CHAPITRE II
Les JJsuit:-s aux universités d'Ingolstadt, de Vienne, de Prague, de Fribourg en Brisgau, de Heidelberg, de Breslau, da Wurzbourg. Le catécliisme de Vogler. Les Jésuites et la théologie. Les Jésuites et Tesprit scientifique. Guerre faite aux universités. La littérature di l'Ordre. Ecrivains théologiques et historiens de l'Eglise appartenant à l'Ordre. Ecrivains philosophiques et historiens; mathématiciens et astronomes; écrivains militaires de rOrdre de Jésus. L'autobiographie de Bellarmin. Poètes de l'Ordre de Jésus. Architecrare. sculpture et peinture de l'Ordre.
Examinons Faction exercée par l'Ordre de Jésus sur plusieurs universités qui avaient été livrées entre ses mains.
Ingolstadt n'a jamais été dans toute la force du terme une université de Jésuites, l'Ordre n'ayant occupé d'abord qu'une partie de la faculté de théologie ; puis, après de longues luîtes, les chaires de philosophie, et enfin celle de droit canonique. En i55o, Ganisius fut élu recteur, contrairement, aux statuts. A Ingolstadt nous trouvons, en outre, quelques-uns des professeurs les plus célèbres de rOrdre : Gretzer, Kircher, Schreiner, etc. Eh bien ! dès que les Jésuiî3s ont pénétré dans la faculté des
lettres, elle incline vers une décadence de jour en jour plus visible. En 1611, des conseillers du duc furent appelés à examiner les griefs soulevés par les professeurs de Tuniversité et par les Jésuites les uns contre les autres. Ils déclarèrent que l'université était fondée à se plaindre de ce que les cours de philosophie faits par les Jésuites fussent inspirés par l'esprit théologique. La rhétorique, la poésie, Thistoire et les mathématiques n'étaient pas enseignées du tout ou Tétaient par des jeunes gens qui n'en savaient pas plus long que des élèves. Dans le nombre très-considérable de professeurs sortis de l'Ordre on ne trouve que très-peu d'écrivains ayant une valeur scientifique. En revanche, les Jésuites obtinrent, en i663, que les professeurs fussent tenus de déclarer qu'ils admettaient le dogme de l'Immaculée Conception, fl
En i558, les Jésuites se firent attribuer deux chaires de théologie à l'université de Vienne. Le reste du corps enseignant inclinant vers le protestantisme, les Jésuites n'eurent pas les coudées franches, et les faveurs qui leur avaient été accordées leur furent bientôt enlevées. A la fin du seizième
siècle, la tension entre l'université et les Jésuites se changea en lutte ouverte. L'Ordre avait été autorisé par Tarchiduc Charles, en iSjo, à faire des cours d'art et de théologie dans son collège, mais l'université considérait les études faites chez les Jésuites comme n'ayant aucune valeur légale. Cela n'empêcha pas les cours des Pères d'avoir un succès toujours croissant. En i588, ils réunissaient plus de 800 élèves, tandis que l'université enregistrait à peine la dixième partie de ce chiffre. De là, des froissements continuels. L'université craignant d'être complètement abandonnée, adressa, en i SqS, une plainte à l'archiduc Mathias, qui venait de se charger de l'administration des pays autrichiens. Elle déclarait que les Jésuites avaient près de i ,000 élèves, l'université à peine 200, et que si Ton ne remédiait au mal, l'université courait à sa ruine. On autorisa les Jésuites à faire des cours de philosophie et de théologie à l'université ; on leur accorda, en 1 694, cinq chaires, mais on leur interdit de faire des cours de philosophie dans leur collège; Deux ans après, cette mesure était rapportée et les Jésuites reprenaient leurs conférences dans leur collège. En 1Ö22, Ferdinand II
autorisa de nouveau TOrdre à enseigner à l'université la philosophie, la théologie et les humanités, mais à la condition que d'autres professeurs fussent également admis à la faculté de théologie. Les Dominicains, en effet, soutinrent la lutte pendant ■trente ans. En revanche, les Jésuites furent les niaîtres incontestés de la faculté des lettres. Le compromis ou la pragmatique sanction de Ferdinand II avait évidemment placé l'université de Vienne sous l'influence dominante des Jésuites ; l'histoire de cette institution fut dès lors tout entière leur œuvre. Tous les éléments non catholiques furent éloignés, et l'esprit ecclésiastique envahit tout. En 1 64Q, les Jésuites amenèrent Ferdinand à faire jurer à tous les professeurs qu'ils cro3^aient à l'Immaculée Conception. Les Dominicains ne voulant et ne pouvant prêter ce serment, les Jésuites les firent exclure à tout jamais de la dignité du décanat. Les conquêtes scientifiques faites par l'université, depuis l'invasion des Jésuites, restèrent au-dessous de toute attente. Lorsque la question de la réforme de l'université fut agitée sous Charles VI, le gouvernement pensa que les Jésuites étaient responsables avant tout de la
décadence des études. L'Etat leur reprocha de négliger complètement renseignement de la langue et de la littérature allemandes, de n'enseigner le latin que très-insuffisamm.ent, d'employer des professeurs trop jeunes, âgés à peine de vingt ans, de les déplacer trop souvent, de tomber, en philosophie, dans de vaines subtilités et de ne pas progresser avec l'esprit du temps. L'Etat demanda un cours sur la philosophie de Descartes, la nomiination d'un professeur d'histoire et Tacceptation d'un certain contrôle de la part du gouvernement. Enfin, lorsque van Swieten prit en mains la réforme de l'université sous Marie- Thérèse, il voulut expulser les Jésuites. Il les accusa d'avoir causé la perte de toutes les universités où ils avaient acquis une influence prépondérante, par exemple de Gratz, d'Ollmütz, de Tyrnau. En ijSg. la commission des études déclara en corps que les Jésuites étaient la cause de la décadence prématurée de l'université. La même année, l'archevêque de Vienne, Migazzi, écrivit au cardinal Crivelli à Rome une lettre où il se plaignait de l'état pitoyable où se trouvait l'étude de la philosophie et des lettres depuis que les Jésuites en avaient pris la direction.
Il avouait que la pureté des mœurs de leurs élèves ne laissait pas moins à désirer que leur instruction. Il avait exhorté le provincial et le directeur de la maison à faire des réformes, à réparer les ruines amoncelées, mais on lui avait donné de Peau bénite de cour, de belles promesses et rien de plus.
Les Jésuites restèrent chargés presque exclusivement et jusqu'à la suppression de leur Ordre, de la direction des gymnases (lycées) et des facultés de théologie et des lettres de F Autriche.
