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QUATRIÈME LEÇON

Des Missions L'Evangile dC'guisé.

(31 Mai 18/J3.)

Je serai bref. Les Lellreséilifianles se trouvent dans les mains de tout le monde, et répondent pour moi; à ces lettres joignez les lémoi{jna{*-9s réunis de tous les plus illustres hommes qui furent jamais , depuis Voltaire , Montesquieu , Raynal , Bolinbrocke, jusqu'à MM. Guizot, de La Mennais et de Chateaubriand. Trouvez un seul adversaire qui, avant M. Quinet, se soit avise d'attaquer sérieusement les Jésuites sur le chapitre des missions en général, et de celle du Pai ajuay en particulier.

Je sais que, pour ne pas heurter trop violemment des susceptibilités extrêmes, les missionnaires avaient jujjé convenable de traiter avec discrétion les dogmes les plus terribles du christianisme : on pratique cette méthode vulgairement, et depuis l'origine du monde, avec les enfants ou les personnes faibles , soit qu'il s'agisse d'enseignc-

rnont relifïieux , ou de tout autre f^enre d'enseiîînement : ( 'est même une rè{jle d'obligation, de raison el de nature.

« Mais Innocent X, Clément IX, etc., les ont improu- Y(''S ! i assurément, comme Clément XIV les a supprimés : leurs succès n'étaient pas sans inquiéter l'envie; leurs ennemis interprétaient, envenimaient, conspiraient, et, faut-il le dire, les Dominicains, Auguslins, etc., etc., qui, de v(>irc aveu, n'avaient pas réussi de même, ne furent point sans reproche h cet éjjard.Les papes déclarent que, si les choses sont toiles qu'on les raconte, ils entendent que les Jésuites suivent une autre voie; ou, en d'autres termes, que si les Jésuites, par mé{jardeou par trop d'empressement pour le bien, pratiquent une modération qui les puisse faire soupçonner de corrompre le Christ (page 222), ils leur enjoignent de changer de moyens. Us leur envoient le cardinal deTournon qui, prenant sa mission au pied de la lettre, embrouille les choses au lieu de les éclairclr , blesse et irrite les indigènes, tombe dans leurs mains, est jeté par eux en prison, malgré les supplications des Jésuites, et y meurt de maladie ou de chagrin.

Les Jésuites avaient si peu de raisons d'en vouloir au cardinal que, de son vivant même, dès qu'ils eurent connaissance des instructions du Pape , ils se soumirent et cliangèrent en efl-et de système : ou plutôt, ils donnèrent au Souverain Pontife des explications si nettes et si salis-

faisaïUcsquo celui-ci n'insisla pa«; , et qu'il fallut drsorniais «le nouvelles calornuies aceréclilécs on ne sait eonnnent, poin- diîierminer d'autres papes à réitérer les injonelions premières. lei encore, une simple exposition dos faits amène un résultat que M. Quinet n'a pas voulu rcconnaiire.

Les décrets de iG4:) , d'Innocent X , de 1GC9 , de Clément IX, de 1751 et 1750, de Clément XIÏ , de 1745, ei de Benoit XIV , ou ne rep;ardent pas les^Jésultes , ou sont occasionnés par des accidenls de la nalure do ceux que je sijjnalais tout à l'heure , ou n'atteignent que des individus , et je ne vois pas pourquoi Tordre des Jésuites échapperait absolument à la loi {jénéi'ale : dans toutes les réunions d'hommes, il y a , et nécessairement , dos abus , parce qu'il y a nécessairement aussi des iudi[jnes; dois-jo imputera la masse les fautes des particuliers , et de ce qu'au dix-septième siècle Molière trouvait sur qui lancer son fouet satii'icjue dans le corps docte des médecins, conclure que M. .Marjolin et M. Lisfranc ne sont rien de plus que des Sganarc/lc!

M. Quinet cite l'admirable conduite de saint François- Xavier : elle prouve bien plus, ce me semble, pour la charité de la Compagnie envers les misérables, que le

iiK'pris supposé de certains autres jésuites ne prouverait contre elle, (pajjes 214, 219, 220, etc., etc.)

En clé{jageant du pompeux verbia{je qui les gonfle , les cinq ou six pag'cs suivantes, voici ce qu'on y trouve:. <(lcs .Jésuites abaissaient de ruse : or, ce qui est fait par la ruse ne saurait avoir la moindre durée (voyez, par comparaison, la page 195); aussi les conquêtes spirituelles des Jésuites s'évanouirent lorsqu'elles étaient à peine faites. »

« Les Jésuites agirent de ruse, car ils convertissaient d'abord le chef des contrées où ils dirigeaient leurs pas, ensuite les grands, et en dernier lieu le peuple; or le chef ne pouvait être longtemps sans voir qu'il avait été dupé, de môme les grands et le reste » (page 225); donc...

M. Quinet ne dit pas en quoi et comment les chefs avaient été dupés, et à quels signes ils se reconnaissaient pour dupes, eux et leurs subordonnés.

11 ne prouve pas non plus qu'il soit illicite , lorsqu'on veut introduire une doctrine chez un peuple, de s'adresser aux hommes les plus intelligents qui, étant plus capables de l'apprécier , la repousseront ou l'accepteront à meilleur droit , qui de plus, l'ayant jugée bonne et acceptée ,

seronl plus à mcnic de la répandre parmi les moins intelli{;ents.

