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DEUXIÈME LEÇON

Origine du Jésuilisme. Ignace de Loyola. Les Exercices

spirituels.

(17 mai 1843.J

Ayant démontré, comme on vient de le voir , l'inutilité du jésuilisme, M. Quinet joint à ses premières raisons celles qui suivent :

< Quelle est la mission de l'Ordre? De combattre. Il a « combattu le protestantisme et l'idolâtrie des peuples « d'Asie et d'Amérique ; mais, de notre temps, quel est

< l'ennemi qui l'a contraint de ressusciter? Rien ; donc , à

< défaut d'occasion de combattre, il doit cesser d'exis-

< ter > (pa(îe 162}.

Oui, rien! s'écrie M. Quinet.

< Ce n'est pas, certes, l'éj^lise schismatique , puisse qu'au contraire c'est elle qui l'a rappelé et sauvé en « Russie. > M. Quinet sait fort bien que l'hospiialiié ne suppose pas nécessairement la communauté de croyance ; qu'en rappelant les Jésuites , Quherine II ne prétendait d'aucune manière leur imposer des conditions violentes.

mais nniqiiemont prolé{];or, dans leur personne, la liberté humaine, et ga{jner pour ses états une société dont elle jugeait les enseignements précieux et salutaires. M. Quinet n'ignore pas non plus de combien peu de chose le gouvernement russe faisait dépendre son retour au catholicisme et quelles étaient ses tendances manifestes. Les Jésuites restèrent si parfaitement libres vis-à-vis du schisme, qu'ils n'ont pas cessé un seul instant de travailler en plein soleil à sa destruction, et qu'on n'a jamais imaginé, pour celte cause, de les taxer d'ingratitude.

Rien, dit M. Quinet, rien. « Ce n'est pas l'idolâtrie > (page 162). Pourquoi non?

Pourquoi ne serait-ce pas le protestantisme?

Décidément le Jésuitisme est inutile , et M. Quinet s'écrie triomphalement: « Quel est donc cet adversaire « assez puissant pour réveiller les morls? i (page 105.) N'essayons pas de comprendre.

II cite , pour réponse, la bulle du 2î juillet 1775, et je copie sa traduction :

« A peine la société était-elle formée , suo ferè ab iuit tio , qu'il s'Y éleva diverses semences de divisions et de

«jalousies, non seulement entre ses propres membres, <( mais encore à l'cgard des autres corps et ordres régu- € liers , ainsi que du clerjjé séculier, des académies , uni- « versilés , collè{îes publics des belles lettres , et même « h ré{jard des princes qui l'avaient reçue dans leurs « élats....

(( Loin que toutes les précamions fussent suffisantes « pour apaiser les cris et les plaintes contre la société, « on vit, au contraire, s'élever dans presque toutes les « parties de l'univers des disputes très affli^jeantes contre

< sa doctrine : Universum penè orbem pcrvaserunl moleS' « lissimœ conleniiones de societatis doclrind , que nombre « de personnes dénonçaient comme opposée à la foi ortho-

< doxe et aux bonnes mœurs. Les dissensions s'allumc- « rent de plus en plus dans la société, et au dehors les " accnsalions contre elle devinrent plus fréquentes, « principalement sur SA trop grande avidité (\qs biens ter-

< restres.

« Nous avons remarque , avec la plus grande douleur, « que tous les remèdes qiti ont été employés n'ont eu

< presque aucune vertu pour détruire et dissiper tant de ï troubles , d'accitsaliojis et de plaintes graves; que plu- (i< sieurs de nos prédécesseurs , comme Urbain YIII , Clé- « ment IX, X, XI, XII, Alexandre VII et VIII, Inno-

< cent X, XI, XII, XIII et Benoît XIV y travaillèrent en

t vain. Ils tàchônMil cependant de rendre à l'Éjjlise la paix € si désirable en publiant des constitutions très salnlaires, « pour dél'endre tout négoce et pour interdire absolunncnt € l'usage et l'application de maximes que le saint siège

< avait justement condamnées comme scandaleuses et ma-

< nireslemeul nuisibles à la règle des mœurs, etc., etc.

« Alin de prendre le plus sûr parti dans une affaire de « si grande conséquence, nous jugeâmes que nousavions « besoin d'un long espace de temps, non-seulement pour f pouvoir l^ire des recherches exactes, tout peser avec

< maturité et délibérer avec sagesse , mais encore pour <( demander par beaucoup de gémissements et des prières « conlinuelles , l'aide et le soutien du père des lumières.

< Après avoir donc pris tant et de si nécessaires me-

< sures , dans la confiance où nous sommes d'être aidé de « l'esprit saint, étant d'ailleurs poussé par la nécessité de a remplir notre ministère, considérant que la société de <( Jésus ne peut plus faire espérer ces fruits abondants et « ces grands avantages pour lesquels elle a été instituée ,

< approuvée et enrichie de tant de privilèges par nos préce décesseurs, qu'il n'est peut-être pas même possible que

< tant qu'elle subsiste, l'Église recouvre jamais une paix

< vraie cl durable; persuadé, pressé par de si puissants « motifs el par d antres encore (\\\q les lois de la prudence I cl le bon gouvernement de l'Eglise universelle nous four-

« nissent , mais que nous gardons dans le profond secret < de notre cœur, après une mure délibération, etc. »

Résumons comme d'ordinaire^ pour nous bien entendre :

Clément XIV déplore les divisions qui s'élevèrent dans la Compagnie de Jésus , presqu'à son commencement , non-seulement entre ses propres membres, mais à l'égard des autres corps, des universités, des collèges, des princes.

Il déplore que les précautions prises pour apaiser les cris et les plaintes contre la Société n'aient pas été suflisaïues, et que, de tous les points de l'univers, s'élèvent V des disputes très af/ligeantes touchant sa doctrine (i) dénoncée comme opposée à la foi et aux bonnes mœurs , et -rdes accusations sur sa trop grande avidité des biens terrestres.

11 remarque avec la plus grande douleur que tous les remèdes employés n'aient eu presque aucune vertu pour détruire et dissiper tant de troubles, d'accusations , de plaintes graves , et que plusieurs de ses prédécesseurs y aient vainement travaillé. — Les Papes Urbain Yllf, Clément IX, etc., etc., lâchèrent cependant de rendre la

(1) Molestissimac conlenliones de Societalis doctrinâ, (Voir plus bas.)

paix a l'Efjlise, en publiant des constitutions salutaires pour dcfcndrc tout né{ifoce , et toutes maximes justement condamnées par le Saint-Siège , comme scandaleuses et manifestement nuisibles à la rèfjle des mœurs.

< Alin, dit Clément XIV, de prendre le parti le plus sûr, « dans une affaire de si {jrande importance, nousju{;eàmes « que nous avions besoin d'un long espace de temps pour c pouvoir /a/rc (/c.ç recherches exactes, etc., etc. ; après « avoir donc pris tant et de si nécessaires mesures , etc. , c etc. , considérant que la Société de Jésus ne peut plus € faire espérer ces fruits abondants et ces grands avantac ges pour lesquels elle a été instituée, etc., etc. ; qu'il e n'est peut-être pas même possible que tant quelle suO- « ^i.ç/e, l'Eglise recouvre jamais une paix durable; perte suadé , poussé par de si puissants motifs et par d'autres « encore que les lois de la prudence et le bon gouvernement e de l'Eglise universelle nous fournissent , MAIS QUE i NOUS GARDONS DANS LE PLUS PROFOND SE- « CRET DE NOTRE COEUR, etc. , etc. , nous éteignons « et supprimons, etc., etc. >

M. Quinet l'a dit excellemment : « Il ne se servira jac mais de termes plus explicites ni plus vifs que ceux-ci » (page 165) ; ni même de termes qui soient aussi clairs et aussi dignes de considération.

M. Quinet, vous avez une piace et de fort gros émoluments de'professeur, dans la première Faculté du royaume^ par la grâce d'une proieciiun ministérielle, sans doute, et sans avoir subi les épreuves du concours ni obtenu les (grades réputés nécessaires; mais en définitive, vous avez celte place, et cet honneur, et celle fortune, et il y aurait pour vous convenance et décence vraiment ù montrer que les notions les plus communes dulanjjage, delà lojjiqueet de riiisloire ne vous sont pas éîran;;ères comme à mon portier.

