‹ Les JésuitesChapitre 89 sur 111 · CONQUÈTES DANS LES PAYS PAIENS 173 3. — LA CONQUÈTE DU NOUVEAU MONDE · texte numérisé non relu

CONQUÈTES DANS LES PAYS PAIENS 173 3. — LA CONQUÈTE DU NOUVEAU MONDE

Les triomphes de l'Ordre dans le Nouveau Monde, au delà de l'Atlantique, n’en paraissent que plus remarquables. Là, il commença par répondre à l'appel des grandes puissances coloniales catholiques. Mais très vite 1l apprit à se mouvoir de plus en plus librement, à prendre les devants sur les gouvernements coloniaux, à envisager, à aborder et à résoudre, d’une manière indépendante, les grands problèmes de civilisation que les terres vierges posaient aux conquérants, avec leurs prodigieuses richesses naturelles et leurs millions d’indigènes sauvages.

La première puissance qui prit l'Ordre à son service, en Amérique, fut encore ici le Portugal. Dès 1549, il appela les Jésuites au Brésil. L'Espagne suivit cet exemple en 1567, la France en 1614. Au Brésil, les Pères foulaient un sol absolument vierge. Dans la Nouvelle-France, le Canada actuel, les Récollets Franciscains avaient déjà préparé les voies. Enfin, dans les colonies espagnoles, les Jésuites trouvaient un système de mission et de colonisation réglé par des lois et qui avait été, de bien des manières, mis à l'épreuve de la pratique. Pourtant les résultats de ce système n'étaient encore sensibles que dans les pays d'Amérique qui avaient été le siège d'anciennes civilisations : le Mexique, la Nouvelle-Grenade, la province de Quito, le Pérou. Là seulement, en 1567, l’organisation ecclésiastique était achevée, du moins dans ses formes extérieures; le paganisme paraissait avoir élé partiellement extirpé par les Dominicains, les Franciscains, les ermites Augustins; la colonisation européenne avait été vigoureusement dévelop-

lo LAS LES JÉSUITES

pée, et une nouvelle distribution du sol et de la propriété était presque achevée. Mais, même dans le cercle étroit de ces.pays de vieille civilisation qui avaient été les premiers colonisés, les Jésuites trouvaient assez à faire. La noblesse qui s’y était transplantée, « et qui, par une habitude héréditaire, s'était autant que possible concentrée dans les quelques villes exis=. tantes, réclamait avec autant d’avidité qu’en Europe leurs services comme confesseurs, prédicateurs,. éducateurs. Les évêques, qui avaient été presque toujours choisis par la couronne parmi les membres. du clergé de la mère patrie, jugeaient que le concours des Pères pour la formation du clergé était encore plus nécessaire en Amérique qu’en Espagne, et les hauts fonctionnaires civils de l'administration. coloniale, qui avaient été, eux aussi, d’après l’habi-. tude espagnole, recrutés dans l'aristocratie administrative de la métropole, se sentant étrangers à ce pays tout nouveau et à ses besoins, s’adressaient encore plus souvent qu’en Europe, pour toutes les! affaires ecclésiastiques et politiques, aux conseils éclairés et à l'influence efficace des Pères. L'Ordre arriva ainsi rapidement à exercer une action très étendue, à acquérir un crédit et des richesses considérables. Nous en avons pour preuve les 52 collèges, universités, et séminaires qu'il créa dans les États espagnols d'Amérique, dans le premier siècle de son activité. D'ailleurs il ne se borna pas à pourvoir aux besoins religieux des blancs dans les vieux pays civilisés, occupés d'abord par l'Espagne. À côté du problème de la transplantation dans le Nouveau Monde de la vieille société européenne avec toutes ses institutions, se posait aussi pour lui le problème de la conversion et de l'hispanisation des indigènes, et comme corollaire enfin le problème de la conversion des esclaves nègres immigrés.

Ce dernier problème ne l’a pourtant occupé d’une manière durable que dans la Nouvelle-Grenade, où florissait spécialement le commerce des esclaves. Le Père Sandoval, à la fin du xvi° et au commencement du xvr° siècle y établit à Carthagène une vraie mission pour les esclaves. Il fut encore dépassé par le Catalan Pierre Claver (mort en 1634). Pendant trente-neuf : ans cet mfatigable ami des nègres visita chacun des navires qui arrivaient avec des cargaisons d'esclaves, - pour apporter aux noirs enfants de la côte de Guinée de quoi boire et manger, pour les consoler dans leur langage et si possible pour les baptiser. Pendant trente-neuf ans, il parcourut Carthagène et ses environs, de case en case, prêchant les esclaves valides, soignant les malades, consolant les mourants, for mant les enfants les plus intelligents au métier d’interprètes, et veillant avec autant de prudence que d'énergie à fairé observer par les maîtres blancs les prescriptions humanitaires du gouvernement. Il ne prononça pas une vaine parole lorsqu'en 1622 :il ajouta, à ses vœux de profès, celui de servir Dieu sa vie durant dans la personne des esclaves, et lorsqu'il signa : « Pierre, esclave des esclaves à toujours. » Il a fait mieux que tenir ce vœu, il lui a sacrifié sa vie. On n’en est que plus surpris de voir que cet homme si noble n'ait jamais songé à élever üune protestation contre l'institution de l'esclavage en elle-même. C'était là une chose qui dépassait l'horizon de sa pensée, et l'idée d’une telle protestation n'est jamais venue aux membres de son Ordre; bien plus, l'Ordre n'a éprouvé plus tard aucun scrupule à faire cultiver ses plantations des Antilles par des esclaves baptisés. Cela étonne au premier abord, et c'est cependant facile à comprendre. L'esclavage n’a jamais eu, dans l'Amérique espagnolé, un caractère aussi brutal que dans les plantations de la Virginie; les esclaves

