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suivies avec la police qui leur a, tour à tonr, rendu et demandé des services,
Cependant il se perdit quelques exemplaires, soit par hasard, soit par la volonté des dépositaires. C’est ainsi que nous avons pu étudier le plan et le but des affiliations de la rue Saint-Antoine.
La Congrégation des Messieurs, dont la mission apparente et avouée consistait en pratiques religieuses et en œuvres de charité, s’enveloppait du plus profond mystère. Et pourtantion n’a pas besoin de se cacher avec tant de précaut on pour pratiquer la religion et la charité.
Pourquoi les quelques exemplaires du Manuel qui se trouvaient dans les bibliothèques publiques ou particulières ont-ils disparu ? Par la même raison qui fait que, dans la magnifique collection des grands hommes de Perrault, les portraits de Pascal et d’Arnauld, gravés par Nanteuil, se trouvent enlevés. La main des hommes noirs a passé par là.
Au dix-septième siècle, les sodalités et affiliations jésuitiques étaient tout aussi puissantes, tout aussi actives que peut l’être de nos jours la Société de Saint- Vincent-de-Paul, placée aussi sous l'influence et la direction des hommes noirs. Louis XIV, qui redoutait plus les Jésuites qu'il ne les aimait et estimait, jugea prudent de s’aflilier à la Congrégation des Messieurs; son confesseur lui en donna le conseil, et le roi devait bien cette condescendance au révérend père qui tolérait ses adultères et les couvrait du masque de la dévotion. 14)
Par les Congrégations, les Jésuites dominèrent dans toute l’Europe; par les missionnaires, ils régnèrent en
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Amérique et jusqu'aux extrémités de l'Asie. Leurs hommes inaugurèrent au Paraguay le communisme le plus abrutissant; les autres amassèrent des trésors chez les princes indiens; d’autres, enfin, devinrent mandarins à la cour de Pékin. Le but d'Ignace de Loyola était atteint; le jésuitisme étendait sa puissance sur toutes les parties de l'univers connu.
Nous venons de dire que le Roi-Soleil fut, en quelque sorte, forcé de s’affilier à la Congrégation des Messieurs. La fureur des affiliations mystiques et mystérieuses devint si intense, que les révérends pères n'hésitèrent pas à prêcher leurs doctrines dans les casernes, pour s'emparer même de l’armée; ceci est un des épisodes les plus bizarres de la Régence, époque bariolée de libertinage effréné et de fanatisme stupide. Nous aurons bientôt occasion de signaler cette propagande dont la Régence sut prévenir et écarter les dangers.
N'oublions pas que Louis XIV n’est plus; que le père Letellier est pour ainsi dire banni; que les révérends pères, frappés d’une sorte de terreur, sentent enfin cette noble terre de France s’agiter sous leurs pieds, comme si elle voulait s’entr’ouvrir pour les engloutir.
Et comme aux influences mauvaises succèdent presque toujours, dans l'intérêt de la société humaine, des influences réparatrices, il vient de naître un enfant qui sera le précurseur de la grande Révolution de 1789 ; un enfant qui, parvenu à l’âge d'homme, livrera le fanatisme et par conséquent les Jésuites à toutes les humiliations de l'ironie et du sarcasme philosophique.
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Cet enfant s’appellera Voltaire dans le monde des lettres et de la libre pensée ;
Get enfant est élevé par les Jésuites. Par un concours de circonstances qu’on pourrait dire providentielles, les disciples de Loyola ont pour écolier celui-là même qui les écrasera bientôt sous le sarcasme et applaudira lorsqu'ils seront bannis de France.
Rentrez dans les ténèbres du passé, disparaissez, hommes noirs! Voltaire vous chassera au nom de la liberté religieuse. Vous avez régné, votre trône s’écroule !