‹ Les Jésuites hors la loiChapitre 30 sur 34 · FRET NE RARES · texte numérisé non relu

FRET NE RARES

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maîtres ont plus de souci des apparences que du fond. Paraître et briller, voilà leur grand moyen et leur grand but.

Cependant, ces janissaires du pape-roi, Clairvoyants pour leurs intérêts, d’ailleurs parfaitement au courant de ce qui se passe autour d'eux, ont établi dans leurs colléges des études sérieuses. Nos écoles Polytechnique et de Saint-Cyr, de Marine et même des Beaux- Arts, sont envahies, depuis quelques années, par leurs élèves; pour peu qu'on les tolère encore quelque temps, nos régiments et nos flottes leur appartiendront, parce qu’il est malheureusement démontré que les jeunes gens élevés par les Jésuites, demeurent presque tous dévoués à leurs anciens professeurs. De même que le serpent magnétise l’oiseau avant de le dévorer, de même les Jésuites fanatisent les jeunes gens avant de les rendre à la société où ils auront à occuper des postes importants. Sous Louis XIV, l’armée fut infectée par les affiliations dévotes, à tel point que Vauban signala cet envahissement comme un danger. Si on ne prend pas garde on verra bientôt les mêmes périls se produire.

Voilà pourquoi les hommes noirs et les évêques leurs partisans réclament avec tant d’ardeur la liberté de l’enseignement.

La liberté! mais il n’y en a que pour eux depuis quelques années ; ils échappent à la surveillance et aux charges de l'Université; ils ne remplissent aucun devoir, et ils prétendent avoir des droits. Ils sont étrangers, pour la plupart, et ceux qui ne le sont pas, obéissent à un maître étranger, ne connaissent d'autre

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patrie que Rome, d'autre autorité que celle du pape et du général de la Compagnie de Jésus.

À ceux qui pourraient nous dire que les Jésuites de 1869 ne ressemblent en rien à leurs devanciers, nous répondons que les hommes noirs ne se modifient ni dans un sens ni dans l’autre. [ls restent et ils resteront tels que les fit Loyola.

Il y à quatre mois à peine, un grand scandale se produisit à Bordeaux. La justice fut mformée qu’un élève des Jésuites de cette ville, avait été si cruellement maltraité, que sa vie, du moins sa santé, aurait pu se trouver en danger très-séricux.

Le parquet fit l'instruction de cette étrange affaire, dans laquelle les Jésuites fouetteurs ont joué un rôle ridicule, s’il n'était odieux.

Les pères de La Judie et Commire traduits en police correctionnelle ont été condamnés à huit joufS de prison. Nous n’avons pas besoin de reproduire ici les débats de ce procès dans lequel le ministère public a montré une fermeté, une loyauté qu'on ne saurait trop louer; la cour de Bordeaux s’est souvenue que de tout temps nos légistes, nos parlements et nos Cours souveraines, ont traité les Jésuites comme ils le méritaient, en ennemis de le France et de l’ordre public.

Le procès de Bordeaux a indigné le pays, en ce sens qu’il a révélé, de la part des hommes noirs, des procédés indignes du temps où nous vivons, des coutumes barbares qu'on ne devrait trouver que dans l’histoire des derniers siècles.

Il a prouvé de plus que les hommes noirs énervent, démoralisent la jeunesse, tout en l’initiant à des pra-

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tiques religieuses, moins chrétiennes que païennes. Ge procès, nous l’espérons du moins, aura de bons résultats : il dégoütera, à tout jamais, les familles de confier leurs-enfants aux pères de la Compagnie de Jésus.

Et ces professeurs, tenant d’une main des étrivières, de l’autre un crucifix ou une madone, seraient appelés à jouir de la liberté d’enseignement !

Non, mille fois non! La liberté pour tous les ci-

‘toyens français, investis de tous les droits que confèrent

le droit public, la loi française ; mais pour les Jésuites, sujets du pape, et très-humbles serviteurs de leur général... jamais.

Ce serait livrer les jéunes générations à l’abrutissement, au fanatisme, ce serait renoncer aux glorieuses conquêtes de 1789; ce serait-violer les lois, ordonnances et édits qui ont tant de fois chassé, proscrit les hommes"noirs, comme traîtres et indignes d’habiter la France.

