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corporations religieuses d'hommes, et notamment la proscription des Jésuites, considérés comme formant une corporation, étaient encore dans toute leur force.»
En cet état, la cour royale de Paris, toutes les chambres assemblées, sous la présidence de M. Séguier, rendit, le 18 août 1826, l'arrêt suivant :
« La cour, après avoir entendu plusieurs rapports sur les faits contenus dans l’écrit du comte de Montlosier, en date du 16 juillet 4826 ;
« Ayant aussi entendu le procureur général du roi dans ses conclusions tendantes à ce qu'il n’y ait lieu de délibérer sur la matière mise en délibération ;
« Considérant qu’il résulte des dispositions de l’ensemble des arrêts du Parlement de Paris, des 6 août 1762, Le: décembre 1766 et 9 mai 1767, des arrêts conformes des autres parlements du royaume, de l'édit de Louis XV, de novembre 1764, de l'édit de Louis XVI, du mois de mai 4777, de la loi du 8 août 1792, du décret du 22 juin 1804, que l’état actuel de la législation s'oppose formellement au rétablissement de ladite Société de jésus, sous quelque dénomination qu’elle se présente ;
« Que ces arrêts et édits étaient principalement fondés sur l’incompatibilité reconnue entre les principes professés par cette Société et l'indépendance de tous les gouvernements; principes bien plus incompatibles encore avec la Charte constitutionnelle qui fait aujourd’hui le droit public des Français;
« Mais considérant que, suivant cette législation, il n'appartient qu’à la haute police du royaume de dissoudre tous établissements, toutes agrégations où as-
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sociations qui sont ou seraient formés au mépris des arrêts, édits, loi et décret sus-énoncés :
« Considérant, sur le surplus des faits exposés audit écrit, que quelle que puisse être leur gravité, ces faits, tels qu'ils sont présentés, ne constituent néanmoins ni crimes, ni délit qualifiés par les lois, dont la poursuite appartient à la cour ;
« Par ces motifs, la cour se déclare incompétente. »
Tout autre que le comte de Montlosier se serait découragé ; mais ce terrible et loyal ennemi des Jésuites, avec Son opiniâtreté d'Auvergnat, continua ka bataille contre les hommes noirs.
Délaissé à se pourvoir devant l'autorité administrative, l’ardent royaliste, fort des considérations de l'arrêt du 18 août, porta sa dénonciation devant la Chambre des pairs.
M. de Portalis fut nommé rapporteur; il fit son rapport dans la séance du 48 janvier 1827.
Le grave magistrat, à la suite d'un savant exposé, dans lequel il rappela l'état de la législation française, établit les deux propositions suivantes :
« 1° La Déclaration de 1689 n’a jamais cessé d'être tenue et considérée comme loi d’État, devant être enseignée dans les écoles.
« 2 Les congrégations anciennes ont toutes été abolies et supprimées, notamment celle des Jésuites, pour des motifs particuliers. La défense aux membres de l'institut des Jésuites de s’immiscer dans l'enseignement subsiste dans son entier ;
« Cependant, en fait, l'existence des J ésuites en France, et leur immixtion dans l’enseignement de quelques sé-
minaires, avec l'approbation des évêques, a été avonée à la tribune par un ministre du roi. Il est avéré qu'il existe, malgré nos lois et sans autorisation légale, une congrégation religieuse d'hommes.
« Si elle est reconnue utile, elle doit être autorisée ; mais ce qui ne doit pas être possible, c’est qu’un établissement même utile existe de fait, lorsqu'il ne peut avoir aucune existence de droit, et que, loin d'être protégé par les lois, à Le soit par leur impuissance ;
«Les tribunaux se sont déclarés incompétents, l'administration seule peut procurer, en cette circon- Stance, l'exécution des lois.
« Votre commission vous propose de renvoyer à M. le président du conseil la pétition de M. de Montlosier, en ce qui touche l'établissement en France de diverses maisons d’un ordre monastique non autorisé par la loi.»
Dans là séance du, 19 janvier :
M. le vicomte d’Ambray proposa de passer à l’ordre 1 jour sur Ja pétition.
M. le comte Lainé appuya les conclusions de la commission.
M. le vicomte de Bonald défendit les congrégations comme étant une conséquence de la liberté des cultes. M. de Barante le réfuta et vota pour le rapport au ministre.