L'action exercée par les Jésuites en Bohême et en particulier à Tuniversité de Prague ne fut pas plus heureuse. Il suffirait pour caractériser Tesprit étroit dont ils étaient possédés, de rappeler qu'ils bannirent de leurs écoles et enlevèrent aux élèves les exemplaires antérieurement achetés du livre d'Erasme: « De copia verborum ». Cette mesure fut prise uniquement parce qu'on aurait pu se souvenir qu'Erasme de Rotterdam était, à vrai dire, le précurseur de la nouvelle hérésie. Tomek, l'historien de l'université de Prague, reproche aux Jésuites d'échauffer l'imagination de leurs élèves par les idées fausses qu'ils leur communiquent relativement à
rinfluence exercée sur la vie humaine par des êtres supérieurs. Tomek cite les nombreux récits, contenus dans les mémoires des Pères, d^ apparitions d'anges, de saints, de mauvais esprits, que les élèves ont vus tout éveillés, à Téglise, dans la rue, au collège. Ferdinand II, nous Pavons dit, voulait remettre entièrement Tuniversité aux mains de l'Ordre-, mais l'archevêque Harrach protesta, et une décision de Ferdinand III enleva aux Pères une partie du moins de la proie qu'ils avaient saisie. En 1654, on signa un compromis en vertu duquel les Jésuites occuperaient les facultés de théologie et des lettres. Leur influence précipita la décadence de l'université. Ils obtinrent que l'on arrachât à tous les professeurs, à tous les candidats au grade de docteur, à chaque recteur, à chaque doyen, la promesse de croire à l'Immaculée Conception de Marie et de défendre cet article de foi. Ils créèrent même une fête religieuse spéciale, â l'occasion de laquelle tous les membres présents de l'université répétaient chaque année ce serment.
Le gouvernement de Marie-Thérèse fit en 1752 une ordonnance de réforme pour les études théolon. i3
giques et philosophiques à l'université de Prague. En vertu de cette ordonnance, Tautorité d'Aristote était abolie une fois pour toutes en philosophie \ on tiendrait compte des systèmes nouveaux; on débarrasserait la physique des principes métaphysiques au moyen desquels on expliquait les phénomènes de la nature, on la traiterait comme une science expérimentale; on s'interdirait toutes les subtilités grâce auxquelles on mettait les sciences naturelles d'accord avec la Bible. Les Jésuites résistèrent énergiquemcnt, quoique inutilement, à ces innovations. Leur position fut ébranlée encore davantage, lorsque Marie-Thérèse institua, à côté des deux professeurs de dogmatique de leur Ordre, deux autres professeurs pris dans rOrdre des Dominicains et des Augustins et chargés d'enseigner la théologie d'après Augustin et Thomas. La résistance des Jésuites ne servit qu'à me chose : elle convainquit le gouvernement que leur plan d'études ne souffrait aucune amélioration. Avec l'Ordre disparut le dernier grand obstacle qui s'opposât à la réforme de l'enseignement en Bohême. Les Jésuites se maintinrent à l'université de Fribourg en Brisgau de 1620 à lyyS. lis manifes-
tèrent Tambition d'accaparer toutes les dignités de Tuniv^ersité. L'historien Schreiber estime qu'ils n'ont laissé d'autres souvenirs scientifiques que leurs noms.
Après avoir éprouvé des vicissitudes diverses à Heidelberg, après avoir été tolérés puis chassés à plusieurs reprises, ils fondèrent, en ijoS, un collège et, en 171 2, une église dans cette ville. Le Jésuite Usleben, professeur de droit canonique, causa un grand scandale en 171 5, en soutenant publiquement les thèses suivantes : i) Nul orthodoxe ne peut en bonne conscience fréquenter les hérétiques parmi lesquels il faut ranger les Cah-inistes. 2) Il est permis de priver les hérétiques de toutes leurs dignités et fonctions, et même de les tuer. 3) Les princes, invités par l'Eglise à agir et qui négligent d'extirper l'hérésie et d'exterminer les hérétiques, doivent être éloignés du gouvernement; leurs pays seront occupés par d'autres princes catholiques. — Les professeurs réformés, prévenus de la nature de la discussion publique, avaient porté plainte pour la faire interdire. Les thèses n'en furent pas moins soutenues, et Usleben resta à Heidelberg, sous la protection du prince Jean-Guil-
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laume. — En 1728, Jean-Martin Lauber soutint qu'il fallait refuser tout enterrement honorable aux Luthériens et aux Calvinistes, confisquer leurs biens, brûler leurs personnes. Il est vrai qu'on ne leur intentait plus de pareils procès depuis la paix de Westphalie, mais Innocent X ayant toujours rejeté cette paix, il en résultait que les hérétiques ne pouvaient se sentir en sécurité dans Tempire romain. — Les Jésuites exercèrent, jusqu'à la suppression de l'Ordre, une grande influence sur l'université de Heidelberg. En 171 5, dix mille personnes se confessèrent à eux et reçurent la cène de leurs mains-, en 1769, ce chiffre était monté à trente-huit mille. Ils surent gagner le peuple par des processions, des missions et des pèlerinages. Même après leur suppression, Charles-Théodore leur laissa plusieurs chaires à l'université et au gymnase (lycée).
L'université de Breslau est l'œuvre des Jésuites. Le fondateur, le Père Wolff, avait été un esprit éminent. Mais là aussi la science fut cultivée d'une manière imparfaite, et la décadence ne se fit pas attendre. On n'enseignait que la philosophie d'Aristotej quant aux sciences naturelles, c'e-^t à
peine s'il en était question. De 1702 à 1773, 20 3 professeurs avaient été pris dans TOrdre de Jésus-,
. sur ce nombre, i33 n'ont pas publié le moindre ouvrage -, quelques-uns seulement ont fait imprimer un discours académique-, sur les 70 restants, plusieurs
\ n'ont publié que des thèses, des ouvrages d'édification, des écrits polémiques. Les travaux d'histoire publiés par les Jésuites de l'université de Breslau ne répondent en aucune façon aux exigences de la critique telle qu'on la comprenait au dix-huitième siècle. En général, les professeurs de l'Ordre n'ont fait avancer aucune des branches de la science, à cette université. Les Jésuites n'ont pas même disposé toujours du personnel nécessaire pour remplir dignement les chaires de la faculté de théologie et des lettres. L'enseignement de cette dernière faculté est , resté très-incomplet sous leur direction.
L'évêque Jules de Mespelbrunn avait confié d.m^ Jésuites les chaires des facultés de théologie et des lettres de Wurzbourg : entre leurs mains, ces facultés déclinèrent de la plus pitoyable façon. Ils fermèrent l'université au courant rénovateur du dix-huitième siècle, non-seulement pour conserver la
— I9Ö — pureté intacte de la doctrine chrétienne, mais pour maintenir leur propre autorité. Les plus considérables de leurs élèves, tels que Schmidt, Oberthür, Onymus et Berg, finirent par s'élever contre eux et répudièrent leur méthode d'enseignement et d'éducation. L'instruction religieuse populaire, donnée par les Jésuites, était superficielle, comme leur enseignement supérieur^ elle avait pour but de conserver une orthodoxie inerte, fermée à la lumière de la pensée, d'assurer l'acceptation aveugle des décrets de l'Eglise, de propager des exercices de piété et des pratiques mécaniques, des superstitions grossières, des mièvreries et des coquetteries religieuses puériles. Le catéchisme du Père Vogler nous en fournira des exemples instructifs.