Les pères fouetteurs du collége de Bordeaux ont subi leur peine, comme de simples mortels, et leur froc a été impuissant à les sauvegarder de la police correctionnelle. [ls sont sortis de prison et immédiatement ils ont disparu. Nous lisons à ce sujet dans le Messager du Sud-Ouest, 19 janvier :

« Lundi deux Jésuites, sur lesquels un procès ré- « cent à appelé l'attention, ont passé à Agen. Les « PP. de la Judie et Commire, qui viennent de subir « à Bordeaux la peine prononcée contre eux, ont été « dirigés vers le Midi. Où ? c’est ce que nous ignorons, « Mais nous Supposons que ce ne sera pas dans une « maison d'éducation. »

Ces pères fouetteurs étaient{coutumiers du fait; mais ils ont compromis la Compagnie qui s’en est débarrassée par des moyens expéditifs. Ainsi Le veut l'institut d’Ignace.

Cette scandaleuse affaire a fourni et fournit encore matière à une discussion ardente, bizarre sur les avantages du fouet, préconisé comme un moyen très-efficace pour perfectionner l’éducation de la jeunesse.

M. Louis Veuillot, rédacteur en chef de l’Univers et très-ami des Jésuites, s’est surtout distingué dans cette campagne entreprise en faveur des pères fouetteurs. D’après lui, les hommes devenus les plus célèbres, ont été les plus fouettés dans leur enfance.

De Maistre, un des plus célèbres prédécesseurs de M. Louis Véuillot dans là littérature ultramontaine et jésuitique, dit dans son livre Du Pape :

« Ilfaut de l'impertinence dans certains ouvrages, comme du poivre dans les ragoûts. »

De Maistre mit cet axiome en pratique, et les impertinences ne manquent pas dans son livre. Du reste, c’est un des caractères de la polémique des Jésuites ; au commencement du dix-septième siècle, le fameux

ère Garasse excella dans le pamphlet, fut impertinent jusqu’à la trivialité, avec une verve endiablée et une ardeur infatigable.

M. Louis Veuillot semble avoir pris le père Garasse pour modèle; il fait depuis quelque temps l’apologie du fouet, nous ne dirons pas avec une conviction, mais avec une ardeur qui doit plaire aux Jésuites, fort amateurs des ragoûts fortement épicés. D’après le rédacteur de l'Univers, la presse libérale a commis une niai-

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serie en dénonçant à l'opinion publique les fouetteurs de Bordeaux ; par le fouet seulement on peut former une génération virile. Il aime, il adore le fouet, singulier joujou du saint monde de la dévotion; il en vante les salutaires effets au double pointfde vue du cœur, de l'esprit et de la chair. Il nous semble l’entendre chanter avec un enthousiasme jésuitique, ce refrain de Béranger :

C'est nous qui fessons,

Et qui refessons,

Les jolis petits,

Les jolis garçons.

Le journal le Siècle lui posait dernièrement la question suivante, à propos de ses étranges théories sur le fouet :

« Mais il y a fouet et fouet, comme il y a fagot et fagot. À quelle école appartient le saint rédacteur de P'Univers ? Veut-il, comme le père Julien de la Croix, ce grand maitre de la discipline, que les cordes de l'instrument de salut soient inégales, afin que chacune laisse une trace sur la peau; ou bien se range-t-il avec la fondatrice des Annonciades, Jeanne de France, fille de Louis XI, pour l'usage d’une discipline à cinq plaies ? D’un autre côté, pense-til que le temps ordinaire de la fustigation ne doive pas excéder la durée d’un Miserere, et approuve-t-il les chemises fendues par le dos en usage dans certains couvents, pour plus de commodité et plus de décence ? Mon Dieu, je sais que ce sont là des détails qui ne changent rien au principe ; mais, dans une question de cette nature, de

semblables détails ont bien leur importance, et nous attendons les explications de l'Univers. »

M. Louis Veuillot ne donnera aucune explication. D'ailleurs, il soutient une polémique tellement odieuse et ridicule qu’il a fallu tout l’entêtement d’un ultramontain fanatique pour se livrer à un semblable dévergondage de piume.

En plein dix-neuvième siècle, l’apologie du fouet, et surtout de l’enseignement jésuitique, est un non-sens, presque une folie.

Le procès intenté aux pères fouetteurs de Bordeaux aura, nous en avons la certitude, d’incessants résultats, en ce sens qu’il a révélé au pays l’existence d'hommes énervant la jeunesse, lui inspirant des principes contraires à nos lois, à nos institutions ; il a révélé aux parents, qui ont la faute de confier leurs enfants aux disciples d’Escobar, les nombreux périls d'une éducation jésuitique.