Je dis (lu langage et de l'histoire.

Ce que vous avez cité comme une bulle, Monsieur, n'est pas et ne pouvait pas être une bulle.

Il y a trois sortes de rescriis du Pape : la bulle do{jmaliquo, la bulle disciplinaire, et le bref.

Dans le Pape, vous le savez, il y a deux liommes : le

nionarq'ie spirituel et h monarque temporel. En cette

dernière qualité, tous ses actes n'ont d'autre portée que

colle (Y un souverain ordinaire; comme chef spirituel, ses

actes sont de trois sortes ; ou relatifs à la doctrine, ou

relatifs à l'or^janisation extérieure du corps del'Éjjlise, ou j

concernant des affaires particulières, de détail, de moin-

(Ire imporiance, comme disent D. deMaillaneel L. d'Ile-

ï ricourt.

A ces (liffércnls actes correspondonl les trois formes susdites de rescrils.

Ainsi une lîulle do{îmaiique est une sentence définitive de foi; une bulle disci|>linaire n'est qu'une disposition adminisiraiive; un bref n'est qu'une simple lettre.

C'est pourquoi il y a beaucoup plus de brefs que de bulles.

Qui refuse avec insistance d'obéir à une bulle do{>matiquc, est regardé comme hérétique et scbismatique , et sort du sein de l'Fjjlise ; la désobéissance , lorsqu'il s'agit d'une bulle disciplinaire ou d'un bref, est une action mauvaise assurément, mais n'entraîne pas toujours les mêmes conséquences.

Observez que le Pape fulmine une bulle et donne un bref: celte différence d'expression ne servirait-elle pas un peu à déterminer la différence de la chose ?

Encore une fois, le Pape fulmine des bulles dogmatiques dans des occasions et des matières absolues; des bulles disciplinaires pour des objets fort importants et de nature durable: mais ces dernières, eu égard aux circonstances , peuvent être révoquées à toute heure; il donne des brefs à chaque instant : il en fait usage pour féliciter l'auteur d'un bon livre , d'une œuvre honorable ou même matériellement utile , pour opérer des changements provisoires dans Tadministration, ou seulement pour entretenir, si je puis le dire , sa correspondance affec*

tueuse, confidentielle, paternelle et libre, avec tous ceux de sa grande famille.

Tel a été le bref de Clément XIV , Brève, car ce n'était pas même une bulle disciplinaire.

Clément XIV , en affectant de choisir la moins considérable des trois formes de rescrits, avait probablement des raisons qui se devinent.

[ Disons plus, ce ne pouvait être ni une bulle do{>matique, ni une bulle disciplinaire.

Au sens des ultramontains, un Pape, même indépendamment du consensus exprès ou tacite de l'Eglise universelle, ne peut enseigner l'erreur ex Cathedra, c'està-dire, par une bulle dogmatique; or, avant et après Clément XIV, une multitude de papes ont exprimé le contraire de ce qu'il dit dans son manifeste; donc, il y aurait erreur de la part de Clément XIV ou de cette multitude de Papes; donc, le Pape , en Tun ou l'autre cas, aurait enseigné Terreur ; donc, les ultramontains n'admettront pas que ces différents manifestes de différents papes puissent être des bulles dogmatiques.

Les Gallicans ne l'admettront pas davantage, car les Gallicans et les ultramontains ne sont partagés ici d'opinion, qu en ce que les premiers ne reconnaissent une bulle comme définitive de la foi, que lorsqu'elle a été approu-

vée par le consentement exprès ou tacite de rE«;lise uiiivcrsollo ; conscniemen» qui ne manque ni au manifcslo dp' ('Icmcnt XIV, ni à ceux des autres papes .

Ce ne pouvait être une bulle disciplinaire, car le manil'esté ne porte ni le caractère d'importance dans les motifs, ni le visible cachet de durée, quiconstiiuent celte sorte de rescril; je me fais fort de le prouver bientôt en citant les propres paroles de Clément XIV.

Vous n'cxciperez point, je pense, de vos idées anti-catholiques pour décliner cette raison , car il est clair qu'en citant ce que vous appelez la bulle du 2i juillet 1775, vous vouliez prouver que les Jésuites avaient été dogmatiquement et absolument condamnés, même par le Pape.

Au reste, je consens à vous suivre sur ce nouveau terrain. Oui , c'est le jugfement particulier d'un homme quelconque, et sa gravité repose sur la teneur même du bref.

Examinons le bref et la personne.

^ Clément XIV est un souverain du genre de ceux qui gouvernaient alors les contrées d'Europe, avec cette différence pourtant, qu'il est le plus faible de tous. La Sainte -^1tiance n'a pas inventé cette politique, en venu de laquell»* chaque régisseur d'état s'oblige à conformer le plus pof *

cible ses intérêts au bien de la communauté ; si la cou-»

reniion n'(îtait pas écrite sur du papier, elle l'éiait flans les itiocuis ; faute de l'observer, on encourait ausj^.ibien qu'aujourd'hui le péril dune déclaration de guerre et de ses Miites.

Les choses étant ainsi , un triumvirat se fornr)e de par le inonde sous l'influence et par l'impulsion des ennemis de la Coiii'jairnie de Jésus, ennemis comme en doit avoir toute ^'orporalion heureuse, brillante, ferme et inflexible dans sa pensée; en France, les Parlements et le Jansénisme iionnont 3.Î. de Qioiseul ; l'Espagne, humble suivante delà rrance qu'elle redoute, va sophistiquer de toutes ses forces pour donner le comte d'Aranda : de môme le Porliigai availdonné le marquis de Pombal.

Mais les populations pouvaient bien mépriser ces Iripoînpcs de diplomates; et le triumvirat sentit si bien qu'elles tenaient aux Jésuites par le fond de leur rclijjion <*t d«! leurs entrailles , que, pour lever la difficulté, il imagina de faire sanctionner ses résolutions par le Pape.

Il fallait d'abord qu'elles le fussent par Louis XY , V'harlcs lil et Joseph h

Louis XY hésitait ; on lui trouva un vainqueur immanqualjle : un courtisan fit fabriquer une petite machine à musique, composée de tond es comme un piano; chaque *rnichc atiaquéj mettait hois une petiîe poupée , velue en jésuite, et gesticulant de nianére ridicule et infàrae; il

porta sa maihiiio clioz une dns maîlrossos (h\ vo'i qui en fut elfrayéc cl fort réjoiiio : « Est-ce possible, s'(';(M'ia-l-olle , c co sont la des jésuites? — Oui, Madame. — Nous les « chasserons. > Louis XV devait céder.

Une rcM^Iie venait d ec'a;er à Ma rld con(ro un ministre éiranp^or, le mar(]uis de Scpiillaei ; on persuada au faible Charles III que les Jésuites l'avaient excitée et conduite; sans demander plus do preuves, Charles lit donna sa Pragmatique du 20 avril 17G7.

Lisez, pour le reste, les ^Inccdoles du marquis de Pombal, et, dans l'histoire de Portugal, le récit de la conspiration par suite de la(|ueîle le P. Malajjrida et d'autres Jésuiîes furent condamnés à mort.

Après avoir jTfaf^né par les raisons de prépondérance, de parentés princières, ou autre c!)0se, le roi de Naples, jeune fils de Charles III, le duc de Parme , le jjraud-maîire de Malte, etc., etc., MM. deChoiseul, d'Aranda et de Pombal , à (our de rôle, conjointement avec leurs recrues , envoyèrent au pape un résumé de toutes les accusations et plaintes dirigées contre les Jésuiies par les écrivains parlementaires et jansénistes , l'avertissant des résolutions qu'ils avaient prises , lui noiiliaiit ce qui avait été fait.

Avertir c'était menacer.

IjcnoitXlY avait faibli; Clément XIII avait résisté ; Clé-

monlXlV se rési(jna (l), mais aprèsavoirrésislélni-m(^m« rJiiF'anl plus (Je deux ans, et en déclarani (ju'il avait ni besoin d'un long espace de temps , pour poia^oir faire des recherches exactes, tout peser avec malurilc, et déiibéier avec sagesse (Quinet, pa/]e 1G4) ; d'où suit, ce me semble, que s'il y avait eu, dans le rapport des mlnishes, quelque chose de bien et dûment avéré, le Pape n'aurait pas eu tant de recherches à faire, et que s'd avaii li'ès voloniiers et dj son propre mouvement prononcé sa sentence , il n'eût pas mis tant de temps, ni éprouvé lant de répu[;nance à se prononcer.