avaient des jours de repos fixés par la loi, tout comme les travailleurs blancs. Ils pouvaient con tracter des unions légitimes, ils ne pouvaient être con-

traints à se marier ni être contrariés dans le libre

choix d’une épouse. Ils ne pouvaient jamais être

séparés de leurs femmes ni de leurs enfants mineurs on ne pouvait leur refuser le vêtement ni la nourri-

ture ni les gèner dans l'exercice de leurs devoirs reli=\ gieux. L'Église et l'État associaient leurs efforts pour

empêcher ces prescriptions de rester lettre morte.

Aussi Pierre Claver se vit-il toujours efficacement

soutenu par les autorités. On ne doit donc pas s’éton-

ner si lui et ses successeurs, dans leur mission parmi

les esclaves, ont accepté l'esclavage comme un fait

accompli. Une protestation contre cette institution

en tant qu'institution, étant données les circons-

tances, non seulement n'aurait servi à rien, mais

aurait mis en question tous les succès des Pères,

aurait même empiré la situation des esclaves.

Mais l'Ordre considérait, en Amérique comme ail= leurs, la conversion des indigènes comme sa tâche principale. Au Brésil et dans la Nouvelle-France, il se consacra dès la première heure à cette œuvre avec toutes ses forces; dans l'empire colonial espagnol, la Couronne ne réclama son intervention que plus tard, mais avec d'autant plus d'énergie. Le problème. qu'il avait à résoudre n’était pas seulement un problème d'évangélisation, mais en même temps un problème de civilisation des plus ardus, qui avait, en Espagne, occupé sans cesse l'Église et l'État pendant plusieurs générations. Sans doute les Indiens, que l'Ordre devait soumettre à la loi de Dieu, étaient déjà en partie sortis de l’état purement sauvage,: mais en général ils ne possédaient point d'animaux domestiques, ni d'instruments en fer, ni de demeures fixes. Ils étaient encore pour la plupart des chasseurs

CONQUÈTES DANS LES PAYS PAIENS Lier an

-et des pècheurs nomades et, dans l'Amérique du Sud,

ils étaient encore: presque partout anthropophages. Ces cannibales se précipitaient sur l'ennemi tombé à terre comme sur un gibier, pour le dévorer à l’instant même ; ils mettaient même leur art à engraisser leurs femmes, pour les abattré ensuite quand elles

étaient à point. Il était nécessaire de réunir d’abord

ces tribus errantes, de les rendre sédentaires, et de

les apprivoiser à la lettre, avant de pouvoir songer

sérieusement. à en faire des chrétiens. Entreprise

effrayante, à laquelle l'héroïsme et l'abnégation absolue de l'enthousiasme religieux pouvaient seuls réussir. Les Jésuites étaient animés de cet héroïsme ;

- ils avaient-aussi l’entrain et le courage nécessaires

pour résoudre la question difficile des Indigènes, qui. était à vrai dire la question vitale pour l'avenir des puissances coloniales et qui, par suite, les agitait toutes de la manière la plus vive. Ils ont résolu cette question d'une manière qui peut encore aujourd’hui fournir des indications utiles aux États colonisa-

teurs. — Pour résoudre le problème qui se posait à

eux, ils ont dès le premier moment adopté les principes qui ont guidé le grand dominicain Las Casas, et qui sont à la base des fameuses lois espagnoles de 1530 et 1542 relatives aux Indiens, inspirées par Las Casas : ils se sont opposés avec la dernière énergie à l’asservissement des Indigènes. Mais, de même que Las Casas, il ne s’en sont pas tenus là. Ils se sont opposés, sans aucune excéption, à tout emploi

