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des familles riches, et, au besoin, user pour leur salut des mêmes artifices dont le diable usait pour leur perte. Ils devaient se conformer au naturel de chacun ; commencer par dissimuler bien des choses jusqu’à ce que, la bienveillance une fois acquise, ils pussent vaincre avec leurs propres armes ceux dont ils avaient capté la confiance.
Mais le grand moyen indiqué par Ignace comme base fondamentale de la puissance du jésuitisme, c'était l'éducation. Ignace avait deviné que l’homme étant, dans l'enfance, de même que l'arbre est dans l’arbuste, la Société de Jésus trouverait dans l’accaparement de l’éducation un moyen de domination assurée ; voilà pourquoi les premiers Jésuites dirigèrent leur attention de ce côté; ils s’emparèrent de l’enseignement, tout en cherchant à s'enrichir par des quêtes et des moyens de captation pärticuliers à ces hypocrites de haute distinction. Ils ouvrirent pour les pauvres des écoles gratuites et pour les riches ils fondèrent des colléges à tous les prix, dirigés par des maîtres fort habiles. Ces colléges et ces écoles avaient pour but spécial d’étouffer l’enseignement laïque. Les Jésuites sont un ordre enseignant, par le principe même de leur institution. Ils se présentèrent en France comme simples et pauvres professeurs, c’est comme tels que l’Université les combattit, que Pasquier les attaqua avec autant de vigueur que de courage.
Les disciples de Loyola savaient parfaitement ce qu’ils voulaient en s’emparant de la jeunesse, dit M. Laurent, de l’université de Gand. « L’enseignement est le grand instrument de la réaction catholique et de la domination de la papauté qui se confond avec l'ambition envahissante des disciples de Loyola.
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« Celui qui possède les générations naissantes, possède la société; livrer la jeunesse à la direction d’un ordre qui à toujours été l’incarnation de l’ultramontisme, c’est livrer la société elle-même à l'ennemi.»
C'est ce que sentaient l’Université et son défenseur. De là, sans doute, l’âpreté de l’attaque, car il y avait de grands intérêts en jeu. Pasquier reproche aux Jésuites de gagner le cœur du peuple par des simagrées et de belles promesses; il les traite de sophistes :
« Qui sont entrés en France comme renards, pour y régner dorénavant comme furieux lions. »
Il qualifie leur simplicité apparente de renardise; il les appelle imposteurs publics, à propos de leur prétendu désintéressement; puis il s’écrie avec une verve gauloise et une généreuse indignation :
« Au demeurant, ne considérez-vous pas, messieurs, combien il importe à la France que nos enfants ne soient nourris avec eux? On leur lit quelques livres d'humanité et de philosophie; cependant on leur enseigne parmi cela toutes propositions contraires à l’ordre hiérarchique, tant de notre religion que de l'État, et, à peu dire, on en fait une pépinière pour être ennemis du roi quand les occasions s'y présenteronf.
« Les premières opinions que l’on sème dans le cœur des jeunes gens leur plaisent au commencement, comme n'ayant plus beaux objets que leurs précepteurs, et puis après prennent longues racines dans eux. »
Ici Pasquier avait déchiré tous les voiles qui cachaient à l'opinion publique la profonde hypoecrisie et
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Pinsatiable ambition de la Société de Jésus. Frappés en pleine poitrine, les Jésuites ne purent dissimuler leur rage, et ils poursuivirent leur redoutable adversaire d’injures grossières et de calomnies odieuses:
Voici un échantillon d’un des pamphlets qu'ils pu-
blièrent contre Pasquier; on Croirait lire une feuille dévote de nos jours ; l'Univers lui-même va se trouver distancé.
1 « Pasquin, disent les Jésuites démasqués, Pasquier | ou Pasquin, est un porte-panier, maraud de Paris, 14 petit galant, bouffon, vendeur de sornettes, qui ne Ë È mérite pas d’être valeton des laquais, bélitre, coquin, # qui rote, pette, rend sa gorge.
L « Renard qui, sous lPaccoutrement d’un badin, est un calomniateur à vingt-quatre carats, fort suspect d’hérésie, où hérétique ou bien pire.