Pour(}uoi donc se décide-t-il enîin à donner son Bref? D'abord, et inilubitablement, parce qu'il avait senti li's conséqiîcnces politiques d'un refus par rapport aux puissances qui le sollicitaient (2); ensuite, pour des raisons que je me propose d'examiner maintenant.

Vous avez reproduit , Monsieur , le plus terrible pas-

(1) Singnlarcs personas ejusdem sociotalis paterne in Domino cliliginîtt.s, ditlePape, §27.

(2) Ralum verô habentcs prœdicli chari'^simi in Clirislo filii noslri (rcgos Francorum, Hispaniarum, Lusilaniœ iic nfiiiisquo Siciliae) rcmc- «iuin Imc firnûus cssc non pnssc, ucunivcrso cliii^l ano or!)i rccmycUlnud^ accmnmndatuin, ni^i soriiMas ipsa prorsiiS4'x(ingnerolur, sua {(Uirrùapuit CîeiTiPnlomXIIIexposucruntsluiSia acVoL!j?«THKM, cl qta valrhantas c- T JiirT^TR et prccil)us, conjiinclis sinml volis cxposlsilarunl — NoLis Oa*- «Jem oblata-'sunt pièce?, petitioncs, elr., etc , § 2/i du Bref; cl au § ÎO, .'. capta à principibus nounullis in Sociclalcmcuu^ilia.

Mffe (lu l)rof , et célail naiurcl ; quoique intôrét que j'y puisse avoir, je ne pousserai pas mes investivjations plus Juin que vous ne l'avez fait.

J'avoue que je n'ai pas lu les divers rapports de AIM. de Ponibal , de Clioiseul , d'Aranda, etc., etc., mais il est prcsimiable que le bref donne a leur sujet doit eonienir un apeieu de leurs dénonciations, et qu'en homme (jui tient à sauver sa réj)Ul'ition de bonne foi en si {{rave 0( cui'rence , Ctémenl XIV n'a pas dû manquer de motiver sa ri(;ueur pur l'exposé des pièces.

Pesez l'un après l'autre tous les mots du passa(;e que vous avez choisi : Je vous défie d'y trouver une seule accusation police par le Pape, contre h Compa{;nie de Jésus.

Le Souverain Poiiiifo coiisialcque^dcs l'oi/yine , il s'cleva diieiscs semences de divisions enlre les Jésnllcs elles académies, nuieersilés , coUcfjes, etc., etc. ; mais il ne dit point qui, des Jésuites ou des aca^/c^n/ic^s, etc. , etc. , avait ex'v'ilé ces divisions , et qui avait délinitivement tort ou raison.

li constate qu il s'éleva des disputes très af^licjranles loucliani leur doctrine fju'O'S DÉNONÇAIT COM.ME hétérodoxe ei immorale, mais il ne dit pas si on était en droit

de (iispiiler à ce propos, et que, vériiablenieiit, celte doctrine fiii hétérodoxe et immorale.

Enfin, il constate les accusations inientées contre les Jésuites , mais il ne dit pas fpreiles fussent fondées.

Il ne peut nici- que ces divisions, qu'il n'ose qualifier expressément, ne soient des o ccas ion s de i roubles ; mais alors, il se demande si , dans le cas méirie où les accusalions seraient mensoîvjères, les troubles qui en l'éf^ultent ne porlent pas à l'E^^lise |)lusdc préjudice que la conservation des Jésuites ne pourrait lui faire espérer de bien. Minima de malis.

Sur cette considération, et surtout par le motif qu'on a vu précédemment, il prononce; mais encore , — voulant notifier qu'il s'agit du fait seul, du fait matériel et indépendant de la preuve des accusations, des troubles qui s'ensuivent et qu'il veut éviter, d'un moindre mal à tolérer pour en prévenir un plus grand, — il jette un regard douloureux et significatif sur ceux qu'il frappe, et les remercie des fruits abondants qu'ils ont prodiu'ls ; il rappelle qu'afin de confondre les accusateurs et de leur enlever tous moyens de calomnie, douze de ses prédécesseurs avaient hautement défendu aux Jésuites ce qu'on les accusait de faire.

Pour conclure de là que les Jésuites étaient coupables d'avidité des biens terrestres ^ il faudrait démontrer

<jue œs papes enx-mémes Irs arrusaîcnt de concert avc(7 leurs ennemis (i); on n'y parviendra pas.

Les (lélVMises réitérées avaient un but évidonl : soumis «îommc ils l'élaient an Sairit-Siè{je,dont toutes lesdéeision* font de droit partie de leurs Règles, les Jésuites , p:M* l'organe des papes, i'aisaienl savoir ainsi solennellement et de plusen plus,siie pnisledire,(iuellesétaicntleurs()bli{;alions reconnues à l'éjjard des peints de discipline et de morale qu'on les accusait de violer (2); et puis, ces mêmes délx^nses. des papes, dès qu'elles n'étaient suivies d'aucune clause répréhcnsive , justifiaient par le fait même les Jésuites , au lieu de conHrmer des bruits détestables, car il semble évident que plus finsislance était grande à ordonner, plus le châtiment aurait suivi de près la contravention.

(1) Fveqiicntiores, dil le Bref , factœ de nimià potlssimàm tcrrcnorium bonorum ciipidilale accunaliones § !'•• Kn employant le possessif 5<c qui n'est point exprimé flans le latin , M, Quioet a fait une nit-prisc qu'il importe de signaler : sa indiquerait que la cupidité est chose constan'e aux }euxdu Pape, avant même les accusations , ce qu'on ne peut ad» mettre.

(2) Maximo sanè animi nosiri doloreobservavimus tamprrediclaquani alia complura deinceps adliibiia remédia, nihil ferm?; viriuti»* praGsetu- Jisse, et auclorilalis, ad tôt ac lanlas evellendas dissipan(la>que lurbas, accusutioiies et queriuionias in Societatcni, frusirùqiie ad iti lab:nassc caîleros praedecessores nostros. §22 — Tanlùm vero abesl ut li^c omnfa salisfuerint compescenlis adversùs Socieiateraclanioribns et qncrelis (il ne dit pis: compescmdîs doctrinis et bonorum tcrrestrium cnpitlilale), quin poliùsmagis magi>que universum penè orbeni, etc., etc., de Socie- (alis doctrinâ quam fidei vclut orlhodovœhuuisque movibyxn repug;nauteixi plurimi Iraduxerunt. § dO.

Apres ces explications naturelles, je ne pense pas qiift M, Quinet veuille maintenir les siennes ; je repousse parla même raison le confirmatur de l'ambassadeur de France , en date du 16 mai 1774 , fondé que je suis , d'ailleurs, h douter de son exactitude, puisque, selon sa coutume , M. Quinet l'a cité sans les indications voulues.

Je résume, pour mémoire, les pagres 1G7, 168, 169 et 170, où il est dit :

« L'esprit de 1789 esl tout entier dans celle bulle /70kc iijïcale de MIô; y> pourquoi? parce que « celte bulle « na précédé (pie de fpihizc ans la révolution', » (p. '66 pourquoi encore? parce que « le pape Clément XlVhé- -r v'm'wx àw cjénie précurseur des écrivaiiis et des princes, «avaii, en l'écrivant, l'intention formelle de briser /a « machine créée pour étouffer le principe de l'innovntiojîi .(page 1 67) . 11 serait aisé de rappeler à M. Quinet que la Oui le dit précisément le contraire : « Instituée, dit-elle, pour « produire des fruits abondants, etc.; > qu'à tout prendre, les révolutions ne sont pas des innoi^alions , mais <ie3 luttes violentes du principe souverain de l'unité qui veut conserver, contre le despotisme et l'iniquité qui tenaient à détruire ou i/2??oi'c/; et qu'ainsi les Jésuites, comme soldats de l'unité, n'auraient pu étouffer ni même gêner

U» R('»voluiion sans démeniir leur nature ; passons plutôt.

^lais ayant à flatter des âmes jeunes, généreuses, enthousiastes, M. Quinet ne pouvait manquer de saisir cette formule pour revenir à la question de liberté , prouver, comme H prouve y que les Jésuites veulent l'esclavage, et se faire applaudir par contrebande. C'est une belle et noble tactique.