- de travailleurs indigènes par les colons blancs, qui

n'aurait pas été absolument libre, — même sous la forme adoucie de l'Encomienda espagnole, où des

travailleurs étaient attachés à la terre seigneuriale. — Ils n'admettaient qu'un seul système de Conquista,

un seul mode de contrainte imposé aux aborigènes :

la Conquista espiritual, la conquête spirituelle, dont

le missionnaire était le chef, la seule arme la parole, » le but la transformation des indigènes en chrétiens. . Ce système n'avait pas été inventé par eux. Las Casas l'avait déjà proposé en 1520, il en avait tenté. l'application pour la première fois et avec succès en 1536 parmi les Indiens de l’Alta Vera Paz. On ne sait pas encore si les Jésuites connaissaient cette tentative. En tous cas c’est eux qui, les premiers, ont entrepris systématiquement, partout à la fois, la Conquista espiritual; c'est eux qui, partout où ils ont paru, ont mis toutes leurs forces en jeu pour la réaliser, chez les Guaranis du Parana et de l’Uruguay, comme chez les Hurons et les Iroquois du Saint-Laurent, chez les Caraïbes du Vénézuéla comme chez les Monquis et les Laymons de la Basse-Californie, chez les Chiquitos et les Mojos du Haut- Pérou comme chez les tribus forestières du Mexique septentrional, chez les Araucaniens du Chili comme chez les Séminoles de la Floride. Ils ont même fini par expérimenter leur système hors de l'Amérique, et ils ont, tout au moins auprès des Tagals des Philippines, obtenu des succès considérables quoique superficiels. En Amérique, les résultats ne répondirent tout à fait à leurs désirs que dans les limites de l'empire espagnol. Dans la Nouvelle-France, la Conquisla échoua totalement; au Brésil elle n’obtint qu'une demi-victoire, mais le Brésil avait été le premier champ d'expérience de l'Ordre. C’est là que les Jésuites ont compris les données du problème indien; c’est là qu'ils en ont trouvé la solution. C’est : du Brésil qu'il faut partir pour étudier et juger la Conquista jésuite en Amérique.

Lorsque les Jésuites, au nombre de six, débarquèrent en 1546 à Bahia, la colonisation du Brésil ne faisait que commencer. Quelques points de Ia côte étaient seuls occupés par les Espagnols. Il n’y

existait, pour ainsi dire, aucune organisation administrative. Et il n’y avait aucune organisation ecclésiastique. L'immigration était faible, et les immigrés se recrutaient tout d’abord en bonne partie dans les cavernes de bandits et dans les cabarets du port de Lisbonne. Le seul résultat appréciable pour la colonie de l’arrivée de ces aventuriers, de ces matelots, de ces criminels en rupture de ban, était la production d’un nombre respectable de métis des deux sexes, nés d’unions libres avec les femmes Guaranies. Cette première noblesse brésilienne avait résolu à sa manière la question indienne avec une . simplicité effrayante. L'Européen considérait comme - allant de soi qu'il pût tuer ou réduire en esclavage . autant de Peaux-Rouges qu'il lui plaisait. Les Jésuites pensaient autrement. [Ils entamèrent aussitôt la lutte pour la liberté des Indigènes, et 1ls se mirent sans hésitation à l’œuvre, pour prêcher aux Guaranis et aux Tapis dans leur langue, les convertir, les baptiser, les civiliser, d’abord sur la côte, puis dans l’intérieur, où ils firent de hardies incursions. Peu leur importait que telle ou telle horde d’Indiens manifestât l'intention amicale de goûter de leur chair; mais ils furent bientôt très troublés du fait que les diverses tribus échappaient très rapidement à leur influence par leurs continuels changements de lieux de campement, même s1 elles s’élaient tout d'abord montrées avides d'écouter les paroles et surtout la musique des Pères. Le premier provincial, Manuel de Nobrega, tira de ce fait la juste conclusion que tout le travail de l'Ordre ne serait que peine d'amour perdue, si l’on ne réussissait pas à rendre sédentaires les nouveaux convertis. En conséquence, depuis l’année 1558, il eut pour principe de réunir les nouveaux baptisés et de les établir dans des résidences fixes, où ils devaient rester sous la

surveillance des missionnaires. Maniçoba, dans l'État actuel de Saint-Paul, fut le premier A/deamento, la première Réduction comme on disait, la première station de mission créée par l'Ordre. Mais 1l n'y avait pas grand avantage à réunir les Peaux-Rouges, si les Jésuites n’arrivaient pas en même temps à les. soustraire complètement à l’action des colons, et à réserver à l'Ordre seul tous les rapports avec eux. Aussi, dans les années qui suivirent, mirent-ils en . mouvement toute l'influence qu'ils pouvaient avoir. à la Cour de Portugal pour obtenir des mesures qui répondaient à Cole nécessité. Mais ils ne trouvérent à Lisbonne ni la claire volonté ni la main ferme qui étaient nécessaires pour cela. Tantôt on écoutait les Jésuites, tantôt les colons et les seigneurs féodaux qui s'étaient constitués parmi eux. Enfin le roi Sébastien promulgua, en 1574, une loi, qui prétendait. tenir compte des désirs des deux parties. Les colons obtenaient l'autorisation de réduire en esclavage les Indiens faits prisonniers dans des « guerres légitimes », de vendre et d'acheter les Indiens déjà en esclavage. On promettait aux Jésuites que la Cou- . ronne considérerait tous les résidents de leurs villages de mission comme des-hommes libres et: protégerait leur liberté même hors des limites de la mission, pourvu qu'ils n’en restassent pas absents plus d’une année. Mais les créoles et les métis tenaient peu de compte des ordres de Lisbonne, tant : que le roi n'imposait pas sa volonté par la force. Pour cela le gouvernement portugais manquait de soldats et d'argent autant que de bonne volonté. Les luttes entre les Jésuites et les colons, au sujet des