Le ministre des affaires ecclésiastiques fit une longue apologie des Jésuites anciens, il essaya de légitimer l'existence des nouveaux membres de la Société et leur immixtion dans la direction des séminaires avec l'approbation des évêques, qu’il trouvait
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suffisante ! En conséquence, il demanda l’ordre du jour.
Les hommes noirs comptaient de nombreux partisans dans la Chambre des pairs, mais le baron Pasquier resserra et précisa très-habilement la discussion :
« Cest la puissance même qu'a exercée l'institut des Jésuites, dit-il, qui rend plus nécessaire à son égard l’application des lois existantes. N°’y a-t-il donc, en effet, aucun danger de permettre à cette puissance de s'établir autrement que par l'autorité du roi (et de la loi) ?
« On a cherché à faire entendre que les Jésuites, dont l’existence est aujourd’hui avouée, ne sont plus de véritables Jésuites, parce qu'ils n'ont pas les prérogatives dont ils jouissaient autrefois !
« Je ne saurais admettre une pareille distinction; la Société est toujours la même; Son institut n'a pas changé; les inquiétudes qu’elle inspire aux plus fidèles amis du roi subsistent toujours.
« À ceux qui verraient dans leur rétablissement un bienfait plutôt qu’un danger, je réponds : — Proposez une loi, et l’on examinera alors la question dans toute son étendue; mais jusque-là, je ne verrai dans cet établissement qu'une infraction aux lois, et je ne cesserai de m'y opposer de tout mon pouvoir.
« On a cherché à élever quelques équivoques sur l'application possible des lois existantes; je n’entrerai pas dans cette discussion. Il y a ici plus qu'une loi. c’est un principe éternel et indépendant des lois positives que celui qui ne permet pas qu'une Société quelconque se forme dans un État sans l'approbation des grands pouvoirs de la nation.
«À la vérité, ce n’est pas une existence légale et régulière qu'on sollicite pour eux; mais la tolérance dont ils sont l'objet n’est-elle pas bien plus dangereuse et plus sujette à l'abus qu’une reconnaissance patente et dont la loi prescrit les conditions ? C’est pourtant cette tolérance que la Chambre éfablirait pour toujours si elle ne renvoyait pas la pétition au ministre. »
Le baron Pasquier venait de terrasser les disciples de Loyola par cette argumentation serrée, concluante et éminemment française ; tn libre penseur, un voltairien n’eût pas mieux dit, et la Chambre des pairs, alors composée des représentants de la vieille noblesse française, de princes de l'Église, la Chambre des pairs se laissa convaincre par la logique lumineuse de l’orateur. Il n’y eut ni protestation violente, ni rappel à l'ordre.
Nous livrons ce grand fait denotre histoire parlementaire aux réflexions des sénateurs ultramontains qui siégent en 1869, dans ceite même salle du Luxembourg, où siégeaient les pairs de l'ancienne monarchie en 1827, à la période la plus incandescente de la propagande jésuitique.
Membres du Sénat nommés par l'Empereur, élu luimême par le suffrage universel, si on vous présente aujourd’hui une pétition contre le jésuitisme, souvenez-vous des nobles pairs de 1827, et immolez, comme ils le firent, les hommes noirs à notre droit publie.
En effet, la Chambre entièrement convaincue par le discours du baron Pasquier, rejeta d’abord l’ordre du jour protégé par les amis des Jésuites ; elle vota ensuite et ordonna le renvoi de la pétition au ministre.
Nouveau David, le comte de Montlosier avait vaincu les Philistins.
La France était alors prise d’un de ces accès de fièvre politique et religieuse qui précèdent ordinairement les révolutions ; Les libéraux applaudirent, en apprenant le vote de la Chambre des pairs: des malédictions retentirent dans toutes les jésuitières ; les missionnaires et les congréganistes se livrèrent à des manifestations odieuses autant que ridicules. Charles X fut eirconvenu et il prononça la dissolution de la Chambre des députés; le roi-jésuite sacrifiait ainsi sa couronne aux hommes noirs. Il y eut aussi changement de ministère ; la réaction et Les Jésuites crièrent Victoire ! Victoire !
Mais les élections de 1827 amenèrent à l'assemblée de nouveaux renforts pour le parti libéral; on avait voté non contre le roi, mais contre les Jésuites.
Le discours du trône annonça toutefois une nouvelle ère pour la France, — celle du retour à l’ordre légal.
Ces mots durent faire trembler les Jésuites, qui se trouvaient, comme ils se trouvent encore de nos jours, hors la loi.