Les Jésuites, au dire de M. Quînet, sont tellement anlipaihiques à tout régime de liberté, que, de la Constituante nu Consulat et du Consulat à la Rcslauration, ils ne se montrèrent point en France (même page). Pour un homme et un grand philosophe qui se flatte d'avoir approfondi l'histoire, voilà une bien grande pauvreté. Ce qui résulte uniquement de là , c'est que les Jésuites n'étant plus en France, ces divers gouvernements pouvaient ne point songer a eux, et je crois la chose au moins vraisemblable; c'est que les Jésuites, étant prêtres, formant un ordre religieux , partageaient piovisoirement le sort de tous les ordres religieux abolis par une mesure de politique générale , et le sort de tous les prêtres qui préféraient le devoir à l'apostasie ; c'est encore que la Révolution, quelque sainte qu'elle fût dans ses vues, n'était point infaillible pourtant dans ses représentants, et commit bien

des fautes; c'est que l'Empire, dont l'autorité, d'ailleurs, me paraît mille fois plus conlesiable, n'a pas tout deviné, lout osé même.

LeGaoûl 1814, les Jésuites revinrent, non plus portes par les bcLionnctLes russes et prussiennes j roninie l'avait dit MM. Michelet et Quinet , mais triomphalement rétablis par la Papauté , comme ils le disent à la page 167.

La Papauté supprimait avec douleur la Compa{jnie de Jésus; la Papauté rétablit triomphalement la Compafjnie de Jésus... deux BULLts qui se heurtent et se dévorent l'une l'autre!

JNulle marque d'étonnement , mille réclamaiion, nul scandale, pourtant. Qu'y a-t-il donc? Rien d'aussi simple ; ceitaines circonstances, celles qui viennent d'être indiquées, avaient exigé une suppression temporaire ; des circonstances difféientes permettent à la Papauté d'appeler de ses décisions auprès d'elle-même, et de rétablir ce qu'elle avait fait dispuPaître. Alors, il y avait lieu do donner des brefs; et les bulles ne heurtèrent pas les bulles, parce qu'il n'y eut pas de bulles.

Clément XIV nous détaille en 1775 les motifs de sa conduite, qui sont d'assurer par un pénible sacrifice , la paix

tie l'Ejjlise et des étals; son surcesseiir déiaille les motifs de sa conduite, qui sont d'al teindre au?t mêmes fins par un moyen contraire. Après MM. doClioiscnl, d'Arandactde Pombal , étaient venus des ministres tout autrement intentionnés: les Parlements poussaient'lc dernier souffle; le jansénisme expirait dans quelque angle du quartier Saint- Séverin de Paris; îcs populations, moins travaillées, avaient repris leurs aucieunes k\ves d'indépendance et de raison , comme leurs souverains ; les obstacles cessaient', les avantajjes se représentaient ; la Société de Jésus fut rétablie.

M. Quinet s'accommoclera-t-il de ces raisons?

Point... « Que s'est-il donc passé? » demande I\I. Qiiinet. c< Cette date ne vous dit-elle rien? C'est le moment où la € France est contrainte de cacher ses couleurs , et d'ac- € cepier ce qu'on veut bien lui octroyer d'air , de lumière < et de vie , (la Charte). Des milices de tomes les zones « circonvenaient LE CORPS de la France ; pour com- « pléter la défaite, et pour que la France agenouillée n'eut « plus même clans son for intérieur, la pensée de se rec dresser jamais, le pape a dêcliaîné la milice ressuscilée « de Loyola , et circonvenu de cette manière L'ESPRIT » (pages 1G7 et 168). Se non è vero , è ben irovaio.

M. Quinet ne conclut pas directement , mais il en a la

pensée </«Hs son for inlérieury que si l'esprit de 1789 est dans le bref de 1775, l'esprit des cours prévoialcs , de Tonijos et de Don Mijjuel est aussi dans le bref de rétablissement. Il est bien réservé.

* , Le lecteur ne s'attend plus, j'en suis bien sûr, à Tex-cla^ mation que voici :

« Et que personne ne pense que le jésuitisme et la « révolution soient conciliables ; ils ne le sont pas , (même page) « car voici les crimes du jésuitisme contre la révolution :

« Sa mission au seizième siècle a été de détruire la Réforme.» Première alteinie à la liberté, comme serait celleci: prenez garde, mon cher, vous ny voyez pas, cl vous allez tomber dans la rivière ; ou celle-ci : mon enfant, vous avez fait une version pleine de contresens; souffrez fju'on la corrige. >

«La mission du jésuitisme au dix-neuvième siècle est >^ par conséquent , « de détruire la révolution qui suppose , < renferme, ENVELOPPE et DÉPASSE la Reforme. . (même pajie.) Je recommande cette découverte aux méditations de ]MM. Bûchez et Roux.

« Cela posé, M. Quinet, sans détour^ va droit au cœur

t de la dortrîne du Jôsiiiiismo, qu'il vout cfahlir liislo- < ri(|n(MnoiU, inipariialcnicnt, dit-il, dans son auteur » (page <G9).

Il fait l'histoire de la vie de saint I/jnaœ , et la fait bien, en bon style même, si bien que sur douze payes, nous trouverons seulement deux ou trois balourdises.

Dans cette histoire , Ignace , « épris d'un amour hu- « main, devient à l'instant même Flaijellant » (pa^jc 170]. M. Quinet n'a pas saisi la valeur de cette expression.

Lorsqu'il conçoit le désir de convertir les peuples d'orient , « le zèle des âmes V emporte chez lui sur l'amour

« de la croix » (pa^^e 175). M. Quinet rejette au P. Bouhours cette sottise hyperbolique.

« En voyant le sépulcre de Jésus-Christ , saint lîjnace H comprend que les calculs de l'inleHigence peuvent seuls i y ramener le monde « (même page) . Je ne comprends pas.

A celte époque même. Saint Ignace, — qui étant jeune soldat , lisait, pour se distraire, des livres de chevaleriCy les ^madis, la vie de Jésus-Christ ci des SaintSy tes vies ARDENTES des Saints Pères (pages 170 et suivantes), — à cette époque de son retour de la terre saint<>^ voici que le même saint Ignace sait à peine lire et écrire

(pajjc 175 au bas). Je voudrais bien savoir sillégol et SchoHin{j onsei(;naienl d'aussi sublimes choses à leurs étudianls d Allema{>ne.

Ayant achevé la vie de saint [{^nace, M. Quinet se propose d'étudier \cs Exercices spirituels, qui renferment, s'il dit vrai, ce que Tacite appclaitles Arcanes de V empire, mxana imperii,

« Savez-vous ce qui distingue Loyola de tous les ascètes « du passé? c'est qu'il a pi\ froidement , logiquement , € s'observer , s'analyser dans cet état de ravissement qui, c chez tous les autres, exclut l'idée même de réflexion% Cpaooi/T).

Mais je prétends, moi, que presque tous les ascètes fin passé ont fait comme Saini ïj^nace, et j'en apporterais la preuve, si encore une fois, il n'était permis et fort juste d'opposer à des affirmations gratuites des négations de même espèce.

. Sur le fond des choses, M. Quinet est pins explicite , et même il n'aviinoe que ce qui est vrai. Saint I[,Tiace^ qui, aussi bien que tous les ascètes du passé, ne prenait point

les extases pour des annihilations on clos ahêtissetvcnts^ saint T<jnacemitdïeclivement « à j)rolit pour ses disciples, les éliulns qu'il avait faites sur lui-même. »

II eoniprit la nature humaine fpii se compose d'une âme faible servie par des or{jaiies maKiriels : il voulut apprendre aux orjjancs le moyen de bien servir l'àme.

S'afjissalt-il d'extase? non , et M. Quinet, par les exemples mêmes qui! apporte , m'autorise à le répéter: non ;; il s'ajjissait de détacher l'àme le plus possible des distraclions terrestres pour l'élever aux. choses supérieures , ce qu) est bien différent.

n va plus; quand même saint Ijjnace, pour disposer l'àme au bienf;iit de l'extase , aurait usé du même procédé, pourrait- on dire bien raisonnablement qu il ensei(>nuit Vixviih. fabrifiner des extases'^ (P^{î<^ 177.)