Indiens, se poursuivirent à travers tout Le xvi° et le xvii° siècles, et elles furent menées des deux côtés avec un tel acharnement que plus d’une fois de véritables guerres civiles éclatèrent. Le quartier

général des ennemis des Tésuites et des Indiens était les États de Saint-Paul et du Maranhäo. Les Métis ou Mamelucos, qui pratiquaient là chasse aux [Indiens

comme une industrie régulière, finirent par chasser

les Jésuites de Saint-Paul, et ils ne les laissèrent

rentrer, en 1653, que sous la condition qu'ils ne les

troubleraient pas dans leur honnête commerce par des protestations publiques. Au moment même où

l'Ordre était obligé de se soumettre au sud à cette dure humiliation, dans le nord, dans l'Etat du Maranhäo, le père Antoine Vieyra commençait la lutte .

. contre les chasseurs d'esclaves de Saint-Louis et de

Belem. Peu de temps auparavant, il était prédicateur de la Cour à Lisbonne et il jouissait d'une grande

réputation comme juriste et comme diplomate. Mais

» 1] avait sans regret abandonné sa brillante et .

influente sittÉtion, pour aller travailler à la conversion des Indiens dans le nord du Brésil, comme visiteur de l'Ordre. Son éloquence produisit une telle impression, même dans la province du Maranhäo, qu'en 1653 le peuple de Saint-Louis et de Belem se prononça à l’unanimité pour la suppression de la chasse à l’homme. Mais cet enthousiasme fut de peu de durée. Déjà en 1654 on révoqua cette interdiction. Vieyra partit alors pour Lisbonne. Là, il obtint tout ce qu'il voulut : les Jésuites reçurent, en 1655, toute autorité spirituelle et temporelle sur tous les Indiens non encore soumis du territoire de l’'Amazone. En même temps on nommait gouverneur de la province . du Maranhäo un Brésilien favorable à Vieyra. Désormais lé courageux Jésuite put entreprendre avec succès la conquête spirituelle du pays des Tapis et des Caraïbes. Dans l’île de Marajo, dans le bassin du Tocantins, du Xingu, de l’'Amazone, et partout où les « robes noires » se présentaient, les Indiens par milliers échangeaient leur liberté contre la douce

souveraineté des Jésuites, et s’établissaient en villages sous la direction des Pères. Même les redoutables cannibales de Ceara et de Piauhy commencèrent à se réunir, grâce aux douces exhortations de Vieyra et de ses envoyés, et à s’adonner aux travaux des champs. Il ne fallait pas beaucoup de discernement pour reconnaître quels avantages ce succès assurait à toute la province du Maranhäo : les attaques des Indiens des forêts cessèrent. Le territoire frontière de la colonie s’ouvrit à la colonisation. La

route de terre entre le Maranhäo et Pernambuco

était désormais aussi libre et aussi sûre que la route de mer. Mais, à Saint-Louis de Maranhäo même, on ne pouvait se résigner à la suppression de la chasse à l’homme. En 1661, les collèges des Jésuites à Saint- Louis et à Belem furent pris d'assaut, les Jésuites arrêtés et embarqués. Vieyra lui-même, qui avait eu le courage, à Belem, de faire front à la foule ameutée, fut d’abord brutalement maltraité, puis traîné prisonnier à Saint-Louis et enfin condamné à un bannissement perpétuel avec tous les membres de l'Ordre. À Lisbonne, le proscrit trouva beaucoup de sympathies éloquentes, mais pas la moindre disposition à châtier les émeutiers. Au contraire, le gouvernement, par crainte de voir empirer les choses, se hâta de confirmer le bannissement de Vieyra, d'annuler tous les privilèges des Jésuites, et de fermer les yeux sur la reprise de la chasse à l’homme. Ce n’est que le roi Pierre IT qui osa, en 1680, révoquer ces scandaleuses mesures et restituer aux Jésuites le droit de surveillance sans restrictions sur les Indiens. Mais, à Maranhäo, on n'était pas disposé à se soumettre; le peuple se souleva, chassa en 1684 les fonctionnaires portugais el les Jésuites, et installa un gouvernement provisoire. Ge ne fut qu’en 1685 que les Portugais réussirent à se rendre maîtres de

