‹ Les Jésuites hors la loiChapitre 25 sur 34 · RES EE · texte numérisé non relu

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= fn — l'opinion publique s'était beaucoup émue de la scandaleuse affaire de la maison de Picpus, que d'ailleurs on signalait de nombreuses captations d’héritages, le Sénat dut nommer une commission, qui choisit pour rapporteur M. Dupin aîné.

Sénateur et procureur général à la Cour de cassation M. Dupin s’était toujours montré hostile aux Jésuites, se conformant en cela aux traditions comme aux doctrines de nos plus grands légistes et jurisconsultes. Cet homme, dont les professions de foi politique ont varié à chaque nouveau gouvernement, est resté fidèle pendant toute la durée de sa longue carrière, à sa haime contre le jésuitisme; sur ce point il n’a pas changé d'opinion... C'est une justice à rendre à sa mémoire.

Il fit son rapport le 25 mai 1860; le gouvernement lui accorda une publicité extraordinaire, publicité officielle, en le faisant parvenir à toutes les communes de France. Voici les principaux passages de ce rapport, remarquable par la netteté des idées et les révélations qu’il contient :

« À l’époque présente (1860), il y a infiniment plus de congrégations, d'associations et d'établissements religieux de toute nature et dénomination, qu’il n’y en avait sous l’ancien régime.

« ... Et cette fourmilière de congrégations se meut avec une liberté et une licence d'action que l’ancienne législature avait sagement réprimées, tandis que la législature actuelle et l'administration n'ont encore pu y apporter aucun frein.

« Les associations religieuses connues au ministère des cultes, sont :

« 14° Pour les communautés d'hommes au nombre; de &sS, dont 49 seulement sont autorisées, et 49 ne le sont pas.

« Les congrégations enseignantes, prédicantes, savantes, agricoles dirigent 8,688 établissements ou écoles; elles comptent 14,304 religieux et 350,953 élèves.

« 2 Les associations religieuses de femmes enseignantes, hospitalières ou contemplatives, autorisées depuis 4802 jusqu'au 4® janvier 1860, déduction faite de 29 de ces établissements qui ont été supprimés, s'élèvent au nombre de 2,922.

« Les associations de femmes-non autorisées sont au nombre de 2s@, comptant, autour d'elles, un nombre plus ou moins grand d’affiliations.

« Une autre statistique plus étendue, et qui, cependant n’est pas tout à fait complète, donne d’après les renseignements reeueillis pour chaque département au ministère de l’intérieur, les relevés suivants :

« Associations religieuses autorisées en

France... Loue Hé hure be vais. 11: 41094 « Associations non autorisées. ......:. 2,870 M TORAL ET. 2.882. »

A quel mot d’ordre obéissaient et obéissent encore ces communautés? Au mot d'ordre des Jésuites, directeurs et maitres de toutes les affiliations religieuses.

Elles accaparaient bien avant 1860 et elles accaparent encore les héritages par la peur de l’enfer où la promesse du paradis. Aussi sont-elles toutes riches à millions. Quant aux Jésuites, leur fortune mobilière dépasse tous les calculs qu’on pourrait faire.

Voici ce que M. Dupin disait à ce sujet en 4860, il ya neuf ans :

« Quant à l'actif afférent à ces associations, les données sont fort incomplètes.

« On sait, par exemple, que la valeur vénale des propriétés appartenant aux congrégations d'hommes autorisées, ainsi que de femmes, au 1* janvier 4856, s'élevait à 81,975,000 francs ; on l’évalue aujourd’hui à 100 millions. »

En 1869, on peut tripler la somme sans craindre de tomber dans l’exagération. Les Jésuites seuls possèdent des richesses immenses.

€ Quant aux valeurs mobilières et titres au porteur, ajoute Dupin aîné, on en ignore absolument le chiffre.

« En ce qui concerne les associations religieuses non autorisées, dont le nombre s'élève à 2,870, l’obscurité la plus complète règne sur leurs possessions.

« Le nombre infini de valeurs au porteur qui est aujourd'hui le résultat de notre système économique leur offre des facilités qu'on n'avait pas autrefois. Les dons des fondateurs ou néophytes sont immédiatement convertis en valeurs au porteur; à chaque semestre on détache le coupon et personne n’a rien à y voir.

« Il est impossible de prévoir à quel chiffre, avec le temps, pourrait s'élever une masse de biens non contrôlés qui, suivant l'expression de l’édit de 1749, ne peuvent être diminués par des aliénations et s’augmentent, au Contraire, par de nouvelles acquisitions. »

M. Billault, parlant au nom du gouvernement, ne fut pas moins explicite que M. Dupin sur les

empiètements et acquisitions des sociétés religieuses.