. Nous y trouvons un livre intitulé : « Jeux d'enfants » , et contenant un chapitre ayant pour titre les mots : « Amusements avec l'enfant Jésus. » Dans ce chapitre, nous copions le dialogue suivant : « Le jeu est-il permis dans votre Société ? — Nous jouons et nous nous amusons toute la journée. — Jouezvous aux cartes et aux dés? — Ce sont les vauriens et les tctes de linottes qui jouent à ces jeux. — "\'ous
ktez-vous des boules de neige et de boue.-' — Les enfants mal élevés, les valets et les garçons d'écurie se livrent à ces sortes d'exercices. — Est-il permis de gambader, de lutter ensemble, de se rouler les uns sur les autres? — L'enfant Jésus ne tolère pas de bouc bouquinant dans sa Société. — A quoi jouez-vous donc? — Nous élevons de petits autels, nous allons en pèlerinage, nous portons des croix, nous visitons des églises, les tombes des saints, nous chantons des psaumes, vêpres; nous jouons au ballon, avec des poupées, etc. — Quand joues-tu avec les poupées, etc.? — Non-seulement quand j'orne mon petit autel, mais surtout quand je place le clier enfant Jésus et mon petit ange gardien à côté de moi, à récole, à la table, etc. — Qu'est-ce que les ballons que te jette Tenfant Jésus? — Ce sont deux grands et beaux ballons, le ciel et la terre, que je jette à mon tour à Jésus quand je m'en sers à sa gloire et à son honneur. — Comment allez-vous à cheval sur des bâtons ? — Nous enfourchons le pied de la croix, nous chantons, et nous montons vers le ciel. »
On le voit : cette méthode était faite pour dresser
extérieurement et systématiquement les enfants à la piété; elle était employée non-seulement dans Tinstruction populaire, mais encore dans celle qui s'adressait aux jeunes gens nobles. On peut s'en convaincre en parcourant « le jeune Joseph » , rédigé par le Jésuite César Calini et inspiré tout entier de Fesprit du catéchisme de Vogler.
L'enseignement théologique et religieux ne serv^ait qu'à une chose : à former de grands enfants.
L'esprit dans lequel les Jésuites cultivaient la science éclate d'une façon frappante dans les questions insensées qu'ils soumettaient aux candidats au doctorat. A Fribourgen Brisgau, on posait les questions suivantes : « Quel promoteur a conféré la dignité doctorale à la Vierge Marie ? — Le manteau dont elle couvre ses protégés est-il le manteau philosophique? — Comment Symmaque s'y est-il pris pour apparaître dans la tête d'un poisson frit au roi arien Théodoric, qui l'avait fait m.ettre à mort ? — En vertu de qui, et par la grâce de qui Boëthius eut-il la force de porter à l'église la plus proche, dans ses mains, et tout en parlant, sa tête coupée par le même roi? — Où se trouve la descente aux en-
fers? — Au moyen de quels artifices les diables revêtent-ils, à la grande terreur des habitants de Tenfer, la forme de centaures, de satyres, etc. ? — Tout est-il vanité dans le monde, et jusqu'à quel point? — L'onguent des armes [unguentum armariimï) guérit-il par sympathie naturelle les blessures des absents? — Pourquoi le sang d'un homme tué entret-il en ébullition à rapproche du meurtrier ? »
A Breslau on soutenait des thèses comme celle-ci : « Le monde a été créé au printemps \ le fait qu'aussitôt après la chute, Adam a pu se couvrir d'une fourrure, ne prouve pas en faveur de l'automne ». En 1700, on discuta à Wurzbourg, sous la présidence du Père Zink, une thèse sur l'effet des améthystes, qui chassent les vapeurs de la tête et dissipent l'ivresse. Le Jésuite Schott racontait qu'en Ecosse, dans les Hébrides et dans quelques contrées de l'Inde, des canards et diverses espèces d'oiseaux croissaient sur les arbres, poussaient comme des feuilles, s'arrondissaient en restant attachés à la branche par le bec, puis se détachaient et prenaient leur vol. On publia également une thèse dont l'auteur exprimait la conviction que dans l'autre monde les élus auraient tous
six pieds de haut, le Christ a3^ant eu la même taille, d'après le récit des historiens et des Pères.
Les universités modernes sont pour les Jésuites l'abomination de la désolation. La Civilta dit qu'elles sont des ossements non pas seulement desséchés, mais puants ; l'odeur que répandent leurs doctrines est pestilentielle et mortelle.
Les Jésuites avaient juré surtout la perte des facultés de théologie catholique allcmraides -, ils craignaient d'y voir se produire les manifestations d'un esprit scientifique plus libre. Le premier coup fût porté à la faculté de Giessen : en i85i, l'évêque Ketteler la supprima, transporta le siège des études théologiques à Mayence, et le rattacha au séminaire de cette ville. Depuis cette époque, et notamment depuis le concile du Vatican, toutes les facultés de théologie catholiques comptant dans leurs rangs des professeurs qui n'admettaient pas les dogmes jésuitiques, ont été plus ou moins ruinées. L'université épiscopale de Louvain même, dont l'ambition est de soumetti , la culture tout entière de la Belgique â l'esprit catholique, n'a pas trouvé grâce aux yeux des Jésuites^ ils ont poussé leur hostilité contre
cette institution indépendante au point d'ordonner à leurs élèves de suivre les cours des universités de FEtat, Liège ou Gand-, le résultat en est que Louvain perd annuellement près de 1 1 o élèves, dont 90 renforcent le parti libéral ou anticlérical.
Les frères Augustin et Aloïse de Bäcker portent à 9,000 le nombre des écrivains qui ont appartenu à l'Ordre des Jésuites. Cette littérature s'étend à toutes les branches des connaissances humaines; mais le nombre des auteurs considérables est imperceptible, en regard de la foule immense des écrivains sans valeur. La Chaloîais se le demande avec raison : « Que faut -il penser d'une institution scientifique qui a besoin d'un ordre du général ou de la congrégation générale pour changer de grammaire, pour adopter un système de physique ou d'astronomie; d'une institution qui sur ses 5o,ooo professeurs de philosophie, n'en compte pas un qui ait quelque réputation, qui, avec le même nombre de professeurs de littérature, a produit si peu de bons ouvrages littéraires, et si peu de mathématiciens sur ses 2,000 professeurs de mathématiques ? »
La théologie, considérée par les Jésuites comme
la première des sciences, a été cultivée par eux avec le plus grand zèle. Ils ont développé surtout la dogmatique sous la forme polémique, et la morale sous la forme de la casuistique. A la tête des controversistes brillent Bellarmin avec ses célèbres « Disputationes de cotitroversiis fidei articulis », Gretzer, Tanner, Four, Valentia, Gotton et d'autres. Moehler dit que, sous la main des Jésuites, la dogmatique s'est changée en un squelette de notions arides, stériles, et que l'influence exercée par eux sur la science morale a été particulièrement funeste. Quant aux études bibliques, les Jésuites les ont négligées et Jamais ils n'y ont apporté de sens critique ou historique. L'Ordre n'a produit sur ce terrain qu'un seul véritable savant, l'Espagnol Jean Maldonat, à qui les protestants eux-mêmes ont rendu témoignage. Il a publié des commentaires remarquables sur les évangiles et sur les prophètes. Mais homme d'un esprit trop indépendant, Maldonat n'était pas un savant selon le cœur de la Société de Jésus. Les Pères du collège de Pont-à-Mousson, chargés de publier après sa mort son commentaire des quatre évangiles, l'ont falsifié et mutilé.