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la révolution et à ramener les Jésuites. Mais on était désormais devenu plus prudent. On ne revient pas au système de Vieyra, qui aurait nécessairement conduit à l'établissement d’un second État jésuite dans le nord du Brésil. Les Pères purent naturellement évangéliser, mais ils durent supporter la concurrence des Capucins, Carmes et Mercédariens; ils ne reçurent plus nulle part une autorité illimitée sur les villages de mission. Leur guerre de trente ans contre les planteurs ne se terminait pas sans doute, comme à Saint-Paul, par une défaite, mais ils n’obtenaient qu’une demi-victoire. Pourtant ils réussirent à rétablir, dans le nord du Brésil, 28 grands centres de mission; seulement l’organisation de ces Aldeamentos ne répondait pas du tout à leur idéal. La loi interdisait, il est vrai, au Brésil aussi, à tous les blancs l'entrée dans ces villages. Mais, dans la pratique, 1l était impossible aux Jésuites d'empêcher l'établissement dans leur voisinage immédiat de marchands, de chercheurs d’or, de planteurs. Ils étaient aussi obligés de fournir à l'État et aux planteurs, pour six mois dans l’année, moyennant le salaire usité dans la localité, tous les Indiens en état de travailler qu'ils réclamaient. Ainsi ils ne se trouvaient pas en mesure de former et d'élever les Indiens d’une manière aussi conforme à leur idéal que dans le Paraguay, chez les Chiquitos et les Mojos. La faute en était au gouvernement portugais. Il s’intéressait beaucoup plus à l’or et aux diamants du Brésil qu'aux Indiens, et il n'avait aucune envie de risquer sa faible autorité, avec une grande dépense d'argent et d'hommes, pour résoudre la question des Indigènes d’après les idées des Jésuites.

Le gouvernement espagnol se montra beaucoup plus consciencieux, plus sérieux, plus énergique dans la question des Indiens. Ce n’est que chez lui

que les Jésuites trouvèrent une véritable intelligence … de leur idéal missionnaire. Ge n’est que dans son immense empire américain qu'ils purent entreprendre la conquisla esptritual, telle qu'ils l'avaient conçue, non seulement sans obstacles, mais même avec l'appui du gouvernement, la développer et la. réaliser dans un grand nombre de territoires.

La première colonie espagnole: où les pères noirs | eurent l’occasion de convertir des Peaux-Rouges païens, fut le Pérou. Ils se contentérent d’abord, comme naguère dans l'Inde, de convertir à la hâte les païens et de les baptiser en masse. C'était un procédé sans valeur, que plus tard le général Aquaviva critiqua sévèrement. Mais le nombre considéräble des baptêmes fit une telle impression sur les Espagnols, que l'évêque de Tucuman demanda simultanément, en 1680, au provincial du Pérou et au provincial du Brésil, de lui procurer des missionnaires Jésuites pour la conversion des Indiens du Grand Chaco. Les deux provinciaux se rendirent volontiers à cet appel. Celui du Pérou envoya en 1586 trois Jésuites; celui du Brésil, le célèbre apôtre des Guaranis Anchieta, en envoya immédiatement cinq, parmi lesquels le Portugais Ortega et l'Écossais Filds. Pendant que les Jésuites péruviens travaillaient dans les villes espagnoles de l’intérieur, et convertissaient les Omaguas et les Diaguites dans l'Argentine orientale, Ortega et Filds, à partir de 1586, parcouraient pendant des années entières l'énorme : étendue de forêts et de prairies qui s'étend sur les rives du Parana-Panéma et du haut Parana, pour soumettre à la loi de Dieu les Guaranis, dont ils avaient, au Brésil même, appris à connaître à fond la langue et les mœurs. Ils furent si amicalement reçus par ces belliqueux anthropophages que, dès la première année de leur mission, ils purent fonder: deux

stations d'évangélisation et annoncer au gouverneur espagnol de l Assomption que 200 000 Indiens étaient

prêts, à Guaira, à recevoir le baptême. En effet, ils

- réussirent, dans le courant des années suivantes, à.

décider des milliers de Guaranis à se faire baptiser.

Mais le gouvernement de l'Ordre ne se laissa pas éblouir par ces apparences magnifiques de succès.