« Un säle et vilain satyre, archimaitre sot, sot par nature, par bécarre et par bémol, sot à la plushaute gämme, sot à triple semelle, sot à double teinture et teint en cramoisi; un gratte-papier, une grenouille dû palais.
À « Renard voilé d’un faux manteau de catholique, uñ
À Serpenteau, un crapaudeau qui tourne le bon suc en vérin, comme bouche d’aspic, par sa parr'e, bouche | infecte qui répand la ‘puanteur.
EL « Déiste et, peu s'en faut, athéis‘: de cœur; sur- | passant toutes les impudences des plus éhontées et médisantes- tripières.
« Avocateau de nèfles, ridicule corneille, pie babilhd larde, oison bridé, qui se débride licenciensement pour 0 embouer, envilainer, souiller la belle blancheur et Ie 4 niet plumage des cygnes:
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« Si de toutes les têtes hérétiques il ne restait que la sienne, elle serait coupée demain ; il lui faut couper là langue maudite et infâme:
« Renard Pasquin, renard velu, renard chenu, renard grison, renard gelé en plusieurs parties de son Corps, renard puant et qui compisse tout de sa puante urine.
« Fier-à-bras, trorhpette d'enfer, hibou de quelque infernale contrée, finalement, bouffon auquel il faut bailler le bonnet jaune, plumage de plumes de coq; et Ja marotte en main: ÿ
Et voilà pourtant le langage tenu par des hommes qui s’appelaient, par excellence, les disciples de Jésus- Christ !
Ces obscénités qui ne pourraient plus figurer même dans le vocabulaire des halles, sont de l'invention et du style du père Garasse.
Ce langage dévergondé, ces injures, où nous trouvons les violences et les trivialités du fanatisme religieux, ne firent point obstacle à l’admission des Jésuites qui obtinrent l’autorisation d’enseigner en France, Contrairement à l’avis du Parlement, de la Sorbonne et de l’Université.
Fidèles observateurs des préceptes d’Ignace, les révérends pères recherchaient, comme leur fondateur, ce qui émeut les sens; ils feignaient de trouver de voluptueuses extases dans la contemplation du Christ agonisant, de la Vierge pâmée de douleur, et par contraste, dans l’adoration de lEnfant Jésus, lPagneau,. la crèche, la Vierge couronnée, etc., etc. C'était le culte des sens avec toutes ses croyances aux faits miraculeux, toutes les légendes de la mythologie catholique.
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Ils se créèrent ainsi en très-peu de temps une influence extraordinaire. Ils n’oublièrent pas que leur ordre avait été fondé Ie jour de l'Assomption, à Montmartre, dans une chapelle dédiée à la Vierge; ils prirent donc la blanche bannière de Marie, et ce nom lé plus glorieux, le plus poétique de l’épopée chrétienne, devint leur mot d'ordre, c’est-à-dire un appel à l’énervation des cœurs, à la servitude des âmes.
Ils dominèrent bientôt les familles riches par l’enseignement et par la prédication; mais le peuple échappait à leur propagande. Pour attirer à eux les pauvres travailleurs, les déshérités, ils fondèrent en 1563, des congrégations ou sodalités, réunions clandestines, sortes de clubs dont les premières séances, inaccessibles aux profanes, se tinrent dans les églises souterraines. Hs astreignirent les congréganistes ou sodalistes à un règlement très-rigoureux et qui semble calqué sur le modèle de la Sainte-Vehme allemande.
Par les sodalités, les disciples de Loyola eurent des espions dans toute la France, au moment où la réforme de Luther pénétrait dans plusieurs provinces. Lorsqu'ils s'étaient introduits en France, on leur avait adressé la question suivante :
— D'où venez-vous ?
— De Rome.
— Qui êtes-vous ?
D'abord, ils ne daignèrent pas répondre. Forcés enfin de rompre le silence, ils répondirent avec un orgueil insolent :
— Nous sommes fels quels... tales quales,
On eut le tort de se contenter de cette réponsé. Malheureusement la perspicacité du Parlement, la clair-
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voyance de la Sorbonne, l’antipathie des universitaires, ne purent arrêter au seuil de la patrie ces forbans enrôlés par le pape-roi.