Tous lus jours il arrive aux écrivains , aux poètes surtout, à M. Oiiiiicl lui-même, d'observer de point en point les Exercices spirituels. Yoici toute ma pensée : pour rcrire, il faut plus que du papier , de l'encre, une plume, une table et de l'esprit ; il faut du papier, une plume et nue table de telle forme et non de telle auli'e; chaque chose a sa place, hors de laquelle le cerveau devient rétif. On s'assied en li.^ne droite, le corps penché , ou relevé syslémaiiquemcnt : promis ou supiniis , car c'est le seul vrai sens de ces deux mots latins ; on s'assied quelquefois, ou

l'on se tient debout, allernalivement, nécessairement., sous piîine de n'être plus soi : nimc seilcus, aut stans.

Les uns réussissent au (;rand jour et en plein air ; d'autres, s'ils ne fermaient hermétiquement leurs fenêtres voilées d'un triple rideau, ne rapprocheraient pas deux idées. Combien recherchent le silence ! il y en a, et ils sont nombreux, qui trouvent ou croient trouver au milieu du vacarme de Paris des conceptions plus vives et plus nettes. On remplirait un volume des singularités qu'en{>endre celle préoccupation des moyens malériels , dans les choses de l'esprit.

Dirai-je donc au poète, lorsqu'il ama terminé sou oeuvre, qu'il faOrique la poésie , et à M. Quinet qu eu écrivant ses leçons de la même manière, il a {abrUfnè l'esprit, chose dont il est incapable !

En vérité, ces objections ne sont rien moins que sérieuses; et je crains fort de dépasser les bornes de la naïveté, si j'y prête la moindre ailention.

u Voyez la conséquence ! s'écrie M. Quinet : parib (j «< toujours de l'impression matérielle, n'est-ce pas montrei* ♦ pour ['esprit une défiance qui renverse la nature et le « christianisme ? > (pa{je 4 81).

Toujours est faux (1). La d'- fiance que Snùul Ifjnarc a inoniréo pour V esprit ne renverse pas la nature , je l'ai prouvé; au coiurairc, clic suppose une connaissance approfondie et bien positive de ses lois; le chrisiianisnic n'a pas tellenieni spiriiualisé les choses, qu'il ait détruit et méconnu chez l'homnie la partie supérieure et l'inférieure, Vcspril protnpl el la chair faible , et que, par conse-quent, il n'entre dans sa docliine de rè^^ler !u partie inf(i"ieurc et la chair, pour les empêcher d'entraîner l'esprit à leurs fai!)!csses , et pour les faire concourir et servir à ses proniplilucles.

Quand M. Quinct vient nous dire que pratiquer ces moyens, « c'est entrer par ilé(juiscnienl dans le rè{*ne € spirilucl, » M. Quinet veut très certainement faiï'c un dixième ca!em!)our{>" ; quilIe autre portée pourrait avoir son expression: par dîujnisetnenl? qui sedô(]u::se i(!i? une mère ensei.jpie à son pciit enfant la manière de prier ; elle le descend de ses genoux, s'il est possible, place devant lui

(1) M. Quinet devrait bien a»issi. pour obleiiir créance, indiquer p'us expross.'niPii! la snurce de ses citalions. Jt; trouve au bus de la page 152, celte note : Il <'st une règle de l.oyo!:i, ainsi cnnrue : «Si l'aut-rilé déclare <|ue ce qui nous s mble blanc est noir, il faut piononcer que cela est noir. Exercices spiiiluds, p. 291 . » il fiiilait iiidiqner l'édilion, ou du K^oins le numéro de l'exercice; j'ai sur inalabie Pédiii(nî d'Avignon 183^, où les exercices se terminent à l<i p;ige 192. C'est à grande peine qnej'ai njîs les yeux sur un ti'Xle qui a quelque analogie avi'C la cil;ilion ; M» Quinet Ta indigntmciil Uonqué. Je ne veux pas mèuîc m'en occuper»

C'est assez. Je devrais passer vile à la leçon IIP, n'était une mirjliqiie différence que M. Quinet nous signale entre le christianisme de Jésus-Christ et le christianisme de

rîina(>e de Noire Seigneur Jésus-Cljrisl, lui recommande (h se bien tenir , prend sa poiilo main doni elle forme sur lui le signe sacré de la croi'c en lui faisant mot à mot répcicr les paroles: an nom du Pcrc, cl du Fils , rlc.,eic. il y a ici des moyens extérieurs assurément, une pose pariiculièrc , une impression malérielle ; et voilà un petit enfant '] (jue sa mère défjnisc pour le faire entrer dans la rcgnc spirituel m (page I8I.)

Fi donc ! Monsieur , et quelle insinuation perverse et abominable! « Ces précautions, diies-vous^ devront dégé- « nércr chez les disciples en ruses , pour déconcerter le « chef de la ruse! » Quelle mauvaise foi! Quel est, je vous prie, rinlérèt du disciple à décojicerter le chef? n'est-ce pas de son plein gré que le disciple a embrassé la règle, et la subit ? Vous figurez-vous que saint Ignace, comme un despote ombrageux , se présente dans chaque cellule pour y faireexécuier ponctuellement, à la lettre, les^crercices^ et que la plu()art de ces exercices ne soient pas de conseil plutôt que de précepte?

Lùfiaim, diffcroK* à imfmeiic iiaii lomt ire ^ii'iY rtemi de Hire (page ISI).

« Celte duRf^^reoce, ajiMite-l-i] , je Lsr coonaiSy je v;iîs vous Litlire :

« I>uis rcsprii de rÊnuf^ile, le maître se donne à ï toiK sans réserve, sans réticence ; Loyola au eontraîre^ ' ae commiinMjue à ses dtsctples que rextèrieur oa récorce < de sa i^ttsèe ; il gmtie le fiufcr, U ne prête t/me hi <:■ ctudriùi A s'est élevé à i'e^^tase , et il mamlorim dbtOi les « antres f «e le jomg de la méiiiode » (méuie page).

Je m'arrête, et laisse M. QuiiMt , qui croit en avoir i>esoin , conrrr «m deraMU ée Cesprii (page IS5]; si ce&t là resprit, je m'en passerai bien.

rima{>e de Noire Seigneur Jésus-Cljrist, lui recommande âese bien tenir , prend sa petite main dont elle forme sur lui le signe sacré de la croix, en ini faisant mot à mot répéter les paroles: an nom du Père, cl du Fils , etc., etc. il y a ici des moyens extérieurs assurément, une pose particuiicrc, une impression malérielle; et voilà un petit enfant que sa mère dcfjnisc pour le faire entrer dans le règne spirilncl !!! (page 181.)

Fi donc ! Monsieur , et quelle insinuation perverse et abominable! « Ces précautions, dites-vous^ devront dégé- « nérer chez les disciples en ruses , pour déconcerter le « chef de la ruse î » Quelle mauvaise foi ! Quel est , je vous prie , l'intérêt du disciple à dcconccrler le chef? n'est-ce pas de son plein gré que le disciple a embrassé la règle, et la subit ? Vous figurez-vous que saint Ignace, comme un despote ombrageux , se présente dans chaque cellule pour y faireexécuter ponctuellement, à la lettre, les£u"ercices, et que la plu{)art de ces exercices ne soient pas de conseil plutôt que de précepte?

C'est assez. Je devrais passer vite à la leçon 111% n'était une mirifique différence que M. Quinet nous signale entre le christianisme de Jésus-Christ et le clirislianisme de

Loyola, diffcrciicc à Uuniclle tlcul loul ce fjuil vicnL clc (lire (|ui{]e 181).

a (>oitc différence, ajoutc-t-il, jo la connais, je vais vous la (lire :

« Dans l'espril de rÉvan{jiIe , le maître se donne à € tous sans réserve, sans rélicence ; Loyola au contraire^ « ne communique à ses disci[)lcs que l'extérieur ou l'écorce « de sa pensée ; il garde le foyer , il ne prêle que la <( cendre; il s'est élevé à l'extase , ci il riaulorise chez les « autres que le joug de la méthode » (même page).

Je m'arrête, et laisse M. Quinet , qui croit en avoir besoin , courir au devant de l'esprit [psi^e 185] ; si c'est là l'esprit, je m'en passerai bien.