. En 1602, il avertit les Jésuites de se rappeler le peu

de résultats de la mission itinérante du Pérou; il exigea qu'on rassemblât les convertis dans des établissements fixes, pour procéder d’une manière suivie à leur éducation spirituelle. En même temps, le visiteur Paez, envoyé par le général, proposa de réunir en un seul district de mission tout le territoire des Guaranis, à l’est du Paraguay, avec le territoire des Guaranis brésiliens. Ce plan était des plus sensés, On aurait évité des malheurs indicibles s’il avait été adopté. Mais le gouvernement de l’Assomption s’y opposa. Il comprit très bien que la réunion de ces deux territoires de mission aurait fatalement pour résultat l'annexion au Brésil du pays à l’est du Paraguay, et bien que le Portugal et l'Espagne fussent alors réunis sous l’autorité du même souverain, la proposition fit à Madrid et à Rome une telle impression, que le général Aquaviva ordonna de renoncer à ce projet. Au contraire, en 1607, il érigea en une province séparée de l'Ordre le Paraguay, c'est-à-dire tout le territoire qui s’étendait des bords du Pacifique aux côtes de l'Atlantique, depuis le Parana-Panéma jusqu’au cap Horn. Pendant ce temps, à Madrid, les Jésuites avaient dénoncé avec indignation la conduite illégale des grands propriétaires espagnols de la Plata et du Parana envers les Indiens établis sur leurs terres, et ils avaient sollicité une intervention rapide et énergique. Le gouvernement répondit à cette demande par une mesure assez

inattendue. Il ne se contenta pas de donner au nouveau provincial du Paraguay, Don Diego Torres y Bollo, des pleins pouvoirs pour établir une commission d'enquête sur la situation des Indigènes, il se décida en outre, en 1608-1609, à abandonner formellement à l'Ordre des Jésuites la solution de la question des Indiens de la Plata; il l’invita à grouper les Indiens, à les convertir, à exercer l'autorité spirituelle et temporelle dans les districts de mission, et en même temps il interdit aux Espagnols, sous les peines les plus sévères, de pénétrer dans les districts de missions. Néanmoins les nouvelles missions ne devaient pas être établies dans la {erra di paz, les domaines des colons, mais dans la terra di guerra, les territoires du gouvernement de l’Assomption non encore conquis ni colonisés, afin que les colons ne subissent aucun dommage du fait de ces innovations. Cette ordonnance royale, inspirée par les Jésuites, marque un point tournant dans l’histoire de l'empire colonial espagnol. La conquista espiritual est désormais reconnue par l'État comme le seul procédé légitime pour soumettre et civiliser les Peaux- Rouges, ou, ce qui revient au même, la conquête et . l'éducation des Peaux-Rouges sont expressément confiées par l'État aux religieux. Les Jésuites, et avec eux des membres d’autres congrégations, sont . alors envoyés dans toutes les parties de l’Empire espagnol d'Amérique, comme des pionniers de la civilisation et de la foi catholique, afin d'étendre au loin les limites de la lerra di paz, du territoire colonisé. Aussitôt on vit dans l'empire colonial espagnol, sur les frontières du territoire occupé par les Européens, s'établir une ligne de missions, postes avancés : de la civilisation, qui arrêtaient les assauts des tribus ennemies, et en même temps assimilaient lentement les sauvages aborigènes. Les avantages

de ce système pour le gouvernement n'ont pas besoin d’être démontrés. Mais on peut se demander : les Jésuites ont-ils mérité l'incroyable confiance que le gouvernement espagnol leur a témoignée, lorsqu'il . ne s'est pas contenté d'adopter leur système, mais les a encore chargés, de préférence à tous les autres, de le mettre à exécution en tous lieux, au Paraguay, au Pérou, au Vénézuéla, au Mexique, en Californie? On trouvera la réponse à cette question dans l'histoire de l'établissement de l'État jésuite du Paraguay. Dès le mois de décembre 1609, le nouveau provincial du Paraguay avait envoyé les Pères italiens Cataldino et Maceta chez les Guaranis du territoire de Guaira, où Ortega et Filds avaient jadis baptisé des milliers d’Indigènes. Leur arrivée était urgente, car les nouveaux convertis étaient restés sept ans privés de secours spirituels. Néanmoins, il se trouva immédiatement 200 familles toutes prêtes à accepter la douce tyrannie des Pères. Ainsi fut constituée, en 1610, la première réduction (ou ville indienne) du Paraguay, Notre-Dame-de- Lorette. Les Peaux-Rouges mirent tant d’empressement, à se convertir, que très vite on créa trois autres villes, et qu’en 1620 les Pères, dans le seul territoire de Guaira, possédaient 13 établissements, avec environ 100 000 Peaux-Rouges chrétiens. Dès 1610, l'Ordre s'était procuré plus au sud un second territoire de mission de 1 200 kilomètres carrés : le pays vallonné sur la rive droite du Parana moyen. Là, le respectable Père Lorenzana, un vétéran de la mission indienne, avait fondé en 1618 la première réduction du Parana, Saint-Ignace-Guazu. De là, les Pères s’introduisirent, en 1620, dans le pays situé entre le Paraguay et l'Urugay. Enfin, à partir de 1624, ils s’établirent aussi sur la rive gauche de l’'Uruguay, dans la pensée de se frayer un chemin