Il répugnait aux Jésuites de traduire la Bible dans les langues nationales : ils ne désiraient pas qu'elle fût mise aux mains du peuple. Mais lorsqu'en France il se répandit un certain goût pour la lecture de la Bible, ils se virent obligés de publier des traductions et des commentaires du Nouveau Testament-, Bouhours et Lallemant, entre autres, se livrèrent à ces travaux. Mais les Jésuites organisèrent une véritable persécution de la traduction du Nouveau Testament imprimée à Mons par les savants de Port- Royal; ils obtinrent même un bref du pape en ordonnant la suppression.
Les Jésuites ont essayé de falsifier de mainte fa- ^on Thistoirede TEglise. Le grand ouvrage « les Actes des saints » ne doit être consulté que sous bénéfice d'inventaire. Pallavicini a écrit une histoire du con« eile de Trente dans Tintention de défendre les intérêts de Rome et de réfuter Sarpi. Sirmond, savant distingué, a publié un recueil des décrets des conciles et les ouvrages de plusieurs auteurs ecclésiastiques. Une autre édition des décrets conciliaires a été publiée par Hardouin, esprit bizarre, qui soutenait que tous les ouvrages que Ton attribuait aux
anciens, sauf les écrits de Cicéron, l'histoire naturelle de Pline, les Géorgiques de Virgile, les satires et les épîtres d'Horace et quelques autres écrits, avaient été fabriqués au treizième siècle. Il prétendait également que tous les livres attribués aux Pères de l'Eglise avaient été composés au treizième siècle par une société d'hommes impies. Les membres de son Ordre lui ayant demandé de se rétracter, il obéit publiquement, mais il n'en conserva pas moins ses vues singulières. L'édition des décrets conciliaires publiée par lui parut à Paris en 1 7 1 5 ; mais réditeur s'étant permis un grand nombre de suppressions et de falsifications en faveur du système papal, le Parlement interdit la vente.
Le nombre des écrivains philosophiques de l'Ordre de Jésus est assez considérable. Est-il besoin de dire qu'avec la tutelle oppressive sous laquelle on retenait cette science, et avec l'horreur que toute spéculation libre inspirait aux Jésuites, la philosophie était condamnée à se développer moins encore que les autres branches du savoir humain. Nous aurons caractérisé d'un mot les travaux de l'Ordre, quand nous aurons dit qu'ils étaient une sorte de post-scriptum de la
scolastique, une reproduction des spéculations du moyen âge. Dans le droit naturel seul, les Jésuites ont produit des travaux indépendants et en partie inspirés par un esprit libéral. Dans cette branche, il faut nommer l'ouvrage en six livres de Molina, in- ;titulé : <( De la justice et du droit ».
Parmi tous les écrivains philosophiques de l'Ordre c'est François Suarez de Grenade (i 548-1 617) qui s'est acquis le plus grand nom. Ses ouvrages, dans l'édition de Venise de 1740, ne remplissent pas moins de 2 3 in-folio. Suarez, lui aussi, n'est à vrai dire qu'un scolastique \ il n'a pas ouvert de voies nouvelles à l'esprit humain, il s'est borné à apporter des preuves scientifiques à l'appui du système ecclésiastique et à le défendre contre les objections. Dans ce travail, il s'est inspiré des ouvrages de Thomas d'Aquin. Il faut l'avouer cependant : il a fait preuve d'un esprit pénétrant, il a cherché à produire des arguments nouveaux et il a su éviter par de subtiles distinctions bien des conséquences fâcheuses de la doctrine de son maître Thomas. La philosophie de WolfT se conciliait facilement avec la scolastique sèche et aride des Jésuites; aussi cette philosophie
a-t-elle été introduite dans les collèges de l'Ordre, même à Rome.
En i85o, on fonda à Naples la Civilta cattolica, destinée à être une revue littéraire, politique et philosophique. La rédaction ne tarda pas à être transférée à Rome. Elle déclara que sa tâche était de ramener la tendance et les idées de la civilisation sur le terrain de TEglise catholique, dont elles s'étaient éloignées depuis trois siècles. Bresciani inséra dans la revue des nouvelles, Tapparclli d'Azeglio, frère de Massimo d'Azeglio, des traités de droit et de droit canonique -, Liberatore y publia des études de philosophie spéculative. Il écrivit, entre autres, un « Essai sur la connaissance » , où il s'inspirait de Thomas et de la scolastique. Ces derniers travaux philosophiques de rOrdre ont encore moins de valeur que les précédents et ne peuvent avoir de signification ni d'effet à notre époque, il n'est pas besoin de le dire.
Ecrire des traités d'histoire inspirés par l'amour de la vérité, cela était tout simplement impossible à l'Ordre de Jésus. Rien de plus instructif à cet égard que les documents publiés naguère par Friedrich.
L'avis donné par les censeurs de TOrdre sur T Histoire de la Bavière par le Père Bervaux, prouve que la Société ne peut dire la vérité parce qu'elle est forcée de tenir compte de l'autorité du saintsiége, de la faveur des princes, des attaques des hérétiques : elle est tenue, non point de reproduire l'image exacte du passé, mais de falsifier et de passer sous silence, de faire de la politique, pour ne point s'aliéner les sympathies du pape et des princes catholiques. Par conséquent, lorsqu'il s'agit de raconter les conflits entre les puissances bien pensantes, il faut louvoyer habilement, afin de n'en froisser aucune. Le premier des censeurs estime que le récit véridique du règne de l'empereur Louis de Bavière comprendrait beaucoup de faits qui ne sont pas à l'honneur du pape ni de l'empereur et qui les exposeraient aux risées des hérétiques; il faudrait donc les supprimer ou les résumer, au lieu de les raconter en détail. Le récit exact des défaites pendant la guerre de Trente ans paraît compromettant pour la gloire de la maison de Bavière, et dangereux pour la Société, puisque la responsabilité de ces revers
retombe sur les têtes couronnées. Il s'agit donc d'af- II. 14
faiblir ou de taire la maudite vérité. — - Le second censeur pense que l'intérêt de TOrdre et les obligations qu'il a contractées envers les princes les plus puissants de F Europe ne permettent pas de traiter de nombreux chapitres de cette histoire selon la manière de Fauteur et de publier l'ouvrage sous le nom de la Société. Il propose diverses modifications, pour la plus grande gloire du prince électeur. — Le troisième censeur conseille de supprimer plusieurs passages alléguant des faits positifs mais qui pourraient blesser. Il est, lui aussi, d'avis que l'ou- \Tage ne pourra pas porter le nom d'un membre de rOrdre : l'Ordre ne doit pas faire le récit des guerres entre les princes chrétiens, encore moins celui des guerres du présent siècle. En second lieu, Bervaux a eu le tort de raconter un grand nombre de faits qui sont incontestables mais qui jettent un blâme sur la conduite de l'empereur et des princes les plus puissants. C'est ainsi qu'il est impossible de défendre sur certains points Maximilien sans condamner l'empereur, etc. — En conséquence, le général Goswin Nickel écrit au provincial Speiser, à Augsbourg, que le travail du Père Bervaux ou bien ne
Terra pas le jour ou bien sera publié sans nom d'auteur ; dans ce cas, on n'y laissera subsister rien qui puisse mécontenter les princes ou laisser supposer que Touvrage a pour auteur un membre de FOrdre de Jésus. Dans un écrit adressé au provincial Veihelin, à Augsbourg, le général dit que, si rélecteur, en dépit de toutes les instances de la Société, persiste à demander la publication de Touvrage, on devra le soumettre préalablement à la censure de Rome, la huitième congrégation générale ayant promis au pape de faire reviser à Rome tous les livres de rOrdre où Ton pourrait redouter de trouver une offense quelconque.