Bientôt la ligue fomentée, nourrie par le sacré collége déchira la France. Quel fut le rôle des Jésuites dans ces saturnales catholiques ?
Pasquier qui les vit à l’œuvre va nous le dire:
« Ils furent les premiers boute-feux de cette malheureuse ligue qui à ruiné de fond en comble notre royaume. Elle fut chez eux premièrement concertée, et ayant été conclue, ils déléguèrent leurs pères Mathieu Lorrain, Pigenat, pour leur servir de trompettes parmi toutes les nations étrangères, et puis ils se déclarèrent ouvertement Espagnols, tant par leurs prêches, que par leurs leçons publiques. »
En 1561, au colloque de Poissy, les évêques avaient tenté vainement de leur imposer des restrictions; ils refusèrent toute explication avec une opiniâtreté et une audace qui froissèrent toute l’assemblée. Théodore de Bèze qui assistait à cette assemblée s’écria, dit-on, avec douleur :
— Cette milice papale causera de grands malheurs dans la chrétienté.
Quelques années plus tard, 1576, ils prirent une part très-active à la ligue ou Sainte-Union formée par les catholiques contre les protestants à l'instigation de Rome. Leurs diplomates les plus habiles, leurs intrigants les plus effrontés préparèrent la boucherie nocturne de la Saint-Barthélemy; ils mirent aux mains du fou furieux qui s'appelait Charles IX, la fatale arquebuse dont il se servit pour tirer sur les huguenots, des fenêtres du Louvre. Ils enivrèrent de leur fanatisme
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Catherine de Médicis, de même que les prêtres païens enivraient leurs prêtresses avec des narcotiques. Le poignard de Jacques Clément fut publiquement béni par eux, et ils firent dans leurs églises l'apologie de ce fanatique assassin.
Pasquier leur reproche avec raison leur doctrine concernant l'assassinat :
« Recherchez, dit-il, toutes les impiétés qu'il vous plaira; vous n’en trouverez une seule si barbaresqué comme celle-ci : — (Conseiller une impiété et la revêtir du masque de la piété et, à peu dire, perdre une âme, un roi et nôtre Église tout ensemble... »
Naïf Pasquier ! et qu’importerit aux Jésuites les âmes, les rois et l’Église. Ce qu’ils veulent c’est une dominatiori sans réserve et sans partage; ce qu’ils demandent c’est l’abrutissement, l’énervation, l’asservissement de Ja nation francaise.
Un de leurs grands moyens de domination c’est d’avoir des doctrines pour toùs les goûts, et acceptant À sans la moindre opposition les opinions reçues dans les pays où ils les envoient.
« Les membres de la Société, est-il dit, dans l'Image de leur premier siècle, sont dispersés dans tous les * coins du monde, et partagés en autant de nations et de royaumes que la terre à de limites. Cette division n’est marquée toutefois que par l'éloignement des lieux et non des sentiments ; par la différence des langues, non par des affections ; par la dissemblance des visages, non des mœurs.
« Dans cetté famille le Latin pense comme le Grec; le Portugais commé le Brésilien, l’Irlandais comme 1e
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Sarmate, l'Espagnol comme lé Français, Anglais comme le Flamand.
€ Et parmi tant de gens divers, rien qui vous donne lieu de vous apercevoir qu’ils sont plus d’un.
« Le lien de la naissance ne leur fournit aucun intérêt personnel,
« Même dessein, même conduite, même vœu qui, Comme un nœud conjugal, les à attachés ensemble.
