‹ Les Jésuites-martyrs du Canada [microforme]Chapitre 12 sur 73 · PRO · texte numérisé non relu

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Je pense donc qu’il faut attribuer ce froid seulement à la sécheresse 1, qu’Aristote appelle cos caloris et frigoris 2. Je ne mets pas en question si le froid de la Nouvelle-France est plus intense que celui des pays situés sous le même parallèle ; car il est certainement beaucoup plus grand, et accompagné d’une telle abondance de neige et de glace, que les fleuves restent gelés pendant cinq ou six mois entiers. Tout cela peut être regardé comme l'effet de la sécheresse, qui est nécessaire pour former la neige et la glace.

C'est en effet une opinion très-fondée en raison, que le froid, quoique excessif, ne suffit pas pour produire la glace ; autrement l’eau, qui dans son état naturel demande pour geler le froid le plus élevé, comme disent quelques-uns, ou du moins un froid très-intense, comme tout le monde en convient, devrait alors naturellement rester toujours gelée, ce qui serait en contradiction avec sa fin, qui est de servir à l’homme et aux animaux pour se purifier et se désaltérer. Puisque le froid seul, quoique intense, ne suffit pas pour cet effet, et qu’il faut en outre ou quelque nouvelle substance, ou l’évaporation, ou une certaine disposition à la sécheresse, l’eau à l’état ordinaire reste liquide, tandis que dans les lieux où règne la sécheresse, bien que le froid ne soit pas plus grand qu'ailleurs, elle se congèle ou se dilate pour devenir neige et glace.

La sécheresse de ce pays est évidente pour deux raisons.

10 La plus grande partie du sol, étant formée de pierres et de sable, sans être pour cela stérile, ne peut fournir au soleil que des émanations très-sèches ; aussi les pays maritimes étant plus humides, la neige y est moins abondante, et se fond plus vite.

20 L'expérience sert aussi à le prouver, car les pluies y sont très-rares et l'air si sain, que pendant plus de seize années que la Mission huronne a existé (et nous avons été jusqu’à soixante Européens, dont plusieurs d’une complexion très-délicate), il n’en est pas mort un seul de mort naturelle, malgré les fatigues extrêmes et les grandes privations qu’on y endurait, comme

? Nous laissons à l’auteur toute la responsabilité de cette théorie, empruntée aux idées naïves qui avaient cours au moyen-âge.

* La pierre à aiguiser la chaleur et le froid.

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nous le verrons ; tandis qu’en Europe il ne se passe pas d'année, où il ne meure quelqu'un dans nos colléges in peu nombreux. Or, d’après Aristote, /a corruption vient de l'humidité (omnis corruptio ab humido) ; on peut donc conclure, par la raison des contraires, que /a sécheresse est favorable à la santé (a contrario, sanitas a sicco). C’est peut-être pour cette raison que les Sauvages, indépendamment du changement de nourriture, s’accoutument difficilement à la température de l’Europe. .

Cette raison est commune à la chaleur et au froid, d’après le principe : Srccitas est cos caloris et frigoris ; maïs quant au froid en particulier, nous pouvons ajouter d’abord que le sol de ce pays est plus élevé que le nôtre, et par conséquent plus rapnroché de la seconde région de l'air; il doit donc participer davantage à sa température froide. On peut s’en convaincre 1° par la profondeur plus grande de la mer, ce qui la rend plus dangereuse pour les vaisseaux qui veulent aborder; 2° par le grand nombre de chutes que font les fleuves ; réunies ensemble, elles feraient une montagne assez haute, tandis que cette élévation formée par degrés paraît peu sensible; 30 par les vents très-froids qui viennent des montagnes voisines, dont la chaîne s'étend dans toute la longueur du pays, comme les Apennins en Italie. Soufflant ainsi d’un pays froid et sec, ils correspondent à notre Maestral et au Libeccio ! qui, dans ces pays, est froid, pur et sain. Les pluies sont occasionnées par le vent d’est qui vient de la mer.

Le pays est sillonné, il est vrai, par de grands fleuves et par des lacs immenses, mais ils ne modifient pas sa sécheresse ; car d’abord ces fleuves et ces lacs sont d’une eau très-pure et très-saine ; en second lieu ils coulent sur les pierres et sur le sable ; troisièmement leurs eaux sont dans un mouvement continuel à cause du flux et du reflux qui se fait sentir à 500 milles dans les terres ; enfin les vents les agitent comme la mer, et empêchent ainsi l’action du soleil, qui sans cela en tirerait une plus grande abondance de vapeurs. C’est pour cette raison

1 Le Maestral est en Italie un vent du nord-ouest, et le ZLäbeccio un vent du sud-ouest.

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