Le Jésuite André Brunner en a fait lui-même Taveu dans une lettre écrite le 4 juillet i636 à Elie Ehinger : « L'Ordre de Jésus ne supporterait pas la libre recherche, quand même tel ou tel membre voudrait s'y adonner ». Il fut interdit à Brunnerde publier son << Histoire de Louis de Bavière », et l'on confisqua (I l'Histoire de la Bavière » par Rader, parce que Fauteur soutenait Louis de Bavière contre les prétentions papales.
Le plan d'études de la Société de Jésus de Land-
shut, rédigé en i833, recommande de prendre pour guide de l'enseignement historique dans les gymnases les misérables Rudimenta liistoiHca du siècle dernier, ouvrage rempli de fables et des miracles les plus grotesques, inventés pour la glorification de la papauté. La haine des hérétiques et surtout de Luther s'y donne libre carrière. On y raconte gravement que l'empereur Maximilien a vu à Augsbourg, en i5i8, le diable en personne assis sur les épaules de Luther. Le mariage de Luther est « un acte de débauche blasphématoire, un crime pendable » -, la confession d'Augsbourg « cousue de divers lambeaux, de toutes sortes de mensonges, de supercheries, de blasphèmes, rejetés depuis longtemps » . En général, l'hérésie protestante est un « châtiment dont Dieu a frappé les peuples du Nord à cause de leurs vices débordants ». Précieuses aussi sont les histoires merveilleuses que l'on fait passer pour des faits historiques. A la fête de Saint-Clément, la mer s'est retirée pour laisser aux chrétiens le libre accès de la tombe élevée, sous l'eau, par la toutepuissance de Dieu. Grégoire, l'homme aux prodiges par excellence, a déplacé par la prière une monta-
gne qui gênait la construaion projetée d'une église. Sur la prière du saint ermite Günther, un paon rôti s'est envolé subitement de la table du roi Etienne de Hongrie.
Du reste, le ton sur lequel le pauvre auteur des Rudiments parle de Luther, est le ton des historiens officiels de TOrdre de Jésus. Voici comment Orlandini, par exemple, raconte la mort du réformateur : « Dieu enleva de la terre cette crapule, ce semeur de maux sans nombre, ce véritable antéchrist. Je ne puis prendre sur moi de nommer le monstre par son nom. Ce renégat de la foi catholique, cet échappé des couvents, cet auteur de toutes les hérésies, ce scélérat détesté de Dieu et des hommes, fut surpris la nuit par une maladie subite et enlevé, après s'être livré aux plus grands excès et avoir dit ses bons mots habituels. L'âme damnée s'en alla, morceau prédestiné à Satan, dont le ventre se repait de pareille chère (i). » Del Rio raconte à son tour que des démons ont quitté des possédés en Belgique et ont pris leur vol pour venir assister à l'enterrement de Luther. Les historiens jésuites empruntaient leur
(i) Hist. Soc. Jesu, I, lib. 6, nr 69.
style aux bulles papales. Nous lisons, en effet, dans la sentence prononcée sur Luther et confirmée par Charles-Quint â Worms, le 8 mai i52i, que « Luther n'était pas un homme, mais le diable lui-même qui, sous forme humaine et pour la perte du genre humain, ramassa et jeta dans une fosse à purin tout le fumier des hérésies depuis longtemps condamnées, pour détruire toute paix, tout amour évangélique, sous couvert de confesser l'Evangile ».
On le voit : il faut se défier de toute œuvre historique écrite par un Jésuite, Thistoire étant au service de la politique de TOrdre. Non-seulement la Société s'est permis des falsifications et des suppressions ; elle a nié l'authenticité des pièces les plus dignes de confiance, elle a même fabriqué des documents. C'est ainsi que le Jésuite Juchofer a inventé dans ses annales ecclésiastiques de la Hongrie une bulle de Sylvestre II, dans le but de constater que le royaume était complètement indépendant du saint-siége; une série de Jésuites ont défendu l'authenticité de cette pièce fabriquée. D'autre part, Bamberg révoque en doute l'authenticité de documents compromettants pour les papes, par exemple des lettres écrites par
Martin IV à Pépoque de sa lutte avec Pierre d'Aragon. C'est donc avec juste raison que Leibnitz a conseillé de ne Jamais confier la direction d\me bibliothèque ou d'archives quelconques à un Jésuite, de peur de le voir falsifier ou supprimer les choses qui lui déplairaient.
L'Ordre lui-même a pris soin de faire écrire son histoire. Le premier volume, contenant le récit de la fondation de la Société, a été rédigé par Orlandi. Le deuxième, le troisième, le quatrième et la première partie du cinquième, ont pour auteur Sachini ; ils contiennent l'histoire du généralat de Lainez, de Borgia, de Mercurian et d'Aquaviva. La seconde partie du cinquième volume est de Jouvency. Le dernier volume a été rédigé par Gordara. Sachini a passé sous silence tout ce qui n'a pas eu le don de lui plaire -, il n'a choisi parmi les faits qui étaient à sa disposition que ceux qui font honneur à l'Ordre.
Parmi le peu d'historiens importants qu'ait produits l'Ordre, il faut citer en première ligne Mariana, avec son « Histoire d'Espagne » ; c'est un ouvrage plein d'érudition, inspiré par l'amour de la vérité. « L'Histoire de France » de Gabriel Daniel mérite également
d'être mentionnée. Le duc de Saint-Simon dit que les connaisseurs méprisent cet ouvrage : l'auteur s'est proposé de montrer que la plupart des rois de la première race, plusieurs de la seconde et quelques-uns de la troisième ont été des bâtards reconnus, fruits de l'adultère et d'un double adultère, et que leur naissance ne les a nullement exclus du trône. Daniel voulait rendre plausible la possibilité de la succession au trône pour les bâtards de Louis XIV, à une époque qui avait vu mourir l'un après l'autre le dauphin et son fils aîné, et pour le cas où les héritiers légitimes feraient défaut. Aussi toucha-t-il une pension de deux mille francs pour son ouvrage, et en en jouissant, se moquait-il des attaques que lui valait son livre. Daniel écrivit aussi « l'Histoire de la milice française » , que le tacticien Folard regardait comme le meilleur ouvrage de ce genre. L'historien le plus éminent de l'Ordre est le Néerlandais Papebroch (1628-1714), qui rédigea, en 14 in-folio, les mois de Mars, Avril, Mai et Juin des a Acta sanC' toriim ». Il y a fait preuve d'un esprit critique indépendant; il disait qu'il aimait mieux ne rien écrire que de ne pas écrire la vérité \ il exprima le désir
de voir supprimer les fables contenues dans le bréviaire et le martyrologe. Cette franchise lui valut la haine de l'Inquisition d'Espagne, qui rejeta les quatorze premiers volumes des Actes ^ sous prétexte qu ils contenaient des hérésies. Papebroch a porté un jugement très-sévère sur la façon d'écrire l'histoire de ses frères de F Ordre de Jésus.