« Au moindre signe, un seul homme tourne et retourne la Société tout entière, et détérmine la révolution d’un si grand corps. »
Cette organisation d’une habileté diabolique fut une des principaies causes de l'extension énorme que prit en très-peu de temps la Société de Jésus; mais elle SusCita la méfiance du Parlement et surtout de l’Université, qui voyaient dans les nouveaux venus, nonseulement des rivaux qui lui enlevaient la jeunesse, mais encore des ennemis de toutes les libertés publiques. On peut dire hardiment, que dès leur apparition en France, les Jésuites furent généralement détestés et redoutés. On se sentit pris d’une frayeur instinctivé en présence de ces faux moines dont les intrigués, l'hypocrisie cauteleuse, l’audacé effrénée, les tendances à la domination révélaient de très-grands dangérs. On les évitait, de même qué dans lés forêts américaines on fuit les endroits où se tiennent ordinairement les hideux reptiles dont le venin est mortel.
Dans cette guerre contre les hommes noirs, les poëtes furent les auxiliaires du Parlement et dé l’'Université; on nous saura peut-être gré de citer ici un des
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plus beaux sonnets de Ronsard, le poëte ami de Charles IX.
Sainte Société, dont on à fait l'élite
Pour montrer aux humains les mystères cachés, Pour repurger les maux dont ils sont entachés, Et pour remettre sus notre Église détruite,
Mignons de Jésus-Christ, qui, par votre mérite, Avez déjà si bien amorcé nos péchés,
Que l'on peut se vanter que là où vous pêchez, Pour un petit poisson vous titez une truite.
Secrétaires de Dieu, l'Eglise et les humains, Et Dieu et Jésus-Christ vous prient à jointes mains De retirer vos rets hors de la mer du monde.
Car vous pourriez enfin par votre fin esprit, Pêcher, prendre, amorcer et bannir de ce monde, L'Église, les chrétiens et Dieu et Jésus-Christ.
La haine était générale, les répulsions étaient insurmontables; les Jésuites ne parvinrent même à s'établir en France qu’en transigeant avec leurs principes bien connus ; pour se mettre à couvert des poursuites des légistes et de l’Université, ils offrirent de se soumettre aux doctrines de la Sorbonne sur lautorité du roi de France et sur les libertés de l’Église gallicane ; ils mentaient effrontément, mais ils se faisaient humbles, ils affectaient la douceur de l'agneau, se réservant de déployer bientôt les puissantes colères du lion. Nous verrons qu'ils firent bien vite, beaucoup . trop vite leur chemin.
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Le Parlement fut invité par le roi à Prendre acte de la soumission des Jésuites, soumission qui fut signée par tous les pères présents à Paris, et düment enregistrée. Le Parlement commit une très-grande faute, car la soumission des disciples de Loyola n'était pas sincère, et ne pouvait l'être ; aussi, de part et d'autre, trouvons-nous haine et répulsion.
C’est que, par leur institution même, les Jésuites sont ennemis déclarés du pouvoir civil et par-dessus tout de la France. Cela est si vrai que sur les vingtquatre généraux qui ont gouverné la Société de Jésus jusqu’à ce jour, on ne compte pas un seul Français ; Loyola et Lainez suivirent en cela les traditions de la papauté qui, depuis des siècles, refuse d'admettre les cardinaux français comme candidats au souverain pontificat.
Pourquoi eete exclusion ? Il ne faut l’attribuer qu'à l’état de suspicion dans lequel les révérends pères ont toujours tenu la patrie de Gerson, de saint Bernard, d'Edmond Richer, du grand Bossuet et autres célèbres partisans des libertés gallicanes.
La France, de son côté, ses rois, ses parlements, sa Sorbonne, ont rendu aux Jésuites méfiance pour méfiance, répulsion pour répulsion : du reste, par leurs doctrines, ils attirèrent bientôt sur eux les malédictions de tous les peuples de l’Europe. — Voici un tableau sommaire des expulsions dont ils furent frappés pendant les cinquante premières années qui suivirent la fondation de leur société :
En 1555, ils furent chassés de Saragosse ; de La Valteline, en 1566; de Vienne, en 1568; d'Avignon, en 1570 ; d'Angers et de Ségovie, en 1578 ; d'Angleterre,
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en 4579, 1581, 1598-1601; du Japon, en 1587; de la Hongrie et de la Transylvanie, en 1588; de Bordeaux, en 1589.
