Auguste III comme électeur de Saxe
On a en conséquence rendu les Jésuites entièrement responsables de l’anéantissement de la Pologne. Posée dans ces termes l’accusation est excessive. La décadence de l’État polonais avait commencé avant qu'ils parussent en Pologne. Mais assurément ils ont précipité la décomposition du royaume. De tous les États, la Pologne, eu égard aux millions de chrétiens orthodoxes qu’elle comptait dans son sein, était celui à qui la tolérance religieuse s’imposait le plus évidemment, comme un des principes essentiels de sa politique intérieure. Les Jésuites ne l'ont pas permis. Ils ont fait pis : ils ont, de la manière la plus funeste, mis la politique extérieure de la Pologne au service des intérêts catholiques. Déjà en 1581, le Père Possevino, comme légat pontifical à Moscou, mit tout en œuvre pour pousser le tzar Ivan le Terrible à se rapprocher de l'Église romaine. Ivan ne s’y montra pas formellement opposé. Plein des plus joyeuses espérances, Possevino sefit, en 1584, le médiateurde la paix de Kiverowa Gora entre la Russie et la Pologne, paix qui sauva Ivan d’inextricables embarras. C'était bien ce qu'avait calculé le rusé souverain. Il ne fut plus question de la conversion des Russes. Possevino dut quitter la Russie sans avoir rien obtenu. Deux ans plus tard, une nouvelle occasion, plus favorable encore, s’offrit aux Pères, pour mettre la main sur la Russie. Grischka Otrepjew, un moine défroqué, révéla à un Jésuite qu'il était en réalité Dimitri, le fils du tzar Ivan, qui avait été assassiné, et se déclara tout prêt à soumettre Moscou à Rome, s'il devenait le maître du trône des tzars. Sans y réfléchir davantage, les Jésuites prirent l'affaire en mains, conduisirent Otrepjew dans la maison du Palatin de Sandomir, qui lui donna sa fille en mariage, se firent les avocats de sès prétentions auprès du roi Sigismond III et du Pape, et obtinrent la levée d’une armée polo-
naise contre le tzar Boris Godounov. En récompense de ces services, le faux Dimitri abjura, dans une maison des Jésuites à Cracovie, la religion de ses pères et promit à l'Ordre de lui accorder un établissement à Moscou, dans le voisinage du Kremlin, après sa victoire sur Boris. Mais ce fut justement la faveur des religieux catholiques qui déchaîna contre Dimitri la haine des Russes orthodoxes. Le 27 mai 1606, 1l fut massacré avec plusieurs centaines de Polonais. Jusqu’alors on pouvait à peine parler d'un sentiment national russe; mais maintenant ce sentiment se manifestait avec une force énorme, et il prenait immédiatement le caractère presque exclusif d’une haine fanatique contre l'Église romaine et contre la Pologne. : | L'alliance avec l'Autriche, que l'Ordre appuya de toutes ses forces, et la politique offensive de Sigismond III contre les Turcs, que l'Ordre s'empressa aussi d'encourager, furent presque aussi funestes pour la Pologne. En un mot, aucun État n’a subi dans son développement l'influence des Jésuites d’une manière aussi forte et aussi malheureuse que la Pologne. Et dans aucun pays, sauf le Portugal, l'Ordre n’a joui d’une situation aussi puissante. La Pologne n’a pas seulement eu un « Roi des Jésuites », elle a possédé aussi en Jean-Casimir un roi-jésuite, c'est-à-dire un souverain qui, avant son avènement, appartenait à l'Ordre. Le nombre des collèges et des Académies des Jésuites s'élevait déjà en 1679 à 34; en 1750 à 44; le nombre des séminaires de prêtres était de 3 en 1679, de 10 en 1750; le nombre des
résidences et des missions de 7 en 1679, de 108 en.
1750 ; le nombre des noviciats de 2 en 1679, de 5 en 1750; le nombre des maisons professes de 3 en 1679 de même qu'en 1750. Je ne sais pas combien il y avait de Jésuites en Pologne en 1679; mais en 1750,