‹ Les Jésuites hors la loiChapitre 20 sur 34 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Condamnations des Jésuites sous le premier

Empire et sous la Restauration.

Empiétements des Jésuites.— Les congrégations de femmes. — Le] ë Les hommes noirs et l’Ogre de Corse.— Opinion de Louis XVIII

sur les Jésuites. — La grande congrégation de 1820.— Réaction jésuitique. — Charles X et les Jésuites à robe courte. — Curieux dialogue entre un Jésuite et un ministre. — Consul-

tation des évêques.— Les congrégations et la presse libérale. — Arrêt de la Cour de Paris.— Les assemblées de charité.— Les ouvrierse ongréganistes.— Jésuites marchands de vin.—Le

Mémoire du comte de Montlosier. — Opinion des plus célèbres avocats et jurisconsultes. — Le barreau français se prononce contre les Jésuites. — Pétition de Montlosier à la Chambre des Pairs. — Portalis, rapporteur, se prononce contre les Jésuites. — Acte d'accusation contre les Jésuites, par le baron Pasquier. — La pétition renvoyée au ministre. — Élections libérales de 4827. — Retour à l’ordre légal. —

Ministère Martignac.— Commission chargée d’examinerles faits relatifs aux Jésuites. —5 membres pour les Jésuites, 4 contre. — Ordonnances du 16 juin 4828.—Les Jésuites à la Chambre

ue

des députés, séance du 21 juin 1828. — Le Jésuitisme encore

battu. — Nouvelles intrigues des hommes noirs. — Ordon-

nances (de juillet. — Révolution de 1830. — Où allèrent les Jésuites ?

Après le concordat et les fêtes du sacre, il se produisit à la cou” de Napoléon Le: une réaction religieuse, dont les Jésuites, toujours cachés sous le nom de Pères de la Foi, profitèrent avee leur habileté astucieuse. Ils savaient bien que l'Empereur ne tomberait jamais dans des accès de dévotion, et que ses maréchaux, ses généraux, plus ou moins transfuges de la grande Révolution, ne s’abaisseraient pas au rôle de congréganistes, d'affiliés au Sacré-Cœur de Marie, et ‘autres conspirations dévotes ourdies dans les ténèbres des sacristies.

La terre de France, encore ébranlée par le tonnerre de 1789 et 1792, semblait s’agiter sous les pas de ces moines hypocrites autant qu’ambitieux. Les vieillards se souvenaient de la grande lutte des parlements contre la Compagnie de Jésus, et les jeunes gens détestaient instinctivement les hommes noirs, casernés à Saint-Sulpice.

Les fins renards du jésuitisme travaillèrent si bien dans les régions gouvernementales, qu’au commencement de 1809, ils avaient déjà recouvré leur ancienne influence et fait autoriser les congrégations précédemment abolies. Pour arriver plus sûrement et plus vite à leurs fins, ils s’adressèrent à la mère de Napoléon [°', qui plaida leur cause avec tant de persistance, que le vainqueur d'Austerlitz autorisa quelques congrégations de femmes qui demandaient à se réunir pour des œuvres pieuses et charitables,

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— Prenez garde, Sire, lui dit un de ses ministres , sans le vouloir, vous allez rétablir les Jésuites.

— Vous voyez des Jésuites partout, s’écria l’'Empereur; il s’agit de réunir des dames charitables, et non de rétablir la Compagnie de Jésus, chassée de, France par arrêt du Parlement et ordonnance de Louis XV.

— Fort bien, Sire, continua le ministre, mais après les femmes viendront les hommes.

Le ministre disait vrai; les Pères de la Foi rétablirent les congrégations sous l’invocation de Marie, absolument comme au temps de la Ligue. Trop occupé par les questions extérieures, Napoléon I se laissa circonvenir par les dames patronnesses, et les Pères de la Foi eurent une sorte d’existence. Napoléon Le: apprit à ses dépens, mais beaucoup trop tard, qu'il avait pactisé avec des ennemis irréconciliables du nom français et des idées nouvelles.