jusqu'à la mer au delà de l'Uruguay. En 1630, ils avaient. déjà pris possession de 4 districts de mission, le Guaira avec 13 réductions, la rive droite du Parana moyen avec 6, le pays Entre deux eaux et la rive gauche de l’Uruguay qui comptaient ensemble 8 réductions. Mais déjà, dans la plus ancienne et la plus florissante des provinces de mission, s'était montré un ennemi terrible, contre lequel les Pères durent lutter sans trêve jusqu’en 1676, les Paulistas, les chasseurs d'esclaves de Saint-Paul, qui avaient déjà au Brésil causé de si graves embarras aux Jésuites. Les réductions des Jésuites parurent à ces féroces métis d'admirables terrains de chasse pour alimenter leur abominable industrie, et, à vrai dire, ils s’entendaient à la chasse aux esclaves encore mieux que les Jésuites à la chasse aux âmes. En 4698, ils firent pour la première fois irruption dans le Guaira, détruisirent la réduction de l’Incarnation et emmenèrent en esclavage des centaines de Peaux- Rouges chrétiens. Ils revinrent en 1630, détruisirent San Antonio et amenèrent sur les marchés d'esclaves 5 000 Peaux-Rouges chrétiens. Il en fut de même en 1631. Cette fois 4 réductions, qui comptaient 4 000 familles, furent anéanties. Les Jésuites étaient impuissants à résister par les armes. Les négociations qu'ils entamèrent avec les autorités de l’Assomption et du Brésil pour obtenir une intervention contre les Paulistas furent inutiles. Qui aurait pu être en état de mettre à la raison ces cruels métis ? Il ne restait plus aux Pères d’autre alternative que d’évacuer le Guaira et d'émigrer avec le reste de leur troupeau sur le Parana moyen et l'Uruguay. Il réussirent en effet, avec des peines infinies, à réunir environ 12000 de leurs ouailles à Salto Grande de Guaira et à les conduire vers le sud, divisés en quatre colonnes. Ils durent parcourir

environ À 200 kilomètres, quelque chose comme la distance de Berlin à Rome, et cela à travers un pays sans routes, avec des milliers de sauvages presque fous de désespoir, et qui, hier encore, étaient des cannibales! Il n'est pas surprenant que, sur ces 12 000 émigrants, 8000 aient péri en chemin, et que le chef de l’expédition, le Père Montoya, ait été sévèrement blâmé de sa témérité par ses supérieurs et par ses frères. Ces censeurs avaient attribué à une précipitation regrettable, une résolution imposée par: la plus dure nécessité; mais, même en supposant

qu'ils n’eussent pas entièrement tort, cet exode des

12 000 à travers le désert mérite de vivre à jamais dans la mémoire des hommes comme une entreprise d’un héroïsme incomparable. Malheureusement les Pau-

listas étaient au moins aussi audacieux et aussi

entreprenants que les Pères. A partir de 1635, ils se montrènt presque chaque année sur la rive gauche dé l'Uruguay, pour détruire et piller les nouvelles réductions créées par les Jésuites. Si l'Ordre ne voulait perdre absolument ce nouveau territoire de mission,

il fallait se résoudre à résister les armes à la main.

Dans cette conviction, l'Ordre obtint, en 1638-39, du gouvernement de Madrid, la permission d’armer de

fusils et d'organiser militairement les Peaux-Rouges

chrétiens, et dès lors les Jésuites entrèrent en campagne toute les fois que l'ennemi se montra. Ils obtinrent du moins ce résultat que les réductions de

l'intérieur purent vivre en paix; mais il fallut renoncer à l'espérance d'étendre jusqu'aux côtes de l'Atlantique le territoire des missions. L’ « État

Jésuite » resta enfermé dans la région riveraine . du Parana moyen et de l'Uruguay, un pays d’ailleurs

de 180 000 kilomètres carrés, avec 30 villes indiennes

-et environ 100 000 Peaux-Rouges chrétiens.