Il avance de niènic , et sans d'autre preuve qu'un vaste éiala{je de tei'incs {jéo{;raplii(|ues , que les Jésuites ont perdu jiresque aussitôt après les avoir créés leurs étahlissenients chrétiens. Je peuse au contraire et puis aflirnier tout aussi Ié.î>iiimenient,que leurs conquêtes, un moment alfaiblies parles hypocrites efforts do la jalousie politique, et d'une secte venimeuse toute puissante en Europe (<), ne sont pourtant poiut demeurées sans résultat. Les Jésuites ont ouvert l'Orient, non pas à l'Angleterre seulement, mais au vieux monde tout enlier ; presque partout où ils passèrent, la civilisation naquit sous leurs pas; et si, dans certaines contrées, elle ne s'est pas mainienue pure et intacte, du moins est-il qu'on en voit et qu'on en pourra voir longtemps encore les traces.

Telle devrait être la philosophie de l'histoire : pénétrer au-delà de l'écorce, trouver en dehors des accidents partiels qui passent et qui meurent pour obéir au cours naturel des choses , le fond qui subsiste et continue de vivre. Los Jésuites ne s'annoncent pas , je suppose , comme des fondateurs d'empires indestructibles ; ils

(1) 8 En Europe, en Asie, la société a été plus ou moins contrariée • par les pouvoirs cxi5/rtrt/5,» M. Qu'mct^ page 227.

savent que les plus brillants , après leur époque révolue et comme fatale , s'affaissent et s'en vont pour laisser à d'autres empires une libre sphère où ils puissent se développer à leur tour; donc, n'eussent-ils fait que des conquêtes passagères, leurs désirs et leur amour du bien seraient déjà comblés; mais il y a plus, une semence de civilisation ne s'évapore jamais ; elle se déplace quelquefois pour germer ailleurs ; ailleurs est toujours dans le monde. Si M. Quinet, profond comme il croit l'être, avait pris la question à ce point de vue pour la traiter sans fanfaronnades , les hommes sensés l'auraient écouté avec plaisir; et moi aussi j'aurais répondu avec plaisir, suivant ses conclusions pour ou contre les Jésuites.

Une pensée m'a souvent préoccupé dans le cours de cet ouvrage : n'est-il pas vrai que M. Qainet , par une très malheureuse fantaisie d'amour-propre froissé^ a voulu précisément aborderdesobjections impossibles, comptant sur SCS larges capacités d'esprit pour y atteindre sans coup férir? aussi, j'ai pris souvent ses Leçons pour des exercices, ou des tours de force. Nous allons voir le plus étonnant:

M. Quinet promène ses vues sur la république des /n-

fJicus (lu Pawpas, appelée jnsqu'aujourd'Iiiii par tout le monde ad nnum, TEilcn de l' Amérique ; et il nous en fait celîe peinture.

« Il se trouve que la niétliode d'éducation des Jésuites c qui clciguuit les peuples ddiis leur maturité , semble « quel(|ue temps convenir à merveille h ces peuples f enfants, et la méthode consiste à les parquer, isoler « et retenir dans un éternel noviciat , à les fouetter « sur la place publique pour des fautes légères , le € bréviaire d'une main , la verge dans l'autre , de telle e sorte que ces peuplades emmaillottées se révoltent « quelquefois , poussent des rugissements de bétes « fauves, mais rentrent bientôt dans leur esclavage.

« Les Jésuites conduisent leur peuple à la chasse des

< Indiens comme à une chasse de tigres , pour enfermer

< ceux-ci, les /7r//Y/?;erdans l'église, et ainsi les convertir » (page 228).

Querépondrai-jo? Non,le3 Jésuites n'ont jamais foueî té sur la place publique les citoyens de la république des Guarinis; non, cet heureux peuple n'a jamais poussé le moindre rugissement ; non , vous n'avez pas vu dans l'ouvrage de l'un d'entre eux, que les Jésuites conduisissent leurs néo};hytesà lachassedeslndienspour les convertir. Ce que vous dites est faux, est contredit par toutes les liisloires, toutes les traditions, tous les ennemis des

Jésuites, toutes les consciences. Les Jésuites n'ont pas du tout parfjué^ ils ont réuni ces hommes clans un réjjime (le sa{je indépendance et de douce égalité. Ces hommes étaient si peu battus de verges pour des fautes légères, que les Jésuites eux-mêmes ont presque affirmé, sans être contredits, qu'il n'avait pas été commis une seule faute réellie dans toute la république durant leur administration : on ne se fait pas le bourreau de ceux qu'on préconise et qu'on aime à ce point. Non, les Jésuites ne parquaient pas les peuples du Paraguay : ils les isolaient de la contagion par le fait seul de l'organisation intérieure ; contents de tout et d'eux-mêmes, heureux d'un bonheur que n'a jamais peut-être connu la terre, ces peuples ne cliercliaieiitpas d'autres lieux et d'autres rapports. Il y a maintenant une société déjeunes hommes studieux, intelligents et généreux qui rêvent des phalanstères ; leurs espérances que j'admire, je ne les partage point, parce qu'elles reposent sur des doctrines fragiles, à mon sens; mais ayant plus et mieux que vous aj^profondi celte question , ils vous diront si , en tout et pour tout, la république du Paraguay n'est pas le modèle qu'ils se proposent pour leurs établissements , du moins au point de vue social , et ce qu'ils pensent de vos contes nouveaux en une matière de cette importance.

Au reste, réilileur de M. QuiiKîi (qui est M. Ouîik i" n t'M«' b(\iuroup plus sobre d'applaïKlisscmciils cju'il iTî'N.iii «oulunie de l'èlrc pour les autres leçons ; il est ;i ( icin? aussi (|ue les sept ou huit siffleursncdai.jjuèrenl pas mol! ic, eu jeu leurs sifflets pour si peu de chose ; l'éditeur f ( les sillleurs ne pouvaient mieux faire.

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