Tel est le résumé des proseriptions infligées aux Jésuites et méritées par ces révérends pères, pendant le premier siècle de leur établissement. Ce fait d’une société religieuse, poursuivie et condamnée par toutes les puissances européennes, est unique dans l'histoire. Ils avaient done cént fois encouru la malédiction générale, ces janissaires du pape-roi, puisqu'on ne saurait citer un seul pays d’où ils n'aient été bannis juridiquement, après avoir été convaincus de propagation de doctrines funestes à la sécurité publique !
Par un concours de circonstances plus que: bizarres, la France devint le refuge de ces noires phalanges rejetées par les autres‘puissances. Le Parlement, lUniversité, la Sorbonne, les combattaient à outrance ; mais ces hardis intrigants, moitié renards et moitié loups, étaient parvenus à consolider leur ordre par la protection de Catherine de Médicis et des ligueurs. Après la mort de Henri IL qu'ils firent assassiner par Jacques Clément, ils organisèrent la faction des Seixe, triste agglomération de fanatiques et de traitres, livrant ainsi Paris aux horreurs de la guerre civile. Les Seixe furent établis et installés au Louvre, où ils prirent toutes les allures d’un gouvernement régulier. Les Jésuites donnèrent pour base à cette organisation une théocratie bâtarde qui séduisit la foule ignorante par les apparences d’une fausse démocratie.
L'assassinat de Henri, qu’on leur imputait à tort ou à raison, les avait tellement compromis dans l'opinion de la noblesse, de la bourgeoisie et même du clergé,
AD qu'ils durent recourir aux moyens lés plus énergiques : le poignard et le poison, employés tour à tour pour se débarrasser de leurs adversaires.
Leurs prédicateurs annoncèrent publiquement qu'il était permis non-seulement de chasser et de déposer les rois au profit du pape, mais encore de les tuer, et ils formèrent une espèce de convention régicide, parce que les rois, cédant à l’opinion publique, les chassaient de leurs États.
Aquaviva, quatrième successeur d’Ignace, avait pris le gouvernement de la Compagnie de Jésus en 1581. Pendant son généralat, qui se prolongea jusqu’à l’année 1615, plusieurs Jésuites furent impliqués dans des procès de régicides, en Angleterre, en Hollande, à Venise, en France. De très-graves soupçons planaient sur eux à propos de l'assassinat du dernier des Valois; mais ils se sentaient protégés par Catherine de Médicis, la bigote Catherine, le démon exterminateur de la nuit de la Saint-Barthélemy.
L'entrée de Henri IV à Paris et surtout sa conversion au catholicisme, irritèrent les Jésuites à un tel point qu'ils résolurent de se débarrasser de ce nouveau monarque, dont l’administration vigoureuse et clairvoyante les gênait dans leurs projets de domination. Un de leurs élèves, nommé Châtel, fils d’un drapier de la Cité, attenta aux jours du roi Henri en 1593, et Le blessa à la lèvre supérieure. Mis en jugement, il fit dans son interrogatoire des révélations qui mirent à jour les erimes des Jésuites; les pères Guignard et Guéret, convaincus de complicité dans l'acte de Châtel, furent condamnés par un arrêt solennel et exécutés en place de Grève.
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Un arrêt du Parlement déclara la Compagnie de Jésus bannie à tout jamais du royaume; les révérends pères cédèrent ou plutôt feignirent de céder à l'orage. Condamnés aussi par la Sorbonne, suspects à la nation entière, ils durent quitter la France, ou du moins se cacher dans des retraites ténébreuses.
« Laissez passer la colère du roi, leur écrivit Aquaviva. Quittez la France, vous y rentrerez bientôt. Les congrégations et sodalités que vous avez fondées, conformément aux statuts de notre saint père Ignace, obtiendront votre rappel. »
Aquaviva ne se trompait pas. Dix ans plus tard, en 1605, le roi Henri, circonvenu par les chefs des sodalités et par les anciens ligueurs, consentit à rétablir la Compagnie de Jésus. Instruit de cette détermination, le fidèle Sully se rendit immédiatement au Louvre, et supplia son cher maître de ne pas livrer une seconde fois la France aux intrigues, aux conspirations des Jésuites. Henri IV lui répondit :
— Si je les laisse en exil, leurs partisans attenteront encore à mes jours! Si je les rappelle, ils se montreront peut-être reconnaissants de ma clémence.
