PREMIÈRE DIFFICULTÉ DE LA CONVERSION DES HURONS.— LEUR PAYS
Cette mission était très-pénible, et il n’y en a jamais eu de semblable. Je ne sache pas en effet que des prédicateurs de la foi dans ‘es pays étrangers aient été faire un établissement stable à une si grande distance de la mer, avec l'impossibilité de recourir à l’Europe pour la nourriture, le vêtement et tous les autres besoins de la vie.
Les missionnaires se fixent ordinairement dans des lieux accessibles aux vaisseaux, ou au moins aux bâteaux destinés à leur porter les secours ; à certaines époques de l’année ils se dispeïrsent de là par terre ou par eau en différents endroits.
Mais la Mission huronne a continué pendant plus de 16 ans, dans un pays où l’on ne peut aller qu’en canot d’écorce, capable de porter au plus 2,000 livres pesant, y compris les personnes ; de plus, les voyageurs sont souvent obligés de porter sur leurs épaules l’espace de quatre à six milles la barque, les vivres et tout le bagage, sans trouver une seule hôtellerie sur une distance de plus de 7oo milles. Aussi n’avons-nous reçu des années entières aucune lettre ni d'Europe ni de Québec, et étions-nous absolument destitués pendant ce temps de tout secours humain, et même des choses les plus nécessaires pour la célébration des saints mystères et l'administration des sacrements, le pays ne fournissant ni froment ni vin, matière essentielle du Saint Sacrifice de la Messe.
Ces difficultés prévues et bien pesées, sans parler du grand obstacle que présentait une langue entièrement différente de celle des autres Sauvages, firent croire à plusieurs que cette mission était impossible ou téméraire ; mais comme cette nation était la clef de beaucoup d’autres également stables, qu’on
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