Ce succès des Pères dans le pays des Guaranis

encouragea le gouvernement espagnol à leur confier la conquista espiritual de beaucoup d’autres tros indiennes de son vaste empire. Au nombre de ces“ tribus se trouvaient les Mokovis et les Abipori È à l’ouest et au sud-ouest du pays des Guaranis. Peu à peu les premiers furent réunis dans 2 réductions, les autres dans 4 réductions, à partir de 1748. Déjà auparavant, les Pères avaient entrepris la conquête des Peaux-Rouges sauvages vivant sur le versant oriental des Cordillères, et dans les pays qui appartiennent aujourd’hui au Chili, à l'Argentine occiden-… tale, à la Bolivie, au Pérou et à l'Équateur. Le succès ne répondit pas aux énormes sacrifices qu'ils firent pendant des années en argent et en hommes. Pourtant ils réussirent, à partir de 1692, à grouper peu à peu en Bolivie, dans 14 réductions, les Chiquitos et les Samucos. À ce territoire de mission s’adjoignit au sud la mission de Taruma avec 3 réductions, fondée après 1748, pour établir une communication entre les Chiquitos et l'État jésuite. Au nord des Chi-. quitos, le père Baraze entreprit, peu après 1675, une mission parmi les Mojos : on y trouve au xvirr° siècle 18 réductions. En même temps deux Tchèques, les Pères Richler et Fritz commencèrent à travailler parmi les Maynas, dans le territoire si abondamment arrosé des sources de l’'Amazone ; 18 réductions furent créées chez les Maynas. Vingt-trois ans auparavant, en 1652, les Pères avaient entrepris d’évangéliser les Caraïbes du bassin de l’Orénoque, et ils avaient groupé en 6 réductions un certain nombre de ces sauvages particulièrement redoutables. Mais cette florissante mission fut, après 1682, entièrement détruite par les païens, et les Jésuites furent contraints d'abandonner ce territoire aux Capucins catalans. Par contre, ils réussirent, dès le xvr° siècle, à prendre pied en Guyane et à créer 8 réductions parmi

les Peaux-Rouges de cette région. Ainsi, dans toute l'Amérique du Sud, la frontière des terres colonisées par les Européens se trouvait entourée d’une chaîne de colonies jésuites, qui étaient souvent, il est vrai, assez distantes les unes des autres.

Les Jésuites jouèrent aussi un grand rôle dans l’Amérique centrale et l'Amérique du Nord comme conquérants spirituels. En Floride, il est vrai, en dépit de leurs efforts et de leurs martyres, ils n’arrivèrent à rien. Mais au Mexique, ils travaillèrent avec succès, depuis la fin du xvi siècle, et réunirent dans 40 réductions les sauvages Indiens du Sinaloa et de la Sonora; après 1683, ils civilisèrent aussi peu à peu les peuplades de pêcheurs de la Basse-Californie (16 réductions), et enfin, en 1718, ils soumirent les Najarites dans les immenses forêts du nord du Mexique, qu'ils avaient récemment explorées. On peut dire que, dans cet empire colonial espagnol si démesuré, il n’y avait presque pas de tribu indienne de quelque importance où les Jésuites n’eussent pas tenté la Conquista de almas, la chasse aux âmes, et n'eussent pas évangélisé, au moins pendant quelque temps. — Mais comment se fait-il que les sauvages aient partout si facilement prêté l'oreille à leurs prédications, plus facilement qu’à celles de tous les autres missionnaires? Certainement parce que, dans leur travail de conversion, ils tenaient très soigneusement compte du caractère et des besoins des Peaux- Rouges. Presque jamais ils ne se mettaient en campagne sans emporter des petits cadeaux. Souvent aussi ils emportaient avec eux un violon, une flûte ou même tout un petit orchestre, car ils avaient vite découvert que les Indiens aiment la musique pardessus tout, et ils se servirent habilement de ce goût pour attirer à eux ces rudes enfants de la Nature, Très souvent aussi, ils envoyaient des Indiens déjà

convertis, comme pionniers, parmi leurs frères restés dans les forêts, pour leur décrire la vie tranquille et plantureuse qu’on menait dans les réductions des Jésuites et pour exciter ainsi les appétits de ces voraces païens. Mais leur principale force venait de ce qu'ils savaient prendre de l’ascendant sur les sauvages et conquérir leur confiance. Le courage, que tant de leurs missionnaires avaient montré au poteau du martyre, l’abnégation et l'amour avec lesquels ils prenaient la défense des victimes de la cupidité des colons: blancs: et des chasseurs d'esclaves, ne: pouvaient pas ne pas faire impression. On se répétait de tribu à tribu, de campement à campement, que ‘les Peaux-Rouges n'avaient rien à craindre des robes noires, qu'ils ne leur apportaient que leur assistance, leur amitié, d'’abondants repas et de magnifiques habits. A partir de la fin du xvre siècle, il est vrai, les Jésuites eux-mêmes changèrent un peu leur système de conquête. Ils entreprirent quelquefois, | dans les territoires des païens, des incursions qu’on appelait entradas, où les païens et en particulier les enfants païens étaient capturés en masse, pour être souvent ensuite transportés à plusieurs journées de marche de leurs demeures. La « chasse aux âmes » prenait ainsi quelque ressemblance avec la chasse à l'homme des anciens chasseurs d'esclaves de Saint- Paul. Mais, dans les beaux temps de la mission, dans la première moitié du xvu° siècle, les Pères ne se permettaient pas d'employer ces moyens violents pour la conquête des âmes. Ils se faisaient même

* scrupule de se faire accompagner par des soldats

dans leurs voyages d’ évangélisation, souvent si 1 périlleux.

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