«François Xnvier ne lui écrivait qu'à jjenoux, cl que « L;iynez, l'àme du concile de Tr(;nto, son futur succesa< senr, tremble à sa parole; si fin diplomate qu'il est par- ■>€ venu à concilier sa toute-puissance avec celle de la pa- « paulé et n'a rien laissé à inventer à ses successeurs » (même page) , c'est, disons-nous, qu'un tel homme n'eut jamais été assez désintéressé pour refuser ou abdiquer la place de Général.

M. Quinet, je m'en doute bien, veut faire entendre que saint Ignace, qui exijjeait de Laynez et de François Xavier ces {grands témoiî>na{jes de soumission , montrait en cela une avidité de commandement peu en rapport avec ses refus et ses tentatives d'abdication. Mais M. Quinet persiste à confondre des choses essentiellement distinctes : il confond l'homme et je supérieur.

Comme supérieur, ï{jnace de Loyola représentela règle; peu importe l'homme; l'autorité reste immuable, absolue, quel que soit l'agent qu'elle emploie pour se manifester. L'homme n'a pas le droit de répudier, en vue de son indignité propre, les soumissions et les hommages qui s'adressent au supérieur, car ce serait une absurbe et criminelle modestie ; tout ce qu'il peut faire, c'est de souhaiter et de provoquer même avec réserve, une circonstance où étant régulièrement appelé à rentrer dans la vie des simples

reli{}i('n\, il puisse rondiu^ à l'aiiloriié, (Jans la personne d'un Muin» que lui, ces mêmes soumissions et vo.s mêmes iiommaj^es. Saint î{'nace ne lit pas auire chose : acquitté du*{>énéra!at., et remplacé par saint François Xavier ou Lavnoz, il aurait comme eux et du même cœur écrit à genoux au {jéneral, et tremble , si tremblé y a, à sa parole.

]N 'oublions pas le deuxièmesi.jjne de ruse : « lechef-d'œu- « vre d'I{>nace de Loyola fut de concilier sa toule-puis- « sance avec celle du pape. » Deux toutes-puissances ! en effet, c'est bien rusé; voici un exemple :

(c Le pape voulait, maI(>Té lui (i) (page 188), créer car- € dinal, Bor(>ia, un de ses disciples : Loyola décide que le « pape offrira, que Bor{)ia refusera. » Un penseur ordinaire, tout en reprochant à M. Quinet de n'indiquer presque jamais ses autorités, dirait : Voici un pape qui reconnaît d;ms Borgia un homme plein de vertus, de mérites et de bonnes œuvres , qui voudrait le réconipenser et le ineitre en possession de rendre à l'Éfjlise des services plus sijjnaîés encore ; le pape du reste saisirait avec bonheur une occasion de glorifier la Société de Jésus, et de protester ainsi d'avance contre les calomnies dont elle

(1) Lhi signifie, pour peu qu'on y melle de complaisance, Ignace (t^ LosoIq'

sera l'objet plus lard : il confie sa pensée à Loyola ; celuici, en sa qualité de représentant de l'autorité, allègue les règlements et refuse. Obligé d'accueillir ses raisons, le pape déclareenfin qu'il offrira toujours, puisque l'honneur est moins dans l'accepiaiion d'un titre que dans l'offre qui en €5t faite ; Borgia reste libre de refuser; il refuse.

Un penseur ordinaire n'y verrait pas autre chose; M. Quinet a vu, lui, que Loyola « se ménageait ainsi l'orbe guoil du refus, et Tostentalion de l'humilité > ( même pnge).

Revenant aux exercices spirituels^ il fait une citation, sans indiquer comme de raison la page du livre, et il prie ses auditeurs de ne pas rire (page 190) : Qtiare flagellis polissimàm ulemttr ex fnuiculis minuits, quœ exleriorea nfflifjunt partes, non auleni adcô inleriores iil valeludineni advcrsam causare possint ; et il traduit : Servonsnous dans la flagellation, principalement de petites ficelles qui blessent la peau, en effleurant l'extérieur, sans atteindre l'intérieur, pour ne pas nuire à la santé.

Je traduis à mon tour :

« C'est pourquoi servons-nous, pour la discipline , de petites ficelles minces qui blessent l'épiderme et n'entrent

pas tellement dans los chairs qu'elles puissent causer un dérangement de santé. >

Le lecteur dira quelle est la bonne traduction et qui, de M. Quiuet ou de moi, lui paraît le plus sincère.

Ainsi, est-il permis de mortilier sa cliair?... si cela est permis, doit-il être permis sans ruser avec Chcroïsmc et frauder la sainleté (pa{je \9\)yQtriiéca)iiscr la foi (page 4G), est-il même obligatoire de ne pas le faire jusqu'à ruiner sa santé, lorsque surtout l'on a voué sa vie au bien d'aulrui? Telle est la seule question raisonnable que soulève le passage latin ; d'ici et non d'autre part, j'atiends la réponse de M. Quinet.

Pour passer des Exercices spirituels au Directorium, M. Quinet a dit : « nous sommes au cœur de la doctrine, continuons d'entrer dans celle voie > (page 19 1). Entrons donc dans la voie de la doctrine au cœur de larjuclle nous sommes déjà.

< Quelques années après la fondalion de la Société, les *{ membres principaux s'entendirent pour réunir les exf périences personnelles qu'ils avaient faites sur l'appli-

ff caiion de la méthode de Loyola : de là le Direcforiuni, « qui est au premier (t) ce que la pratique est à la théorie^» {p'à^e 19 s).

Je ne réfuterai pas mot pour mot les développements, qui m'ontprodig^ieusemeut ennuyé à la lecture. Comme ils roulent presqu'en totalité sur des textes, il me stiffira, j)ourles réduire à rien, de montrer que tous ces textes, sans exception , sont détournés de leur vrai sens, altérés, ii'onqués.

Le chapitre l" du Direciorinm porte ce titre : Qnoviodo ïnducendi swit Iwmïnes ad exercïlui. II y est dit en effet que pour amener quelqu'un à obsei'ver les exercices (il n'est point question de l'entrée dans la Société), on doit faire tout ce (jiion peut, parce que c'est travailler d'une manière très efficace à la sanctification de ses frères. Quoi de plus juste? alors même qu'il s'afjirail de recruter pour la Compagnie le plus de personnes possible, serait-ct; un crime? queile est la société, l'armée, le cler(;é, l'ordre religieux, le royaume, la chose créée, qui ne cherche pas à s'agrandir? si c'est par des moyens illiciies, ii](li({uez-les; sinon, taisez-vous.

(i) Jti premier veut dire au livre des Exercices. Ce n'est pas la faul« de Ig grammaire»

Mais les moyens ne sont pas llciles, M. Ouinci Ur j^rouve avec des textes ;

Premier texte, selon M. Quinet :

« Pour attirer, etc., etc., il l^ut attendre que la personm'

* ép''Ouve un chagrin extérieur, ou encore qu'elle fasse de

c( mauvaises affaires; une excellente commodiié se trouve

< dans les riccs mcmes > (pnge 192). Autant d'impostures.

Je traduis pour répondre :

« Le bienheureux N. P. Ignace pensait cl

<Hsait que c'est une bonne mélliode, dans la confession , de ne point agir brusquement et avec insistance, mais d<* profiler d'une occasion propice, née d'elie-méme, ou que l'on aurait fait naître discrètement hors de la confession; de s'adresser à ceux qui ne seraient pas contents de l'état <{u'ilsont, soit parce qu'ils ont des scrupules intérieurs, soit parce qu'ils éprouvent des mécontentements extérieurs comme ceux de ne point réussir dans ses affair(^'s, < l'être maltraité par les siens, ou autre chose semblablo. Pour sonder les dispositions et la vocation d'une personne, on peut même fort bien profiter des vices et des chutes ilont elle se reconnaît coupable, (jtielle déplore, et dont elle veut se purifier: Interdiim etiani optimaest commodlfas in ipsts vitiis aut lapsibus alicujus , cùm prœscrii))i nl}(iu6'J)ei litmine af^ulus ea cofjnoscit, et dolctj cl ci'/ il

emcndari » (I). M. Qninet, pour persuader à ses lecîeurs que le Dircciorium ordonne loui bonnement de spéculer sur les vices mêmes , avail seulement écrit : eiiam optiuia rsi commodilas in ipsis vili'is {pa{]^e 192) , ce qui est fort lionn(^io.

