‹ Les Jésuites hors la loiChapitre 5 sur 34 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les Jésuites devant le Clergé de France.

L'évêque de Paris et le jésuitisme. — Opinion de Henri IV

sur les hommes noirs. — Pourquoi Richelieu favorisa les Jésuites, que le peuple comparait aux oiseaux de nuit. — Triomphe de la Compagnie et .de l’ultramontisme sous la régence d'Anne d’'Autriche.—Louis XIV.—Les évêques royalistes et gallicans. — Bassesses jésuitiques. — Collége de Louis-le- Grand. — Antoine Escobar. — Le père Duhamel. — Les Jésuites attaqués par le jurisconsulte Domat. — Blaise Pascal et ses Provinciales. — Succès extraordinaire de ce modèle des pamphlets. — Fureur des Jésuites. — Ruine de Port- Royal. — Funestes doctrines du probabilisme jésuitique. — Le père Rigide et le père Commode. — Définition de la politique des Jésuites. —La Morale pratique des Jésuites, par Arnauld.—Les Jésuites à Versailles.—Les pères Amat, Letellier et Lachaise.—Opinion de Bossuet sur les Jésuites etleurs doctrines.— Leljésuitisme et l’épiscopat. — Curieux rapprochement entre le dix-septième siècle et le dix-neuvième.— Le jansénisme. — Réaction contre le jésuitisme.— Condamnation de Quesnel.

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— Les solitaires de Port-Royal. — La vipère et le lion. —La jésuitesse Maintenon. — Persécution du père Letellier. — La bulle Unigenitus. — Moyens de domination jésuitique. — Les sociétés et congrégations sous Louis XIV qui s’y affilie.— Ad majorem Dei gloriam. — Instruction du père Griffet. — Les Jésuites professeurs de Voltaire.

Les légistes, les universitaires, les théologiens de la Sorbonne, tous partisans des libertés gallicanes, et ennemis irréconciliables autant que convaincus des disciples de Loyola, n'avaient oublié ni lassassinat de Henri INT, ni la cruelle mort de Henri IV. Ils avaient pu lire les écrits du père Guignard, favorables au régicide; ils se souvenaient des paroles d’Eustache du Bellay, évêque de Paris en 4559, qui avait dit, dans un avis motivé contre l'introduction des Jésuites :

« Je redoute, de la part de cette Société, plusieurs inconvénients non prévus ni prémédités.

« Puisque les Jésuites s’autorisent comme ayant été institués pour prècher les Turcs et les infidèles, il faudrait établir lesdites maisons et sociétés dans les lieux proclamés desdits infidèles, ainsi qu'antérieurement a été fait des chevaliers de Rhodes, qui ont été mis sur les frontières de la chrétienté, et non au milieu d'elle. »

On savait que le roi Henri, répondant en 1599 aux félicitations du parlement de Paris, avait dit avec toute son énergie gasConne :

« Je suis catholique, roi catholique, catholique-romain, mais non catholique-jésuite…. Je connais des catholiques-jésuites, je ne suis pas de l'humeur de ces gens-là, ni de leurs semblables. »

On savait aussi que Richelieu n'avait favorisé les Jé-

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Suites que dans le but de donner aux universitaires un objet d’émulation. Ce grand ministre avait raison, dit Diderot, car on ne peut disconvenir que les Jésuites et surtout Ceux de France n'aient produit un grand nombre d'ouvrages utiles, pour faciliter aux jeunes gens l'étude des lettres; ajoutons, car il faut être juste, qu'aucune société religieuse, sans exception, ne peut se glorilier d’un aussi. grand nombre d'hommes célèbres dans les sciénces et dans les lettres; cela tient, dit lë même philosophe, à ce que les Jésuites, par la nature de leurs fonctions, furent plus répandus dans le monde que les autres religieux. Leur règle ne les assujettissait pas à dés pratiques minutieuses de dévotion : il n'y avait Chez eux ni office ni chant. On disait à ce sujet, dans les premières années du dix-septième siècle :

« Les Jésuites ne Sävent point chanter, parce que « les oiseaux et animaüx de nuit ne le savent pas D» « Ge sont; disait-0n encoré, des gens qui se lèvent à & quätre heures du matin poür réciter ensemble les « Jitanies à huit heures du soir: »

Les Jésuites étaient presqüe lous hommes d’esprit; ils furent les premiers à rire de ces räilleries gauloises, et ils ne changèrent rien à leur manière de vivre. Adroits, opiniâtres, astucieux dans l’accomplissement de leurs desseins, ils savaient äü besoin ramper auprès des puissants dont ils voulaient capter la faveur et la confiance. Henri IV et Richelieu ne choisiretit-ils pas des Jésuites pour confesseurs ? .

LEs révérends pères furet en très-grande faveur pendant les premières annéés de la régence d'Anne d'Autriche dont le bigotisme égala les galantéries ; mais ils

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perdirent beaucoup de leur crédit lorsque le cardinal Mazarin fut devenu premier ministre et aussi puissant que Richelieu : cette Éminence italienne n’aimait pas la Société fondée par Loyola. Mazarin ne leur permit jamais de s’imihiscer dans les affaires de l'État; ils durent Se contenter de la protection de la reine mère dont ils favorisèrent lés amours, disent les Mémoires du temps.

Quant aux légistes, aux univeñsitaires, ils ne désarmèrent jamais, et nous les trouvons toujours en lutte contre les Jésuites jusqu’au moment où ils sont bannis de France.

L’avénement de Louis XIV fut salué par les Jésuites avec des transports de joie qu’ils ne se donnèrent pas la peine de dissimuler ; ils savaient qu’ils avaient tout à espérer sous un roi absolu, et ils ne se trompaient pas dans leurs -calculs. Cependant, IS évêques de France, ultramontains sous uñ roi mineur, devinrent des royalistes ardents sous le nouveau règne ; on osa parler des libertés dé l'Église gallicane et on prépara de longue main la célèbre Déclaration de 1682.

Les révérends pères, en leur qualité de jamissaires du pape-roi, gémirent de ce retour aux doctrines professées par Edmond Richer; mais ils ne firent pas le moindre éclat. Aux tendances françaises des évêques, ils opposèrent la ruse et l'intrigue; ils eurent l'adresse de faire choisir un des leurs, le père Ferrier, pour confesseur du jeune roi, dont il dirigea la conscience jusqu’en 1675.

Au père Ferrier, succéda le père Lachaise, petitneveu du père Cotton, qui avait été confesseur de Louis XIIT. Ce jésuite, d’un caractère très-insinuant,

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