« L'Histoire du peuple de Dieu » par Berruyer, est une œuvre bizarre; dans la première partie, le texte de la Bible est chargé des couleurs du roman, les patriarches sont représentés comme des Céladon , les femmes comme des Astrée , les histoires d'amour sont racontées avec les plus grands détails et sous les couleurs les plus vives, comme, par exemple, la scène entre Joseph et la femme de Putiphar, les coquetteries de Judith avec Holopherne, etc. Dans l'histoire du Nouveau Testament, Berruyer a trouvé moins d'occasions de donner libre carrière à son imagination. Le grand scandale que causa le livre frappa de terreur le général; deux papes, Benoît XIV et Clément XIII, le condamnèrent.
Plus de trois cents Jésuites ont écrit des grammaires et des ouvrages élémentaires sur des langues
mortes ou vivantes. Les Jésuites ont enseigné plus de quatre-vingt-quinze langues. C'est le Père Adler qui a inventé le « Gradus ad Parnassitm ».
Dans les mathématiques et les sciences naturelles, nous trouvons des savants de premier ordre apparpartenant à la Société de Jésus; mais la Société a souvent consacré tous ses efforts à combattre les grandes découvertes qui semblaient menacer l'arche sainte de ses dogmes. Bellarmin a été Tâme de la persécution dirigée contre Galilée,
Le Père Scheiner, professeur de mathématiques à Ingolstadt, fut forcé de combattre Copernic, Cet astronome avait découvert en 1 57 5 les taches solaires et les satellites de Jupiter. On raconte que Scheiner avoua au Père Buscé qu'il avait observé lui-même à l'aide du télescope les taches qui se trouvent dans le soleil : le Père Buscé le repoussa et l'accusa d'hérésie. « J'ai lu Aristote et n'y ai rien trouvé de pareil-, tu peux donc être certain que ce que tu as cru voir n'a été qu'une illusion de tes sens ou du télescope ». — Le Père Jean-Baptiste Riccioli comptait, lui aussi, parmi les astronomes les plus savants du dix-septième siècle; l'Ordre le chargea
également de combattre renseignement de Copernic. Riccioli Tattaqua par toutes sortes de raisons, mais en des termes tels qu'on pouvait le soupçonner de vouloir ruiner la cause qu'il était chargé de défendre. Selon lui, le système de Copernic était le plus beau, le plus simple, le mieux ordonné; mais ses supérieurs le forcèrent d'en opposer un autre, selon lequel le soleil tournait autour de la terre. — En 1727 les Jésuites soutenaient encore avec enthousiasme cette idée, que le soleil se meut au milieu du ciel, comme un roi au milieu de son royaume, comme un père au milieu de sa famille.
Le Père Athanase Kircher (1602- 1680) a inventé la sténographie.
Parmi les grands mathématiciens, physiciens et astronomes de l'Ordre, il faut citer encore : Christophe Clavius, que Grégoire XIII chargea d'améliorer le calendrier; Zuchi, qui donna les premières indications pour la fabrication de télescopes catadioptriques; Eschinardi, qui découvrit la célèbre comète de 1 668 et écrivit sur le percement de l'isthme de Suez; François Maria Grimaldi, qui fit des découvertes importantes relatives à la théorie de la lu-
mière; Roger Joseph Boscowich. Ce dernier fit d'importantes découvertes astronomiques, composa de nombreux travaux sur l'optique, trouva le moyen d'empêcher Técroulement de l'église de Saint-Pierre à Rome, de dessécher les marais Pontins. écrivit en lySS un ouvrage intitulé « De philosophiœ naturalis theoria » , qui devint pour un grand nombre de mathématiciens le point de départ de leurs travaux. Enfin, il nous reste à mentionner François de Vico, qui découvrit plusieurs comètes, les deux satellites les plus rapprochés de Saturne, un grand nombre d'étoiles, et étendit nos connaissances relatives â l'atmosphère de Saturne \ Angelo Sechi, un des premiers physiciens, mathématiciens et astronomes du temps présent. Un grand nombre d'observatoires ont été créés et dirigés avec succès par les Jésuites.
L'invention des ballons est due au Jésuite Gusinao; elle ne lui porta point bonheur. Lorsqu'il fit monter un ballon â Lisbonne, l'Inquisition l'accusa d'être un sorcier, un enchanteur, et le fit condamner à la prison. Les frères de l'Ordre le délivrèrent et l'emmenèrent en Espagne, mais il mourut bientôt après, consumé par le chagrin. Lana Terzi a inventé
la machine à semer, l'instruction des sourds-muets, un moyen pour les aveugles-nés de communiquer leurs impressions.
Nons avons vu plus haut que les Jésuites ont cultivé aussi Tart militaire. L'Hoste et Charles Borgo se sont particulièrement distingués dans cette branche. Le premier a écrit un ouvrage très-important sur la construction des vaisseaux de guerre ; le second, sur la fortification et la défense des places de guerre. Borgo dédia son travail à Frédéric-le-Grand ; le roi, enchanté, nomma Fauteur lieutenant-colonel honoraire du génie.
Le Jésuites publiaient depuis 1701 les Mémoires de Trévoux, une sorte d'encyclopédie pour Fhistoire des sciences et des arts. Lorsque Diderot commença la sienne, ils cherchèrent à lui imposer leur collaboration, mais on n'accepta pas leurs services.
Le célèbre jésuite Bellarmin a rédigé une autobiographie et professé la plus grande admiration pour sa propre personne, comblée par Dieu de dons surnaturels. Il prétend avoir écrit le mémoire sur la prière d'un fixere et d'un ami, mais l'autobiographie montre trop clairement qu'il l'a rédigée dans l'intérêt
de sa béatification et de sa canonisation. Cet écrit renferme beaucoup d'indications qui caractérisent l'esprit et les pratiques du jésuitisme. Bellarmin raconte qu'on le chargea d'expliquer les oeuvres de Démosthènes et de Cicéron au collège de Mondovi, et qu'il ne savait rien de la langue grecque, sauf Talphabet. Il dit à ses élèves qu'il commencerait par leur apprendre les éléments, après quoi l'on passerait à l'étude de Démosthènes. C'est ainsi qu'il apprit au prix de grands efforts ce qu'il devait enseigner aux autres.
La manière dont Bellarmin célèbre les succès qu'il prétend avoir remportés comme professeur et prédicateur, jette un jour singulier sur la modestie jésuitique. Il raconte qu'un jour, après un de ses sermons, les chanoines s'étaient écriés : « Une autre fois vous prêcherez vous-même, aujourd'hui c'est un ange du ciel qui a prêché » . Bellarmin n'oublie pas de parler de ses dons et de ses inspirations célestes. En 1 589, il prédit que Sixte-Quint mourrait dans la même année ; il prédit également la date de la mort de Clément VIII. Il avoue qu'il a fait de l'astrologie au collège de Mondovi.
Un service particulier que Bellarmin rendit â Sixte-Quint et qu'il mentionne avec la satisfaction la plus intime dans son autobiographie, empêcha la réalisation de son plus cher désir. En lôgi, Grégoire XIV se demanda ce qu'il ferait de la Bible de Sixte-Quint, dans laquelle se trouvaient beaucoup de passages corrigés mal à propos. Un certain nombre d'hommes considérables opinèrent qu'il fallait l'interdire publiquement. Bellarmin prouva au pape qu'on ferait mieux de la réviser et de la publier de nouveau, après correction, pour l'honneur du pape. Il fallait donc supprimer au plus vite tous les passages falsifiés, publier de nouveau la Bible sous le nom de Sixte-Quint et dire dans la préface que, par suite de l'inadvertance des typographes, toutes sortes de fautes d'impression s'étaient glissées dans la première édition. Cette proposition agréa au pape et fut réalisée. Bellarmin fut préposé à la correction, et la Bible publiée avec une préface du Jésuite, par Clément VIII, après k mort de Grégoire XIV et d'Innocent IX, et sous le nom de Sixte-Quint.
