profonds mécontentements. Le résultat fut la grande révolte des Cosaques de 1648 et la conquête de Kiew, de Smolensk et des pays cosaques par la Russie, dont le tzar fut dès lors considéré par les chrétiens grecs de Pologne comme leur protecteur naturel. Les Pères et leurs disciples purent en prendre plus à leur aise avec les Protestants. Déjà, au commencement du xvu° siècle, c'était un usage pour les collèges des Jésuites de fêter l’Ascension par la destruction des églises protestantes et le pillage des maisons des protestants. Ainsi, à Cracovie, ce fut en 41606 l’église protestante qui fut victime de ce genre d’amusement, auquel les Pères ne cherchaient pas à s'opposer, en 1607 ce fut le cimetière protestant. En 1611, l'église de Vilna fut détruite à son tour, puis en 1616 les églises bohémienne et luthérienne de Posen, en 1637 on pilla les maisons des protes-
tants à Cracovie; en 1683 une église évangélique près de Vilna, et ainsi de suite. Lorsque de pareilles violences se produisaient, les seuls qui eussent à redouter des châtiments étaient les protestants, lorsqu'ils se permettaient de se défendre. Le protestantisme alla donc en s’affaiblissant de plus en plus, à la grande satisfaction des Jésuites. Ce ne fut que dans les villes de l'Ouest qu'il conserva son ancienne puissance. Mais les Pères vinrent là aussi le menacer. De même qu'ils avaient déjà, mais en vain, cherché à se glisser à Elbing, à Riga et à Dorpat, ainsi, au xvirte siècle, ils s’'introduisirent de nouveau à Dantzig, bien que la population ne voulût d'eux à aucun prix. Ils agirent avec encore plus d’audace à Thorn, où, dès le xvrr° siècle, ils avaient réussi à s'installer d’une manière permanente. Dans une des rixes qui éclataient à chaque instant entre les élèves des Jésuites et ceux de l’école municipale protestante, le Conseil de la ville, en juillet 1724, crut devoir arrêter un élève des Jésuites. Ceux-ci se vengèrent en s'emparant d'un élève protestant, qu'ils refusèrent obstinément de remettre en liberté. La populace ameutée délivra l'enfant, sans d’ailleurs se rendre coupable d'aucune violence. Ce n’est que lorsque du collège des Jésuites on tra sur elle, qu'elle s’'empara du mobilier et de la vaisselle du collège et y mit le feu. Les Pères eurent l'habileté de transformer cet incident en une affaire d'État et d'entamer une action criminelle. Une commission royale fut envoyée à Thorn pour faire une enquête sur ce crime effroyable. Mais ce furent les Jésuites qui conduisirent toute l'instruction, car les témoins qu'ils présentaient étaient seuls écoutés. Le dossier d'accusation fut transmis à la Haute Cour de justice dont ressortissaient les villes royales, mais après qu'on y eut fait entrer d'un seul coup 40 membres
nouveaux. Comme ces 40 membres avaient tous, sans exception, été choisis sous l'influence des Jésuites, l'issue du procès ne pouvait laisser aucun doute. Le bourgmestre Rœsner, le vice-bourgmestre Hemmecke et neuf bourgeois furent condamnés à mort, le gymnase protestant et l’église protestante de Sainte- Marie furent concédés aux catholiques; l’école protestante fut frappée d'interdiction. On décida de plus qu'à l'avenir le Conseil de ville serait composé pour moitié de catholiques et qu'aucun livre protestant ne pourrait être publié sans l'autorisation de l'évêque catholique. La Diète confirma ces effroyables sentences, et le roi, Auguste de Saxe‘, cet ancien luthérien, n'eut pas honte de confirmer la plus grande partie des condamnations à mort. Le 7 décembre 1724, Rœsner et les neuf bourgeois furent décapités. En même temps la Diète avait interdit aux non-catholiques de construire de nouvelles églises. Elle fit mieux encore; elle promulgua une loi, en 1732, qui excluait tous les non-catholiques de la Diète et de toutes les charges publiques. On eût dit que l'assemblée, poussée par une passion aveugle, était décidée à jeter les non-catholiques dans les bras des puissances étrangères. Déjà, lors de l'élection royale de 1764, la Prusse et la Russie
prirent ouvertement les persécutions exercées
contre les non-catholiques pour prétexte de leur intervention en faveur du candidat de leur choix. En 1768, la même question fut la cause d’une véritable révolution. La Russie intervint, les armes à la main, en faveur des non-catholiques, et après avoir réussi à réduire les Pères à l'impuissance, elle procéda en 1772, d'accord avec la Prusse, au premier partage de la Pologne.