«Il y a aujourd’hui, dit-il, 23 communautés d'hommes autorisées,et 49 qui ne le sont pas; quant aux communautés de femmes, il en existe 3,075,.et, depuis 1854, le gouvernement est fondé à croire qu’il s’en établit 80 à 100 nouvelles chaque année.

« De 1856 à 1860, les dons et legs faits aux congrégations se sont élevés à 6,519,000 francs. Mais ici nous ne connaissons que les dons pour lesquels lautorisation nous a été demandée, nous ne savons rien des dons que le gouvernement n’a jamais été appelé à autoriser.

« Seulement, ce que nous savons très-bien, c’est que des édifices s'élèvent, que des fondations se multiplient, que des dépenses sont faites, et que, si les congrégations peuvent s’endetter, tout finit par se solder.

« Il y a là un actif inconnu, mais que le gouvernement, avec une appréciation modérée ne peut pas monter à moins de 100 millions. »

M. Billault prononçait ces paroles en 1860, et il était loin, très-loin de la réalité des chiffres. Les franciscains, les moins riches de tous ces religieux, durent bien rire dans leur barbe en lisant le discours où on portait leurs richesses à 100 millions. Si M. Billault vivait encore, et s'il avait, comme en 1860, à faire un rapport sur les possessions des ordres religieux, principalement des Jésuites, il porterait le chiffre à un milliard, et il serait en dessous de la vérité. Les corpoïations sont toutes aujourd’hui beaucoup plus opulentes qu’elles ne le furent sous l’ancienne monarchie ; con-

duites, conseillées par les Jésuites, elles ont pris une terrible revanche de notre grande Révolution.

La chasse aux héritages a toujours été leur grande ressource. Les Jésuites se font surtout remarquer par la multiplicité des ruses qu’ils emploient. Rien ne leur coûte, et tout leur est bon. Ont-ils dans leurs colléges des fils uniques de maisons riches, ils les circonviennent, et ils ne se donnent ni trêve, ni repos, que le jour où les victimes de leur propagande cupide, autant que perfide, ont prononcé leurs vœux. Ils circonviennent aussi les vieillards et surtout les vieilles dames ; la peur du diable et de l'enfer est leur grand moyen de persuasion ; ils obtiennent ainsi de bonnes et belles donations ; ils ont, pour les circonstances solennelles, des prête-noms, Jésuites à robe courte, ordinairement membres de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Ces prête-noms sont titulaires des donations, et les Jésuites encaissent, au mépris des lois qu’ils parviennent ains à enfreindre, sans courir le moindre risque.

Mêmes manœuvres, mêmes résultats de la part des jésuitesses; de riches héritières, leur éducation terminée, soit au couvent du Sacré-Cœur, soit à celui des Oiseaux, déclarent à leurs parents stupéfaits qu’elles veulent entrer en religion, et les biens patrimoniaux, au lieu de rester dans les familles deviennent la proie du jésuitisme.

Au reste, les révérends pères font des dépense vraiment royales : à Paris, dans la rue de Sèvres, ils Ont fait bâtir uñe église qui a coûté, dit-on, des millions; ils se sont bien gardés d'exposer ce monument de leur orgueil aux regards des passants ; ils l’ont fait

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construire au fond d’une eour, de sorte que l'existence de ce temple fastueux est à peine connue des profanes. L'église ne porte pas le titre de paroisse, à quoi bon. Les Jésuites ont toujours fait bande à part, comme on dit vulgairement. Mais il ÿ a plus de trente confessionnaux toujours remplis de pénitentes du noble faubourg, car les révérends pères n’admettent pas le menu peuple.

Ce n’est pas tout : Les Jésuites possèdent à Paris et dans les environs de magnifiques colléges où l’on ne peut être admis qu’à la condition d’appartenir à une opulente famille, car les prix de la pension sont trèsélevés. Ils réalisent ainsi d'énormes bénéfices, centuplés par leur immixtion dans des maisons de banque et plusieurs de nos principaux établissements de commerce. Dans les départements, surtout à Lyon, Bordeaux, Toulouse, à l’ést et au nord de la France, les révérends pères ont aussi des colléges très-fréquentés et possèdent de très-grandes richesses. Un rapport de l'administration constatait, il y a quelques années, que dans le département du Rhône, les pères de la Compagnie de Jésus, possèdent beaucoup plus d'immeubles qu'ils n’en possédaient en 1789. Nous devons ajouter que Lyon et Toulouse sont les deux villes saintes du jésuitisme et des dames du Sacré-Cœur.

Et on laisse ainsi opérer librement, tranquillement des religieux qui se trouvent hors la loi, qui échappent à la conscription, qui ne participent en rien aux charges sociales, et ne peuvent, par conséquent, prétendre au droit commun !