À la fois créature et victime des Jésuites organisateurs de la grande congrégation, le Gascon de Villèle fut remplacé, ainsi que nous l’avons déjà dit, par un autre Gascon, M. de Martignac. Mais ce dernier était libéral et hostile aux Jésuites.
Le 20 janvier 4898, une ordonnance royale chargea une commission spéciale d'examiner les faits relatifs aux établissements connus sous le nom d'écoles secondaires ecclésiastiques, et d'indiquer les dispositions qui seraient reconnues indispensables au maintien du régime légal ou plutôt du droit publie français.
L'insertion de cette ordonnance au Moniteur fut un coup de tonnerre pour les Jésuites et les congréganistes qui avaient espéré que les Bourbons les soutiendraient quand même, et réduiraient les libéraux au silence. Ils attendirent dans l'anxiété la plus cruelle,
Leur attente ne fut pas longue. On forma immédiatement la commission qui $e trouva composée :
De l'archevêque de Paris;
De l’évêque de Beauvais ;
Du vicomte Eainé, du comte Mounier, pairs de France;
Du premier président Séguier ;
De MM. Alexis de Noailles et Dupin ainé, membres de la Chambre des députés;
De M. de Courville, membre du conseil de l’'Université.
M. Feutrier, évêque de Beauvais, fut appelé, sur ces entrefaites, au ministère des affaires: ecclésiastiques et remplacé dans la commission par l’archévêque d’Alby.
Jamais aréopage plus brillant et plus distingué, par le talent, par le caractère, ‘par la renommée de ses membres, ne fut réuni pour juger des moines intrigants et ennemis de la patrie.
Cetle commission tint un grand nombre de-séances, d’abord au Louvre, dans une des salles du consei d'État, ensuite au palais de l’archevêché.
Les membres, d’abord d'accord sur tous les points, s'étaient trouvés divisés sur la question principale, celle de lillégalité de la présence des Jésuites et de leur immixtion dans la direction des petits séminaires.
Cinq voix avaient opiné pour la négative.
Quatre voix pour l’affirmative,
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MM. Séguier, Mounier, Lainé et Dupin, membres de la minorité, exigèrent que la mention de leurs votes fût faite au procès-verbal. Deux d’entre eux, MM. Séguier et Dupin, déposèrent leur opinion écrite et signée, et en demandèrent l’annexe au procès-verbal, ce qui leur fut accordé.
Cependant, le ban et larrière-ban du jésuitisme, missionnaires et congréganistes, s'étaient mis en campagne pour détourner l'orage qui grondait sur Montrouge et Saint-Acheul. Mais il n’était plus possible de préserver les hommes noirs de l’indignation générale et de l'inflexibilité de la loi.
Peu de jours après le vote dela commission, à la suite d'un rapport de M. Feutrier, ministre des affaires ecclésiastiques, parurent les ordonnances du 46 juin 1828.
Elles avaient pour but :
L'une, d’exclure les Jésuites, et en général, les membres de congrégations non autorisées, de la direction des petits séminaires.
L’autre, de ramener ces écoles à des limites que leur essence même a fait assigner à leur création.
En voici le texte:
«ART. 4e. — A dater du 1‘ octobre prochain, les établissements connus sous le nom d'écoles secondaires ecclésiastiques dirigées par des personnes appartenant à une congrégation non autorisée et actuellement existante à Aix, Bordeaux, Dôle, Forcalquier, Montmorillon, Saint-Acheul, Sainte - Anne -d’Auray seront soumis au régime de l’Université.
« Ant. 2, — À dater de la même époque, nul ne pourra être ou demeurer chargé, soit de la direction,
soit de l’enseignement, dans une des maisons d'éducation dépendantes de l’Université, ou dans une des écoles secondaires ecclésiastiques, s’il n’a affirmé par écrit : qu’il n'appartient à aucune congrégation religieuse non légalement établie en France. »
CharlesX, avant de signer les ordonnances, consulta les hommes les plus éminents par leur science et leur honorabilité. Si quelque partisan des Jésuites avait le moindre doute à cet égard, il lui suffira de lire un beau discours prononcé à ce sujet par M. Portalis à la Chambre des pairs, le 26 avril 1844.
Les Jésuites furent atterrés mais non vaincus. Réstait la Chambre des députés qui se disposait à leur porter un coup encore plus terrible, le coup de grâce, comme On dit vulgairement. Elie fit boire aux hommes noirs le calice d’amertume jusqu’à la lie.