Deuxième texte, selon M. Quinet :

« Dans les commencements , il faut bien se garder de « proposer comme exemples ceux qui, le premier pas <c fait, ont été conduits à entrer dans l'ordre ; c'est du « iiKjins là ce qu'il faut taire jusqu'au bout. Ccrtc horpos' frnnhm taccnchini )> (même page). Cette phrase ne signifie rien dans le livre des Jésuites; on devine seulement que M. Quinet veut mentir encore , en insinuant que si le Dircciorium défend de proposer comme exemples ceux qui se sont engagés après avoir fait les premiers pas, c'est afin de dresser un piège aux âmes simples.

Traduisons toujours :

«> Mais en proposant des exemples, il faut ne pas citer ceux qui sont entrés en religion (ou du moins ce sont eux t\i\\m doit citer les derniers), pour deux raisons : d'abord il pourrait se faire que celui qu'on exhorte redoutât les (^xorcicos comme un engagement pris d'aller plus loin, et

(4; Dircciorium Ci)p. 1, §3«

voulût les fuir à cause de cela; cL puis il pourrait arriver <|ue ces excniples ajjissant en sens opposé sur son iniajjination , le séduisissent , pour ainsi dire, et fissent de sa vocation une affaire de caprice plutôt que de raisonnement et de devoir » (l). Qu'on ju^e la différence.

Les observations que j'ai faites à propos des Exercices spiritîiels rejjardent les dispositions du Direclorium, et les pajjes 195, 194 ; delà part de M. Quinet, même délicatesse dans les citations.

Une seule preuve :

Il est dit dans le Dircctorîum que Tinstilufeur cliar(jé de visiter celui qui fait sa retraite et de le diriger dans ses exercices, doit lui accorder quelques récréations, et le laisser respirer un peu; M. Quinet nous représente ce malheureux Aspirant sous une étreinte de vampire, et suffoqué à ce point que, par pitié, la Règle conseille de lui Idch'iv un peu le soufflel (page 194.)

Je suis bien las de m'escrimer contre ces plates énormités ; et ma désolation n'aurait pas de termes, si quelques-

ri) Voyez Dircctarium, cap, 1« § 5«

uns m'impiilaient d'avoir néjjli^îé celles qui restent , par impuissance^ et non par dédain.

Après le Direclorium , les Constilulions . Je veux analyser encore.

« Saint I(jnace n'a fermé à ses disciples l'entrée aux « < !iar{;es ecclésiastiques que pour concentrer, par ce seul « mol (i), toutes leurs uîubitions dans la conipa{;iiie-

< aj^randir proporiionneîlement l'aulorité de l'ordre^ er

< rtahlir uneéc/lisc dans l' Eglise « (page 195). M. Oiiinel dit oui, et je dis non ; qui dit vrai?

Je dis même que l'ambition de l'ordre n'était pas l'autol'ilé, mais le salut des pécheurs, et qu'on n'élève pas une »'j;!ise dans l'E^jHse, en faisant de l'obéissance à l'Éj^lise ia condition sine qud non de son existence.

« Les Constilulions sont glacées comme des avenues de « catacombes; ccst un édifice de rie EX IMITATION fait « avec des débris de morts > (page 195\ Si le lecteur voulait bien comprendre... ?

' I) Il 7 a dans les Leçons, une foule d'expressions de ce genre qui ne signifient rieu du lout et ne tiennent k rien.

€ Une socK'té ainsi établie [k.mil durer lon(i;lomps sans « s'user, rARci: que le grand principe de vie lui a été re- « tranché dès le commencement ! » (page suivante). Retenez bien : naijant jamais en le grand principe de vie, nue sociale doit durer.

A propos ou non, voici d'autres observations à la file :

t Loyola, avant de proclamer une de ses règles, qu'il « s'agisse du principe de la loi, des mystères de la conc( science, ou d'un règlement d'école et de la charge d'in- « firmier, etc., etc.^ la dépose pendant huit jours sur < l'autel ; donc il donne à chacune de ces choses la même c autorité, rabaissant ainsi les grandes pour relever les e petites y (page 196).

Donc? Mais toutes les lois, pour être obligatoires, doivent subir les mêmes préliminaires, être présentées par le roi, approuvées par les chambres, sanctionnées, promulguées, aussi bien les lois qui concernent la puissance paternelle et l'inviolabilité royale que celles qui règlent les servitudes d'égouts, de basses fosses, etc. Donc... Ainsi... Oh! mon Dieu!

M. Quinet poursuit : « chez tous les fondj^iteurs d'insti-

€ tutioTis chrétiennes, dit-il, ce que je sens d'abord, c'est

< le cbrciicn, V homme en soi, la créature deDieu ; dans la « loi de Loyola, au contraire, je ne vois rien que pères * provinciaux, préposés, recteurs, examinateurs, etc. > (page 196).

De sorte que l'on ne peut être en mémo temps et parc provincial oXV homme en soi, prcfcl de la bibliothèque et

la créature de Dieu cliez les Jésuites du moins : car il

y a aussi dans les autres ïnslîîuiions, des pères économes, examinateurs , etc., etc., mais, par privilèges de M. Quinet, ceux-ci peuvent cumuler les qualités susdites.

Pourquoi cette haute différence? parce que, chez les Jésuites (et non chez les autres) « chacun des fonction- € naires a sa loi particulière, très claire et très positive;

< et qu'il est impossible que chacun d'eux ne sache pas c ce qu'il doit faire à chaque heure de la journée > (page 196, ligne 2i). Je ne comprends pas.

En présence de misères pareilles, le lecteur hésitera, je le pressens, et sera tenté de soupçonner que j'exagère, ou du moins que je commente perfidement les pensées de M. Quinet. Ici, comme dans tout le cours de mon examen, je cite textuellement; voyez pages 196 et 197.

Tout-à-riioiire saint I{{nacc usait h tort ot à travers de l'autel pour faire valoir ses règles ; maintenant « ce n'est i pas la parole de Dieu qui sert de fondenient à cet éclia- « rauda;>e, car, et M. Ouinct Vattesie, le nom de Dieu est < celui qui y paraît le plus rarement > (pa{]e 197).

Sur ce, j'ouvre au liazard le seul Directorium , et je trouve à la pajje 525, li{;ne 5 : DIVIN^'E /^oî/i/aa's; liçfnc 21 : DWX^Mvocationis ; paije 524 : ilà ni DEUS approbare vidcalur ; ligne 9, pa^c52j : sed if à pulandum est voluissc DEUM; ligne 5 et six lignes plus bas : Licet DEUS illum vocet ;elc. — j'ouvre au hasard les Exercices : page 126, et, au prwlnd. 2, je lis : Secundum, ut gratïani DEI e/j^agiiem; dans les pages 127 et 128, le nom de Dieu est prononcé cinq fois. — J'ouvre le Sommaire des Constitutions, et je lis, en la seule page 589, quatre fois le même nom : Prout... DEI gloriam exislimabit,.,. et in eadem ad majorem DEI gloriam manere,... etc. , etc. Quelle est la

devise de la Société de Jésus? ad majorem DEI glo-

riam /... 0 M. Quinet !

Et ces gens-là se disent les fils de Pascal ! ! !

N'allez pas croire pourtant que M. Quinet parlait sans motifs :

ce Puisque les autres rè{jles s occupuienl de prières et d'élévaiions, il ne fallait pas que celles-ci s'occupassent des lîommes et des choses; puisque les exercices guidaient l'intérieur, il était infâme d'y ajouter les Constiiulions qui orçjanisent avec la régulante anticipée du code de procédure (quel crime !); puisque les Jésuites étaient invités à méditer, il était indécent qu'ils ima^jinassent des moyens d'éloij^ner le désordre de leur communauté; puisqu'ils vivaient de Vesprii, c'était bien assez, sans s'occuper de payer leurs dettes et de vivre du corps.

Attention! nous ne sommes pas au bout. Les Constitutions détruisaient nécessairement les règles précédentes ;

De ce qu'elles établissent des principes de conduite «extérieure, il suit qu'elles ne se fient plus au spirituel * ou à la puissance spirituelle du Clirist » (p. 198), et voilà pourquoi le sceau de défiance imprimée sur l'œuvre spiriluclle de Loyola; voilà pourquoi la délation est inscrite à la première page des Constitutions (c'est-à-dire à la cinquième) : manifeslarc sese inviccm sinl parali (pages

107 et 198).

