‹ Les JesuitesChapitre 8 sur 20 · PREMIÈRE LEÇON · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LEÇON

Machinisme moderne. Du machinisme moral.

(27 avril 1843.;

Effeclivement le machinisme moderne est l'objet de la première leçon du 27 avril 1845.

M. Micliclet remarque d'abord que, « sous le rapport

iniellecUiel , la France n'a rien fait qui vaille depuis dix

ans; et qu'au contraire, sa production matérielle, dans le

même laps de temps , a pris un accroissement immense :

tout se réduit maintenant en mécaniques. » (page 41 ).

« Au seizième siècle , dit-il ensuite, autre tentative de

I « macliinisme, et plus hardie. On se battait pour la rc-

I « ligion ; Ijpiace de Loyola comprit la reli{],ion comme

' « macliine de guerre (i), la morale comme mécanique. »

(1) « IMacbinc désespérée , dangereuse pour ceux qui s'en servent Cl (pagc5i), et voilà pourquoi les cardinaux ont dit et diront toujours « au conclave quand on propose un jésuite : Dii,nuis SED Jcsuita , » ce qui, selon INl. Michelet, signifierait : Di^nic,mdiis dangereux.; j'offre au lecteur mon interprétation : Ce sujet serait bien digne à tous égards de la papauté, mais comme Tlnslitut défend aux Jésuites d'accepter aucune ^ dignité ccclésiaslique, et celle-là surtout^ nousnous voyons avec douleur obligés de reporter sur uii auUe nos suffrages.

Je n'y suis plus. Voici Lien un commencement de comparaison entre le sei/Zième siècle et le notre, tous deux sous l'influence des Jésuites; mais lorsque Loyola, voulant se baiirc pour la religion , comprend cette même religion comme machine de guerre, sou idée est sinjjulièremcnt confuse et me rappelle un peu le fou de la comédie italienne : 3Ii pare cite sia carallerc di silcnzo, il dir nie/Ile.

Est-ce à dire que saint Ignace imagine un système de polémique religieuse puisée dans l'essence même de la religion, et qu'il trouve moyen de défendre la religion par 1(1 religion même? Le machinisme n'était pas nouveau; il y a plus : je l'estime profondément intellectuel et vivant; en quelque matière que ce soit, je n'en vois point d'autre possible, à moins qu'ici encore M. Michelet n'aime beaucoup mieux l'épée.

Parlons sans détours : peu importe à M. Michelet le plus ou moins d'exactitude du principe , pourvu qu'il atteigne la conclusion qui est que \q Jésuitisme détruit nécessairement la liberlc humaine.

IVéanmoins, cette conclusion n'arrive pas immédialcnicnl et en ligne directe.

Provisoirement, M. Michelet nous cite les Exercices, « manuel de tactique religieuse , dit-il, oii les Jésuites se i dressent ù certains mouvements; et trouvent des pro-

« cédés matériels pour produire les élans du cœur qu'on « avait toujours laissés à la lil)re inspiration ; ici Ton prie, « là on rêi'c , i)U\s on pleure, etc., etc. L'homme n'est (( plus qu'un ressort qui donne de l'action , et nulle pro- « duciion vivante, à la différence de l'organisme animé, tf qui, non- seulement agit ^ mais produit des organismes (i animés comme lui... Ainsi, la mécanique des Jésuites n'a « rien fait de vivant... il lui a manqué le grand homme... « Pas nji homme en trois cents ans\,.. Comment donc « les Jésuites parlent-ils de liberté? En quoi les regarde- <r t-eîle?»

M. Michelet , comme on voit , marche à pas de géants et n'est pas plus avare de sauts périlleux que par le passé.

JVous reprendrons en détail tous ces différents points.

Le lecteur s'étonne de tant d'incohérences, d'embarras, d'obscurités et de vide; il se plaint sans doute de ne pouvoir comprendre ; je m'étonne beaucoup moi-même, et ne comprends pas davantage; mais avant tout il fallait présenter une analyse fidèle; mon rôle n'était pas de recrepir M. ^lichelet pour le bien faire connaître ; le voilà tel qu'il est ; voilà de quelle noble et intelligente manière on attaque aujourd'hui les Jésuites ; voilà en réalité les raisonnements que certaines personnes jugent irréfutables;

cl la suite ne dcincnlira pas de si beaux commencenicnls-

€ Comment donc , reprend M. Micliclet , comment ces « machines de Jésuites parlént-ilsde la liberté dans leurs « journaux f/uils donnent et sèment dans le peuple? »

< Ils en parlent dans leurs journaux; mais avec leç t grandes dames, ce n'est plus cela, ils redeviennent tourt à-coup... les vrais fds du moyen- a{je. >

« Et moi aussi, je suis nn peu du moyen-à[je, j'y

«ai vécu lon^^ues années permettez que je vous

« regarde au visage; si vous êtes vraiment les fils de ce « temps-là, apparemment vous lui ressemblez... ; il a bàii « je ne sais combien de poëmes, de lég^endes, d'églises, « de systèmes... d'où vient donc, si vous en èles, que « vous ne produisez rien?» — A quoi le frère cuisinier l'épondrait bien tout bas : et vous ?

ce i^on, réplique M. Miclielet, vous n'êtes pas du passé! « non, vous n'êtes pas du présent! êtes-vous? non, vous « avez l'air d'clre !.,, :>i

Et, après qiiel<]^'es évolutions tout aussi prestigieuses que j*ai la courtoisie de négliger, le rêveur quitte les plai:rlie?. • '

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