Le 21 juin, il y eut au Palais-Bourbon une séance mémorable. On présenta des pétitions qui signalaient :
4° L'existence illégale des Jésuites:
2° Leur immixtion dans l’éducation de la jeunesse, dans plusieurs colléges placés sous leur direction amena la question à la tribune.
M. de Sade, rapporteur, conlut à ce que les pétitions fussent renvoyées, sur le premier chef, au garde des sceaux, sur le second chef, au ministre de l'instruction publique qui était alors M. de Vatimesnil.
MM. de Conny, de Sainte-Marie et de Montbel, ayant combattu les conclusions de la commission et demandé l'ordre du jour sur le renvoi proposé, M. Dupin aîné se leva pour leur répondre et pour appuyer les deux renvois qui furent successivement mis aux voix
et adoptés à une immense majorité, Dix-huit ou vingt membres de la droite se levèrent contre.
Ainsi chassés pour la troisième fois par ordonnance d'un roi de France, les Jésuites se gardèrent bien de protester, Ils se cachèrent dans les ténèbres de la grande congrégation, quittèrent leurs jésuitières et .se sécularisèrent en quelque sorte, Ils avaient contre eux, non-seulement les tribunaux, les pairs, les députés, gardiens des lois françaises, mais encore la majorité de l’épiscopat alors gallican et généralement hostile à l’ultramontisme dont la Compagnie de Jésus a toujours été la manifestation la plus directe, la plus entreprenante, la plus belliqueuse.
Donc, les Pères de la Foi qui avaient espéré, malgré les Chambres, malgré le roi et ses ministres, se maintenir frauduleusement en France, durent changer de tactique; ils cherchèrent un refuge contre le libéralisme dans la congrégation, dont ils devinrent les directeurs d'autant plus actifs, que le besoin de son concours leur était devenu indispensable. Un nouveau mot d'ordre fut donné aux principaux initiés qui se trouvaient seuls dans le secret de la conspiration jésuitique. Bientôt la grande congrégation disposa des places les plus élevées et les mieux rétribuées de l'administration, comme des emplois les plus infimes, domestiques et laquais de bonnes maisons.
Enhardis ou plutôt rassurés par le succès de leur prosélytisme, les hommes noirs se firent ultra-royalistes, et Charles X, circonvenu par leurs agents, congédia M. de Mar tignac qu’il n’aimait pas, parce qu’il était libéral,
et le cabinet de Polignac fut constitué le 8 août 1899.
— Al —
Dès ce moment, Charles X, soit par faiblesse de caractère, soit par un dévouement secret aux révérends pères, fit parade de pratiques de dévotion tellement exagérée, qu’il devint la risée des Parisiens. Une puissante réaction voltairienne s’organisa dans toute la France ; la congrégation accepta la lutte, et elle décida le roi à prendre part aux processions qui se faisaient alors dans Paris. On vit un jour le pauvre Bourbon, suivre à pied dans les rues de sa capitale la milice congréganiste, un cierge à la main, et en habit violet, c’est-à-dire de deuil pour l’ancienne cour. Un ouvrier étonné de voir Charles X ainsi habillé, s’écria :
— « Quel malheur! le roi va donc se faire capucin !
— « Non, non, répondit un autre, il est Jésuite pour son malheur et pour le nôtre. »
En effet, Charles X avait été Livré par Polignac aux hommes noirs et aux missionnaires qui lui firent signer les ordonnances de juillet:
- Nous n’avons pas besoin de rappeler ce qui advint. Pendant les trois grandes journées on se battit aux eris de : Vive la Charte ! à bas les Jésuites, les calotins et la congrégation.
Devant le triomphe de la Révolution, le jésuitisme rentra dans l’ombre, et se garda bien d’affronter le mouvement démocratique qui se produisit en France et surtout à Paris après 1830.La seule qualification de Jésuite devenait un arrêt de mort. Les patriotes commirent des excès, toute réaction étant injuste parce qu’elle pousse jusqu’à la cruauté la revendication de ses droits réels ou prétendus.
On pilla, on saccagea l'église de Saint-Germain-
PAuxerrois, et le palais de l'archevêque de Paris fut démoli pierre à pierre.
Jésuites et congréganistes disparurent complétement...
Où allèrent-ils ?
Où vont les oiseaux nocturnes lorsque les premières lueurs du jour dissipent les ténèbres ?
Ils rentrent dans leurs trous et s’y tiennent cachés jusqu’à ce que l'obscurité revienne.
Ainsi firent les Jésuites.