Compter sur la reconnaissance des Jésuites c’est faire acte de folie et d’ignorance; en effet, la Compagnie fondée par Loyola n’était que l'instrument de la réaction catholique qui suivit la grande réforme de Luther et de Calvin. Mais en se faisant les champions de la toute-puissance papale, ils heurtaient de front les libertés de l'Église gallicane et blessaient le sentiment de nationalité dont ces libertés étaient l'expression. Bellarmin, jésuite-cardinal essaya de donner satisfac-
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tion à la papauté et au sentiment de nationalité par sa théorie du pouvoir indirect ; il mécontenta et les souverains pontifes et les princes, Sixte V mit son livre à l'index, et le Parlement de Paris en prohiba la vente, déclarant qu’il contenait une fausse et détestable proposition tendant à la ruine des puissances établies de Dieu.
À peine rentrés en France, les Jésuites envoyèrent des missionnaires en Asie, en Afrique, dans le Nouveau- Monde ; en Europe, tous les royaumes devinrent en quelané sorte autant de fiefs de l'institut de Loyola.
L’attitude toujours hostile des parlements, de l’'Université, et même d’une partie du clergé, inquiétait fort lès révérends pères. Henri IV, qui leur avait permis de rentrer dans ses États pour complaire, dit-on, à Marie de Médicis, Florentine comme Catherine et fanatique comme elle, Henri IV tolérait les Jésuites; mais il ne pouvait ni les aimer, ni les estimer, et, au fond, il s'en méfiait profondément ; il ne s’en cachait pas dans ses communications avec Sixte-Quint, et le pape ne Chercha pas précisément à dissiper ces méfiances.
La France avait recouvré une demi-prospérité sous la sage et habile administration de Sully; le pays jouissait d'une tranquillité d'autant plus appréciée, qu’elle suecédait aux terribles péripéties des guerres de religion.
Les Jésuites, par les espions qu’ils avaient dans le Louvre, apprirent que lé roi venait de conclure une alliance avec les princes protestants "d’Allemagne, et qu'il se préparait à déclarer la guerre à l'Autriche la catholique. Grande fut l’indignation des hommes noirs... Que se passa-t-il dans leurs conciliabules du
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collége de Clermont? Nul ne lé sait... Mais environ trois mois plus tard, un fanatique, du nom de Ravaillac, affilié, dit-on, aux Jésuites, assassinait Henri IV, dans la rue de la Ferronerie.
I y gut recrudescence d’ultramontisme,et par conséquent de jésuitisme, sous la minorité de Louis XIIL. La cour de Rome et les hommes noirs n’ont jamais manqué de profiter de la minorité des princes et de la
régence des femmes, pour s’emparer de l'esprit de ceux
qui gouvernent,au profit de leur immuable et commune ambition.
Il y avait alors, en Sorbonne, un savant et pieux docteur nommé Edmond Richer, très-attaché aux libertés de l'Église gallicane. L'audace et les empiétements des ultramontains et des Jésuites, lui inspirèrent une généreuse imdignation. Dans son traité du pouvoir ecclésiastique et politique, il combattit non-seulement le paperoi, mais encore les Jésuites, serviteurs intéressés, sinon dévoués, de la papauté temporelle.
Grande fut la colère des hommes noirs. Ils se plaignirent au nonce qui promit de faire censurer le traité d’Edmond Richer.Le nonce s’adressa à la Sorbonne, mais le Parlement, qui professait les mêmes sentiments que Richer, intervint et défendit à la Serbonne de délibérer. Le pape écrivit à la reine mère pour lui demander qu’on fit justice de Richer en France, ou qu’on le lui livrât, Mais la France n’était pas encore descendue assez bas pour livrer un de ses enfants à une justice étrangère. Bépape tenta alors de recourir à la violence. Il promit un chapeau de cardinal au duc d’Épernon, pour son fils, s’il parvenait à remettre le docteur de la Sorbonne à l’inquisition romaine.
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