Pendant la courte durée de la première Restauration, les hommes noirs et leurs affiliés organisèrent la Terreur blanche dans le midi de la France. A Avignon, à Nîmes, à Toulouse, à Marseille, à Bordeaux, les Compagnons de Jéhu, les Verdets, les Chevaliers du brassard, enrégimentés par les Pères de la Foi, firent la chasse aux patriotes comme à des bêtes fauves. Napoléon [°° vaincu et livré aux Anglais, ne fut plus pour eux que l'Ogre de Corse. Les diverses affiliations religieuses se fondirent en une seule, la grande Congrégation, qui devint en peu de temps, dit le comte de Montlosier, une vaste conspiration qui engloba la France entière et fit plus de victimes qu’une des grandes batailles de la Révolution.

Les Pères de la Foi jugèrent qu'ils étaient redevenus

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assez puissants pour établir un gouvernement occulte qui fonctionna en dehors, et très-souvent à l’encontre du gouvernement de Louis XVII. Bien que supprimés par le Parlement, par Clément XIV, les nouveaux Jésuites s’installèrent à Montrouge, à Saint-Acheul, à Montmorillon, etc., etc. Les marquis de Carabas de l'ancien régime, les ex-dignitaires de l’Empire devenus ultramontains par intérêt plus que par conviction, leur confièrent l'éducation de leurs enfants.

À l’œuvre! à l’œuvre, disciples de Loyola et d’Escobar ; acCaparez l’enseignement de la jeunesse; c’est votre plus sûr moyen de domination.

Cependant le fanatisme provoqué dans toute la France par les hommes noirs ou par leurs agents, surtout par les femmes, traitait publiquement Louis XVIII de roi voltairien, Ce qui était le comble de l'injure dans le monde des congréganistes. Les hommes noirs avaient raison, jusqu’à un certain point. Louis XVII élevé à la grande école des philosophes du dix-huitième siècle tenait fort en suspicion la dévotion exagérée des congréganistes ; il tolérait ies congrégations religieuses, mais il s’en méfiait et ne les aimait pas. On raconte, à ce sujet, qu'un de ses ministres le questionnant un jour au sujet des congréganistes, le frère de Louis XVI lui répondit :

— LES CORPORATIONS DE CETTE ESPÈCE SONT EXCEL- LENTES POUR ABATTRE; INCAPABLES DE CRÉER ; FAITES, DU RESTE, CE QUE VOUS JUGEREZ NÉCESSAIRE POUR LA SÉCURITÉ DE L'ÉTAT.

Les Pères de la Foi ne se faisaient pas illusion sur les sentiments de Louis XVIIL à leur égard ; mais ils savaient que si ce prince ne les tenait pas en grande

; — 90 — estime, il ne voulait et ne pouvait les combattre ouvertement. Par les congréganisies, ils étaient aux Tuileries comme ils l'avaient été à Versailles, par les pères confesseurs de Louis XIV, de Louis XV et de l’infortuné Louis XVI.

Vers le commencement de 1820, la congrégation centrale de Paris envoya à toutes les cours de l’Europe un plan pour rétablir le droit divin et détruire l’œuvre de la Révolution. Les ministres, les députés, les diplomates, les grands dignitaires s’affilièrent, bon gré mal gré, à la conspiration. De ce nombre fat un gentilhomme toulousain, nommé de Villèle, qui avait pris part aux troubles du Midi en 1845, commandé les terribles bandes des Verdets, avait siégé dans la Chambre dite introuvable, et s’était fait connaître par la violence de ses opinions ultra-royalistes.

De Cazes était alors ministre et mécontentait la congrégation par ses idées de tolérance en matière religieuse. Les Pères de la Foi l’accusèrent de libéralisme auprès de Louis XVII et lui imputèrent même l’assassinat du duc de Berry par Louvel. Ils eurent assez de erédit pour faire nommer de Villèle ministre d'État sans portefeuille, puis ministre des finances, enfin, président du conseil en 1821.

Plus prudent que les dévots furibonds qui l'avaient poussé au pouvoir, le rusé Gascon résista quelquefois à la pression jésuitique; mais il laissa faire la guerre d'Espagne en 1823, guerre des Jésuites contre les libéraux, guerre dudroit divin contre le droit national. Les Pères de la Foi firent aussi accorder un milliard d’'indemnité aux anciens émigrés dontles propriétés avaient été vendues comme biens nationaux. Obsédé par eux,

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