CHAPITRE I
But, esprit et méthode d'enseignement et d'éducation de l'Ordre en général. La Ratio studiorum. Le plan d'études. La grammaire, les humanités, la rhétorique, la philosophie, la théologie. Les maîtres. Les classes d'élèves et les congrégations d'étudiants. Prix et distinctions. Punitions. Traitement infligé aux élèves. L'esprit religieux, ecclésiastique, de la pédagogie. Soin apporté à conserver l'orthodoxie. La philosophie considérée comme la servante de la théologie. Préceptes pour les professeurs de dogmatique et des saintes Ecritures. Préceptes pour les élèves. Discussions, déclamations, représentations théâtrales. Hygiène du corps. Ecole normale. Modifications apportées à la Ratio. Autonomie des écoles des Jésuites. La valeur de l'enseignement des Jésuites. Deym et l'enseignement des Jésuites. Effets de cette pédagogie. L'activité des Jésuites dans ces derniers temps; opposition faite par eux à la création d'universités.
Loyola et son Ordre savaient que l'a^^enir est à celui qui tient entre ses mains la jeunesse. Leur attention se porta avant tout sur l'éducation des jeunes générations, afin de créer un avenir à T Eglise romaine. Dès qu'il fut nommé général, Loyola s'occupa luimême d'enseigner aux enfants les principes essentiels de la religion. Nous l'avons vu : les Jésuites font vœu d'instruire les enfants \ ils paraissent avoir songé sérieusement, au début, à remplir ce vœu dans toute son étendue et à se charger aussi de l'instruction
primaire. Mais les Déclarations^ tout en avouant que ce serait une œuvre de charité que d'enseigner aux autres à lire et à écrire, déclinent cette tâche sous prétexte que le personnel nécessaire fait défaut à rOrdre, surchargé de besogne. D'une part, les Jésuites savaient que la direction spirituelle du peuple leur était assurée par leur influence dans T Eglise; d'autre part, ils n'étaient pas partisans ardents de l'instruction du peuple, puisque l'ignorance absolue des masses ne servait qu'à fortifier l'empire de l'Ordre. Nous trouvons dans les « Règles communes » un précepte qui nous révèle la pensée de la Société en cette matière : « Nul d'entre ceux qui sont employés à un service domestique ne devra savoir lire et écrire, ou s'il le sait, en apprendre davantage; on ne l'instruira pas sans l'assentiment du général, car il lui suffit de servir en toute simplicité et humilité Christ, notre Maître ».
L'Ordre consacra toutes ses forces à l'enseignement supérieur, à l'éducation des fils de famille, des jeunes gens de talent qui aspiraient à une position influente dans l'Eglise ou dans l'Etat. Or quiconque s'emparait alors des classes cultivées de la
société, conquérait par cela même la masse du peuple, habituée à recevoir toutes ses impulsions d'en haut. Les jeunes gens les plus distingués affluant aux écoles des Jésuites, ils étaient en mesure d'étudier les dispositions, les tendances des différentes individualités et de gagner celles qu'ils jugeaient pouvoir être utiles à rOrdrc. Ils s'emparèrent en outre de la plupart des séminaires de prêtres fondés d'après les prescriptions du concile de Trente et le modèle du collège romain, de sorte qu'ils concentrèrent également dans leurs mains la direction du clergé. On le voit : son activité pédagogique eût suffi à elle seule pour faire de la Société de Jésus une des puissances les plus formidables du monde.
L'Ordre ne montra pas plus d'originalité^ur ce terrain que sur les autres. Wagemann l'a dit à bon droit : « Il n'y a d'idée créatrice qui soit le point de départ de son action ; il ne représente pas de principe positif, il n'a pas même inventé de méthode meilleure que celles du passé. » « Les premiers membres de l'Ordre, dit Zirngiebl, s'inspirèrent des leçons des humanistes. Au début, ils se gardèrent de toute innovation; toute leur ambition tendait à faire de leur en-