Malheureusement il y a d’autres méfaits, beaucoup plus graves, que nous trouvons dans le bilan des hommes noirs, et ces méfaits datent à peine de deux mois.

La France entière est encore sous le coup de l’émotion douloureuse produite par la nouveile des troubles qui ont ensanglanté l’île de la Réunion. Un débat solennel vient d’avoir lieu à ce sujet, au Corps législatif (séance du 25 janvier 1869); dans ce débat, M. Jules Simon a clairement démontré que les Jésuites avec leur propagande détestable, et leur manie de vouloir tout accaparer, ont été la cause première et principale de lirritation des habitants; on va même

jusqu’à dire que le premier coup de feu serait parti de leur maison.

Voici, du reste, quelques paragraphes -du discours de M. Jules Simon :

« L'opinion avait été surexcilée par Les provocations des feuilles cléricales ; mais il paraît que le père Lafond, un des religieux de la maison, avait aussi prêché un sermon qui pouvait lui-même passer pour une provocation ; et C'était la pensée du gouverneur, comme vous allez le voir.

« Le P. Etchevéry arriva done et dit au gouverneur : « Voila l’œuvre des libéraux! » — « Non, dit le gouverneur, non, monsieur, c’est l’œuvre des Jésuites. — Voilà, ajouta-t-il, ce qu’on recueille quand on prêche la révolte contre lautorité civile et la loi établie: »

« La foule s'étant retirée très-promptement, le gouvérneur quitta le collége des Jésuites pour se rendre à la Providence. Ici, il faut que je vous explique ce que c'est que l’établissement de la Providence : c’est une école, un pénitencier, un ouvroir.

« Cette école a été fondée il y a bien des années, vingt ans, je crois, ou à peu près, pour être un pénitencier de jeunes garçons, un ouvroir de jeunes filles, et, en même temps, une école. Elle était d’abord laïque.

« Les officiers de la marine et des corps savants qui se trouvaient à la Réunion demandèrent à y faire des Cours, et l'établissement devint en très-peu de temps une sorte d'école des arts et métiers qui était très-florissante. Dans ces dernières années, peut-être sous l'influence de M: le directeur de l'intérieur, l'école

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fut donnée à des pères Maristes, et les pères Maristes ne se contentèrent pas de continuer l'œuvre de leurs devanciers, ils établirent une école professionnelle, institution en elle-même fort utile.

« Or, cette école professionnelle est doublement favorisée ; d’abord, puisqu'elle est établie sur un terrain qui appartient au domaine colonial; ensuite, il lui est assuré, pour un assez grand nombre d'années, une subvention de 70,000 francs. Dans cette situation, les élèves produisant des objets de consommation pour la colonie, le père supérieur peut les livrer à la consommation à des prix extrêmement minimes.

« Il est arrivé là ce qui arrivera partout où des ouvriers, dont la vie est assurée, produiront et livreront aù commerce sans aucun tarif des objets de consommation usuelle; c’est que les ouvriers placés dans une condition différente, obligés de payer leur loyer, leur vêtement, leur nourriture et de subvenir à tous les besoins de la famille, réclament avec une énergie qui n’a de mesure que l'intensité de leurs souffrances.

« L'établissement de la Providence est donc l’objet particulier de l’'animadversion de la classe laborieuse de la colonie. »

(Journal officiel, du 27 janvier 1869.)

Ah! Dupin aîné, procureur général à la Cour de cassation, avait bien raison de dire :

« La restauration des Jésuites et leur impatronisa- « tion en France est une peste publique. »

Oui, peste plus dangereuse que toutes les conta-

gions, les maladies et fléaux qui déciment, à certaines époques, l’espèce humaine.

Qu'on ne vienne pas nous dire que les Jésuites de 1869 font des concessions à la libre pensée, à la révolution; Ces hommes sont de la nature des serpents, ils ont gardé, et ils garderont tout leur venin pour flétrir, empoisonner les peuples qui auront la faiblesse de les tolérer,

Ils n’ont pas rallumé les bûchers parce que l'inquisition est devenue à tout jamais impossible, même en Espagne.

Mais ils s’efforcent de rallumer la torche infernale des guerres de religion; janissaires du pape-roi, ils prêchent ouvertement l’ultramontisme, recrutant des Zouaves pour l’armée pontificale, quêtant jusque dans l’intérieur des familles pour le fameux denier de Saint- Pierre.