Cette pieuse supercherie, destinée à sauvegarder
l'infaillibilité papale, fut divulguée par Bellarmin lui-même, tourmenté du besoin de louer sa propre personne aux dépens du souverain pontife. Le secret trahi empêcha la canonisation de Bellarmin, dem.andée par la Compagnie de Jésus, qui se proposait de le placer en qualité de (c docteur immaculé » à côté de Thomas d'Aquin, le « docteur angélique » . Bellarmin se fait gloire de sa ruse, comme d'un acte tout particulier de piété, car il a rendu par là le bien pour le mal à Sixte, qui avait fait mettre à l'index son livre sur « le souverain pontife »; mais un mensonge aussi évident semblait se concilier difficilement avec le caractère d'un saint de l'Eglise romaine, aussi les Jésuites ont-ils mis tout en œuvre pour faire disparaître l'autobiographie de Bellarmin.
Bellarmin raconte en outre qu'il avait eu beaucoup de chances de devenir pape, mais qu'il avait refusé cette dignité. Comment concilier avec cette assertion les paroles où il affirme qu'il ne hait point ceux qui ont empêché son élection, et qu'il ne s'afflige point de l'échec de sa candidature, les fonctions du pape étant les plus périlleuses du monde ?
Il prétend également que c'est à ses efforts qu'est due la béatification du fondateur de son Ordre.
A la fin de son autobiographie, l'auteur, jaloux des honneurs rendus à la mémoire de Loyola, déclare qu'il n'a rien dit de ses vertus, ne sachant pas s'il en possédait réellement; il s'est tu sur ses vices, car ils ne méritent point d'être mentionnés.
Les Jésuites n'ont exercé aucune influence sur la littérature allemande du dix-huitième siècle. Bälde, qui n'était point dépourvu de sentiment poétique, prétendait que la langue allemande ne se prête pas à la versification. Il publia un écrit destiné uniquement à railler les poètes allemands de son temps. Angélus Silésius et Frédéric Spée publièrent des poésies en langue allemande. Silésius, plein de l'esprit mystique d'Ekhard et de Tauler, développa dans son « Voyageur diéinibinique » un système théoso» phique profond, où l'on reconnaît le précurseur des philosophes panthéistes modernes. Il rédigea ensuite la « Joie sainte de F âme ou cantiques pieux » , dont un grand nombre a été introduit et conservé jusqu'à ce jour même, dans l'Eglise protestante. Silésius écrivit en outre « la Contemplation des quatre II. i5
choses de laßn»^ dans le but de détourner du péché par la vive peinture des tourments de Tenfer, et d'attirer à la vertu par la description matérielle des joies célestes. Rien de plus grossier, de plus dégoûtant que cette peinture des châtiments infernaux ; rien de plus sensuel que la description des joies du paradis.
Frédéric Spée publia « rEjîiîile du rossignol «, ainsi appelé parce que les chants que contenait ce recueil devaient, dans la pensée de l'auteur, rivaliser avec ceux du rossignol. On y trouve un sentiment intime de la nature, un profond sentiment religieux, exprimés dans im langage d'une élégante souplesse.
Les Jésuites n'ont rien inventé en fait de style en architecture et dans les arts qui s'y rattachent ; mais ils ont contribué à répandre les principales formes qui existaient de leur temps. De la seconde moitié du seizième siècle au dix-huitième siècle, ils ont travaillé à faire triompher le style de la dernière période de la Renaissance. Ils y ont déployé une ardeur telle que l'on a tout simplement appelé ce style le style jésuitique. Ils l'ont transplanté dans le Nord,
l'y ont acclimaté, et Tont employé également &n sculpture et en peinture.
En 1575, on entreprit à Rome la construction de réglise modèle des Jésuites, de Téglise del Gesu. he cardinal Alexandre Farnèse chargea le célèbre architecte Vignola de dresser les plans et de diriger les constructions; elles furent achevées par Télève de \'ignola, Giacomo deila Porta. Vignola était un des représentants de la tendance sévère de Tarchitecture de la Renaissance, et il a appliqué ses principes à plusieurs constructions profanes et sacrées. Les éléments employés à T Eglise del Gesu sont ceux de la Renaissance en général : les voûtes en plein cintre ou en coupole, des rangées de colonnes ou de pilastres devant les murs qui soutiennent les voûtes, des chapelles sur les bas-côtés, de façon que les nefs latérales du style roman et gothique deviennent impossibles. Ajoutez à cela les revêtements en marbre des plans immenses et le développement toujours plus riche de la sculpture des entablements. Les voûtes en plein cintre avec leurs conséquences, les murs massifs et les colonnes qui les masquent, étaient empruntés -à Tarchitecture romaine et em-
ployés dans un but nouveau. De même que Téglise de Saint- Pierre, celle de Gesti forme une construction puissante, avec une coupole imposante sur le milieu de la nef en forme de croix; le chœur s'y rattache d'un côté, et de T autre la grande nef avec ses chapelles latérales. La construction n'a qu'une grande nef, terminée par une voûte en plein cintre, et flanquée de murs puissants qui servent de contreforts. Les chapelles qui s'y rattachent des deux côtés ont également des voûtes en plein cintre ou hémisphériques. Les contreforts, qui sont opposés à la direction de la nef, rendent possible l'établissement de galeries et de fenêtres. Pour mettre de la variété et du rhythme dans la masse monotone du bâtiment, on emploie des cassettes, qui consistent en des renfoncements de forme carrée des voûtes. A ce système sévère de la première période de la Renaissance on rattacha bientôt une ornementation luxuriante, on fit de l'architecture un simple support des accessoires de la sculpture et de la peinture, de telle façon que les lignes pures, horizontales et hémisphériques, furent brisées et contribuèrent à l'effet pittoresque de l'ensemble. En un mot, la construction et
le plan architectural s'effacèrent devant la décoration. Ce style, mis en vogue en Italie, surtout par Borromini, à la fin du seizième siècle, resta dominant jusqu'en 1780 dans l'architecture de l'Italie, de la France, de l'Espagne et de l'Allemagne. Pozzo forgea un véritable système de décoration, qui devint la règle suivie dans la construction de la plupart des églises de l'Ordre de Jésus. Pozzo prit, par ses conseils et ses travaux d'architecte et de peintre, part à l'édification des principaux monuments de la Société. Ses estampes se répandirent dans le monde entier. Les peintres et les stucateurs n'avaient qu'à imiter ces modèles pour attirer la clientèle. Jointe aux lignes brisées et aux formes bombées des faça» des, des entablements, des enjolivements des portes et des fenêtres, la décoration en stuc était prédominante dans toute la construction et produisait, par l'accumulation des détails, un effet d'encombrement augmenté encore par des revêtements en marbre, naturels ou artificiels, et par des incrustations. Les lapis-lazuli, le jaspe servaient dans la plupart des églises un peu riches à donner aux autels le charme de la couleur et les refîets de la lumière. La capitale
