‹ Les JésuitesChapitre 96 sur 111 · ACTIVITÉ INTELLECTUELLE DES JÉSUITES · texte numérisé non relu

ACTIVITÉ INTELLECTUELLE DES JÉSUITES

développer librement, se proposer de nouveaux idéals de culture, sans rencontrer de graves obstacles, s'approprier de nouvelles méthodes d'instruction, tandis que l’école des Jésuites, au bout de quelques générations, était condamnée à devenir démodée, pétrifiée, vieillie, car toutes les fois que l’on décrète des lois pour réglementer l’enseignement dans tous ses détails, on le tue. Les Jésuites ne s’en sont point aperçus à temps, parce qu'ils étaient incapables de comprendre cette vérité. « Ils ne croyaient pas à la liberté », ce fut là leur malheur dans le domaine de l’enseignement.

L'Ordre n'aurait pas pu accomplir sa mission, ni comme ordre enseignant, ni comme ordre militant, sil n’avait pas eu en même temps une activité littéraire. Car ses élèves avaient besoin pour leurs études de manuels, pour les représentations scolaires de drames et d’autres productions artistiques, et l'Ordre ne pouvait vaincre le protestantisme sans essayer de ruiner la réputation scientifique et l'influence si étendue des ouvrages de polémique protestants. Aussi l’activité littéraire des Pères eut-elle pour caractère essentiel de s'appliquer aux besoins scolaires et à la polémique confessionnelle. Cette observation nous empêchera d’être trop sévères pour d’autres productions des Pères, par exemple leurs œuvres poétiques. Les drames écrits pour les écoles avaient surtout un but pédagogique. Si, parmi les innombrables productions de cette nature, par lesquelles les Pères charmaient leurs élèves et leurs protecteurs (un simple catalogue de ces pièces remplirait des volumes), nous ne trouvons pas une seule œuvre poétique de quelque valeur, nous ne pouvons pas nous en étonner beaucoup. Il en est de même des nombreuses poésies latines, dont les Pères, à la manière des humanistes, se gratfiaient entre eux et gratfiaient leurs pro-

tecteurs. Cette poésie néo-latine était, elle aussi, un fruit naturel de la salle d'école et, malgré le zèle: |

pieux avec lequel les plus instruits des Pères culti-

vérent ce genre, il resta toujours si dépourvu de puis-

sance et de saveur, que personne aujourd'huin’y peut

trouver aucun charme. Un seul vrai poète s’est :

rencontré parmi les poètes néo-latins de l'Ordre,

Jacques Balde'. On ne verra pas dans cette excep-

tion une preuvé de la pauvreté de l'Ordre en force intellectuelle, mais on jugera que Balde mérite une double louange, parce qu'il constitue une exception

unique. On comprend aussi très bien pourquoi les

Pères n'ont que très rarement cultivé la langue et la littérature de leurs pays d'origine, et n’ont presque . Jamais, quand ils en eurent le loisir, produit quelque chose de vraiment remarquable; une littérature nationale n’avait pas pour un ordre international la même valeur que la littérature classique de Rome. De même, on ne peut nier que la Société de Jésus a rendu

beaucoup moins de services à l’art, l’a moins encou- …

ragé et n’a pas eu autant de génie créateur dans les arts plastiques que les anciens ordres religieux. Ce qu'on appelle le style jésuite n’est pas une invention des Jésuites, et les artistes jésuites n’ont jamais-été de grands artistes, sauf peut-être André del Pozzo,

dont l'influence fut considérable, mais qui n’était

qu'un décorateur plein de virtuosité. Les productions artistiques des Jésuites donnent d’ailleurs une assez triste idée du bon goût de l'Ordre. Car, dans l’ornementation de leurs églises comme dans la composition de leurs drames, les Pères avaient une prédilection pour une recherche banale d'effets superfi-

1. Jacques Balde (1600-1668), auteur de l'Urania, et de poésies lyriques latines et allemandes qui l’ont fait surnommer Has ace de l'AHemnagne, [N. du T.]

Page 1