Il serait permis à des gens de mainmorte d'accaparer

des héritages, et de faire de l’idée religieuse un moyen de propagande cupide !

Abolie en France par l'arrêt et les édits de 1769, 1764, 1777 et surtout par la loi générale qui, en 4799, Supprima tous les ordres religieux, la Compagnie de Jésus n’a pu être rétablie, et aucun autre ordre religieux ne pourrait l'être à l'avenir que par une loi expresse,

€ Un roi, dit M. Dupin aîné, eût-il le père Lachaise pour confesseur, ne pourrait pas rétablir les Jésuites, et s'il le pouvait...... le voudrait-il? — Assurément non..,»

Non, il ne pourrait pas, et s’il osait tenter cette réhabilitation insensée d’une corporation qui s’est toujours montrée l’ennemie de la France, le pouvoir exécutif aurait contre lui l'immense majorité de la nation,

Mais de telles pensées ne sauraient venir à l'esprit du souverain. Nous en avons eu jusqu’à un certain point la preuve en 1860, à la suite de la discussion solennelle qui eut lieu au Sénat, et que nous venons d'apprécier, En effet, on porta au jésuitisme un coup terrible et dont il a eu beaucoup de peine à se relever.

En parlant des corporations religieuses et affiliations, les orateurs du gouvernement ne pouvaient oublier la Société de Saint-Vincent-de-Paul, une des manifestations les plus évidentes du jésuitisme et du prosélytisme dévot. M. Billault démontra, dans un de ses discours, que l’organisation de cette Société lui donnait une puissance d'autant plus grande, d'autant plus étendue, que les membres des conférences exer-

çaient leur influence dans toutes les villes de l'Empire et sur toutes les classes ; sur les riches par le prestige de la dévotion, sur les pauvres par la charité, ou plutôt par l’aumône.

Cette situation nettement définie, clairement exposée, frappa le gouvernement, qui se demanda, avec une sorte de terreur, s’il devait laisser subsister cette formidable organisation, œuvre évidente du jésuitisme ; il se demanda si cette phalange innombrable de Jésuites à robe courte, par son ultramontisme bien connu, par ses rapports intimes avec Rome, ne créait pas de grands périls pour la sécurité de l’État. Les correspondances des préfets, des procureurs généraux, signalaient des conspirations de sacristie, qui leur semblaient de nature à provoquer une profonde agitation dans le pays.

Peu de temps après, 16 octobre 1861, M. de Persigny, alors ministre de l'intérieur, publia sa fameuse circulaire contre les membres directeurs de la Société de Saint-Vinceni-de-Paul.

Très-modéré, quant à la forme et même quant au fond, ce document avait un tort très-grave aux yeux des libres penseurs : il n’indiquait pas avec précision les abus commis par la Société de Saint-Vincent-de- Paul; et pourtant il eût été facile au ministre de dresser un bilan des plus compromettants, d'établir les faits dans toute leur vérité, car il avait entre les mains les preuves d’une conspiration jésuitique tramée contre la libre pensée, contre la révolution, contre le progrès. moderne. Il se montra d’une réserve extrême, soit que le gouvernement ne voulût pas ébruiter trop de scan-

dales, soit qu'il eût à cœur de ménager les puissants directeurs du mouvement jésuitique déguisé, selon les prescriptions de Loyola, sous les apparences de la charité.

Grande fut la colère des dévots, des ultramontains! Ils crièrent à la persécution; quelques évêques comparerent les simples contrariétés du conseil général à la Passion du Christ, et M. de Persigny fut assimilé à Hérode, le massacreur des saints Innocents; et pourtant, la Société frappée par la loi, ne comptait ni saints, ni innocents, mais beaucoup d’intrigants enrôlés dans la grande légion de l’obscurantisme. Ils eurent l'audace d’invoquer la liberté avec ses bénéfices, eux qui ne reconnaissent même pas la liberté de conscience !

Cependant de nouveaux faits confirmèrent bientôt

ce que le ministre avait dit au sujet des associations religieuses. La congrégation de la Sainte-Union de Douai, fut convaincue d'avoir participé volontairement à un détournement de jeunes filles juives. Il y eut condamnation, après de longs débats judiciaires qui révélèrent des manœuvres fort scandaleuses. Le Moniteur publia à ce sujet une note qui laissait aux congrégations dévotes et charitables peu d'espoir d’un retour à la tolérance dont elles avaient indignement abusé pendant plus de dix ans.

Les Jésuites, pour détourner l'attention publique des scandales suscités par leurs adhérents, donnèrent l'ordre à la presse ultramontaine d'attaquer la francmaçonnerie. Les attaques, les dénonciations, les calomnies commencèrent immédiatement.

Quant aux grands dignitaires de la Société de Saint-

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