de la Bavière se distingua, sous le règne de Maximilien I", par la fabrication du marbre artificiel de différentes couleurs, à tel point que Tartiste de la cour fut appelé auprès du roi d'Espagne. Toutes les Eglises cherchaient à se surpasser Tune l'autre par la splendeur de leurs ornements : TOrdre des Jésuites disposait à cet égard des ressources les plus considérables. L'exposition splendide, près des deux plus grands autels latéraux du Gesu de Rome, des restes mortels de Loyola et de François-Xavier, donna l'impulsion à ce mouvement qui porta à orner les reliques des saints de joyaux précieux; ces joyaux, joints au marbre aux couleurs ^•ariées, aux ornements de stuc, aux tableaux éclairés par la lumière de. cierges innombrables, produisaient un effet stupéfiant "sur le spectateur. Les Jésuites se servirent avant tout des travaux en métal et en bronze, pour orner leurs églises. Le tabernacle en bronze, élevé par Lorenzo Bernini au maîtreautel de Saint-Pierre à Rome, fut le signal de la fabrication de ces objets véritablement monstrueux que le Père Pozzo acheva dans l'église des Jésuites et à Santa-Maria-ai-Scalzi de Venise. L'art
véritable manifeste sa puissance par des effets de la plus grande simplicité ; il ne flatte pas les sens, il renonce à la splendeur matérielle. Chez les Jésuites, la magnificence et la richesse éblouissante des détails sont destinées à exprimer la puissance spirituelle de l'Eglise et son triomphe sur tous les éléments hostiles. Est-il besoin de dire qu'elles n'expriment que les apparences de la force et qu'elles ne répondent pas aux besoins intimes et profonds de Tâme humaine? Les innombrables peintures qui recouvrent les murs, les coupoles et les autels, les sculptures des portails représentent presque toujours la victoire de l'Eglise sur l'hérésie et l'incrédulité, les hauts faits de l'Ordre de Jésus, par des scènes historiques et légendaires, par des allégories et des visions, surtout par la personnifi.cation de ces triomphes dans la. ligure de Saint-Michel terrassant Satan et ses satellites. L'emblème de TOrdre brille avant tout dans les initiales de Jésus, entourées de rayons resplendissants. De cette façon, les autels, les tabernacles, les portails, les chapelles, les églises, les plus petites châsses contenant des reliques sont les témoins des triomphes de la Société, identifiés avec ceux de l'E-
glise. On connaît partout la colossale figure en bronze représentant P archange terrassant Lucifer au portail de réglise des Jésuites de Munich, et le tableau figurant la même scène au-dessus du maître-autel de la même église. Les Jésuites ont représenté aussi la Vierge Marie victorieuse de Thérésie ; témoin la colonne de la vierge de Munich, avec ses quatre anges armés en guerre. Ces quatre anges en bronze, placés aux quatre coins du piédestal de la colonne, tuent les monstres gisants à leurs pieds.
Rubens a peint un grand nombre de tableaux pour les églises des Jésuites. Sur la commande du duc Wolfgang Guillaume de Neubourg, il avait exécuté le Jugement dernier pour l'église nouvellement construite des Jésuites de Neubourg-, cette œuvre fait maintenant partie de la Pinacothèque de Munich. Les grands tableaux du Belvédère de Vienne, de la main de Rubens, représentent des scènes de la vie de Loyola et de François-Xavier : ces deux saints, revêtus de leurs ornements sacerdotaux, font des miracles. Tun devant un autel, P autre sur la terrasse d'un temple. Le célèbre élève de Rubens, Antoine van Dyck, et le groupe tout entier de ses disciples
ont travaillé également pour les Jésuites ; ils ont fait pour eux les plus grands tableaux à Thuile, de même que de petits dessins pour gravures à taille-douce : il en fallait des quantités innombrables à l'Ordre de Jésus. Il ornait non-seulement ses livres de dévotion et ses lettres de confrérie, mais encore les thèses exposées comme objet de discussion, lors des promotions publiques. Ces derniers ornements représentaient ordinairement des allégories : la foi, la science, la vertu, etc.
Parmi les artistes appartenant à l'Ordre même, un petit nombre seulement a dépassé le niveau de la moyenne. Les uns ont imité Pietro da Cortona, surnommé Berettini, les autres Rubens. Au premier groupe appartient Jacques Courtois, né en Franche- Comté, en 1621, et surnommé Borgognone par les Italiens ; il a fait partie de la Compagnie de Jésus. Il fut l'ami de Guido Reni et de Cerquozzi et acquit un grand renom comme peintre de batailles. Il a représenté surtout des batailles bibliques : les combats de Josué, la prière de Moïse pendant le combat contre les Amalécites. On y trouve la marque d'une imagination fougueuse ^ le coloris des petits tableaux
est chaud ; celui des grands est plus faible. Courtois paraît n'avoir consacré qu'un travail incomplet, hâtif, à ses grandes peintures. Les faits de guerre de r archiduc Mathieu (à Florence), et la bataille d'Arbella (à Paris) sont ses œuvres les plus considérables. Les galeries de Munich, de Dresde et deSaint-Pé.tersbourg possèdent également des tableaux de Courtois. Les peintures religieuses ne valent pas les scènes belliqueuses. Un autre peintre de Técole de Cortona, Ottaviano Dandini, de Florence, a été également membre de l'Ordre de Jésus. Le plus grand tableau de ce maître se trouve à l'église Sainte-Madeleine, de Pescia. Le Jésuite Pietro Latri s'est inspiré du même sentiment dans les travaux qu'il a faits pour l'église principale de l'Ordre à Rome. Giuseppe Valeriani d'Aquila a cherché à imiter Sebastiano da Piombo -, mais ses efforts n'ont pas été couronnés de succès. Toutefois, son « Annonciation », dans l'église du Saint-Esprit, et un tableau du même genre dans l'église du Gesii de Rome témoignent d'une étude sincère de la nature. Deux tableaux de Giuseppe Castiglione dans l'église des Jésuites de G3nes prouvent que l'art des Italiens était en pleine décadence
au dix-huitième siècle. Un artiste de Técole de Rubens, Daniel Zeeghers, est peut-être le meilleur peintre qu'ait produit TOrdre des Jésuites. Il s'est appliqué surtout à la peinture des fleurs. Il a entouré des tableaux de Rubens et de Van Dyck de guirlandes de fleurs, ravissantes de fraîcheur et de naturel. Il a orné ainsi la Vierge avec l'enfant Jésus, de Rubens, dans l'église des Jésuites d'Anvers.
Ernest Falke a jugé ainsi qu'il suit l'art des Jésuites : « Ils n'ont pas dédaigné d'agir sur les sens, et ils ont trouvé un instrument favorable dans la tendance prédominante de leur temps. En tout cas, ils ont favorisé cette tendance; leurs églises la montrent dans sa réalisation la plus pompeuse. Ils l'ont répandue sur la terre entière, jusque chez les Chinois, dont ils ont corrompu l'art plein d'originalité, et enfin est venu un membre de l'Ordre, le Père Andrea Pozzo, qui a développé les nouveaux systèmes, en a fait une sorte de théorie et a mis de l'ordre et de la méthode dans la folie ( i ) ».
(i) Histoire du goût moderne. Leipzig, 1866.