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“ étant châtié comme lui, mais pour des péchés plus grands “ que les siens. Je me rappelais la doctrine du Concile de “Trente (Sess. 14. © 9.) que l'acceptation des peines même ‘4 inévitables et nécessaires, satisfait à la justice de Dieu, et au “ châtiment que méritent les péchés.
“ A la deuxième question, qui regarde mon état intérieur, ( j'aurais eu de la difficulté à répondre, si je n'avais su gwi/ est “ glorieux de révéler et de confesser les œuvres de Dieu, * et si ‘ je n'avais espéré ajouter par là quelque chose à votre ferveur. “ Je vous dirai donc en toute sincérité quelles sont les trois “ grâces et faveurs singulières que Dieu m'accorda en ce ‘“ temps-là.
“ La première c’est que, quoique je fusse constanament à deux ‘ doigts de la mort, que j'avais continuellement sous les yeux, ‘ mon esprit a toujours été libre, et j'ai pu donner à chacune de : ‘“ mes actions une attention particulière. Si donc j'ai manqué ‘“ en quelque chose, il ne faut pas l’attribuer à un défaut de ‘“ connaissance, à un manque de présence d’esprit ou au trou- ‘“ ble que cause la peur, mais uniquement à une malice inexcu- ‘ sable. Mon corps était quelquefois dans un abattement ‘“ extrême ; je pouvais à peine ouvrir les lèvres pour dire un ‘ Notre Père; mais intérieurement, je pouvais discourir avec ‘ autant de liberté et de facilité que je le fais à cette heure.
‘“ La seconde grâce que j'obtins, disposa mon intérieur de “ telle sorte, qu'à mesure que les dangers et les douleurs aug- ‘“ mentaient, ma disposition intérieure se modifiait aussi, et je ‘“ sentais diminuer graduellement en moi l'horreur de la mort ‘et du feu.
‘ La troisième grâce fut de réprimer en moi jusqu'aux pre- ‘“ miers mouvements d’indignation contre mes bourreaux, et de ‘“ m'inspirer même des sentiments de compassion pour eux, ‘ tant le secours de Dieu suppléait à ma faiblesse et à mon peu ‘“ de vertu. Je me disais parfois en moi-même : ‘ Cet homme ‘ (plût à Dieu qu’il m’eût été donné de le sauver au prix de ‘mon sang !) sera bien autrement tourmenté en enfer, tandis
2 Tob. 12, 7.
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“ que moi j'espère obtenir le pardon de quelques-uns de mes “ péchés par ces légères souffrances que j'endure. C'est lui “ qui est à plaindre, et non moi.’
“ Me voici insensiblement arrivé à la #roisième question que ‘“ vous me faites, à savoir : Quelles étaient là mes occupations, et quelle consolation trouvais-je, ou plutôt le ciel m'envoyait-il “ dans mes peines ?— J'avais autrefois trouvé bien belle la para- # phrase de Saint Bernard sur ces paroles de l’Apôtre : non sunt ‘€ condignæ passiones, etc. À} ; mais en cette rencontre je la trou- “ vai pleine des plus douces consolations : Zes souffrances de “€ cette vie sont vraiment sans proportion avec mes fautes passées “que Dieu me pardonne, avec les consolations présentes qu'il “ m'accorde, et avec la gloire future qu'il me promet.
‘“ Certainement mes peines étaient peu de chose, quand je con- “ sidérais un si grand gain *.
“ Ne croyez cependant pas que je fusse insensible à la dou- “leur. Je la sentais vivement, mais j'avais intérieurement une telle force pour la supporter, que j'étais étonnné de moi-même, ou plutôt de la puissance de: la grâce, et je croyais que c'était “]à ce que David avait éprouvé lorsqu'il disait : Au milieu de mes tribulations, vous avez dilaté mon cœur *. J'estime plus “ cette grâce que celle de ma délivrance. Vous m'avez arraché “ à toutes les tribulations *.
‘“ Quelle bonté de la part d’un Dieu que j'ai offensé, de vouloir se contenter de si peu pour des dettes si grandes, et qu’il accepte les douleurs de cette vie en place des tourments “ du purgatoire. Que le Seigneur est bon envers ceux qui ont le cœur droit, et (ce qui est plus encore), envers ceux qui ont le ‘“ cœur dépravé ! 6
‘“ Cependant je ressentais bien quelques peines intérieures, mais jamais au moment de mes tourments. Je redoutais
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L “ ceux-ci avant de les souffrir, plus que lersqu’on me les infili-
a + Rom. vil. 18. , ? 2 Cor. 1v. 17.
e s Ps. 4. 2,
S 4 Ps. 58. 9,
5 Ps, 72. 1.
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‘“ geait. Souvent même, en voyant d'autres les endurer, je les “ trouvais plus horriblès, qu’en les endurant moi-même.
“ Mes peines intérieures étaient des doutes sur la foi, tenta- “ tion que maintenant je crois bien commune à l'heure de la ‘“ mort, et j'en juge non-seulement par ma propre expérience, “ mras surtout par la raison, qui acquiert plus de force à pro- “ portion qu’on approche de la mort. L'homme se voyant en “ effet à ce moment, comme abandonné des créatures, ne peut “ trouver de consolation que dans l'espérance d’un Dieu et du # Paradis qu’il attend. C’est alors que le démon, pour troubler “ notre joie, affaiblir notre espérance, et mettre, selon l’expres- “ sion de l'Écriture, de l'eau dans notre vin }, nous inspire des ‘“ doutes sur toutes ces vérités ; mais la bonté de Dieu, qui «”- “ duit jusqu'aux enfers et en ramène 2, ne m'abandonnait pas. “ Je m’adressais à moi-même les avis que j'aurais donnés à un ‘autre en pareille occasion, et je me trouvais aussitôt rem- “ pli d’une paix profonde et d'une tranquillité parfaite. J'ai fait ‘“ un jour un voyage de plusieurs milles, sans réciter d’autre “ prière que le Credo, et j'éprouvai tant de consolation, que ce “ voyage, d’ailleurs pénible et en lui-même et à cause d’un ‘“ assez lourd fardeau que je portais, ne me parut nullement “ fatigant.
“ Mes occupations étaient donc les unes intérieures, je viens “ de vous en parler ; les autres extérieures, je les devais à ceux “ qui me tourmentaient. Je passais la plus grande partie du ‘“ jour dans les cercles ou sur les estrades, et là je me trou- “ vais en butte aux insultes et aux railleries, non-seulement des ‘“ hommes, mais aussi des enfants, qui ne me laissaient pas même ‘“ une ou deux heures de repos, ni le jour, ni la nuit. Ils me “ répétaient sans cesse : ‘ Nous te brûlerons ; nous te mange- “ rons ; moi, je te mangerai un pied ; et moi, une main,’ etc.
‘“ Vous vouliez savoir en gwafrième lieu, s’il ne se rencontrait ‘ pas parmi ces Sauvages quelque âme tant soit peu compatis- “ sante à mon égard, ou du moins quelqu'un qui ne fût pas
4 Ps. 1. 22.
3 Tob. x. 2.