Hommes du passé, ils travaillent à faire revivre ce qui fut si glorieusement tué par nos vaillants pères de 1789.

Par la Société de Saint-Vincent-de-Paul, ils s’introduisent dans les familles; ils cherchent à dominer par les femmes, et très-souvent ils réussissent.

Au nom de la liberté, qu’ils méconnaissent en toute autre Chose, ils créent de magnifiques colléges, où ils attirent des enfants qu’ils supposent devoir être riches un jour.

Des hommes de progrès... les Jésuites... allons donc... L’éteignoir a toujours figuré et figurera toujours dans les armoiries de Loyola.

Ces étrangers (car la plupart ne sont pas Français),

on les trouve partout investis d’un pouvoir d'autant plus dangereux qu’il est occulte.

Les dignes disciples d’Escobar ne frappent pas (abstraction faite des révérends pères fouetteurs), ils se contentent de nuire. Gela produit beaucoup d’effet et il y a moins de danger.

L'assassinat les compromettrait, ils étouffent les victimes vouées à leur ambition; ils les font disparaître.

Ils ne sont nulle part et on les trouve partout, dans les foyers domestiques, dans les administrations publiques et privées. Magistrats, administrateurs, grands et petits dignitaires, ils englobent, ils enlacent tout avec une habileté diabolique.

Dans les bas-fonds de leur milice ultramontaine grouillent la Société de Saint-François-Régis, l’Avocat des familles, l’'OŒuvre des tutelles, des loyers, et cent autres affiliations illicites dont les noms ne sont pas connus, mais dont l’influence est malheureusement trop évidente. .

Dernièrement, l'Espagne à la suite de sa révolution de septembre 1868, a expulsé les Jésuites et autres corporations religieuses. La patrie de Loyola n’a pas voulu que la nation, après avoir conquis son indépendance, conservât la souillure du jésuitisme; les hommes noirs ont dû suivre Isabelle en exil.

Où se sont-ils réfugiés ?

En Italie? Non... La Péninsule ne reconnaît plus les corporations religieuses, et de plus, elle à eu le bon esprit de s’emparer de leurs biens au profit de l'Etat.

A Rome? Non... La ville papale est encombrée de Jésuites ; il n’y a pas plate pour tous les bannis.

En Autriche? Non... François de Habsbourg, entraîné par l'opinion publique; a dû proscrire la Compagnie de Jésus.

Dans la catholique Bavière ? Non... Ge pays est entravail de régénération; le Jésuite n’y serait pas en sûreté.

En Belgique ? Oui::. Les provinces d'Anvers et de Gand en ont accueilli quelques-uns.

Mais le plus grand nombre s’est réfugié en France.

Oui, en France, le pays qui a vu naître Voltaire et les encyclopédistes..…. Le pays qui a fait 1789... ce même pays qui, à trois époques différentes, par des ordonnances, des édits, des lois dont l'autorité doit rester souveraine, à chassé les Jésuites, soit comme assassins, Soit comme banqueroutiers, soit comme auteurs de conspirations anti-nationales.

Trois ou quatre cents Jésuites espagnols sont donc venus grossir la noire phalange des révérends pères déjà établis en France !

Les fils de Loyola non contents de braver nos lois, d’abuser d’une hospitalité que le gouvernement leur accorde par une tolérance illégale et dangereuse pour notre sécurité sociale, recruteront tous les fanatiques de l’univers, si on ne songe pas enfin à se débarrasser de cette orgueilleuse Compagnie, qui se trouve chez nous en rupture de ban, absolument comme les individus frappés par le jury de peines infimantes.

Napoléon I°", disait sur son rocher de Sainte-Hélène :

€ Dans cinquante ans l’Europe sera républicaine où « COSaque. »

Nous disons, nous, après avoir étudié sans parti pris la question du jésuitisme, après avoir compulsé les registres de nos parlements, les dossiers de nos Cours souveraines, les ordonnances et édits de nos rois :

« Dans vingt ans au plus, l’Europe sera voltairienne ou soumise aux Jésuites. ... »

Et les chances seraient pour cette dernière hypothèse si l'État ne prenait pas des mesures promptes et énergiques pour faire respecter nos lois...

Mais la cause des hommes noirs est entendue.

Il est temps de poser nos conclusions.

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