M. Quinet s'en tient là, comme de juste, et ne fait nullement voir dans l'œuvre spirituelle (spirituelle est un contresens) de Loyola , ce sceau de défiance imprimée

d'une uianihc si profonde. Au snjot (Je la délation, nicnie réserve, sinon qu'il coupe un texte en deux pour l'acconrinioder à son us;i{je , et qu'aux paroles latines qu'on vient <le lire il n'ajoute pas : debilo cum amorc cl chaiitale ; mais j'en ai dit assez dans ma réponse à M. Miclielet, et je me conlenle d'achever l'an icle: < admajorcm SPIRITVS profecliun, prœsertim ubi à superiore, qui iUoriim curant gcrit, fuerit ilà prcscripUnn ant inlcrrogatuni, ad majorem DEI GLORIA M, Pour le plus gfrand progrès de ri:s]'niT, surtout lorsque le supérieur qui est cliargé du soiu des reli{»ieux, l'aura ainsi ordonné et demandé, pour la plus grande gloire de Dieu. »

Encore un mot : Savez-vous pourquoi l'obéissance des Trappistes vaut mieux que celle des Jésuites? c'est parce que «chez les Trappistes, l'homme a pu conserver un refuge <c intérieur dans son propre martyre et son silence ; chez les < Jésuites l'àme est obligée de s'échapper à elle-même et (c de se rappptisser dans l'embarras des occupations ex- « lérieures?» Et, en effet, leTrappisle n'obéit pas, puisqu'il ne parle pas; ou, s'il obéit, car enfin il obéit au doigt et à l'œil, du moins peut-il se dire intérieurement et en silence : j'en pense toujours ce que bon me semble. Mais le Jésuite qui parle , obéit puisqu'il parie , et ne peut

€ rien se dire à lui-même comme le Trappiste (par^^e 199\ M. Qiiinet, vous êtes un g^rand homme!

Oui certes, un {jraiid homme, et c'est quelque cliosc; « la société n'en a pas produit un seul après Loyola > (pngc 199). On désire en savoir la cause? « elle est irré- « cusable; » c'est qiie saint I^jnacCj avec son orgueil toui « castillan, ne pouvait croire que ses disciples seraient < capables de supporter comme lui, les épreuves de la « lutte et de l'enlhousiasme; » sur cette considéralion, « saint Ignace a étouffé chez les siens les ravissements « héroïques qui ont fait sa puissance, et les a ainsi cm- 1

« péchés de remonter à sa hauteur > (page 200 J

t Représentez-vous Dante, ajoute M. Quinet, qui pour « former une école de poètes, prémunirait ses disciples « contre toutes les qualités qui font les poètes » (même page). C'est trop beau pour moi.

Malgré cela, « l'ordre de Jésus, dans son développe- « ment, représente exactement l'histoire personnelle d'I- « gnace de Loyola ! » (même page).

Savez-vous encore ce qui a donné lieu à la Théorie des « cas de conscience? c'est que < du moment où l'on se

i( di^fie (le l'àmo cl où le cri do la conscience est tenu pour t rien, il faul tout écrire « (|ki{»cs 202 et 205). // faut !... voilà ce qui s'a[)pelle la pliilosophie de l'hisloire... el M. Quinot nous a si bien prouvé que les Conatit niions ttcnuenl pour rien le cri de la conscience !

Les pagres 202 et 205 échappent à l'analyse. M. Qjiinol, si j'y vois clair, soutient que la conscience doit être l'unique rè(;le de nos actions, et que les lois exiérieures, en aveu{jlant l'homme, le conduisent au probubiiismc , cesU à-dire à la théorie du crime même impossible » (page 205). Avec de l'effronterie, un jugement faux, et une maladie de langue, on peut dire toutes ces choses-là.

Quand ^ï. Quinet m'aura indiqué, par édition et par page, le livre de Mariana qui contient le passage latin de la page 104, je lui répondrai. Mariana, comme nous le verrons, n'était pas un homme peureux et d'étroites idées; il parlait sans fard; mais j'ai peine à croire qu'il fût assez dépourvu de bon sens pour écrire, sans antécédent ni conséquent, celte phrase : « tolum regimen nostrum videlur hune habere scopum , ut malefacta injecta terra occultcntur et hominum notilicc subtrahanlur. Toule notre

Insliiiiiîon ne semble avoird'autre but que d'enfouir sous lerre les mauvaises actions et (Je les dérober à la connaissance des hommes )) (1). Jusqu'à plus ample information (a vraisemblance est du moins de mon côté.

M. Quinet ajoute qu'il pourrait dire beaucoup de choses « sur la manière de capter la bienveillance des princes, « des veuves, desjeunes hommes nobles et opulents; » c'est nne allusion au livre des Moniia sécréta (3) ; c'est une préicrmission qui ne sent pas non plus la bonne foi. Ce livre, le seul qui ait imputé aux Jésuites de si odieuses machinations, est évidemment apocryphe. On a publié en 1828, à la librairie Carié de la Charie, une brochure où il est prouvé que les Islonila , mis au jour en 1615, à Cracovie, sont l'œuvre d'un misérable vingt fois convaincu de son imposture et condamné comme faussaire. Pierre Tylicki, ôvéque de Cracovie, établit, pour examiner les Monha .secrela et leur ori{][ine, une procédure juridique : le 14 juillet 1615, ils sont déclarés diffamatoires, et condamnés; Je U novembre suivant, le nonce à Varsovie, François

(1) Traduclion de M. Quin»t — Il est de plus en plus évident qae MM.MicheletelQuînet n'ont pas lu un seul des livres qu'ils citent,

(2) Instructions secrètes.

Diolallcnius confirme rc jnj^oincnt. Le 20 août IGIG, Andni Lipski , administrateur de Cracovie après Tylicki, renoMvelle la condamnation de son pr(^décesseur. La congrégation de l'Index les avait déjà condamnés à Rome le 10 mai ; elle les rangea en mars 1G2I , au nombre des livres défendus. LecomieJean d'Ostrorog, palatin de Posnanie, les flétrissait, en IGIG, dans une lettre adressée à ses enfants, lettre imprimée à Neisscn Silésie ; et, h peu près à la niémeépoque, 1618, un jésuite, le Père Jacques Gretzer en donna une réfutation, imprimée par Elysabciliam Angermariam cian

//: 0 Cœsareœ Majeslalls (i).

Les Instructions secrètes dont il s'agit furent attribuées

au général Aquaviva si secrètes vraiment , qu'elles sont

demeurées secrètes pendant deux cents ans, malgré lesaclives et sévères perquisitions des Carvalho, des Ai'anda, <les parlementaires et jansénistes de France, de tous les <innemis des Jésuites, et que parmi leurs papiers saccagés, on n'en a pas trouvé l'ombre î — « Je vous demande pardon, <( dit le P. R..., en terminant une lettre qu'il écrit à ce

< propos, de vous occuper si long-temps d'un objet, etc. ,

< etc. » Et moi aussi.

On est bien venu, après les argumentations vigoureuses (1) Avec les pièces relalives aux condamnations de Tylicki, Lipski, elc.

que nous oppose M. Quinet, à s'écrier en faisant un déluge de poussière : c Je ne serais pas enribarrassé de montrer <c que toute religion produit tôt ou tard son jésuitisme c (page 205) qui n'est rien que la dégénération ; que les c pharisiens sont les Jésuites du Mosaïsme , etc., etc. > (même page). Au fait, Dieu sait jusqu'où il pourrait aller dans cette voie.

€ Je m'arrête , » dit-il . Vous faites aussi bien , philosophe; et c'était trop d'ajouter que le jésuitisme ne convient pas à la France, par cette raison souveraine que « aucun « des premiers généraux de l'ordre n'éiait fiançais et n'a (( pu lui communiquer notre esprit > (page 207),.. si ce n'était afin de nous reposer sur une mauvaise farce.

M. Quinet ne s'arrête pas. Dans sa fureur de nier, d'affirmer et d'abattre, il n'épargnera pas même les missions y oii, suivant lui, VÉvayigile fut dcguisé; c'est le sujet de sa quatrième leçon.

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